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vendredi 17 août 2018

Tous les phénomènes sont vides d'un Soi




Tous les phénomènes sont vides d'un Soi




    Réagissant à mon article « Les quatre sceaux du Dharma », un internaute sur Twitter m'a fait remarquer que, si on se reporte au texte en langue pâlie qui parlent de ces sceaux du Dharma (des trois premiers en tous cas, notamment dans les strophes 277, 278 & 279 du Dhammapada), on a :

Sabbē sankhāra aniccā : tous les phénomènes composés sont impermanents,
Sabbē sankhāra dukkhā : tous les phénomènes composés sont souffrance,
Sabbē dhammā anattā : tous les phénomènes sont vides d'un soi / non-soi.

vendredi 22 juin 2018

Analyse de la nature propre




Le Traité du Milieu


Nāgārjuna


Chapitre XV : Analyse de la nature propre



1. L'émergence d'une nature propre
À partir de causes et de conditions est illogique ;
Si elle émergeait à partir de causes et de conditions,
Cette nature serait fabriquée.

2. Comment une nature propre dite « créée »
Serait-elle pertinente ?
Une nature propre n'est pas fabriquée
Et ne dépend pas d'autre chose.

3. S'il n'existe pas de nature propre,
Comment aurait-on une nature autre ?
La nature propre d'une nature autre
Serait appelée « nature autre ».

4. En-dehors d'une nature propre
Et d'une nature autre, quelle chose existera ?
Si une nature propre et une nature autre existent,
Des choses (inhérentes) seront établies.

5. Si un être n'est pas établi,
Un non-être ne le sera pas ;
Car quand un être s'est transformé,
Le monde l'appelle « non-être ».

6. Ceux qui conçoivent une nature propre, une nature autre
De l'être et du non-être,
Ne perçoivent pas l'ainsité
De l'enseignement du Vainqueur.

7. Dans ses « Instructions à Kātyāyana »,
Le Bienheureux, qui connaît le réel et l'irréel,
A réfuté à la fois
L'être et le non-être.

8. Une nature propre
Ne devient pas inexistante ;
Qu'une nature propre se transforme
Est tout à fait irrationnel.

9. (Objection) Si la nature propre n'existe pas,
Qu'est-ce qui change ?
(Réponse) Si la nature propre existe,
Qu'est-ce qui change ?

10. Dire « existe » est une saisie de permanence ;
Dire « n'existe pas » est une vue d'annihilation.
C'est pourquoi les sages ne devraient pas demeurer
Dans l'existence ou l'inexistence.

11. Ce qui existe en soi est permanent
Car cela ne devient pas non-existant ;
Dire que ce qui est apparu antérieurement est à présent inexistant
A pour conséquence l'annihilation.


mercredi 4 avril 2018

Analyse du préexistant




Le Traité du Milieu

Nāgārjuna



Chapitre IX : Analyse du préexistant



1. Certains affirment que le sujet
Préexiste à la vision,
À l'audition (et aux autres facultés)
Ainsi qu'aux sensations (et aux autres agrégats).

2. Si une chose substantielle n'existe pas,
Comment la vision et le reste adviendront-ils ?
De ce fait, une chose substantielle
Leur préexiste.

3. Cette chose substantielle antérieure
À la vision, à l'audition, etc,
Aux sensations et aux autres,
Qu'est-ce qui la désignera ?

4. Si elle existe,
Même en l'absence de la vision et des autres,
Sans aucun doute, celles-ci existeront
Aussi en son absence.


5. Un sujet se manifeste par un objet,
Un objet se manifeste par un sujet,
Comment un sujet existerait-il sans objet ?
Comment un objet existerait-il sans sujet ?

6. Il n'existe aucun (appropriateur)
Antérieur à la vision et aux autre dans leur ensemble,
Mais il en est un qui se manifeste
À différents moments, à travers les différentes (facultés), la vision, etc...

