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mardi 4 août 2026

Prêt à Marat, prêt à Tibère



Je voudrais revenir sur un article écrit maintenant, il y a plus de dix ans, et qui est un commentaire d'un poème de Victor Hugo : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent » : https://lerefletdelalune.blogspot.com/2015/11/ceux-qui-vivent-ce-sont-ceux-qui-luttent.html


De manière générale, le poème oppose d'un côté la lutte d'individus simples qui cherchent à s'élever et, de l'autre côté, la foule, la plèbe et ses bas instincts, sa médiocrité et ses intérêts égoïstes. Cette plèbe n'est pas ici opposée aux nobles, aux patriciens, mais ceux qui sont bons, humbles, qui suivent un idéal qui les dépasse, ceux qui, nuit et jour, on devant les yeux « quelque saint labeur ou quelque grand amour ». Victor Hugo dit explicitement que ce sont des gens issus du peuple :


« C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,

C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche ».


Je précise pour comprendre ce qui suivre que je ne suis ni un spécialiste de Victor Hugo (que je trouve souvent trop emphatique et ampoulé), ni un spécialiste de la Révolution française en générale ou de la Terreur en particulier. Et je ne suis pas non plus un spécialiste du révolutionnaire Jean-Paul Marat, ni d'ailleurs de l'empereur romain Tibère. Je me suis enthousiasmé à cette époque en 2015 pour ce poème de Victor Hugo et je me suis risqué à une interprétation de ce poème sans aucune prétention autre que mon enthousiasme et ma qualité d'amateur de ce poème. « Amateur » dans le sens de celui qui aime profondément quelque chose, mais aussi dans le sens qui n'est pas un professionnel du domaine, un expert, un spécialiste.


Or il se trouve qu'une erreur s'est glissée dans mon commentaire concernant Marat et les vers suivants :


« Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,

Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,

Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,

Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus ».


J'ai écrit : « On a là cette foule pleine de ressentiment et de malveillance, prête à entendre n'importe quel tribun qui saura rassembler leurs haines, et qui suivra un tyran comme l'empereur Tibère ou qui assassinera lâchement un grand homme comme le révolutionnaire Marat ».


En 2018, un internaute m'a fait signaler mon erreur concernant Marat : « Belle analyse, mais complet contresens quant à Marat, considéré par Hugo et par quasi tous les historiens aujourd'hui comme un révolutionnaire sanguinaire. Hugo n'accuse pas le peuple de l'avoir tué, mais de l'avoir bêtement suivi!  » Sur le moment, je n'ai pas vu le commentaire, mais quand je me suis rendu compte de son existence en 2019, j'ai immédiatement répondu : « Oui, l'erreur est mienne. Victor Hugo condamne la figure de Marat au même titre que Tibère. Mea culpa ».


Mon erreur vient simplement de l'influence du célèbre tableau de David qui présente Jean-Paul Marat comme un martyr de la Révolution. Naïvement, j'ai imaginé Hugo comme un admirateur de Marat, Hugo qui écrit dans les « Misérables » : « Le droit a sa colère (...), et la colère du droit est un élément du progrès. N’importe, et, quoi qu’on en dise, la révolution française est le plus puissant pas du genre humain depuis l’avènement du Christ. Incomplète, soit, mais sublime. Elle a dégagé toutes les inconnues sociales ; elle a adouci les esprits ; elle a calmé, apaisé, éclairé ; elle a fait couler sur la terre des flots de civilisation. Elle a été bonne. La révolution française, c’est le sacre de l’humanité ». (Fantine, livre II, chapitre « L'onde et l'ombre »)






Jacques-Louis David, Marat assassiné, 1793





Quand j'ai écrit mon interprétation du poème en 2015, j'avais buté sur les mots : « prêt à Marat comme prêt à Tibère », et je n'avais pas trouvé plus d'information sur internet. Une fois, que l'on sait que Victor Hugo a été très critique envers la Terreur, notamment dans son roman « Quatre-vingt-treize », le sens découle beaucoup plus naturellement et plus simplement. Marat a contribué à fanatiser la foule imbécile avec ses diatribes enragées. Ainsi, dans ce roman sur la période de la Terreur et des guerres de Vendée, la scène fictive où Robespierre, Danton et Marat discute sur ce qu'il convient de faire, notamment par rapport à la problématique de la Vendée qui se soulève à ce tournant de la Révolution en 1793 et sur la question de savoir le degré de menace intérieure de la Vendée par rapport aux menaces extérieures des monarchies européennes.


Marat y tient un très long monologue que l'on qualifierait aujourd'hui de paranoïaque et complètement conspirationniste : « En effet, quel homme suis-je ? J’ai dénoncé Chazot, j’ai dénoncé Pétion, j’ai dénoncé Kersaint, j’ai dénoncé Moreton, j’ai dénoncé Dufriche-Valazé, j’ai dénoncé Ligonnier, j’ai dénoncé Menou, j’ai dénoncé Banneville, j’ai dénoncé Gensonné, j’ai dénoncé Biron, j’ai dénoncé Lidon et Chambon ; ai-je eu tort ? je flaire la trahison dans le traître, et je trouve utile de dénoncer le criminel avant le crime. J’ai l’habitude de dire la veille ce que vous autres vous dites le lendemain. Je suis l’homme qui a proposé à l’Assemblée un plan complet de législation criminelle. (...)


J’ai demandé qu’on prît cent mille parents d’émigrés comme otages pour les commissaires livrés à l’ennemi, j’ai proposé de déclarer traître tout représentant qui passerait les barrières, j’ai démasqué la faction rolandine dans les troubles de Marseille, j’ai insisté pour qu’on mît à prix la tête d’Égalité fils, j’ai défendu Bouchotte, j’ai voulu l’appel nominal pour chasser Isnard du fauteuil, j’ai fait déclarer que les Parisiens ont bien mérité de la patrie ; c’est pourquoi je suis traité de pantin par Louvet, le Finistère demande qu’on m’expulse, la ville de Loudun souhaite qu’on m’exile, la ville d’Amiens désire qu’on me mette une muselière, Cobourg veut qu’on m’arrête, et Lecointe-Puiraveau propose à la Convention de me décréter fou. (...)


