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vendredi 5 novembre 2021

Bruit de fond


Dans mon article précédent, j'évoquais la difficulté d'atteindre en méditation un état d'apaisement complet des pensées et d'agitation de l'esprit qu'on appelle « jhāna ». Un internaute m'a alors suggéré une piste de solution : « Tu as essayé les boules Quies ? Parfois il suffit d'un détail ». C'est une remarque intéressante, mais qui exprime surtout un malentendu sur la méditation qui revient à dire que l'absence de perturbation produit un esprit sans perturbation. À première vue, cela peut sembler logique et cohérent, mais cela ne l'est pas.


Quand on enseigne la méditation à des débutants, on recommande effectivement de se retirer dans un endroit calme et tranquille comme un centre de retraite à la campagne ou à la montagne. L'esprit est agité et a tendance à suivre n'importe quel stimulus qui viendrait exciter les sens. Pour un débutant, méditer en ville est plus difficile parce qu'il y a à la fois plus d'activités mondaines en tout genre qui vont nous distraire, mais aussi parce qu'il y règne généralement un brouhaha disharmonieux, un environnement sonore moins propice à une quête de sérénité.


Pour autant, faut-il considérer le bruit en lui-même comme un facteur de perturbation et un obstacle à l’Éveil ? En Inde dans la ville spirituelle d'Auroville fondée sur les principes philosophiques de Shri Aurobindo, il y a ce temple en forme de boule de golf dorée géante, le Matrimandir, où tout est fait pour que tout soit le plus calme possible, pour que tout son soit le plus étouffé possible. Est-ce une solution pour la méditation ? Non, je ne le pense pas. Le problème n'est pas le bruit, mais l'esprit qui s'attache au bruit.


La pratique de l'attention, ce n'est pas oblitérer les objets de la perception qui pourraient accaparer notre attention, voire nous obnubiler, mais les laisser passer dans le champ de la conscience sans les juger et sans les retenir. N'importe quelle apparence, qu'elle soit visuelle, auditive, olfactive ou tactile, se manifeste, elle occupe ce champ de la conscience un certain temps, puis finit nécessairement par disparaître. L'attention voit cette apparition, cette évolution et cette disparition sans s'identifier à cette perception et sans la commenter mentalement d'une manière ou d'une autre.


Inutile donc de faire disparaître les choses perçues pour être moins soumis à la tentation de l'agitation. Rien ne sert de fermer les yeux, de se pincer le nez ou de se boucher les oreilles pour avoir moins de choses à voir, moins de choses à sentir ou moins de choses à entendre. Le problème n'est pas de voir, de sentir ou d'entendre ; le problème est le mental qui se disperse dans toutes les directions, qui commente tout ce qu'il perçoit et réagit émotionnellement.


En fait, imaginez même qu'on médite dans une chambre insonorisée et stérile, avec des murs capitonnés, dans le noir complet. On pourrait se dire que c'est le lieu idéal pour pratiquer la méditation à son aise. Eh bien non, pas nécessairement. Vous serez toujours confronté à une sphère de la perception qui produit toutes sortes d'apparence : le mental. Ce mental qui produit des idées, des pensées en tout genre, des souvenirs, des anticipations de ce qui va se passer ou non, des craintes et des espoirs, des émotions positives ou négatives... Et tous ces phénomènes mentaux sont autant de pièges qui peuvent capter notre attention et l'entraîner très loin du moment présent !


L'essentiel n'est donc pas de se retirer du champ des perceptions, mais de développer l'équanimité et le lâcher-prise par rapport à tous les phénomènes physiques ou mentaux qui se manifestent. C'est ce qu'explique le Bouddha dans le Soûtra du Développement des Facultés Sensorielles (Indriya bhāvayatanā Sutta1). Un jeune ascète était venu lui expliquer la technique de son maître pour méditer : « Il ne faut pas voir les formes matérielles par les yeux. Il ne faut pas écouter les sons par les oreilles. C'est ce que (mon maître) enseigne à ses élèves sur le développement des facultés sensorielles ». Le Bouddha ironise sur le fait que, dans cette logique, un aveugle devrait avoir la vue pleinement développée et un sourd l'ouïe pleinement développée. Pour le Bouddha, la méditation ne consiste à se couper du monde, devenir une espèce de bulle complètement indépendante du monde.


En méditation, il faut accueillir le monde et ce qu'on en perçoit avec équanimité. Si j'entends un son, ce son produit chez moi une sensation agréable, désagréable ou neutre. Ces sensations sont susceptibles de m'égarer parce que je vais tenter de me les accaparer, de les rejeter, d'y réagir de manière plus ou moins émotionnelle, et faire toutes sortes d'associations d'idées qui vont me plonger encore plus dans la distraction et la dispersion du mental. Mais avant que je ne tombe dans cette saisie/répulsion des phénomènes, je reconnais avec attention la sensation produite par ce son, et je reconnais que cette sensation est un phénomène conditionné par des causes, qui n'est pas un monolithe éternel plantée sur le chemin de mon existence. Au contraire, cette sensation ne dure qu'un instant avant de céder la place à d'autres sensations. Le Bouddha explique que la sensation causée par un son ou un bruit ne dure que le temps d'un claquement de doigt. Après, apparaissent d'autres sensations qui ne durent qu'un instant avant de céder la place d'autres sensations, comme la succession d'images qui font un film.