7. S'il n'existe pas avant la vision et les autres
Dans leur ensemble,
Comment existerait-il
Avant la vision et les autres séparément ?

8. Si un même (appropriateur) était agent de vision,
D'audition et de sensation,
Il préexisterait à chacune ;
Or cela est illogique.

9. Si autre est l'agent de vision,
Autre l'agent d'audition et autre (l'agent) de la sensation,
L'agent d'audition existerait en même temps que l'agent de vision
Et il y aurait pluralité de « je ».

10. Un « je » n'existe pas non plus
Dans les causes d'où proviennent
La vision, l'audition et le reste,
Ainsi que la sensation, etc...

11. Si le sujet de la vision, de l'audition, etc,
De la sensation et des autres
N'existe pas,
Ceux-ci n'existent pas non plus.

12. Pour ce qui n'est ni antérieur, ni simultané,
Ni postérieur à la vision, etc.,
Les conceptions « cela existe », « cela n'existe pas »
Sont renversées.

mercredi 10 janvier 2018

Les quatre sceaux du Dharma



Les quatre sceaux du Dharma




      Le premier du Noble Octuple Sentier est la vue juste. Pour rappel, les sept autres sont la pensée juste, la parole juste, l'action juste, les moyens d'existences juste, l'effort juste, l'attention juste et la concentration juste. Ce Noble Octuple Sentier a été enseigné par le Bouddha pour parvenir à la cessation définitive et complète de la souffrance. La vue juste consiste à voir les choses telles qu'elles sont, et non telles qu'on les imagine dans notre illusion.


       Or pour avoir cette vue juste sur les événements et sur les phénomènes, il faut impérativement passer cette perception à la moulinette des 4 considérations fondamentales, qui sont :

  • 1°) tous les phénomènes composés sont impermanents ;
  • 2°) tous les phénomènes composés sont souffrance ;
  • 3°) tous les phénomènes composés sont vides d'un soi ;
  • 4°) seul le Nirvāna est la paix.


mardi 21 mars 2017

L'impossible localisation du soi



Notes sur les dialogues du cerveau


2ème partie




   Je voudrais m'arrêter sur « Cerveau & Méditation » l'ouvrage de dialogue entre le moine bouddhiste Matthieu Ricard et le neurobiologiste Wolf Singer. Je voudrais ici rédiger dans ces notes les quelques commentaires épars que m'inspire ce livre.





Matthieu Ricard

    Tu m'as dit une fois que la structure et le mode de fonctionnement du cerveau sont davantage en accord avec l'idée orientale du soi – une construction mentale résultant de nombreux facteurs interdépendants – qu'avec l'idée occidentale d'un poste de commandement central et bien déterminé.


Wolf Singer

        Il existe, de fait, une disparité frappante entre l'intuition occidentale de l'organisation du cerveau et les preuves scientifiques. La plupart des conceptions philosophiques occidentales affirment que le cerveau a un centre spécifique qui serait le lieu où convergeraient tous les signaux sensoriels afin d'y être interprétés de manière cohérente. Dans ce lieu, les décisions seraient prises, les plans élaborés et les réponses programmées. Et, en fin de compte, ce lieu central serait le siège du soi autonome doté d'une intentionnalité.

    Par opposition à cette intuition qui a dominé les philosophies occidentales et les systèmes de croyance et nourri le concept du dualisme ontologique, la preuve neurobiologique a dressé un tableau radicalement différent. Il n'y a pas de centre cartésien dans le cerveau. Nous sommes en présence d'un système hautement diversifié, composé d'une multitude d'ensembles interconnectés fonctionnant en parallèle, chaque ensemble étant associé à des fonctions cognitives ou exécutives spécifiques.

           Ces sous-ensembles coopèrent selon des configurations qui ne cessent de changer en fonction des tâches à accomplir. Cette coordination dynamique s'effectuent grâce à des interactions s'organisant d'elles-mêmes à l'intérieur des réseaux neuronaux, et non sous la direction d'un centre de commandement supérieur qui orchestrerait ces processus de façon verticale, ce que nous appelons un mode de causalité « descendante ». Ces processus, diversifiés et coordonnés, engendrent des schémas d'activité spatio-temporels extrêmement complexes, corrélats des perceptions, décisions, pensées, plans, sentiments, croyances, intentions, etc...