Je n’ai aucun goût pour les tête-à-tête avec des contre-révolutionnaires tels que Robespierre et vous (Danton). Du reste, je devais m’y attendre, vous ne m’avez pas compris ; pas plus vous que Robespierre, pas plus Robespierre que vous. Il n’y a donc pas d’homme d’État ici ? Il faut donc vous faire épeler la politique, il faut donc vous mettre les points sur les i. Ce que je vous ai dit voulait dire ceci : vous vous trompez tous les deux. Le danger n’est ni à Londres, comme le croit Robespierre, ni à Berlin, comme le croit Danton ; il est à Paris. Il est dans l’absence d’unité, dans le droit qu’a chacun de tirer de son côté, à commencer par vous deux, dans la mise en poussière des esprits, dans l’anarchie des volontés…


L’anarchie ! interrompit Danton, qui la fait, si ce n’est vous ?

Marat ne s’arrêta pas.

Robespierre, Danton, le danger est dans ce tas de cafés, dans ce tas de brelans, dans ce tas de clubs, club des Noirs, club des Fédérés, club des Dames, club des Impartiaux, qui date de Clermont-Tonnerre, et qui a été le club monarchique de 1790, cercle social imaginé par le prêtre Claude Fauchet, club des Bonnets de laine, fondé par le gazetier Prudhomme, et cætera sans compter votre club des Jacobins, Robespierre, et votre club des Cordeliers, Danton. Le danger est dans la famine, qui fait que le porte-sacs Blin a accroché à la lanterne de l’Hôtel de ville le boulanger du marché Palu, François Denis, et dans la justice, qui a pendu le porte-sacs Blin pour avoir pendu le boulanger Denis. Le danger est dans le papier-monnaie qu’on déprécie. Rue du Temple, un assignat de cent francs est tombé à terre, et un passant, un homme du peuple, a dit : Il ne vaut pas la peine d’être ramassé. Les agioteurs et les accapareurs, voilà le danger. (...)



Ah ! vous cherchez le danger loin, quand il est près. À quoi vous sert votre police, Robespierre ? (...) Eh bien, sachez ceci : le danger est sur vos têtes, le danger est sous vos pieds ; on conspire, on conspire, on conspire ; les passants dans les rues s’entre-lisent les journaux et se font des signes de tête ; six mille hommes, sans cartes de civisme, émigrés rentrés, muscadins et mathevons, sont cachés dans les caves et dans les greniers, et dans les galeries de buis du Palais-Royal (...)



Robespierre regardait attentivement la carte.

Ce qu’il faut, cria brusquement Marat, c’est un dictateur. Robespierre, vous savez que je veux un dictateur.

Robespierre releva la tête.

Je sais, Marat, vous ou moi.

Moi ou vous, dit Marat. »

(Victor Hugo, Quatre-vingt-treize, 1874, 2ème partie, livre II, II)



Les écrits de Marat, eux-mêmes, laissent peu de doute sur la violence du gars. Ainsi dans son fameux journal « L'ami du peuple » : « Aveugles citoyens ! Serez-vous toujours insensés ? N'ouvrirez-vous jamais les yeux ? Il y a dix mois cinq cent têtes abattues auraient assuré votre bonheur ! Pour vous empêcher de périr, vous serez peut-être forcés d'en abattre cent mille, après avoir vu massacrer vos frères, vos femmes et vos enfants ».



Toute une légende noire s'est constituée autour de Marat, exactement comme Robespierre a eu également sa légende noire. L'un des plus virulents a été l'historien du XIXème siècle, Jules Michelet dans son Histoire de la Révolution Française (tome IV, chap. 3 : La Convention – La Gironde et la Montagne – septembre/octobre 1792)  : « Échappé de sa cave, sans rapport avec la lumière, ce personnage étrange, au visage cuivré, ne semblait pas de ce monde-ci. Il voyait bien l’étonnement des simples, il en jouissait. Le nez au vent, retroussé, vaniteux, aspirant tous les souffles de la popularité, les lèvres fades et comme vomissantes, prêtes, en effet, à vomir les injures et les fausses nouvelles. Quoi, c’est là Marat? cette chose jaune, verte d’habits, ces yeux gris jaune si saillants... C'est au genre batracien qu’elle appartient à coup sûr, plutôt qu’à l’espèce humaine. De quel marais nous arrive cette choquante créature ?... Son front jaune, son vaste rictus de crapaud souriait effroyablement sous sa couronne de laurier ».



Pour autant, je ne suis pas certain qu'il f aille croire sur parole tous les horreurs de cette légende noire de Marat et de Robespierre. Victor Hugo, lui-même, est beaucoup plus mesuré dans ses notes préparatoires pour son roman « Quatre-vingt-treize » : « Marat fut un espèce d'invisible, présents partout. Être senti sans être vu, c'est le propre des dieux et des démons. Marat n'était pas plus un écrivain que Robespierre n'était un orateur : ces hommes étaient des forces ».



Ou encore, Hugo qui écrit dans ces mêmes notes : « Tant qu’il y aura des misérables, il y aura sur l’horizon un nuage qui peut devenir un fantôme, et un fantôme qui peut devenir Marat ». Dans une note de 1854, il est assez radical :  « Moi, si je faisais l'histoire de la Révolution (et je la ferai), je dirais tous les crimes des révolutionnaires, seulement je dirais quels sont les vrais coupables, ce sont les crimes de la monarchie ».



En outre, des historiens rejettent cette légende noire. Ainsi, sur le site « Le vent se lève », on trouve un article intitulé « Derrière la légende noire, retour sur un "ami du peuple" » qui montre que Marat est surtout motivé par la détresse du peuple et qui résonne avec ce que Victor Hugo dit de Jean-Paul Marat : « La centralité de la lutte des classes dans la pensée de Marat distingue sa conception du peuple de celle des Jacobins. Pour ces derniers, le peuple c’est l’ensemble des citoyens sans distinction. Pour Marat, ce sont seulement les pauvres car la Révolution n’a été faite que par eux, c’est-à-dire « par les dernières classes de la société, par les ouvriers, les artisans, les détaillants, les agriculteurs, par la plèbe, par ces infortunés que la richesse impudente appelle canaille et que l’insolence romaine appelait prolétaires ». (...) À ses yeux, ce sont moins les forces productives qu’une accumulation de « complots » qui constituent le sens de l’histoire. L’antagonisme qu’il esquisse entre le petit nombre des riches et la grande masse des pauvres est rudimentaire – mais demeure structurant tout au long de sa vie ».



