Pages

Affichage des articles dont le libellé est France. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est France. Afficher tous les articles

vendredi 7 juillet 2017

Nous qui ne sommes rien






Nous qui ne sommes rien








        La semaine passée, j'ai été profondément choqué par cette petite phrase que le président Emmanuel Macron a sorti lors de son discours pour l'inauguration de Station F : « Une gare, c'est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien ». J'ai trouvé horrible cette façon de séparer le monde entre des gens qui ont la réussite et l'argent pour eux, et ceux qui ne sont rien, qu'on ne voit pas, qui ne comptent pour rien dans le devenir du monde, qu'on peut mépriser à l'aise. Ce déni de la dignité humaine est insupportable. D'autant que cela laisse présager une politique qui écrase les moins nantis dans la société pour garantir toujours plus de profits aux patrons et aux entrepreneurs dans le vent.


        Suite à la controverse qui s'est déclenchée après la mise en évidence de cette petite phrase, les macroniens ont répliqué en disant qu'il fallait écouter tout le discours, que cette phrase ne peut pas être sortie simplement de son contexte. Il est vrai que ce contexte mérite d'être mentionné pour essayer de saisir ce que voulait vraiment dire Emmanuel Macron. Ceci étant dit, je ne suis pas certain que cela éteint complètement la controverse.


       Je mets donc en lien deux vidéos de cette inauguration de Station F : une première assez courte, une autre plus longue du discours complet d'Anne Hidalgo, maire de Paris, et d'Emmanuel Macron pour s'assurer que le contexte soit pleinement restitué. Puis je me livrerai à deux interprétations de ce discours : une interprétation généreuse qui va dans le sens des macroniens et qui lisse la polémique, et puis une interprétation plus sévère qui émet des doutes face aux belles paroles du président. Je précise que j'ai attendu quelques jours avant d'écrire cet article pour ne pas l'écrire sous le coup de la colère.



mardi 25 avril 2017

Macron




Macron




    Dimanche 23 avril, le premier tour des élections présidentielles françaises a vu la victoire d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen. Évidemment, pour la gauche radicale et l'extrême-gauche, c'est une grande déception : le projet de Jean-Luc Mélenchon a été recalé dans les urnes. On ne peut que le regretter bien sûr, mais néanmoins il faut garder les yeux rivés sur les deux semaines à venir et empêcher que l'extrême-droite s'impose au second tour et n'emporte la présidentielle.

        Alors bien sûr, pour la gauche, le programme libéral de Macron n'est pas folichon. Macron incarne la trahison libérale de François Hollande, et le ressentiment à son égard est très vif à gauche. Au point de mettre sur un pied d'égalité Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Et c'est là que cela en devient gênant. Bien sûr, Macron est un candidat proche du monde de la finance, mais les gauchistes sont-ils bêtes à ce point pour croire que Marine Le Pen est vraiment la « candidate du peuple » (comme elle le prétendait dimanche dans son discours de victoire) ? Croient-ils vraiment que Macron et Le Pen, ce soit la même chose ?

        Aux États-Unis, Hillary Clinton a perdu contre Donald Trump, notamment parce que la gauche radicale qui soutenait Bernie Sanders n'a cessé d'attaquer Hillary Clinton et de la calomnier en permanence, alors qu'elle était aux prises avec Trump. Conjuguée à la force de dénigrement des trolls sur internet, cela a été fatal à Clinton. Faut-il nécessairement reproduire le scénario américain en France ? Quand je regarde tout ce qui se publie sur les réseaux sociaux, la plupart des attaques et des critiques s'adressent contre Emmanuel Macron. Je suis désolé, mais c'était au premier tour qu'il fallait critiquer Macron. On sait ce qu'il est. On sait comment les médias l'ont soutenu. Mais il se trouve que maintenant il y a un choix à faire pour le peuple français entre le candidat Macron et la candidate Le Pen. Et force est de constater que Marine Le Pen, elle aussi, est proche du milieu des patrons et de la finance. Elle aussi ne fera rien pour sauver les emplois et la sécurité sociale, malgré ses discours où elle prétend défendre le petit peuple de France. Marine Le Pen est tout autant soumis à l'oligarchie que ne l'est Macron, mais dans les commentaires de mes contacts de gauche et d'extrême-gauche, on ne fait que taper sur Macron. Est-ce là une attitude responsable ? Avez-vous vraiment envie de Marine Le Pen arriver à la tête de la République Française ? Avez-vous vraiment envie de voir la victoire de la haine et du racisme ?