Quand je me rends compte de cela, je peux cultiver l'équanimité. La sensation s'estompe, mais l'équanimité reste, l'équanimité s'inscrit beaucoup plus profondément dans le cours du temps et change mon rapport à l'existence. Et c'est cette équanimité, si elle est développée harmonieusement, qui me permettra d'être libre par rapport à tous ces stimuli des sens comme les bruits, les sons, les voitures qui passent, les oiseaux qui chantent, les cris de la rue, les klaxons qui retentissent, le voisin qui me casse les oreilles en mettant Johnny Hallyday à fond. Tous ces sons n'auront plus le pouvoir de me détourner de la méditation, de la concentration, des jhānas et du samadhi.










1 Indriya bhāvayatanā Sutta, Majjhima Nikāya, III, 298-302. Môhan Wijayaratna, « Sermons du Bouddha », Points Sagesses, éd. du Seuil, Paris, 2006, pp. 187-195.








Petros Koublis







Lire également sur la méditation :


- Croire et savoir


Soûtra du Laïc Citta







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lundi 27 avril 2020

Distinguer les quatre qualités





La semaine passée, j'ai parlé des quatre qualités incommensurables dans le bouddhisme : l'amour bienveillant, la compassion, la joie et l'équanimité. Un internaute m'a fait cette objection : « Compassion, joie, équanimité sont toutes contenues dans l'Amour. L'Amour au sens d'Agapé inclut absolument tout ». On peut défendre cette idée, pourquoi pas. L'amour bienveillant, illimité, inconditionné engloberait les autres qualités dans quelque chose de transcendant qu'on appellerait Amour, Agapé pour reprendre le mot grec qui désigne l'amour de charité ou Maitri. On pourrait appeler cela la « Grande Compassion », Maha Karuna, comme on le fait dans le bouddhisme du Grand Véhicule, la volonté de ne pas quitter sans monde de souffrance tant que tous les êtres n'auront pas connu l'extinction totale et définitive de la souffrance.


Pour moi, l'amour et la compassion sont les deux faces d'une même pièce. L'amour est le souhait d'ardent que tous les êtres sensibles soient heureux et connaissent les causes du bonheur. La compassion est le souhait ardent que tous les êtres soient sensibles soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance. La joie est le fait que cette pièce soit fait d'or et qu'on puisse acheter beaucoup de belles choses pour le bonheur du monde. L'équanimité est le fait que cette pièce d'or n'appartient à personne et enrichit le monde sans distinction et sans condition, au contraire de l'argent de ce monde qui suscite tous les égoïsmes, toutes les avidités.



Il serait peu pertinent de traiter ces quatre qualités, amour, compassion, joie et équanimité comme des entités distinctes et complètement séparées. Ces quatre qualités ont bien sûr un lien profond. Néanmoins, il me semble nécessaire de les distinguer d'un point de vue psychologique. Si on ne parlait que de l'amour ou que de la compassion, on pourrait tomber dans certains travers, confondre l'amour avec une illusion d'amour et confondre la compassion avec une illusion de compassion.


Pour prendre l'exemple de l'amour :
  • L'amour sans l'équanimité peut conduire à la partialité et à l'attachement : on confondrait l'amour impartial et inconditionnel avec l'amour passionnel ou l'amour pour sa famille qui se concentrent sur une ou quelque personnes, là où l'amour inconditionnel s'étend à l'ensemble de l'humanité, voire même à l'ensemble des êtres doués de conscience et de sensibilité dans le bouddhisme.

  • L'amour sans la compassion peut conduire à une béatitude indifférente aux misères du monde : on ne voit plus que le bonheur des êtres sans voir la face sombre de l'existence et sans être solidaire de ceux qui sont dans le tourment.

  • l'amour sans la joie est trop statique et sans communion. La joie se réjouit des potentialités de chacun pour s'améliorer et améliorer le monde. La joie donne l'enthousiasme de changer les choses et de faire tous les efforts qui vont contribuer à cela.


Cela vaut aussi pour la compassion. On ne peut pas la penser indépendamment des autres qualités qui la complètent :


  • La compassion sans l'amour conduirait à ce que les psychologues appellent la détresse empathique : on ne verrait plus que le côté négatif de l'existence et on serait englouti dans le malheur des autres.

  • La compassion sans la joie serait une sorte de marasme et de complaisance dans la fatalité : l'impression ou la conviction que les êtres ne sortiront jamais du marécage de l'existence où l'on s'enfonce inexorablement, comme ces films noirs qui n'entrevoient aucune issue, aucun happy end à leurs (anti)héros.

  • La compassion sans l'équanimité nous ferait tomber dans la partialité : estimer qu'une catégorie de personnes mériteraient d'être aidées et pas les autres. La compassion sans l'équanimité conduirait aussi à ne pas relativiser les choses, à voir tout comme une catastrophe indépassable.



