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dimanche 9 août 2026

La vie ?


La vie ?

Un rien l'amène,

Un rien l'anime,

Un rien la mine,

Un rien l'emmène.


Raymond Quéneau, Zazie dans le métro, 1959.






 Gil Gautier - Huppe fasciée et son petit







Voilà qui est joliment dit. Comment mieux suggérer tant la fugacité de la vie que sa légèreté ? Tant sa spontanéité que sa fragilité ? Tant sa joie que sa tristesse ? Voilà la vie qui passe comme un éclair, voilà ce qui va et vient. Voilà ce que les bouddhistes conceptualisent comme étant l'impermanence. Voilà ce qu'il nous faut saisir, et pourtant qui est insaisissable ! Voilà ce rien qui passe comme un songe. Voilà ce tout qui se dérobe à nos yeux comme un tour de passe-passe nous dupe encore et encore.










Noor Ahmed Gelal













Diatomées disposées géométriquement
Art visible seulement au microscope









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lundi 27 juillet 2026

Le dévoilement des fautes (II, 58 à 65)

 

Le dévoilement des fautes (II, 58 à 65)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva




58. Il est déraisonnable de me réjouir :

« Je ne mourrai pas aujourd'hui ! »

Car l'heure où je ne serai plus

Sonnera inexorablement.


59. Qui m'accordera l'absence de peur ?

Comment me libérerai-je définitivement de cela ?

Si, inévitablement, je cesserai d'être,

Comment mon esprit demeure-t-il joyeux ?


60. Que reste-t-il pour moi

Des expériences détruites du passé ?

Mais en m'y attachant

J'ai agi à l'encontre de la parole des maîtres.


61. Si, abandonnant cette vie,

Mes parents et amis,

Je dois partir seul quelque part,

Que m'importe amis et ennemis ?


62. « Comment me délivrerai-je définitivement

De la non-vertu, source de souffrance ? »

Nuit et jour, sans arrêt

Je ne devrais songer qu'à cela.


63. Les fautes que j'ai accomplies

Par ignorance et confusion,

Qu'elles soient mauvaises par nature

Ou aillent à l'encontre des règles,


64. L'esprit apeuré par la souffrance,

Les mains jointes et me prosternant encore et encore,

Je les déclare toutes

En présence des Protecteurs.


65. Ô Protecteurs, je vous en supplie :

Acceptez mes méfaits et mes erreurs !

Puisqu'ils ne sont pas salutaires,

À l'avenir, je ne les commettrai plus.




Shāntideva reprend ici en conclusion les thèmes qu'il a développés dans ce deuxième chapitre : le temps nous est compté avant la mort. On ne peut pas prédire précisément quand elle surviendra. Peut-être qu'on mourra aujourd'hui, peut-être demain, peut-être un autre jour. Mais ce qui est certain, c'est qu'on mourra tôt ou tard et que l'on sera confronté à la conséquence de nos actes. Il faut prendre cela compte et ne pas se distraire avec des activités divertissantes que l'on fait pour occuper notre esprit et cacher à soi-même notre inquiétude fondamentale.


Il ne faut pas s'attacher aux expériences plaisantes du passé, parce qu'elles ne sont plus. Et il ne faut pas s'attacher aux amis et aux ennemis, car c'est en raison de cet attachement que je développe des émotions perturbatrices et conflictuelles, et que je fais des choses que je finis par regretter. Il ne faut d'autant plus ne pas s'attacher aux amis et aux ennemis, que la mort me poussera inéluctablement à partir seul, rompant brutalement les liens tant avec les amis qu'avec les ennemis.


La question que je devrais donc me poser de manière obsessionnelle est : « Comment puis-je me libérer des émotions perturbatrices et des fautes morales qui m'entraîne vers des vies misérables ? Comment est-ce que je peux m'améliorer ? » Je dois confesser ces fautes, ces erreurs, ces manquements aux Bouddhas pleinement éveillés, modèle de perfection morale, et je dois fournir un effort constant pour transformer mes actions dans le sens du bien et de l'aide à autrui.









La mort du Bouddha ou Extinction Finale (Parinirvâna)
Art du Gandhara sous l'empire Kushan (IIe siècle de notre ère)







Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Lire les autres commentaires du chapitre II : 

- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)

- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)

- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)

- Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)

- Le dévoilement des fautes (II, 27 à 29)

- Le dévoilement des fautes (II, 30 à 40)

- Le dévoilement des fautes (II, 41 à 53)

- Le dévoilement des fautes (II, 54 à 57)



Chapitre II: Le dévoilement des fautes

Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil

Chapitre IV : L'attention

Chapitre V: La garde de la vigilance

Chapitre VI : La patience





Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.











Mort du Bouddha (détail)










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vendredi 24 juillet 2026

Le dévoilement des fautes (II, 30 à 40)

 

Le dévoilement des fautes (II, 30 à 40)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


30. Tout le mal que, perturbé,

J'ai accompli par le corps, la parole et la pensée

Contre les Trois Joyaux,

Mes parents, mes maîtres et d'autres,


31. Et toutes les terribles offenses

Que j'ai commises,

Imprégné de multiples imperfections,

Je les déclare devant les Guides.


32. Mais je pourrai mourir

Avant d'avoir purifié mes fautes ;

Protégez-moi de façon

Que j'en sois sûrement et rapidement libéré !


