De temps en
temps, les nuages
Nous
reposent
De tant
regarder la lune.
Matsuo
Bashō (1644 – 1694),
Bashō Kushū, 472 ; Miyamori,
77.
![]() |
Kawase Hasui, Lune brumeuse, 1924. |
Traditionnellement,
la lune est un symbole de la conscience qui dissipe les ténèbres de
l'ignorance par sa clarté. La méditation consiste à répandre
cette clarté de la conscience et de l'attention dans chaque aspect
de notre vie. Éclairer encore et encore le corps et l'esprit et
rester vigilant, voilà comment on pourrait résumer brièvement la
méditation. Mais cet acte d'attention ne peut-il pas à la longue
être source de tension comme quelqu'un qui s'efforcerait de regarder
des heures durant la face de la lune à la longue vue ? C'est
que suggère délicatement ce haïku de Bashō.
On
a ce terme de « Pleine Conscience » qui en vient à
remplacer le terme de « méditation » comme s'il fallait
imposer directement une transparence totale à soi-même, écarter
agressivement toute trace de distraction en nous. Mais cela est
impossible : l'attention ne se développe que très lentement,
lentement, lentement en nous. Et cette attention même soutenue peut
être recouverte très vite de pensées, de souvenirs, d'émotions,
de rêveries. On a cette expression assez catastrophique pour décrire
la méditation : « faire le vide en soi », comme
s'il fallait balayer tout ça. Mais parfois, rien ne sert de se
battre : les pensées nous traversent comme les nuages
recouvrent momentanément la lune, laissons ces pensées nous
traverser. À la longue, on en
vient à cultiver une forme d'attention dans l'inattention. La
distraction nous envahit, mais une petite partie de l'esprit reste
vigilante, observant le processus même de la distraction.
![]() |
Hasui Kawase, Pleine lune à Magomé, 1930. |
D'autres haïkus de Bashō :
Voir également :
- Méditer
![]() |
Takahashi Shotei Maison de thé au clair de lune - vers 1930 |