Matthieu Ricard

      Si un tel poste de commandement central n'existe pas, d'où vient l'idée que l'on serait doté d'un soi unitaire et en quoi ce soi serait-il utile en termes d'évolution ?



Wolf Singer

        Cette question est étroitement liée à une autre : pourquoi avons-nous l'impression que notre libre-arbitre n'est pas assujetti aux lois naturelles, alors que nous savons que nos décisions sont la conséquence d'interactions neuronales qui, elles, obéissent aux lois naturelles ? Il y a, bien entendu, du « bruit », c'est-à-dire des facteurs de perturbation, dans ce système complexe, mais on peut dire qu'en général il fonctionne selon les lois de la causalité.

        Et heureusement qu'il en va ainsi, sinon ce système ne pourrait pas s'adapter au monde, faire des prédictions « correctes », pas plus qu'il ne pourrait réagir aux situations fluctuantes auxquelles les organismes doivent faire face pour survivre. Le problème est le suivant : aucune faculté sensorielle ne nous permet de détecter les processus à l’œuvre dans notre cerveau, processus qui se situent en amont de nos perceptions, de nos décisions et de nos actions. Nous sommes seulement conscients des conséquences de ces processus neuronaux auxquels nous ne pouvons accéder.

         Nous avons le même problème quand nous essayons de trouver un agent intérieur, ou un observateur, que nous associons au moi. Nous percevons l'autre comme un agent doté d'une singularité et d'une volonté propres et nous nous attribuons ces mêmes caractéristiques, sans avoir conscience de nos processus neuronaux sous-jacents. En fait, l'intuition suggère que notre soi, ou notre esprit, est, d'une certaine façon, à l'origine de nos pensées, de nos plans et de nos actes. Seule l'exploration neuroscientifique révèle qu'il n'y a aucune localisation spécifique dans le cerveau qui serait le siège de cet agent volontaire. Nous ne pouvons observer que les états dynamiques d'un réseau extrêmement complexe de neurones étroitement connectés qui se manifestent dans des comportements observables et des expériences subjectives.


Matthieu Ricard & Wolf Singer, « Cerveau & Méditation », éd. Allary, Paris, 2017, pp. 286-289.










Chelsea Flower Show à Londres






      Voilà un passage très intéressant de « Cerveau & Méditation » en relation avec la notion bouddhiste du non-soi de la personne. Quand on pense à son « soi », à son « moi », on pense à une entité mentale qui centralise toutes nos perceptions du monde et qui est l'impulsion première de toutes nos décisions, de nos choix et de nos actions. Il serait logique de de penser qu'à cette conviction subjective qu'il y a là un « moi » corresponde un région définie du cerveau qui produirait ce « moi ». Mais il n'en est rien. Tout ce qui constitue le « moi » se trouve dans des régions disparates. De la même façon qu'un orchestre composé d'une multitudes de musiciens, des tambours, des cuivres, des instruments à cordes, peut interpréter une symphonie, les différentes aires du cerveau s'accordent pour jouer la partition du « moi », mais le moi lui-même n'est pas localisable dans aucune des parties du cerveau. Et encore cette analogie avec un orchestre a ses limites puisque le cerveau n'a pas de chef d'orchestre qui viendrait réguler l'interprétation de la partition.