La joie a aussi besoin des autres qualités sur lesquelles elle peut s'appuyer et pour faire sens :


  • La joie sans l'amour viserait de mauvais buts : elle ne contribuerait pas au bonheur de tous. Comme des fêtards qui ne pensent qu'à la fête du soir sans soucier du lendemain et sans se soucier des voisins de l'étage en-dessous qui essaient de dormir.

  • La joie sans la compassion serait une sorte d'euphorie sans aucun réalisme. Ce serait une fuite des problèmes : comme le fêtard qui fait la fête pour oublier tous les problèmes qui s'accumulent et auxquels il n' a pas la force de faire face.

  • La joie sans l'équanimité serait comme un coureur qui démarrerait sa course avec un sprint alors qu'il a un marathon à courir. La joie a besoin de la paix de l'équanimité pour ne pas s'épuiser tout de suite.


Enfin, l'équanimité a également besoin de s'appuyer sur les autres qualités pour être cohérentes :


  • L'équanimité sans l'amour manquerait considérablement de chaleur humaine et de luminosité.

  • L'équanimité sans la compassion dériverait en une complète indifférence aux sorts des autres. Tout serait égal, bonheur et souffrance. Et on ne se soucierait pas des problèmes et des tragédies des autres.

  • L'équanimité sans la joie conduirait à une forme d'inertie où peu importerait la libération, l'effort vers le bonheur et le bien-être puisque tout serait égal, indifférent.




Frédéric Leblanc, 
le 27 avril 2020.






dimanche 19 avril 2020

Paradoxes de l'amour impartial





Dans son livre consacré à l'amour 1, le philosophe analytique français Ruwen Ogien (1947 – 2017), il y a un chapitre sur la question de savoir si l'amour est moral, s'il est est « par-delà le bien et le mal », évocation du livre de Nietzsche et de son aphorisme : « Tout ce qui se fait par amour se fait par-delà le bien et le mal ». Je ne m'étendrai pas sur la partie du chapitre où il traite de l'amour au sens sentimental et romantique du terme ou de l'amour filial. Pour faire bref, Ruwen Ogien constate les apories de l'amour sur un plan moral : soit l'amour est partial, soit l'amour est impartial. Si l'amour est partial, il n'est pas moral puisqu'il favorise les personnes aimées en-dehors de tout principe moral d'équité et de justice. Et si l'amour est impartial, on arrive à des choses manifestement très étrange : que penser de cet amoureux transi qui voit sa compagne, sa dulcinées se noyer dans un fleuve en compagnie d'une femme quelconque qui lui est totalement inconnue, et qui déciderait de tirer à pile ou face pour savoir qui il va sauver afin d'être impartial et de ne pas favoriser indûment son amoureuse adorée ?



Je reviendrai prochainement sur cette question plus tard ainsi que sur le livre « Philosopher ou faire l'amour » tout entier une prochaine fois. Ce qui m'intéresse ici, c'est ce qu'il dit de l'amour universel ou amour de bienveillance. Pour Ruwen Ogien, c'est le seul type d'amour qui puisse revendiquer de manière pertinente l'idéal d'impartialité. Mais cela ne va pas sans poser de problème non plus !


« C’est le sens de l’amour de charité, l’amour de bienveillance, celui qui est censé pouvoir être distribué équitablement à tous les humains. Mais cette conception impartialiste de l’amour (l’amour de charité ou de bienveillance) pose des problèmes conceptuels qui semblent insurmontables. Dans la mesure où l’amour est une valeur, il présente des degrés comme toute valeur. On peut être plus ou moins libre, plus ou moins heureux, etc. On peut aimer une personne un peu, beaucoup, passionnément, à la folie.


On peut donc aimer une personne plus qu’une autre puisqu’on peut aimer l’une juste un peu et l’autre énormément. C’est ce qu’on pourrait appeler le « gradualisme amoureux ». Il conduit à toutes sortes de paradoxes : « Ce gradualisme de l’amour, qui est déjà déconcertant en tant que tel, déconstruit aussi l’idée ou l’impératif d’aimer tout le monde équitablement : car ce serait aimer tout le monde à quel degré ? “À la folie” serait absurde et même inconvenant. “Un tout petit peu” léger et ridicule ! Et on imagine des problèmes moraux bizarres : mieux vaudrait-il aimer un tout petit peu tout le monde et personne à la folie, ou être indifférent à tout le monde et n’aimer qu’une personne à la folie ? 2 »

mardi 4 septembre 2018

Un nomade de la raison - 4ème partie




Un nomade de la raison 
sur les chemins d’Élis à Taxila

4ème partie



Voir :

- la première partie 

- la 2ème partie   

- la 3ème partie




L’Inde philosophique



   Voilà donc pour les influences grecques que Pyrrhon emmena avec lui jusqu’en Inde. Et toutes ces influences ont certainement été ensemencées par la rencontre avec ces personnages si étranges et si déroutants qu’étaient les gymnosophistes aux yeux des grecs. Les mœurs de ces gymnosophistes, leur style de vie sans concession ont certainement marqué Pyrrhon de manière indélébile. Comme le dit Victor Brochard : « Cette résignation et ce renoncement qui sont les caractères distinctifs du scepticisme primitif, Pyrrhon en avait trouvé les exemples sur les rives de l’Indus : c’est encore un point par où l’expédition d’Alexandre a exercé sur les destinées du scepticisme une influence que nous croyons capitale. Il nous est expressément attesté que Pyrrhon a connu les gymnosophistes, ces ascètes qui vivaient étrangers au monde, indifférents à la souffrance et à la mort. Nul doute qu’il n’ait été vivement frappé d’un spectacle si étrange ; et il s’en souvint une fois revenu dans sa patrie (…). La dialectique lui avait peut-être appris le néant de la science telle qu’elle existait de son temps ; il apprit des gymnosophistes le néant de la vie, et crut, avec un autre sage de l’Orient, que tout est vanité1 ».