On me répliquera que « Le vent se lève » est un média très marqué à gauche. Bien sûr, mais il me semble intéressant de montrer que ce n'est pas « quasi tous les historiens » qui crachent sur Marat comme me le disait l'internaute qui m'avait critiqué en 2018. Encore aujourd'hui, vous avez toute une série d'historiens, dont une bonne partie d'historiens de gauche, qui refusent la légende noire de Marat comme la légende noire de Robespierre. En 2026, c'est encore un enjeu politique que de défendre ou de dénoncer l'héritage politique de ces deux révolutionnaires, Marat et Robespierre. Jean-Luc Mélenchon et d'autres acteurs importants de la France Insoumise revendiquent régulièrement et convoquent la figure de Robespierre comme une figure de leur lutte politique.



Alors loin de moi l'idée de me faire juge de cette controverse. Marat est-il un salaud totalitaire ou un défenseur un peu trop zélé de la veuve et de l'orphelin ? Je ne me prononcerai pas ici sur cette question. J'ai dit plus haut que je ne suis pas historien et je ne suis pas un spécialiste de la Révolution Française, même si c'est une période qui m'intéresse beaucoup. Je ne suis pas non plus un spécialiste de Jean-Paul Marat.



Néanmoins, il me semble intéressant de rappeler le débat encore très vif sur ces figures de la révolution. C'est pourquoi, intuitivement, je n'avais pas corrigé mon erreur sur Marat dans mon commentaire du poème de Victor Hugo : « Ceux qui vivent, ce sont ceux luttent ». La critique de l'internaute est restée bien visible ainsi que le fait que j'admette mon erreur, mais je n'avais rien changé jusqu'à aujourd'hui.



Une critique assez désagréable est apparue hier : « Le contre-sens sur Marat écroule tout le reste, hélas….mais inégalable Hugo…!!!!  » J'ai reçu cette critique avec une irritation. Je déteste quand des intellectuels utilisent une faute mineure pour décrédibiliser tout un travail. Surtout que le gars reprend le terme de « contre-sens » que le premier internaute qui avait critiqué mon travail en 2018. Probablement a-t-il lu quelque chose qu'il n'avait pas vu lui-même et se permet de tout remettre en question.



Donc, non, mon erreur sur Marat « n'écroule pas » tout le reste ! Victor Hugo a sélectionné deux exemples où la foule s'emporte dans une furie collective et meurtrière. Deux exemples qui lui parlaient, lui, homme du XIXème siècle, mais qui ne nous parlent pas du tout à nous, hommes du XXIème siècle ! D'où mon erreur. Si Hugo avait écrit ce poème aujourd'hui, il aurait probablement évoqué Hitler, Staline, Mussolini, les jihadistes, éventuellement Trump et les MAGA, Benjamin Netanyahu et Tsahal...


Mais le sens est là, peu important que la foule était dirigée par Marat, et non contre Marat. C'est un détail. L'important était de comprendre que Victor Hugo met en valeur l'homme qui réfléchit par lui-même et essaye d'apporter du bien à la société du fait de son travail et de son amour. Et il crache sur la foule des gens aigris qui suivent aveuglément les courants de haine et de médiocrité de leur époque, parce qu'il est plus facile de suivre le courant que de s'élever humainement et spirituellement.



Donc, pour ne pas recevoir de nouvelles critiques, j'ai décidé de corriger mon texte pour ne pas laisser de faiblesse qui permettrait à mes détracteurs d'invalider tout un texte sur base d'une seule erreur sur des détails. Il est donc écrit maintenant : « On a là cette foule pleine de ressentiment et de malveillance, prête à entendre n'importe quel tribun qui saura rassembler leurs haines, et qui suivra un tyran comme l'empereur Tibère ou qui suivra lâchement Marat dans sa volonté de faire régner la Terreur au sein de la Révolution Française ». Néanmoins, il m'a semblé intéressant d'expliquer dans ces lignes les enjeux et les ambiguïtés qui se cachaient derrière mon erreur et sa correction.





Danton, Marat et Robespierre réunis au cabaret de la rue du Paon
(scène fictive de "Quatre-vingt-treize" de Victor Hugo)
Dessin de Diogène Maillart, musée Carnavalet, 1876.



Lire également sur Victor Hugo :







Lire aussi : 

- La nef des fous (où le philosophe Jacques Derrida avait critiqué et discrédité l'entièreté de le "L'histoire de la folie" de Michel Foucault à partir de la critique d'un détail de son livre qui évoquait les méditations de René Descartes) 



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Joseph Boze, Portrait de Jean-Paul Marat (1743-1793), 1793
Musée Carnavalet





dimanche 2 août 2026

Sophie Straat et le racisme anti-blanc

 


Le lundi 20 juillet 2026 se produisait la chanteuse néerlandaise Sophie Straat sur la scène du Boomtown Festival dans le cadre des dix jours des fêtes de Gand en Belgique. Lors de la dernière chanson, Sophie Straat a expressément demandé aux hommes blancs cisgenres de reculer au fond pour laisser la place aux personnes racisées, aux femmes et aux personnes LGBTQ+ : « Il n'y a jamais de temps pour la nuance. Nous avons depuis longtemps dépassé l'époque de la nuance. Tous les hommes blancs, derrière ! C'est le moment des filles, des personnes queer et des personnes racisées. Pas de temps pour la nuance : nous sommes déjà trop tard, depuis longtemps trop tard pour la nuance. Tous les hommes blancs derrière, les hommes blancs derrière ! » Cela a suscité un certain tollé d'autant plus qu'elle n'était pas à son coup d'essai : quelques jours plus tôt, il avait déjà fait ce genre de demande à un concert aux Pays-Bas, avec là aussi un tollé au niveau national.