       Il faut bien comprendre qu'en politique on ne fait pas toujours le choix pour le meilleur. Parfois il faut accepter qu'il va bien falloir choisir entre le pire et le mauvais. Et la seule attitude responsable est de choisir le mauvais. À charge alors à ceux qui contestent le libéralisme de Macron de continuer la lutte après cette élection présidentielle dans les urnes (aux élections législatives) ou dans la rue pour contrecarrer les réformes libérales que compte mettre en place Emmanuel Macron.




Frédéric Leblanc, le 25 avril 2017












   



samedi 16 avril 2016

Cagnes-sur-Mer

Cagnes-sur-Mer

Jacques Prévert


Cagnes-sur-Mer
Soleil de novembre et déjà de décembre et bientôt de janvier
Fête de la Jeunesse et fête de la Paix
Eaux claires de la lune
dansez sur les galets
Dans les filets du vent
des sardines d'argent
valsent sur l'olivier
et des filles de Renoir
dans les vignes du soir
chantent la vie l'amour
et le vin de l'espoir
Cagnes-sur-Mer
jolie tour de Babel aimée des étrangers
Pierre blanche sur la carte
des pays traversés et jamais oubliés
Danse danse jeunesse
danse danse pour la Paix
danse danse avec elle
sans jamais l'oublier

Elle est si belle si frêle
et toujours menacée
et toujours vivante et toujours condamnée

dimanche 20 mars 2016

La Belgique et le terrorisme



    Vendredi soir, la police belge a opéré à l'arrestation du terroriste présumé Salah Abdeslam dans la commune bruxelloise de Molenbeek. Salah Abdeslam est supposé avoir activement participé aux attentats de Paris qui ont décimé 130 personnes le soir du 13 novembre 2015. Les réactions du monde entier n'ont pas tardé. Partout dans le monde, les médias ont couvert l'événement. Les réactions sont aussi évidemment venues de France, pas toujours très amènes. Un député français, Alain Marsaud, membre du parti « Les Républicains », s'est lancé à la radio dans une diatribe contre les Belges et la Belgique. Selon lui, les attentats de Paris sont la faute unique des Belges. Les services de police et de renseignement belges sont nuls. Heureusement, les Français sont là pour récupérer le coup. Il se dit « écœuré par l’incapacité des Belges au cours des derniers mois, des dernières années à régler ce problème » dans une interview accordée à la radio française Europe 11.

     Il accuse les Belges de n'avoir rien fait contre le terrorisme et le jihadisme. Selon lui, les Belges « ont vu se développer ce nœud de vipères terroriste, dont ils connaissaient la dangerosité ». Il dénonce la « naïveté des Belges ». Plus grave, il fait porter la responsabilité des attentats à l’entièreté des Belges : « Les 130 morts que nous avons eu à Paris, nous les devons aux Belges, à l’équipe de Molenbeek ». Le député demande une réaction du gouvernement de la République Française contre ces salopards de Belges : « Moi j’attends que le gouvernement français demande des comptes. Qu’on demande aux Belges ‘pourquoi vous avez laissé faire tout ça ?’   ». On se souvient qu'Eric Zemmour avait publiquement demandé qu'on bombarde Molenbeek pour combattre soi-disant le terrorisme à sa racine.

   Je trouve ce genre de commentaires complètement consternants de bêtise. Procédons par ordre. On reproche de ne pas avoir été suffisamment vigilant concernant la préparation des attentats de Paris. Certes, mais c'est facile de faire ce genre de commentaires après coup.... Le député français explique que ce sont les « Belges » qui ont monté toute l'opération dans cette antre du diable qu'est Molenbeek. Peut-être, mais dans les terroristes du 13 novembre, il y avait aussi des Français : Ismaël Omar Mostefai, Samy Amimour, Fouad Mohammed-Aggar sont les trois tueurs du Bataclan, soit l'attaque qui a fait le plus de mort. Alain Marsaud est curieusement silencieux à leur égard.... Par ailleurs, les frères Abdeslam ne sont pas Belges, mais bien Français, même ils ont principalement vécu en Belgique, tout comme Bilal Hadfi. Les terroristes avaient une planque à Saint-Denis qui se situe, je le rappelle, en France dans la grande banlieue de Paris, logé par Jawad de nationalité française, qui est devenu depuis lors la risée du net....

