Soûtra
de la Parabole de la Montagne
Pabbatūpama Sutta
(Samyutta
Nikāya,
S. I, 100-102)
Une
fois, alors que le Bienheureux séjournait à Savatthi, pendant un
après-midi, le roi Pasenadi Kosala s'approcha du Bienheureux.
S'étant approché, il rendit hommage au Bienheureux et s'assit à
l'écart sur un côté. Le Bienheureux s'adressa au roi Pasenadi
Kosala : « Vous voilà donc, ô grand roi. Où êtes-vous
allé, ces temps-ci ? »
Le
roi répondit : « J'étais très occupé, ô Bienheureux,
dans diverses affaires dont les rois s'occupent, c'est-à-dire dans
les affaires des rois d'origine khattiya
qui ont été couronnés, qui sont ivres de l'intoxication de la
puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi
la sécurité dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une
large superficie de la terre ».
Le
Bienheureux dit : « À
ce propos, qu'en pensez-vous, ô grand roi? Supposons qu'un homme
loyal et fidèle envers vous vienne de l'Est et vous informe ainsi:
"Que sa majesté sache que je viens des provinces de l'Est où
j'ai vu une avalanche qui glisse d'une très haute montagne, écrasant
tous les êtres vivants sur son passage. Que sa majesté prenne les
mesures nécessaires à ce sujet".
Également,
supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne de l'Ouest
et vous informe ainsi : "Que sa majesté sache que je viens
des provinces de l'Ouest où j'ai vu une avalanche qui glisse d'une
très haute montagne, écrasant tous les êtres vivants sur son
passage. Que sa majesté prenne les mesures nécessaires à ce
sujet".
Également,
supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne du Nord et
vous informe ainsi : "Que sa majesté sache que je viens
des provinces du Nord où j'ai vu une avalanche qui glisse d'une très
haute montagne, écrasant tous les êtres vivants sur son passage.
Que sa majesté prenne les mesures nécessaires à ce sujet".
Également,
supposons qu'un homme loyal et fidèle envers vous vienne du Sud et
vous informe : "Que sa majesté sache que je viens des
provinces du Sud où j'ai vu une avalanche qui glisse d'une très
haute montagne, écrasant tous les êtres vivants sur son passage.
Que sa majesté prenne les mesures nécessaires à ce sujet."
Dans
ce cas-là, ô grand roi, en écoutant ces quatre nouvelles, étant
saisi par une si grande terreur devant de si graves pertes humaines,
alors que la naissance en tant qu'être humain est une occasion très
difficile à obtenir, qu'y aurait-il à faire? »
Le
roi répondit : « Dans une si grande terreur, ô
Bienheureux, devant de si graves pertes humaines, alors que la
naissance en tant qu'être humain est une occasion très difficile à
obtenir, qu'y aurait-il à faire, sinon vivre selon la droiture,
selon la justice et faire des actes bons et méritoires qui donnent
de bons résultats ? »
Le
Bienheureux dit alors : « Je vous informe, ô grand roi,
que la vieillesse et la mort arrivent tout comme une avalanche.
Puisque la vieillesse et la mort arrivent tout comme une avalanche,
qu'y a-t-il à faire? »
Le
roi répondit : « Puisque la vieillesse et la mort
arrivent tout comme une avalanche, ô Bienheureux, qu'y a-t-il à
faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des
actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats ?
Les
guerres où les éléphants sont employés existent chez les rois
d'origine khattiya qui ont été couronnés, qui sont ivres de
l'intoxication de la puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs
sensuels, qui ont établi la sécurité dans leur royaume et qui
demeurent vainqueurs d'une large superficie de la terre. Cependant,
lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'ils
font en employant des éléphants sont inutiles et
inopportunes.
Également, ô Bienheureux, les guerres où les
chevaux sont employés existent chez les rois d'origine khattiya qui
ont été couronnés, qui sont ivres de l'intoxication de la
puissance, qui se sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi
la sécurité dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une
large superficie de la terre. Cependant, lorsque la vieillesse et la
mort apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des chevaux
sont inutiles et inopportunes.
Également,
ô Bienheureux, les guerres où les chars de guerre sont employés
existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été couronnés ,
qui sont ivres de l'intoxication de la puissance, qui se sont adonnés
aux plaisirs sensuels, qui ont établi la sécurité dans leur
royaume et qui demeurent vainqueurs d'une large superficie de la
terre. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, ces
guerres qu'ils font en employant des chars de guerre sont inutiles et
inopportunes.
Également,
ô Bienheureux, les guerres où les soldats d'infanterie sont
employés existent chez les rois d'origine khattiya qui ont été
couronnés, qui sont ivres de l'intoxication de la puissance, qui se
sont adonnés aux plaisirs sensuels, qui ont établi la sécurité
dans leur royaume et qui demeurent vainqueurs d'une large superficie
de la terre. Cependant, lorsque la vieillesse et la mort
apparaissent, ces guerres qu'ils font en employant des soldats
d'infanterie sont inutiles et inopportunes.
Également,
ô Bienheureux, il y a à ma cour royale des conseillers très
capables qui sont compilateurs des formules sacrées utilisables en
vue d'arrêter des ennemis qui s'avancent. Cependant, lorsque la
vieillesse et la mort apparaissent, ces guerres qu'on fait en
employant des formules sacrées sont inutiles et inopportunes.
Également,
ô Bienheureux, il y a chez moi une grande quantité d'or, entassée
dans des souterrains et amassée dans les chambres fortes des hauts
étages, utilisable comme une stratégie financière en vue d'arrêter
des ennemis qui s'avancent. Cependant, lorsque la vieillesse et la
mort apparaissent, ces guerres qu'on fait en employant des stratégies
financières sont inutiles et inopportunes.
Lorsque
la vieillesse et la mort apparaissent, ô Bienheureux, qu'y a-t-il à
faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et faire des
actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats ? »
Le
Bienheureux dit : « Vous avez raison, ô grand roi, vous
avez raison. Lorsque la vieillesse et la mort apparaissent, il n'y a
rien à faire, sinon vivre selon la droiture, selon la justice et
faire des actes bons et méritoires qui donnent de bons résultats. »
Ensuite,
le Bienheureux s'exprima ainsi :
« Tout
comme un rocher d'une grande montagne
Perçant
le ciel
S'écroule
en avalanche de tous les côtés,
Écrasant
les terrains en contrebas dans les quatre directions,
De
même la vieillesse et la mort arrivent
En
écrasant tout le monde sans distinction.
Les
notables, les brahmanes,
Les
commerçants et les intouchables,
Personne
ne peut s'évader ou s'en amuser.
Le
danger imminent ensevelit chacun et tout le monde.
Dans
ce domaine,
Il
n'y a ni place, ni utilité pour la guerre.
La
victoire ne peut survenir par déploiement des éléphants, ni des
chevaux,
Ni
des chars de guerre, ni des soldats d'infanterie,
Ni
des formules sacrées, ni de la finance.
Que
l'homme sage utilise la capacité de sa pensée
Pour
son bien-être,
Qu'il
ait confiance dans le Bouddha,
Dans
le Dhamma et dans la Sangha.
Celui
qui vit selon la droiture
au
moyen de son corps, de sa parole et de sa pensée
Est
vénéré ici-bas, de par le monde,
Il
trouve aussi le bonheur céleste
Dans
la vie prochaine. »