Plus de 200 plaintes ont été adressées à UNIA, comme elle se définit elle-même : l'institution publique belge, interfédérale et indépendante qui lutte contre la discrimination et promeut l’égalité. Et l'affaire a rebondit le jeudi 23 juillet quand UNIA a délivré son jugement : « Circulez, il n'y a rien à voir. Circulez, bonnes gens ! ».


Même s'ils admettent que ces propos peuvent être problématiques, ils ne sont pas caractérisables comme des propos racistes ou sexistes. Unia affirme ainsi dans son communiqué : « Dans sa déclaration, Sophie Straat faisait référence à des critères protégés tels que le genre ("hommes") et la couleur de peau ("blancs ").Pour déterminer s'il s'agit d'une discrimination au sens de la loi, le contexte dans lequel ces déclarations ont été faites est déterminant. Sophie Straat a tenu ces propos à la fin d'une prestation artistique portant un message politique visant à dénoncer les inégalités structurelles.


Selon la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, les expressions artistiques et politiques bénéficient d'une large protection au titre de la liberté d'expression, même lorsqu'elles provoquent, choquent ou blessent. Dans ce contexte, l'appel semble avant tout constituer un geste symbolique destiné à dénoncer des rapports de pouvoir existants, plutôt qu'un véritable appel à l'exclusion. Par ailleurs, rien n'indique que les hommes blancs aient effectivement été exclus du concert ou empêchés de participer aux activités du festival ».



En résumé, UNIA invoque le contexte pour amoindrir la gravité des propos tenus par Sophie Straat. Je ne suis pas certain qu'on chercherait le contexte si un chanteur blanc appelait les Noirs, les Arabes et les pédés à reculer et aller à l'arrière du public. UNIA invoque l'intention de Sophie qui était de « dénoncer les inégalités structurelles ». Depuis quand est-ce une bonne idée de dénoncer des injustices en tenant des propos racistes ? UNIA invoque la liberté d'expression défendue par la Cour Européenne de Justice, mais le racisme ne relève pas de la liberté d'expression en Europe ou en Belgique.



UNIA interprète aussi le geste de Sophie Straat comme une dénonciation des rapports existants, mais cette mansuétude ne touche que ceux qui partagent les mêmes opinions politiques de l'extrême-gauche culturelle woke. UNIA minimise les faits en disant qu'aucun homme blanc n'a été viré du concert ou empêché de participer au festival. Mais en tolérant ces propos, on prépare justement une situation où des milices wokes imposeront ce genre d'exclusion à l'avenir dans les événements culturels de notre pays. Tout comme c'est ce qui se passerait si on laissait des néo-nazis exclure les Blacks et les Arabes de salles de concert et qu'on ne les sanctionnait pas. Ils prendraient de plus en plus la confiance et développeraient un sentiment d'impunité totale.







*****







Je tire deux conclusions de cette triste histoire :



1°) Il y a un racisme anti-blanc en Belgique. On me dira que ce racisme-là vient d'une Blanche. Oui, mais il y a des Juifs antisémites, des Noirs qui ne supportent pas les Africains, et j'avais un ami marocain qui ne voulait pas fréquenter et travailler pour des Marocains. Il n'en disait que du mal ! Par ailleurs, ce genre d'incidents fait comprendre aux populations immigrées qu'ils peuvent allègrement tenir des propos racistes et d'exclusion des personnes blanches pour peu qu'ils adoptent le charabia woke et invoquent une dénonciation des « structures de domination de la suprématie blanche » pour que leurs discours racistes passent crème pour les agences anti-discrimination du pays.



2°) Plus grave : il y a un racisme systémique anti-blanc en Belgique. Ce qui est grave, ce n'est pas seulement que Sophie Straat puisse impunément tenir des propos racistes dans ses spectacles, c'est officiellement protégée par UNIA, mais aussi par l'institut pour l'égalité des hommes et des femmes de Belgique. La situation est la même aux Pays-Bas puisque l'agence de lutte néerlandaise contre la discrimination a tenu un argumentaire très similaire à celui d'UNIA. Cela signifie que le système cautionne et valide ces propos racistes d'un point de vue légal. C'est une conséquence de l'influence de l'idéologie très présente dans les milieux bourgeois universitaires qui se retournent de manière haineuse contre les populations de souche de l'Europe.





*****





Une fois que j'ai dit cela, il reste aux gauchistes wokes à me traiter de « sale fasciste » puisque c'est généralement l'extrême-droite qui dénonce le racisme anti-blanc. Je dirais simplement que je suis de gauche et qu'admettre l'existence du racisme anti-blanc ne fait pas de vous un membre de l'extrême-droite. Je pense même que la dénégation systématique de cette réalité a largement discrédité la gauche comme une idéologie qui ne voit pas le réel.



Une fois que l'on a admis que cet racisme anti-blanc existe, on n'est pas obligé de cautionner les réactions de l'extrême-droite et du nationalisme. On reconnaît le problème et on essaye d'apporter une solution plus mesurée et intelligente que ce que proposent les partisans d'extrême-droite. Les jours qui ont suivi les déclarations fracassantes de Sophie Straat, on a retrouvé un slogan sur un bout de tissu visible de l'autoroute vers la mer à Drongen, tout près de Gand : « Alle bruine mannen naar achteren ! » En français : « Tous les hommes basanés à l'arrière ! »









Est-il nécessaire de rappeler que le racisme des uns ne justifie en aucune façon le racisme des autres ? Ce n'est pas parce que vous avez subi du racisme anti-blanc et que vous êtes blanc que vous avez le droit moral de tenir à votre tour des propos racistes à l'encontre d'autres communautés. Ou que vous êtes légitime tout d'un coup à défendre une idéologie raciste.