      L'attentat au musée juif de Bruxelles a été commis par un ressortissant français, Medhi Nemmouche. Les Belges doivent-ils demander des comptes aux Français pour cet acte ignoble ? Les attentats contre Charlie Hebdo et contre l'Hyper-Casher ont été commis par des Français, les frères Kouachi et Coulibaly. Très curieusement, la police avait cessé de protéger les locaux de la rédaction alors que le journal était toujours menacé par les jihadistes. Mohammed Merah, enfin, était Français et agi aussi sur le sol français. Sous-entendre que les Belges sont les seuls à avoir des terroristes sur leur territoire est évidemment une farce ignoble... Peut-être que la police et les services de renseignement belges ont commis des erreurs. C'est tout à fait possible et ce ne serait pas la première fois. Mais j'ai bien peur que les services français soient logés à la même enseigne...

       En ce qui concerne le terreau sociologique des certains quartiers des villes belges, on ne peut pas nier avoir des problèmes. La politique d'urbanisme a parfois été accomplie en dépit du bon sens. Il est clair que Molenbeek a accueilli une énorme population marocaine et on n'a pas tout ce qu'il fallait pour que cette population puisse s'intégrer harmonieusement. De la même façon, Schaerbeek, autre commune de Bruxelles, est majoritairement peuplé par une population turque qui dialogue très peu avec la population belge. Ce n'était certainement pas la meilleure façon de régler le problème de l'intégration. Et Molenbeek est devenu un terreau propice pour le fondamentalisme musulman. Ceci étant dit, Molenbeek n'est pas l'enfer sur Terre que certains journalistes français ou américains veulent bien décrire avec leur complaisance habituelle. C'est un quartier pauvre et défavorisé, mais tout n'y est pas noir pour autant. C'est un quartier qui vit, qui bouge, qui évolue. Il y a une présence d'islamistes radicaux, de salafistes, et également quelques groupuscules jihadistes, c'est indéniable ; mais tout le monde n'est pas comme ça à Molenbeek... En fait, la grande majorité des gens à Molenbeek sont des personnes tout à fait respectables. Les journalistes français ou américains devraient fournir une vision plus nuancée de la réalité...

     Par ailleurs, est-ce que la France est au-delà de tout soupçon ? Franchement ! Quand on voit la violence des émeutes dans le 93... Quand on voit les fusillades à répétition dans les quartiers à Marseille... Quand on voit cette vidéo où l'actuel premier ministre de la République Française Manuel Valls se plaint qu'à Évry (dont il était maire à l'époque), il y a (je cite) « trop de blackos et pas assez de whites, de blancos »... On est en droit de se demander si, vraiment, la Belgique est pire que la France...

    Enfin, ce qui me gêne le plus, c'est cette façon pour certains politiciens et journalistes français de prendre un bouc émissaire facile (les Belges, la Belgique) pour mieux dissimuler ces propres fautes. La logique du bouc émissaire ne peut conduire qu'à plus de violence et faire empirer un problème suffisamment compliqué... Qu'on voit la façon dont les Turcs de prendre les Kurdes comme boucs émissaires de tous leurs problèmes.

       Il me semble que s'il y a des coupables, des fautifs, des responsables dans les attentats odieux de Paris, il faut aller les chercher du côté de Daesh, du front Al-Nosra et toutes les filières jihadistes qui répandent un message de haine et de barbarie au nom de l'islam. Voilà les coupables, voilà les ennemis. Que dans la lutte contre le terrorisme, des erreurs soient commises par tel ou tel service de police, c'est possible. On peut bien entendu apporter des critiques pour que ces erreurs ne soient pas reproduites. Mais il faut bien comprendre que les attentats qui ont eu lieu à Paris en janvier et en novembre 2015 ne demandent pas une logistique énorme : une dizaine d'hommes armés de fusils d'assaut, cela passe facilement sous les radars... La plupart des jihadistes ont un passé de criminel : il leur est donc assez facile de se procurer des armes sur le marché noir. Il est fort probable que d'autres attentats soient commis à l'avenir sur le sol belge ou français ou quelque part en Europe. Mais là encore, les coupables, les fautifs, ce sont les terroristes, pas les Belges, les Tchèques ou les Français.... Je pense qu'il est important de s'en souvenir et ne pas se tromper d'ennemis...



