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dimanche 31 mai 2015

Le réseau secret souterrain du langage


Antonin Artaud
   Bref, tout doit passer excepté le corps-texte d'Antonin Artaud. Tout doit passer et rien rester, si ce n'est l'anarchie qu'il incarna au plus haut degré. La boucle une fois bouclée, reste le corps et pas de sol où poser le pied. Plus d'être, plus de question, plus de principe auxquels s'accrocher. Pas de partis de salut violents, disait Rimbaud. Le poète n'est d'aucun parti, écrira Baudelaire, sinon il serait un simple mortel. Tels ses pères en poésie, Artaud aura poussé la désolidarisation à son comble. En cela, nul ne peut dire qu'il ait échoué.

     Il a écrit pour dire qu'il n'y parvenait pas ; voyez pourtant sa poétique, son style ! A trente ans, il piste en vain la pensée ; vingt ans plus tard, il saura reconnaître la sienne et en jouer ; loin de la spécieuse spéculative pensée qui, elle, n'a peut-être pas encore commencé à penser, d'ailleurs : Je ne crois pas qu'un seul parmi les philosophes qui ont écrit sur l'être, sur le néant, l'âme, l'esprit, la vie, la mort, se soit rendu compte à quel point l'esprit est une bataille de corps, qu'une idée est une armée personnelle qu'on ne peut en aveugle avancer sans risquer une petite mort. Ou encore : on ne connaît pas, mais on est. Et c'est beaucoup mieux que de connaître et de savoir. - C'est beaucoup plus riche, effectif et vrai parce que c'est justement à jamais impensable.