Toute à la fin de son concert, Sophie Straat a déclaré : « Faites confiance à votre propre expérience. Si vous ne l’avez pas, faites confiance à votre humanité. Mettez-vous à la place des autres. À partir de maintenant, seulement de l’amour ». Je suis tout à fait d'accord avec elle : plus d'empathie, plus d'amour, plus de bienveillance, qu'on se mette à la place de l'autre, qu'on cherche à mieux comprendre les autres. Tout cela est très bien. Je cautionne, je valide. Mais il faut juste que Sophie Straat applique à elle-même ses propres conseils pour qu'on aille vers un monde meilleur !



Frédéric Leblanc, Liège, 2 août 2026










Comptes-rendus dans la presse & vidéos


Les déclarations litigieuses de Sophie Straat




Le même genre de déclaration aux Pays-Bas (festival Best Secret Kept) : 

Es-tu une femme ? Es-tu queer ? Es-tu de couleur ? Avance. 

Hommes blancs. Hommes blancs, reculez. Hommes blancs, reculez.







Tous les hommes blancs à l’arrière”: une chanteuse néerlandaise crée la polémique aux Fêtes de Gand (7 sur 7, 23 juillet 2026)

https://www.7sur7.be/musique/tous-les-hommes-blancs-a-larriere-une-chanteuse-neerlandaise-cree-la-polemique-aux-fetes-de-gand~a9dbabbc/


Retour sur les propos de Sophie Straat lors des Gentse Feesten (réponse d'UNIA, 29 juillet 2026)

https://www.unia.be/fr/actua/terugblik-op-uitspraak-sophie-straat-gentse-feesten



Signalements à la suite de la prestation de Sophie Straat aux Fêtes de Gand (réponse de l'Institut pour l'égalité des hommes et des femmes, 23 juillet 2026)

https://igvm-iefh.belgium.be/fr/actualites/signalements-la-suite-de-la-prestation-de-sophie-straat-aux-fetes-de-gand


Meldingen overs Sophie Straat (Signalement à propos de Sophie Straat, réponse de l'institut néerlandais contre la discrimination)

https://discriminatie.nl/blog/meldingen-over-sophie-straat/




Vidéo du journal flamand Nieuwsblad





Traduction :

Sophie Straat : Tous les hommes blancs doivent se mettent à l'arrière.

Commentaire : la demande de Sophie Straat a créé de l'émoi et 200 plaintes ont été envoyées à UNIA (l'agence qui lutte contre les discriminations en Belgique et l'égalité des chances). À la fin du concert, la chanteuse néerlandaise a demandé aux hommes blancs de se mettre à l'arrière afin de faire de la place aux femmes, aux personnes de couleur et queers pour un mosh pit temporaire (NB : un mosh pit est une danse à l'avant de la scène où tout le monde se bouscule. De mon temps, on appelait ça un pogo). L'intention était de donner de la place à des groupes qui subissent un exclusion structurelle. Son discours pointait aussi du doigt les personnes privilégiées pour leur sexe assigné et pour leur couleur de peau. Cela a mené à toute une série de signalements auprès d'UNIA. Mais selon le centre de l'égalité des chances (NB : l'ancien nom d'UNIA), il n'y a aucun indice que des hommes blancs ont été réellement exclu lors de ce concert. UNIA a invoqué des décisions de la Cour Européenne des Droits de l'Homme : « Les expressions politiques et artistiques bénéficient d'une large protection pour leur liberté d'expression, même que celles-ci provoquent, choquent ou blessent certaines personnes. Cette protection n'est pas pour autant illimitée : seuls des appels concrets à la discrimination, à l'exclusion et à la haine peuvent limiter cette liberté d'expression. Mais dans ce cas, le centre UNIA ne voit pas de raison de poursuivre plus loin.





Lire également : 

- Crépol et le racisme anti-blanc






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samedi 1 août 2026

Crépol et le racisme anti-blanc

 


Je voudrais réagir à une vidéo où le média d'extrême-gauche Blast donne la parole au sociologue institutionnel Eric Fassin 1 et où il réagit à la décision de la justice d'inculper les prévenus de l'affaire de Crépol de « crimes racistes ». Pour rappel, en 2023 dans le village de Crépol dans la Drôme, le jeune Thomas Perroto (16 ans) avait été poignardé lors d'une rixe où les assaillants auraient tenu des propos racistes : « On est là pour planter des blancs ». Deux autres jeunes hommes ont été grièvement blessés ce soir-là. Eric Fassin conteste cette qualification de racisme et voit là l'influence grandissante de l'extrême-droite.


Eric Fassin explique que la racisme naît en dépendance d'un « contexte » et d'une « Histoire ». Il nous dit (à 3'35) : « Le concept de racisme dans les sciences sociales a un sens. Ce n'est pas simplement un individu face à un autre individu, ou un groupe d'individus face à un autre groupe d'individus. C'est quelque chose qui renvoie à un contexte ou à une Histoire ou aux deux. Et les deux sont souvent mêlés. (Ils donnent des exemples) Ce qui est à peu près évident pour tout le monde, c'est que les images et les mots ne parlent pas tout seul. Ils s'inscrivent dans toute une Histoire. C'est pourquoi nous pouvons facilement reconnaître l'antisémitisme ou le racisme ou l'islamophobie. Cela nous rappelle des choses. Et cela rappelle plus souvent des choses aux personnes dont c'est l'Histoire qu'à d'autres qui ignorant cette Histoire ».


Deux choses à dire :


- 1°) On passe sous silence le racisme comme acte moral ou attitude morale, c'est-à-dire le racisme dans sa dimension première, quand je dévalorise de mon propre chef une personne ou un groupe de personnes du fait de sa race, de son ethnie, de sa nationalité, de sa région, du groupe auquel cette personne appartient. Je dis que c'est la dimension première du racisme parce qu'il repose sur mon sentiment d'identification à un groupe et mon sentiment de rejet par rapport à « eux », ceux qui ne font pas partie de ce groupe. Ce racisme-là est présent en chaque être humain depuis la nuit des temps, depuis que les humains ou avant les hominidés forment des groupes et voient dans les autres groupes une menace directe (ils risquent de nous attaquer) ou une menace pour l'exploitation des ressources (ils vont nous voler notre mammouth).