33. Le seigneur de la mort, indigne de confiance,

Ne s'attarde pas à ce qui est fait ou reste à faire,

Car la vie est instable,

Et, malades ou bien portants, il frappe par surprise.


34. Laissant tout, je devrai partir seul,

Mais n'ayant pas compris cela,

J'ai commis maintes erreurs

À cause d'amis et d'ennemis.


35. Mes ennemis ne seront plus,

Mes amis ne seront plus,

Moi-même ne serai plus,

Et pareillement, rien ne sera plus !


36. Telles les expériences du rêve,

Toutes les choses dont je jouis

Seront des objets de la mémoire

Et je ne verrai plus ce qui est passé.


37. Tandis que je suis en vie,

Beaucoup, mais ou ennemis, sont partis,

Mais les terribles fautes qu'à cause d'eux j'ai perpétrées

Demeurent devant moi.


38. Je n'ai pas compris

Que je disparaîtrai soudainement

Et, par ignorance, attachement et aversion,

J'ai commis de multiples offenses.


39. Nuit et jour, sans répit,

Cette vie s'écoule continûment ;

Si rien en la prolonge,

Comment la mort ne frapperait-elle une personne comme moi ?


40. Couché sur mon lit,

Quoique entouré de proches et d'amis,

J'éprouverai seul le sentiment

D'être séparé de la vie.




Ici, Shāntideva aborde un thème classique du bouddhisme : l'imminence de la mort qui vient bouleverser tous nos plans bien établis, tous nos projets de vie et surtout notre insouciance par rapport aux conséquences de nos actes. Il faut reconnaître ses fautes morales le plus vite possible et le plus honnêtement possible parce que la mort peut surgir avant d'avoir purifié celles-ci et donnant ainsi l'occasion à celles-ci de croître et d'arriver à maturation sous forme de mauvais karma : souffrances, misères, malheurs, angoisses et désespoirs.


Remis dans l'ordre, il faut faire trois constats réalistes imprégnés de sagesse :

  • 1°) la vie s'écoule inéluctablement, la mort arrive plutôt qu'on ne le pense. Il faut donc méditer sur l'impermanence et la mort.

  • 2°) les actes ont ou auront des conséquences dans un futur proche ou lointain, voire dans une vie prochaine. Les actes négatifs qui engendrent de la souffrance auront des répercussions défavorables, sous forme de retour de boomerang : souffrances, malheurs, etc...

  • 3°) Il faut se repentir le plus vite possible de ces penchants et actes négatifs, changer sa vie et réparer ses fautes dans l'urgence, car le temps nous est compté et la chaîne des causes et des conséquences est une mécanique infernale pour celui qui a mal agi.


Shāntideva met ensuite en valeur le fait que nos mauvaises actions est souvent le fait de nos mauvaises associations avec des amis qui n'en valait pas la peine et avec qui nous avons créé un sentiment très fort du « eux » et du « nous », ce qui a engendré toutes sortes de relations conflictuelles et créé des ennemis à tout bout de champ. Et contre ces ennemis, nous sommes prêts à commettre des actes terribles aux conséquences catastrophiques comme la guerre, les affrontements, les trahisons, les représailles, etc...


Pourtant, amis, ennemis et moi-même sont aussi régis par la même loi d'impermanence :


« Mes ennemis ne seront plus,

Mes amis ne seront plus,

Moi-même ne serai plus,

Et pareillement, rien ne sera plus ! »



Donc tous les liens d'attachement et de répulsions que je vais créer en société sont voués à l'absurdité puisque je vais perdre tôt ou tard amis et ennemis, tout comme ma personne et mon histoire sera dissoute dans la mort. Pourtant si amis et ennemis finissent toujours par disparaître, il reste la conséquence de mes actes et les fautes que j'ai commises du fait de ces liens d'attachement et de répulsions auront des répercussions négatives pour les renaissances futures.


Dans la mort, je perdrai amis et ennemis, je perdrai mon identité. Restera ce continuum d'existence que j'appelle abusivement « moi ». Et ce continuum d'existence sera plongé dans une solitude existentielle où la peur me tenaillera, car je devrai expérimenter encore et encore la conséquence de mes actes :


« Couché sur mon lit,

Quoique entouré de proches et d'amis,

J'éprouverai seul le sentiment

D'être séparé de la vie. »





Danse de la mort, Allemagne, XVIème siècle





Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Lire les autres commentaires du chapitre II : 

- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)

- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)

- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)

- Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)

- Le dévoilement des fautes (II, 27 à 29)


- Le dévoilement des fautes (II, 41 à 53)

- Le dévoilement des fautes (II, 54 à 57)

- Le dévoilement des fautes (II, 58 à 65)


Chapitre II: Le dévoilement des fautes

Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil

Chapitre IV : L'attention

Chapitre V: La garde de la vigilance

Chapitre VI : La patience




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.



Lire également sur l'impermanence et la mort : 








- Sans savoir pourquoi (Sōseki Natsume)


- Bientôt... (Marc-Aurèle)


- Vivre sans pourquoi


- Vie et mort


- Telle la génération des feuilles 


- La vie selon François-Xavier Bichat


- Une charogne (Baudelaire)





- Le Vallon (Lamartine)







- N'entre pas docilement dans cette douce nuit (Dylan Thomas)


- Panta Rhei.




















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