vendredi 16 février 2018

Les quatre incommensurables selon le bouddhisme tibétain




Les quatre incommensurables selon le bouddhisme tibétain




       Ce texte que vous êtes en train de lire est le premier d'une petite série sur la présentation des quatre qualités incommensurables – amour, compassion, joie et équanimité – dans l'école nyingmapa du bouddhisme tibétain. Il s'agira à chaque fois de commentaires d'un passage de « Notes de mémoire sur le Chemin de la Grande Perfection » de Ngawang Palzang (1879 - 1941), qui est lui-même un commentaire du « Chemin de la Grande Perfection » de Dza Patrül Rimpotché (1808 – 1887) qui est lui-même un commentaire de « L'essence du cœur de l'immensité » de Jigmé Lingpa (1730 – 1798). Le « Chemin de la Grande Perfection » ainsi que les « Notes de mémoire sur le Chemin de la Grande Perfection » ont été publiés aux éditions Padmakara, le premier en 1997 et le second en 2014 (pp. 157 – 174). Les parties en italique sont le texte de « Notes de mémoire sur le Chemin de la Grande Perfection » (pp. 158 – 161).

samedi 31 décembre 2016

Faire rayonner les quatre qualités



Faire rayonner les quatre qualités



     Une dimension importante de la méditation bouddhique est la pratique des quatre qualités incommensurables. Ces quatre qualités incommensurables sont l'amour bienveillant incommensurable, la compassion incommensurable, la joie incommensurable et l'équanimité incommensurable. On appelle également cette pratique « les quatre demeures de Brahmā » parce que le monde divin de Brahmā est dépourvu d'éléments grossiers comme la terre, l'eau, le feu ou l'air comme dans notre monde physique, mais est entièrement composé d'amour, de compassion, de joie et d'équanimité qui s'étendent à l'infini.

      Je pense vraiment que c'est là une pratique essentielle que d'accoutumer sans cesse notre esprit à ces quatre qualités incommensurables, et je voudrais ici inviter tout le monde à découvrir à cette dimension de la méditation. Dans les soûtras, le Bouddha revient souvent avec la même formulation de la méditation des quatre qualités incommensurables :

vendredi 2 septembre 2016

Les quatre demeures de Brahmā





      Il y a dans le bouddhisme cette pratique méditative que l'on appelle les « quatre demeures de Brahmā » : il s'agit de l'amour illimité, de la compassion illimitée, de la joie illimitée et de l'équanimité illimitée. Ce nom fait référence au dieu de l'hindouisme Brahmā ; et on retrouve cette pratique des quatre qualités illimitées ou incommensurables dans les textes hindous, dans le Yoga Sûtra de Patañjali par exemple. On la retrouve aussi dans les textes jaïns. Le Bouddha voulait très probablement qu'on admette que les religions et les courants spirituels et philosophiques partagent une base commune, même si ils diffèrent, voire s'opposent sur certains points. Mais il y a une autre raison à ce que l'amour illimité, la compassion illimitée, la joie illimitée et l'équanimité illimitée soient appelées « quatre demeures de Brahmā » : selon la cosmologie bouddhique, le monde divin de Brahmā qui chapeaute tous les mondes ayant une existence physique est composé d'amour, de compassion, de joie et d'équanimité. Tout comme notre monde matériel sur la Terre est faite de terre, d'eau, de bois, de métal, d'air, de feu et de tous les éléments matériels ont fabriqué à partir des ressources de la nature comme le verre, la brique, le plastique, etc..., les éléments constituants de l'univers de Brahmā sont matériellement faits de cet amour, de cette compassion, de cette joie et de cette équanimité, et cela à perte de vue, au-delà de tout ce qu'on peut imaginer. On ne veut pas simplement dire que l'amour règne dans ce monde, un peu comme dans le monde des bisounours, mais que l'amour, la compassion, la joie et l'équanimité sont les briques et les atomes de ce monde. Non pas un univers clos, mais une vastitude infinie dans laquelle nous nous sentons immergés, en communion avec tous les êtres.

samedi 20 août 2016

Équanimité





    L'équanimité est cette égalité dans l'humeur et le jugement, l'équanimité est une disposition de la conscience faite de détachement et de sérénité à l'égard de toute sensation ou ressenti, agréable ou désagréable. L'équanimité joue un rôle considérable dans la Voie du Bouddha et dans la méditation. Équanimité traduit alors le terme en sanskrit « upekshā » ou en pâli « upekkhā ». L'équanimité est une des Quatre Demeures de Brahma ou Quatre Qualités Incommensurables avec l'amour, la compassion et la joie. L'équanimité n'est donc pas seulement la capacité à être calme et à rester « zen » face aux circonstances adverses, mais c'est aussi la paix qui procèdent de la bienveillance fondamentale que l'on peut nourrir envers les autres. Dans les Soûtras, le Bouddha encourage le méditant à répandre ce sentiment d'équanimité et de paix partout autour de lui, dans toutes les directions : « Le méditant demeure faisant rayonner la pensée d'équanimité dans une direction de l'espace et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité, en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée d'équanimité, large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié ». Il s'agit que tous les êtres soient touchés en tous lieux de l'univers et en tout temps par cette grande paix.