Bien sûr, le racisme peut être excité par l’État, amplifié et renforcé. Il peut y avoir un discours qui en fait la propagande, qui le justifie avec des arguments qui semblent « rationnels » ou qui le dissémine dans la culture ambiante. Ce qui fait que les individus se sentiront d'autant plus légitimes à soutenir ce discours raciste, à avoir des attitudes racistes, à prononcer des paroles racistes ou à perpétrer des actes racistes.


Ainsi du XVIème siècle au XIXème siècle, tout le discours sur les bons et les mauvais sauvages, les essais soi-disant scientifiques de classification des races et de hiérarchisation des races dans la foulée de l'expansion coloniale et de l'esclavagisme des sociétés occidentales de cette période. Bien sûr que le contexte social et historique est important pour comprendre pourquoi aujourd'hui le racisme est majoritairement considéré moralement comme mauvais alors qu'il aurait semblé parfaitement naturel à un Occidental du XIXème siècle pétris d'idée de supériorité de race.


Mais ce n'est pas pour autant que l'on peut gommer le racisme dans sa dimension morale, d'un individu à l'encontre d'un autre individu ou d'un groupe d'individus à l'encontre d'un autre groupe d'individus. Au commencement et à la fin, il y a toujours des individus qui, dans leur tête, détestent d'autres individus parce qu'ils les assimilent à un autre groupe d'individus, les considèrent comme foncièrement mauvais, inférieur, mal élevé, etc...


On me dira que le concept de racisme vient d'un contexte historique que j'ai rapidement évoqué : la hiérarchisation soi-disant scientifique des races. Ce serait « l'origine » du racisme, et « l'invention » du racisme se serait produite avec les zoos humains au XIXème siècle. On aurait « inventé » le sauvage à cette époque pour faire venir en masse les spectateurs pour ces shows de peuples primitifs. Je pense que cette idée doit vraiment être combattue : non, le racisme existait bien avant la hiérarchisation soi-disant scientifique des races.


Aristote considérait les peuples non-grecs comme des barbares et les Grecs comme un peuple supérieur, libre et naturellement disposé à dominer les autres peuples. Les Chinois voyaient les autres peuples aussi comme des barbares dont il fallait se protéger. D'où l'idée de la Grande Muraille de Chine. Dans le caractère guo qui désigne un pays en chinois et qui a donné Zhongguo 中国 , le « Pays du Milieu », c'est-à-dire la Chine, vous avez l'enceinte d'une muraille tout autour du caractère : c'est-à-dire la séparation xénophobe entre « nous » et « eux » encore et toujours.


Les Occidentaux n'ont pas inventé le racisme, ils ont peut-être créé le mot, mais pas la chose. La hiérarchisation pseudo-scientifique des races n'est pas une origine, mais un redoutable outil de propagande pour répandre et imposer le racisme, et surtout pour justifier l'injustifiable : l'exploitation coloniale, l'esclavagisme ainsi que la ségrégation. Les zoos humains ont été une aberration honteuse et, encore une fois, un outil de propagande pour justifier le bien-fondé idéologique de la « mission civilisatrice et évangélisatrice » des colons d'Occident.


2°) Eric Fassin nous dit qu'il faut regarder le contexte et l'Histoire pour savoir si on est face à du racisme. Mais qui va dire ce contexte ? Qui va dire l'Histoire ? Parce que si le contexte nous est expliqué par Eric Fassin lui-même, on n'est pas prêt de voir du racisme anti-blanc. Un tabassage d'un Blanc en règle ? Des pauvres personnes « racisées » qui se révoltent contre l'oppression systémique du patriarcat blanc cis-genre. Des insultes comme « Sales blancs » ou « sales gwers » ? La libre expression du franc-parler des banlieues contre la domination linguistique fascistes de la bourgeoisie culturelle blanche.


Et pareillement pour l'Histoire. Si on fait appel à un camarade de lutte d'Eric Fassin, l'historien Patrick Boucheron, on aura une Histoire où les Blancs n'ont fait que des horreurs : Auschwitz, Dachau, le génocide des Indiens d'Amérique, l'esclavage, le commerce triangulaire et la traite trans-atlantique, etc... Tandis que les autres peuples « racisés » eux étaient très pacifiques, toujours positifs. Oublié l'esclavage arabo-islamique des peuples d'Afrique, oubliées les invasions mongoles de Gengis Khan et de ses descendants, oubliés les barbaresques qui faisaient des esclaves blancs pour les sultans ottomans sur les cotes de Provence, oubliée la guerre civile des Taipings qui a fait plusieurs dizaines millions de morts dans la Chine du XIXème siècle, etc, etc....



On aura compris que le contexte et l'Histoire servent aux propagandistes de l'idéologie woke se revendiquant des sciences sociales à étouffer toute velléité de dénoncer un racisme anti-blanc alors même que c'est une évidence que de nombreux personnes issus de l'immigration extra-européenne voue une haine profonde aux Européens de souche, une haine complètement raciste. Mais les voyous des banlieues peuvent compter sur la collaboration fidèle des universitaires des sciences humaines pour faire régner un climat de terreur intellectuelle et morale sur cette question. Le dogme doit être maintenu en l'état : seuls les Blancs sont racistes, seuls eux sont homophobes, transphobes et sexistes. (Ce qui en soi est une thèse violemment raciste).


Eric Fassin, dans la vidéo (5' 06''), s'en prend au fait que certains ont dénoncé en 2005 des « ratonnades anti-blancs » : il rappelle à juste titre que le mot « ratonnade » est né dans le contexte de la guerre d'Algérie et qu'il désigne le fait (honteux) que des Algériens étaient parfois passés à tabac dans la France métropolitaine parce qu'Algérien. Si on parle de « ratonnades anti-blancs », c'est précisément par analogie avec le contexte historique : des Blancs sont passés à tabac par des Arabes parce que Blancs ou « gwers » et qu'il y a lieu de s'en inquiéter. Mais avec la grille de lecture d'Eric Fassin, on n'est pas prêt de voir le réel parce qu'il contrevient avec le dogme que le seul racisme est celui des Blancs.