F. Leblanc, le 20 mars 2016




NB : Juste une petite remarque pour terminer qui s'adresse aux lecteurs français : Molenbeek se prononce avec un « é » long à la fin, Molenbééék, et pas Molenbèk comme le disent tous les journalistes français et les prétendus experts qui polluent les plateaux des chaînes de télévision française et qui ne sont pas fichus de prononcer correctement le nom des quartiers de Bruxelles dont ils se prétendent spécialistes. La commune de Forest où s'est caché Salah Abdeslam se prononce comme une forêt, et pas Foreste. Je sais que les noms flamands ne sont pas toujours faciles à prononcer, mais là, ce n'est pas très difficile, me semble-t-il.












1Voir l'article du Soir du 19 mars :




Molenbeek avec un ciel bleu




Molenbeek avec un ciel gris au-dessus du canal



Molenbeek, un jour de pluie
(il pleut souvent à Molenbeek comme partout en Belgique)



Non, tout n'est pas sinistre à Molenbeek !









samedi 7 novembre 2015

Le cafouillage de Myriam El Khomri




    Sur BFM TV hier, la ministre française du travail, Myriam El Khomri était l'invitée du journaliste Jean-Jacques Bourdin. Au cours de l'interview, alors qu'ils étaient en train de parler de la réforme du code du travail, de sa simplification et du CDI, le journaliste a tout d'un coup bifurqué et posé à brûle-pourpoint une question sur le nombre de fois qu'un CDD peut être renouvelé. La ministre s'est alors embourbé dans des bafouillages et autres hésitations pour finir par avouer son ignorance sur ce point précis. La vidéo a immédiatement le « buzz » comme on dit. Et j'ai pu constaté que chacun allait de son commentaire haineux sur les réseaux sociaux. C'est par rapport à ces commentaires de mépris édictés par le beauf' moyen facebookien que je voudrais réagir.





     Il est facile en effet de se gausser de la ministre El Khomri en se gaussant de son « incompétence » ou de son « ignorance », mais ceux qui hurlent avec les loups aujourd'hui auraient-ils fait mieux ? Ceux qui taxent la ministre d'incompétente, qui lui demande de « se mettre au travail » connaissaient-ils la réponse à la question de Bourdin ? Auraient-ils été capables d'expliquer en long et en large le code du travail français qui fait plus de 3000 pages quand même ? Ce que je trouve sidérant, c'est la facilité avec laquelle on sombre dans la vile démagogie : les politiciens qui sont tous pourris, tous incompétents, tous ignorants, qui « ne connaissent rien du quotidien des 5 millions de chômeurs en France ». Ce sont les mêmes qui traitent les chômeurs de fainéants, d'assistés et de profiteurs du système.

    Sur Facebook, tout le monde se croit super-intelligent, mais on ne se rend pas compte de la manipulation grossière du « journaliste » Bourdin et de sa chaîne BFM TV. Myriam El Khomri est tombée de manière évidente dans un piège, mais cela le beauf' moyen facebookien ne le voit pas, trop content de pouvoir défouler son mépris en paroles injurieuse à l'égard de la ministre, du PS, du gouvernement ou de la classe politique toute entière. Comme il est facile de manipuler les masses ! Hier, on répandait sa haine et sa frustration au bistrot du quotidien. Aujourd'hui, on se défoule sur internet et les réseaux sociaux, guidés en cela par les gens qui fabriquent au jour le jour notre consentement à un système injuste.

    Entendez-moi bien : je ne suis pas a priori un supporter de la ministre El Khomri, ni du parti socialiste français. Mais quand on dit d'une personne qu'elle est incompétente, j'attends des preuves, et des preuves nettement plus solides que celle de l'incapacité de répondre à une question malveillante du présentateur Bourdin. J'insiste sur le fait que Bourdin a clairement bifurqué du sujet pour poser à l'improviste une question technique. Le tort de Myriam El Khomri, ce n'est pas de ne pas connaître la réponse exacte (ou plus exactement d'être imprécise sur la question). Bernard Cazeneuve a bien fait de dire qu'une interview politique ne devrait pas se résumer à un Trivial Poursuite où toute mauvaise réponse est immédiatement sanctionnée. Si on regarde l'entièreté de l'interview (ce que peu de gens et peu de journalistes ont fait), on voit que Myriam El Khomri répond sans problème à Jean-Jacques Bourdin et qu'elle connaît ses dossiers. Le tort de Myriam El Khomri, c'est l'erreur de communication magistrale d'être tombée la tête la première dans le piège de Bourdin. Probablement un manque d'expérience. Un vieux briscard de la politique ne serait pas tombé dans le panneau. Mais cela ne remet en question ni sa compétence, ni son honnêteté.