    L'équanimité consiste donc à rester égal par rapport aux événements qu'ils soient positifs, négatifs ou neutre. Il s'agit de laisser passer tout ce qui peut lui arriver dans la vie et ne pas s'y attacher. Dans le Soûtra du Développement des Facultés Sensorielles (Indriya Bhāvanā Sutta, Majjhima Nikāya, III, 298-302), le Bouddha explique :

   « Lorsque qu'un pratiquant voit une forme matérielle grâce à ses yeux, il se produit chez lui une sensation agréable ou une sensation désagréable ou une sensation à la fois agréable et désagréable.

     Le pratiquant la reconnaît pour ce qu'elle est : « Voici une sensation agréable qui se produit en moi. Voici une sensation désagréable qui se produit en moi. Voici une sensation à la fois agréable et désagréable qui se produit en moi. Cette sensation se produit parce qu'elle est un fait conditionné ; elle est un fait grossier ; c'est un effet qui se produit par des causes. Cependant, c'est l'équanimité qui est pure, qui est excellente ».

   Lorsqu'il réfléchit ainsi, la sensation agréable ou la sensation désagréable ou la sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe en lui. Enfin, c'est l'équanimité qui reste. Tout comme, ô Ānanda, un homme qui peut voir, ayant les yeux ouverts, les ferme ou, les ayant fermés, les ouvre, de même, ô Ānanda, c'est avec une telle vitesse, une telle rapidité, une telle aisance qu'une sensation agréable ou une sensation désagréable ou une sensation à la fois agréable et désagréable s'estompe. Enfin, c'est l'équanimité qui reste. Telle est, ô Ānanda, le développement de la faculté sensorielle concernant les formes matérielles connaissables par les yeux1 ».

     L'équanimité est donc intimement liée à la conscience de la fugacité de la sensation. La méditation de l'équanimité a donc ici pour préalable la méditation de l'impermanence. Bien sûr, on pourrait rétorquer qu'une sensation peut durer plus que quelques instants. Quand on est malade, la sensation douloureuse de notre corps peut durer des jours entiers. Mais quand on analyse finement cette sensation qui dure et qui dure encore, on se rend compte que cette sensation se décompose en une chaîne d'instants de sensation. La sensation désagréable que l'on éprouve durant la maladie n'est pas une seule sensation, mais une suite de sensations, comme un film est une suite d'images qui se succèdent sur la pellicule. Or l'équanimité agit dans l'instant présent de cette sensation : celle-ci ne dure qu'un instant comme un battement de paupières avant de laisser la place à une autre sensation.

    Le Bouddha applique, dans ce Soûtra du Développement des Facultés Sensorielles, le même raisonnement aux autres facultés sensorielles : l'équanimité dans l'instant de la sensation sonore est comparée au claquement de doigts, l'équanimité dans l'instant de la sensation olfactive est comparée à la goutte d'eau qui tombe et dévale d'une feuille de lotus. La fleur de lotus a la particularité de ne donner aucune adhérence à l'eau, ce qui fait que l'eau glisse particulièrement vite sur sa surface. L'équanimité dans l'instant de la sensation gustative est comparée à un crachat ; l'équanimité dans l'instant de la sensation tactile est comparée au fait de tendre un bras. Enfin, l'équanimité dans l'instant de la sensation mentale est comparée à une goutte d'eau qui tombe sur une plaque de four en fusion et qui s'évapore dans l'instant. L'équanimité qui se maintient dans la fugacité de l'instant permet de dissoudre cet attachement au sensation qui fait que l'on désire avidement les sensations plaisantes et que l'on rejette violemment toute sensation désagréable.

     Par ailleurs, l'équanimité provient aussi de la conscience de la causalité. Aucun phénomène n'existe de manière indépendante comme une fatalité tombée du ciel. Une fois que l'on comprend l'enchaînement des causes et des conditions qui ont fait advenir les événements auxquels nous sommes confrontés, on peut d'autant plus facilement les relativiser et s'apaiser par rapport à eux.