D'où les accusations lancinantes d'extrême-droite dès lors qu'on parle de cette problématique et qu'Eric Fassin ne manque pas de faire tout au long de la vidéo. Le problème est, me semble-t-il : faut-il combattre l'extrême-droite en niant la réalité des choses et racontant des fables ? Le racisme anti-blanc existe. Pourquoi le nier ? C'est comme si je veux combattre le danger que représentent Donald Trump et Benjamin Netanyahu et que j'en venais à la conclusion aberrante que le point commun entre ces deux hommes détestables, c'est qu'ils croient à une Terre ronde et que je me mettais à défendre l'idée absurde de la Terre plate. C'est exactement ce qu'on fait actuellement !


Eric Fassin explique que cela fait longtemps que Jean-Marie Le Pen dénonçait le racisme anti-français. Mais cela n'a rien d'étonnant : quelqu'un de raciste comme lui percevait mieux le racisme des populations immigrées puisqu'il baignait lui-même dans le racisme et cherchait à discréditer le plus possible ces populations. Je précise aussi que la dénonciation du racisme anti-blanc n'est en aucune façon une caution pour le racisme que les Français de souche ou Européens de souche pourraient alimenter à l'encontre des populations immigrées. Le racisme est moralement inacceptable. Point à la ligne.


Eric Fassin explique (à 20') que le racisme anti-blanc est un moyen pour l'extrême-droite de se réapproprier un discours victimaire. Mais la solution, c'est de critiquer ce discours victimaire, pas de nier la réalité de départ !


Directement après (20' 30''), Eric Fassin : « Quand on veut nous empêcher de parler de racisme systémique en disant : "Oh là là, c'est pas comme cela marche parce que c'est pas tout le monde, et c'est pas si grave, etc", c'est-à-dire qu'on ne veut pas comprendre la logique structurelle qui est à l’œuvre, qui va au-delà des insultes, qui va au-delà des agressions individuelles, quand on ne veut pas entendre la notion de racisme systémique. Qu'est-ce qu'on fait ? On est train de dire : "je ne veux pas que vous me parliez de la société". »


C'est un point important et un nœud du problème qu'il faut bien expliquer pour bien montrer toute l'absurdité de la position du sociologue. Comme je l'ai dit plus haut, il y a un racisme au sens moral qui est le fait d'un ou plusieurs individus qui ont des pensées, des paroles, des attitudes et des actes que l'on peut juger « raciste » si ceux-ci discriminent certains groupes et les dévalorisent du seul fait de cette appartenance à un groupe. Ce racisme peut faire l'objet d'une condamnation pour autant que votre système de valeurs morales considèrent qu'il est mal d'adopter des positions racistes. Si vous êtes membre du Ku Klux Klan, vous ne serez peut-être pas très sensible au racisme que subissent les Afro-Américains. Par contre, vous dénoncerez le racisme anti-blanc. Si, par contre, vous êtes un minimum universaliste, toute forme de racisme est condamnable. Et c'est évidemment la position morale que je défends (n'en déplaise à Eric Fassin qui n'aime pas l'universalisme en bon post-moderne woke qu'il est).


Ça, c'est la première forme de racisme : un racisme du fait des individus que la morale peut réprouver. Et puis il y a le racisme systémique qui n'est pas le fait d'individus, mais d'un système comme son nom l'indique. Je vais prendre un exemple pour expliquer ce racisme systémique. Imaginons Karim et Aurélien, deux garçons charmants, bien sous tout rapport, pas racistes pour un sou, qui sont dans la même classe et qui font des études pour devenir banquier. Ils ont tous les deux obtenu exactement le même résultat aux examens et ont tous les deux le même diplôme. Tous les deux recherchent de l'emploi et font exactement le même nombre de démarches pour avoir un job. Seulement, Aurélien vient d'une bonne famille intégrée dans la société tandis que les parents de Karim sont arrivés il y a dix ans en France et n'ont aucune relation. Du fait du capital social de la famille Aurélien, celui-ci est avantagé. D'autant plus qu'il bénéficie d'une meilleure image auprès des recruteurs du fait d'être un Français de souche. Il trouve plus vite un boulot et est mieux payé que Karim.


Aurélien n'est pas du tout raciste du point de vue moral, et il n'a pas mis de bâton dans les roues de Karim. Pour autant, il est favorisé, et Karim subit ici le racisme systémique. Alors pourquoi certaines personnes rejettent-elles la notion de racisme systémique comme s'en plaint Eric Fassin ? Eh bien précisément parce que le racisme systémique est l'arme cachée pour la négation du racisme anti-blanc. Quand les sociologues, les anthropologues, les philosophes ou d'autres tenants des sciences humaines vous racontent qu'il n'existe pas de racisme anti-blanc, il faut comprendre : il n'y a pas de racisme systémique anti-blanc.


Et la question qui vient tout de suite : mais pourquoi, bon dieu de bon sang, n'est-il possible de dire cette phrase précise : il n'y a pas de racisme systémique anti-blanc ? Pourquoi faut-il que les sociologues et les autres ânonnent : il n'y a pas de racisme anti-blanc ? Ce qui est une idiotie totale, il suffit d'assister une fois à un Arabe ou un Black qui vous traite de « sale blanc » pour savoir que le racisme anti-blanc existe parce qu'il existe des gens qui ont des paroles racistes, des attitudes racistes, des actes racistes à l'encontre d'individus blancs.

Les universitaires se targuent d'être précis dans leur formulation conceptuelle. Apparemment non ! La discussion serait beaucoup plus sereine avec la formulation : le racisme systémique anti-blanc n'existe pas (même si je ne suis pas entièrement convaincu par cette formule non plus. J'y reviendrai dans un autre article). Alors pourquoi ce manque de précision ?


