Everybody
knows that the dice are loaded Everybody rolls with their fingers
crossed Everybody knows that the war is over Everybody knows
the good guys lost Everybody knows the fight was fixed The poor
stay poor, the rich get rich That's how it goes Everybody
knows
Everybody knows that the boat is leaking Everybody
knows that the captain lied Everybody got this broken feeling Like
their father or their dog just died
Everybody talking to their
pockets Everybody wants a box of chocolates And a long stem
rose Everybody knows
Les
gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles A
certaines heures pâles de la nuit Près d'une machine à sous,
avec des problèmes d'hommes simplement Des problèmes de
mélancolie Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière
la glace du comptoir Et l'on se dit qu'il est bien
tard...
Richard, ça va?
Nous avons eu nos nuits
comme ça moi et moi Accoudés à ce bar devant la bière
allemande Quand je nous y revois des fois je me demande Si les
copains de ces temps-là vivaient parfois
Richard, ça va?
Si
les copains cassaient leur âme à tant presser Le citron de la
nuit dans les brumes pernod Si les filles prenaient le temps de
dire un mot A cette nuit qui les tenait qui les berçait
Richard,
ça va?
A cette nuit comme une sœur de charité Longue
robe traînant sur leurs pas de bravade Caressant de l'ourlet les
pâles camarades Qui venaient pour causer de rien ou d'amitié Nous
avons eu nos nuits...
Richard eh! Richard!
Les gens,
il conviendrait de ne les connaître que disponibles A
certaines heures pâles de la nuit Près d'une machine à sous,
avec des problèmes d'hommes simplement Des problèmes de
mélancolie Alors, on boit un verre, en regardant loin derrière
la glace du comptoir Et l'on se dit qu'il est bien
tard...
Richard! encore un p'tit pour la route?
Richard!
encore un p'tit pour la route? Eh! m'sieur Richard encore un
p'tit pour la route? Allons! Richard... Richard... encore un
p'tit!
Léo
Ferré est né il y a cent ans, le 24 août 1916. À
titre de petite commémoration, ce titre de 1972 qui n'est
certainement pas la chanson la plus connue de Léo Ferré, mais que je
trouve extrêmement touchante. Cette chanson qui parle de solitude,
d'amitié, de fraternité et de camaraderie, assis au zinc d'un café
quelque part dans la nuit. Et ces paroles graves qui débute
« Richard » : « Les gens, il conviendrait
de ne les connaître que disponibles /à certaines heures pâles de
la nuit / près d'une machine à sous, avec des problèmes d'hommes /
simplement / des problèmes de mélancolies ».
C'est
en soi un appel à la révolution des mœurs que de rêver à plus de
fraternité, plus d'écoute, plus de célébration de la vie
ensemble. C'est aller à l'encontre de ce système qui isole chaque
individu dans une case, dans un parcours individualisé, dans une
« carrière » où l'on exploite nos talents que pour le
profits de boîtes et de trucs. Il faudrait pouvoir retrouver les
individus pour communier avec eux un moment où les hiérarchies et
les codes se sont estompés.
Épicure
disait que « de tous les biens que procure la sagesse,
l'amitié est le plus précieux ». Je voudrais souvent
retrouver cette sagesse qui donnerait l'amitié et la répandrait à
travers tous les coins du monde. Mais c'est souvent quand on élabore
des plans pour ce magnifique qu'on se sent le plus seul. Quand on se
regarde son reflet dans la glace derrière le comptoir : « Nous
avons eu nos nuits comme ça moi et moi / accoudés à ce bar
devant la bière allemande ». Cette nuit où la mélancolie
s'empare de nous, adoucie par la présence des camarades qui
s'effilochent peu à peu, tout au long de « cette nuit comme
une sœur de charité », qui accueille nos rêves et nos
aspirations déçues.
Ne
reste plus dans ce café que Richard à qui on propose un dernier
verre pour la route, un dernier moment fraternel, une dernière célébration
de la nuit.
Richard!
encore un p'tit pour la route?
Richard!
encore un p'tit pour la route? Eh! m'sieur Richard encore un
p'tit pour la route?
Allons!
Richard... Richard... encore un p'tit!
JP Roche, Léo Ferré, Fête du PSU, Colombes, 1973.
"Richard" interprété par Léo Ferré, le 4 novembre 1972 (archives de l'INA) :
Il neige il neige sur Liège Et la
neige sur Liège pour neiger met des gants Il neige il neige sur
Liège Croissant noir de la Meuse sur le front d'un clown blanc Il
est brisé le cri Des heures et des oiseaux Des enfants à
cerceaux Et du noir et du gris Il neige il neige sur Liège Que
le fleuve traverse sans bruit
Regarde bien petit
Regarde bien
Sur la plaine là-bas
À hauteur des roseaux
Entre ciel et moulins
Y a un homme qui vient
Que je ne connais pas
Regarde bien petit
Regarde bien