    Cette faculté d'apaisement n'est jamais pourtant vraiment totale. Peut-être chez un Bouddha est-elle totale, mais chez la plupart des pratiquants de la méditation, la vie n'est pas vécue de manière totalement égale et sereine. La colère et l'irritation pourront vous envahir. Certains maîtres zen étaient d'ailleurs connus pour leur coup de sang. On peut avoir des moments de déprime, être stressé, plonger dans le désespoir. L'équanimité n'agit pas nécessairement tout de suite, d'un seul coup, comme par un coup de baguette magique. L'équanimité agit le plus souvent lentement, doucement. Vous êtes envahis par une émotion, c'est naturel, et puis il faut avoir le réflexe de revenir à la méditation. Au lieu d'entretenir cette émotion perturbatrice et laisser courir les pensées incontrôlées comme un torrent impétueux, revenir à la conscience silencieuse du moment présent. Au début, c'est difficile parce que des orages de pensées noires nous traversent, notre corps est le témoin et la victime de ces crispations qui l'assiègent de toute part. Mais par la méditation de l'équanimité, cela redescend lentement. L'amour infini, la compassion infinie et la joie infinie finiront par chasser ces nuages noires qui planent sur notre esprit et feront revenir un ciel radieux dans notre flux de conscience.

      En fait, c'est vraiment une question d'avoir le réflexe de se tourner vers la pratique de shamatha / vipashyanā (quiétude & vision pénétrante) plutôt que de se laisser emporter par le flot émotionnel. Pour cela, il faut s'entraîner encore et encore à la méditation afin d'ancrer ce réflexe de la méditation au plus profond de nous-mêmes. Cela vient lentement, lentement, lentement.... L'équanimité n'est pas un ordre autoritaire que la raison pourrait décréter envers et contre tout dans notre psychisme. On dit souvent qu'un arbre qui pousse fait plus de bruit qu'une forêt qui tombe. Et la croissance de l'équanimité dans toutes les parties les plus fines de notre être est encore plus silencieuse, inodore, invisible... Il faut commencer par cultiver l'équanimité dans des petites choses, par exemple quand vous attendez votre bus et que vous vous impatientez de ne pas le voir venir. Progressivement, l'équanimité gagnera du terrain en nous.

      Mais cette équanimité ne sera jamais totale, sauf peut-être dans le cas hypothétique d'un Bouddha parfaitement accompli. En fait, il y a toute une mythologie tant dans la tradition gréco-romaine que dans les traditions indiennes ou chinoises dont il conviendrait de se défaire : c'est l'idée d'un Sage totalement impassible face à l'adversité de la vie, face même à la torture ou à des souffrances inimaginables. Rien ne pourrait le perturber. On trouve cela fortement inscrit dans l'éthique stoïcienne où le Sage reste de marbre face aux orages du Destin. En Inde, on imagine les bouddhas du bouddhisme et les rishis de l'hindouisme ainsi que les jinas du jaïnisme aussi imperturbables que les statues qui les représentent. Mais voilà, les Sages, les bouddhas, les jinas et les rishis ne sont pas des statues, mais des êtres humains faits de chair et de sang. Ce sont comme comme nous des êtres doués de sensibilité et de conscience, et ils ressentent au moins la douleur physique autant que nous. Bien sûr, on peut s'entraîner par un effort colossal de la volonté à maîtriser ses affects ; mais je me demande dans quelle mesure il n'y a pas un orgueil incommensurable à vouloir se faire plus imperturbable qu'un roc.

     En fait, la peur, le stress, l'angoisse sont des choses très désagréables, mais elles ne sont pas dénuées d'utilité pour notre survie et l'évolution de notre espèce. Supposons que nous soyons poursuivis par un lion. On a tout intérêt à avoir peur et à être stressé ! Cela nous donnera des ailes pour fuir au plus vite ce danger. Certes, quand la peur devient de la panique, on a souvent des réactions complètement irrationnelles et contre-productives : on reste figé et tremblant là où on devrait ses jambes à son coup, ou on fuit là où il serait beaucoup plus sensé de rester immobile et d'attendre que le danger passe. C'est pareil pour la colère. La colère est mauvaise si elle nous conduit à la violence, au ressentiment et à la malveillance. Mais rester de marbre face à une injustice peut donner à l'impression à celui qui commet l'injustice qu'il ne fait là rien de mal. Exprimer notre colère ou notre rébellion peut envoyer à l'autre le message qu'il fait quelque chose de mal.

      C'est pourquoi cette idée de rester imperturbable quoi qu'il arrive n'est pas nécessairement un bon idéal de sagesse à atteindre. J'y verrais pour ma part une vision figée et faussée de la sagesse. Le Bouddha n'hésitait pas à exprimer sa désapprobation devant le comportement de certains de ses disciples, voire à les réprimander vertement. Par ailleurs, certaines personnes sont plus sensibles que d'autres, certains personnes connaissent plus d'angoisse que la moyenne des gens, d'autres sont naturellement ou à cause des aléas de la vies plus frappées de dépression ou de désespoir. Je pense que la sagesse consiste à vivre de manière dynamique avec ce que nous sommes. J'ai souvent connu des crises d'angoisse ; et au début où je pratiquais la méditation, j'avais l'ardent désir de parvenir à apaiser totalement ces crises d'angoisse grâce à la pratique de shamatha / vipashyanā. Mais cette angoisse persistait au fil des ans où je pratiquais assidûment la méditation, plusieurs heures par jour. Je vivais cela comme un échec. Jusqu'au jour où j'ai compris que la méditation ne devait pas m'aider à éteindre l'angoisse, mais vivre tranquillement cette angoisse. Il m'arrive encore d'être traversé par des crises d'angoisse, mais je ne m'angoisse plus d'angoisser. Je vis ces moments désagréables d'angoisse avec une certaine équanimité comme quelqu'un qui serait malade d'une fièvre et qui doit bien prendre son mal en patience. Mais surtout je n'écoute plus le discours de cette angoisse, cette production infernale du mental qui se tracasse de tout et de rien. Je sais que c'est là : « il y a là de l'angoisse », mais je ne vois plus là une raison de perdre sa sérénité.