Pour une raison très simple : le racisme systémique n'étant pas le fait d'individus, vous ne pouvez pas vous en servir pour condamner des individus avec. Dans l'exemple que j'ai donné, Aurélien n'est pas fautif, même s'il bénéficie du système, et pas Karim. Vous ne pouvez qu'énoncer le problème systémique dans l'espoir que des politiques publiques impersonnelles tentent de résoudre le problème et réduire les « privilèges ». Or, les militants gauchistes veulent pourvoir condamner moralement tous les gens qui n'adhèrent pas à leur déconstruction malsaine et leur wokisme stupide. Ils ont donc cette nécessité de maintenir cette ambiguïté entre racisme individuel et racisme systémique, parce que la racisme individuel est le seul que l'on peut condamner moralement. Pour pouvoir continuer à entretenir la polémique et traiter les gens de « sales racistes », de « sales fachos », « pourritures d'extrême-droite » et de « cancel » les uns et les autres, l'ambiguïté entre les deux formes de racisme doit être entretenue encore et encore.


Ce n'est donc pas du tout que les gens ne veulent pas entendre parler de la société comme le dit Eric Fassin. Pas du tout !!! Ce que les gens sont excédés par un concept qui est dévoyé et rendu flou et incompréhensible par le militantisme malsain qui règne au sein des universités.


Voilà. Eric Fassin dit beaucoup d'autres sottises dans cette même vidéo. Mais il serait vraiment trop long tout débunker. J'en resterai donc ici pour cette fois. À 31' 30, Fassin conclut : « Tout n'est pas pareil. Vous ne pouvez pas traiter de la même manière l'insulte "Sale blanc" et l'insulte qui serait suivie d'un autre mot que blanc ». Considérer les choses ainsi, est-ce que ce n'est pas la définition même du racisme ?




Frédéric Leblanc, Liège, 1er août 2026






1 Race blanche et nation française : Ce que révèle la décision de Crépol (Blast, 1er août 2026)

https://www.youtube.com/watch?v=07tDidfMq7o

(Je précise que j'ai tout regardé et que c'était une purge)








Thomas Perroto (2006 - 2023)












dimanche 23 avril 2023

Pour quoi l'école ?



Dans son émission « Quelle époque ! » (France 2) du 22 avril 2023, Léa Salamé demande à un footballeur et à un basketteur : « Gagner autant d'argent, est-ce que cela fait péter les plombs ? ». Le basketteur répond : « On pose trop cette question en France ! » Léa Salamé rétorque : « Justement, je pose la question parce que vous dites tous les deux dans vos interviews qu'aux États-Unis ou à Londres, on ne pose jamais la question ». Et le footballeur d'enfoncer le clou : « C'est le rêve américain. Qu'est-ce qu'on dit à nos enfants ? Les enfants, on les envoie à l'école pour quoi ? Pour quoi on dit à nos enfants : il faut que tu travailles bien à l'école, que tu ais un super-boulot ? Pourquoi ? » Une invitée sur le plateau répond : « Pour gagner de la thune ! »


Puis Léa Salamé demande : « Vous pensez que les Français ont un problème avec la réussite ou avec l'argent ? » Et le footballeur répond : « Avec la jalousie ». Tout le monde applaudit sur le plateau, et la journaliste Christine Ockrent en rajoute une couche : « Les Français ont un problème avec l'argent des autres. Le leur, il le cache. Et la jalousie bien sûr face au succès, c'est très français ».


Je ne vais pas m'étendre sur ce tabou de l'argent en Europe comparé à la facilité d'en parler aux États-Unis. Je rappelle qu'une prof d'arts plastiques a été virée au pays des libertés parce qu'elle avait montré à ses élèves une photo du David de Michel-Ange 1 ! Je préfère vivre dans un pays où un certain tabou pèse sur l'argent plutôt que de vivre dans un pays où le puritanisme fait la loi et réprime l'art. Ce tabou ne me semble pas vraiment être si problématique que cela : il exprime, il me semble, par sa gêne et son embarras l'idée et la conscience qu'une réussite trop éclatante se fait quasiment toujours aux dépens des autres et du bien commun. Évidemment, les ultra-riches préfèrent que ce tabou perdure pour que les mécaniques libérales qui vont les rendre encore plus riches s'exercent sans complexe et sans régulation. C'est ce qu'exprimait sur Twitter la personne qui a partagé l'extrait interpellant de cette émission de France 2 : « Il n'y a rien de pire que l'entre-soi bourgeois. Enfin si : l'entre-soi bourgeois qui se moque des pauvres ».


Mais ce que je trouve le plus gênant dans cette séquence, c'est la réflexion du footballeur : « Les enfants, on les envoie à l'école pour quoi ? Pour quoi on dit à nos enfants : il faut que tu travailles bien à l'école, que tu ais un super-boulot ? ». En tant que prof, je trouve cela catastrophique. On ne va pas à l'école pour plus tard « gagner de la thune ». On va à l'école pour devenir un citoyen, pour recevoir en transmission un héritage culturel et pour contribuer au bien commun. Bien sûr, tous les parents veulent que leurs enfants gagnent un salaire décent. Mais ce n'est pas la même chose : les parents veulent simplement que leurs enfants soient dans la sécurité financière et la sécurité de l'emploi qui leur permettront de mener une vie digne et heureuse, de fonder éventuellement une famille à leur tour. Gagner un salaire, un moyen d'existence, ce n'est pas du tout la même chose que de « gagner de la thune », s'en mettre plein les poches, augmenter ses profits toujours plus.


En fait, même pour des parents dont l'ambition seraient que leurs enfants gagnent plein d'argent, soient capitaine d'industrie ou sportifs aux contrats mirobolants, je ne conseille pas de raconter à leurs enfants que travailler à l'école, c'est pour gagner de l'argent plus tard. Tout simplement parce qu'une motivation lointaine est beaucoup plus difficile à tenir que le plaisir immédiat d'apprendre et de progresser. Les enfants qui réussissent le mieux à l'école sont ceux qui trouvent une gratification et un accomplissement dans ce qu'ils apprennent. Celui qui se dit : « je vais gagner de l'argent plus tard » finit par s'ennuyer ferme sur les bancs de l'école et souvent décroche de son cursus scolaire. Tout ramener à l'argent, c'est étouffer la curiosité, l'envie de savoir et tarir la joie de la découverte. Je trouve cela très dommageable tant pour les enfants que pour la société.



Frédéric Leblanc, le 23 avril 2023





La séquence de « Quelle époque ! » du 22 avril 2023

https://twitter.com/jdicajdisrien/status/1650023499510038528