     Je n'entends en fait personne m'expliquer en quoi ne pas connaître la réponse à la question de Bourdin est un enjeu fondamental pour la politique française. Y a-t-il un débat sur la question ? Y a-t-il des revendications des travailleurs précaires qui sont touchés par ces mesures ? Y a-t-il des propositions par les syndicats ou par les organisations patronales pour augmenter ou diminuer le nombre de fois où un contrat en CDD peut être renouvelé ? Personne dans l'agitation médiatique autour du cafouillage de Myriam El Khomri ne met en perspective cette question qui me paraît quand même élémentaire ! Cela montre bien que l'intervention de Jean-Jacques Bourdin ne visait pas l'utilité de remonter le niveau du débat dans la politique française sur la question de la réforme du code du travail, mais bien de créer le buzz au dépens de la ministre du travail !

    Il faudrait donc interroger la réforme avancée par Myriam El Khomri en elle-même, voir ce qui est positif ou négatif de manière minutieuse. Mais c'est un sujet vraisemblablement ennuyeux qui demanderait trop de travail aux journalistes français, eux qui préfèrent jaser à longueur de journée sur un bref échange verbal dans lequel Bourdin est sorti victorieux. Bourdin a peut-être ridiculisé pour le coup la ministre et j'imagine qu'il doit savourer sa passe d'armes, mais il n'a en rien montré l'inanité de la réforme du du ode du travail. C'est cette réforme qu'il faudrait questionner et pas les prouesses rhétoriques de Myriam El Khomri (ou son manque de prouesse rhétorique). Je n'ai pas étudié le dossier, mais comme cette réforme est téléguidée visiblement par Manuel Valls et par Emmanuel Macron, on peut s'attendre à quelque chose qui ait dans le sens du social-libéralisme. Est-ce une bonne chose pour la France et les travailleurs de France ? Je l'ai l'impression que non, mais je laisserai ici le débat en suspens. Je me contenterai de pointer du doigt le fait que c'est par là que doit s'orienter le débat et vers là aussi que la pédagogie des journalistes devraient s'exercer : expliquer aux travailleurs les enjeux sociaux, économiques et politiques à l’œuvre derrière cette réforme.

    Et c'est cela qui est problématique dans le journalisme aujourd'hui, au lieu de fournir des études détaillées et démonter les mécanismes qui créent de l'injustice ou de l'inégalité dans le pays, on préfère se gausser d'un bon mot d'un politique, rire de la maladresse d'un autre, ricaner quand la réputation d'un autre est salie pour une affaire qui n'a rien à voir avec la politique. Tout n'est qu'un spectacle, une comédie où seule compte la qualité des communicants qui sont derrière vous. Après, les véritables problèmes du petit peuple, ça, on s'en fout. On prétend devant les caméras que l'on n'a que ça en tête, mais tant les journalistes que les politiques ne se préoccupent de rien d'autre que de ce show politique permanent. Et ils auraient tort de ne pas s'y plier puisque les citoyens sont avides à la télévision ou sur les réseaux sociaux de ce spectacle où tout est résumé à un slogan, un bon mot ou un cafouillage.

   Il me semble que la sagesse voudrait que, dans cette histoire, l'on en se mette pas à crier avec les loups. Être un citoyen ou une citoyenne exige que l'on relève le niveau du débat et qu'on fasse effort pour comprendre les enjeux économiques, politiques, sociaux ou écologiques qui se cachent derrière chaque réforme. Et si l'on n'a pas fait cet effort, qu'on ne se mette pas à crier avec tout le monde, parce qu'en l'occurrence n'est pas celui ou celle qu'on accuse d'ignorance, mais bien nous-mêmes qui avons la bêtise de nous croire supérieur à ces hommes ou femmes politiques, alors que nous ne sommes que des moutons bêlants parmi d'autres dans le troupeau.




     Frédéric Leblanc