Ernst Baumann - Le lac de Zell en soirée - 1938






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       L'équanimité peut aussi être mise en relation avec les trois Portes de la Sagesse : vacuité, absence de caractéristique, absence de souhait. La vacuité désigne l'absence d'existence ultime des phénomènes. Les phénomènes n'ont pas la réalité qu'on leur porte. L'absence de caractéristique est la prise de conscience du fait que les concepts, les noms, les idées, les appréciations, les jugements ne sont que des étiquettes que l'on porte sur des phénomènes fluctuants et insaisissables : ces étiquettes conceptuelles ne renvoient à aucune réalité. Pourtant, nous avons la très forte tendance à conférer une réalité à nos concepts et aux caractéristiques dont nous affublons les phénomènes auxquels nous assistons. L'absence de souhait est la prise de conscience qu'il n'y a rien à attendre des phénomènes illusoires, rien à souhaiter, rien à désirer, simplement se contenter dans l'ici et maintenant, dans les choses telles qu'elles sont, et non telles que nous voudrions qu'elles soient.

      Si nous pratiquons l'équanimité en-dehors de ces trois portes de la sagesse, c'est déjà très bien somme toute, mais on ne dépassera pas le stade du monde de Brahma, monde divin fait d'une sublime paix, où tout est amour, compassion et joie, mais où on ne dépasse pas la dualité entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. Le méditant équanime qui médite les quatre demeures de Brahma apaisera son esprit face à la douleur ou ce qui est pénible et ne s'emballera pas face à ce qui est plaisant et jouissif, mais il sera toujours confronté à la dualité de devoir endurer les choses pénibles et ne pas s'exciter excessivement devant les choses plaisantes. Jointe aux trois Portes de la Sagesse, la vacuité, l'absence de caractéristique et l'absence de souhait, l'équanimité prend une autre ampleur. Dans l'absence de caractéristique, on cesse de juger constamment les phénomènes et les diviser en bons et en mauvais. On prend conscience que ce ne sont que des divisions relatives qui n'ont pas cours dans l'absolu. Dans l'absence de souhait, on s'établit dans l'instant présent, ne souhaitant rien pour l'avenir. On se libère de cette propension fondamentale qu'ont tous les êtres à rechercher avidement le plaisir et le bonheur et à repousser frénétiquement la douleur et le mal-être. L'absence de souhait agit alors en amont de l'équanimité et la facilite grandement. Jointe aux Trois Portes de la Sagesse, l'équanimité devient un véritable facteur d’Éveil. D'ailleurs justement, dans la liste des sept facteurs d’Éveil, l'équanimité est le septième et le plus haut de ces facteurs d’Éveil2.


     Dans le Soûtra de la Distinction des Éléments (Dhātu Vibhanga Sutta, Majjhima Nikayā, III, 237-247), le Bouddha explique ce rôle de l'équanimité dans la méditation pour aller dans les plus hautes sphères de la concentration méditative3  (c'est moi qui met les intertitres):

« 1°) Prise de conscience de l'apparition et de la disparition des sensations agréables, désagréables ou neutres.

     Supposons, ô moine, que la chaleur soit obtenue, que la lumière soit produite par la frottement de deux pièces de bois. Lorsque ces deux pièces de bois se sont séparées, leur chaleur réciproque cesse, puis disparaît. Il en est de même, ô moine, d'une sensation agréable qui se produit du contact qui donne une sensation agréable. En éprouvant une sensation agréable, on sait : « je sens une sensation agréable ». Lorsqu'il y a cessation du contact qui a donné la sensation agréable, on sait : « La sensation agréable qui s'est produite à cause du contact qui a donné la sensation agréable a cessé, elle a disparu ».

     Supposons, ô moine, que la chaleur soit obtenue, que la lumière soit produite par la frottement de deux pièces de bois. Lorsque ces deux pièces de bois se sont séparées, leur chaleur réciproque cesse, puis disparaît. Il en est de même, ô moine, d'une sensation désagréable qui se produit du contact qui donne une sensation désagréable. En éprouvant une sensation désagréable, on sait : « je sens une sensation désagréable ». Lorsqu'il y a cessation du contact qui a donné la sensation désagréable, on sait : « La sensation désagréable qui s'est produite à cause du contact qui a donné la sensation désagréable a cessé, elle a disparu ».

     Supposons, ô moine, que la chaleur soit obtenue, que la lumière soit produite par la frottement de deux pièces de bois. Lorsque ces deux pièces de bois se sont séparées, leur chaleur réciproque cesse, puis disparaît. Il en est de même, ô moine, d'une sensation ni agréable, ni désagréable qui se produit du contact qui donne une sensation ni agréable, ni désagréable. En éprouvant une sensation agréable, on sait : « je sens une sensation agréable ». Lorsqu'il y a cessation du contact qui a donné la sensation ni agréable, ni désagréable, on sait : « La sensation ni agréable, ni désagréable qui s'est produite à cause du contact qui a donné la sensation ni agréable, ni désagréable a cessé, elle a disparu ».

2°) Développement et purification de l'équanimité

    Alors, ce qui reste, c'est l'équanimité, bien pure, bien propre, souple, docile et brillante. Supposons, ô moines, qu'un habile orfèvre ou apprenti-orfèvre prépare un four. Ayant préparé le four, il l'allume. L'ayant allumé, il prend l'or avec des pinces et le jette dans le four. Puis de temps en temps, il souffle sur le feu ; de temps en temps, il arrose légèrement le four et de temps en temps il le regarde attentivement. Voici que l'or devient clair, pur, net, propre, libre de scories, souple, malléable et brillant, à tel point que cet or rend possible la fabrication d'une bague, d'un bracelet, d'un collier ou d'une guirlande d'or comme on le veut. De même, ô moine, l'équanimité qui reste est pure, souple, docile et brillante.

3°) Entrée dans les absorptions méditatives des mondes divins Sans Forme.

     Le pratiquant comprend ainsi :

   « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère d'Espace Infinie, et si je développe ma pensée selon elle, alors cette équanimité reposant sur elle, nourrie par elle, restera auprès de moi pendant longtemps ».

   « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère de Conscience Infinie, et si je développe ma pensée selon elle, alors cette équanimité reposant sur elle, nourrie par elle, restera auprès de moi pendant longtemps ».

   « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère du Néant, et si je développe ma pensée selon elle, alors cette équanimité reposant sur elle, nourrie par elle, restera auprès de moi pendant longtemps ».

   « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère de Ni Perception, Ni Non-Perception, et si je développe ma pensée selon elle, alors cette équanimité reposant sur elle, nourrie par elle, restera auprès de moi pendant longtemps ».

4°) Détachement des Sphères des mondes divins Sans Forme.

    Ensuite, le pratique comprend :

  « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère d'Espace Infinie, et si je développe ma pensée selon elle, ce ne sera qu'une chose conditionnée. »

  « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère de Conscience Infinie, et si je développe ma pensée selon elle, ce ne sera qu'une chose conditionnée. »

  « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère du Néant, et si je développe ma pensée selon elle, ce ne sera qu'une chose conditionnée. »

  « Si je concentre cette équanimité ainsi purifiée, ainsi nettoyée, sur la Sphère de Ni Perception, Ni Non-Perception, et si je développe ma pensée selon elle, ce ne sera qu'une chose conditionnée. »


5°) Détachement et réalisation du Nirvāna

  Ainsi, sans produire les choses conditionnées, sans intention de devenir ou de rester sans devenir, désormais la pratiquant ne saisit plus rien. Puisqu'il ne saisit pas, il n'est pas troublé. N'étant pas troublé, il atteint le Nirvāna, et il sait : « Toute nouvelle naissance est anéantie ; la Conduite pure est vécue ; ce qui doit être achevé est achevé, il n'y a plus rien qui demeure à accomplir, il n'est plus de devenir ». »











1On trouvera une traduction du Soûtra du Développement des Facultés Sensorielles dans : Môhan Wijayaratna, « Sermons du Bouddha », Points / Sagesse, Paris, 2006, pp. 185-195.

2Les sept facteurs d’Éveil sont : 1°) l'attention, 2°) l'investigation des Dharmas, 3°) la persévérance, 4°) la joie, 5°) la souplesse, 6°) la concentration, 7°) l'équanimité.


3Môhan Wijayaratna, « Le Bouddha et ses disciples », éd. Cerf, Paris, 1990, pp. 236-237.























Qu'est-ce que la compassion?

        On pense parfois que la compassion consiste à s'affliger soi-même de la détresse des autres, mais, dans la philosophie du Bouddha, rien de tout cela : la compassion est définie comme le souhait ardent que les autres soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance.


- Compassion (Dalaï-Lama)


Esprit d’Éveil

     Comment produire l'esprit d’Éveil ou bodhicitta? L'esprit d’Éveil est le souhait que tous les êtres soient libérés de la souffrance et deviennent des êtres pleinement éveillés. Les enseignements du lama tibétain Dza Patrül Rimpotché (XIXème siècle). 



Joie 

   Qu'est-ce que la joie spirituelle prônée par le Bouddha ?



- Éros, philia et agapé

   Réflexions sur les différentes formes de l'amour



- Empathie et altruisme

   Développer l'empathie et l'altruisme selon la philosophie bouddhiste






    Le bonheur est-il en nous ? Ou se trouve dans notre relation avec les autres ?



- En compagnie du souffle - 4ème partie



- Des montagnes et des plaines (Fernando Pessoa)

   Sur les inégalités de la vie...


- L'équanimité de l'Arahant (Nāgasena) et mon commentaire

    En quoi l'Arahant est encore touché par les sensations physiques, mais n'est pas affectée par elle. En quoi il a cessé d'éprouver des sensations mentales.





S.M.H. Amsterdam







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