       Le « moi » du point de vue des neurosciences n'est qu'une construction mentale qui vient après que toutes les aires du cerveau (aires de la perception, aires motrices, aires du langage, aires des émotions, aires des décisions, etc...) se soient coordonnées pour former l'idée d'un « moi » cohérent confronté au monde naturel. Cela s'accorde avec l'analyse bouddhiste du « moi » qui distingue chacune de ses parties constituantes et montre que ce « moi » n'est qu'une idée, sans substance réelle. Comme le dit le moine Nāgasena : « C’est en relation avec les cheveux, les poils, les ongles, ou bien encore avec les dents, la peau, la chair, les  tendons, les os, la moelle, les reins, le cœur, le foie, la plèvre, la rate, les poumons, les entrailles, les intestins, l’estomac, les excréments, la bile, le phlegme, le pus, le sang, la sueur, la graisse, les larmes, le sébum, la salive, la morve, la synovie, l’urine, la cervelle qui est dans le crâne, mais aussi avec la forme, la sensation, la perception, la formation mentale, la conscience qu’a cours ce simple nom : Nâgasena. En vérité absolue, aucune personne ne s’y trouve.

Ô roi, la nonne Vajira disait ceci au Bienheureux :
De même que l’on dit « char » en vertu d’un assemblage d’éléments,
De même, là où se trouvent les agrégats d’appropriation, on s’accorde à dire « êtres vivants ».

      Le « moi » n'est pas localisable dans le corps, ni dans aucune partie du corps, ni dans aucun agrégat de l'expérience, ni dans les différents moments de consciences sensorielles qui se succèdent les unes aux autres, ni dans aucune aire du cerveau. De la même façon qu'on ne trouve pas une voiture dans les pièces de la voiture, et la voiture n'existe pas indépendamment des pièces qui la compose, avant que d'être assemblées. Le moi comme la voiture (ou le char pour reprendre l'exemple plus antique de Nāgasena) ne sont que des entités relatives : elles n'existent pas de manière ultime, par elles-mêmes. Au niveau cérébral, le « moi » a besoin d'être assemblé et construit par un échange d'interactions complexes, sans quoi il n'apparaît pas à la conscience.

     Mais Wolf Singer insiste sur le fait que nos facultés sensorielles ne nous font pas percevoir ces processus neuronaux à l’œuvre à chaque instant de notre vie mentale. On perçoit le résultat final : le fait que « je » suis conscient du monde qui m'entoure ; mais je ne perçois pas comment les neurones ont élaboré cette vision du monde et ce sentiment d'être « moi ». Nous sommes aveugles à cela. Par ailleurs, quand nous regardons les autres, nous avons l'impression qu'ils sont, comme le dit Wolf Singer, des agents dotés de leur singularité propre et mus par une volonté propre. Et par un effet de miroir, nous nous attribuons les mêmes caractéristique : une singularité propre, notre « moi » à nul autre pareil avec une volonté propre et une certaine envie de faire les choses. Ce « moi » pense qu'il influe sur le monde naturel, alors que c'est le monde naturel au travers du cerveau qui influe sur lui, puisque le cerveau n'est jamais qu'un organe naturel, produit de la longue évolution des espèces.

        Ce qui en soi est une bonne chose, puisque cela permet au cerveau d'être en phase avec le monde naturel et de réagir adéquate par rapport à lui. Comme le dit Wolf Singer : « Heureusement qu'il en va ainsi, sinon ce système ne pourrait pas s'adapter au monde, faire des prédictions « correctes », pas plus qu'il ne pourrait réagir aux situations fluctuantes auxquelles les organismes doivent faire face pour survivre ». Ces processus neuronaux qui se cachent derrière une porte fermée à la conscience sont en même temps une ouverture sur le monde. Le cerveau est une entité en constante interdépendance avec le monde, et la beauté de son fonctionnement réside dans l'absence d'un soi indépendant et clos sur lui-même.

       Pour Wolf Singer : « Seule l'exploration neuroscientifique révèle qu'il n'y a aucune localisation spécifique dans le cerveau qui serait le siège de cet agent volontaire. Nous ne pouvons observer que les états dynamiques d'un réseau extrêmement complexe de neurones étroitement connectés qui se manifestent dans des comportements observables et des expériences subjectives ». Les neuroscientifiques voient à travers leurs machines et leurs appareillages l'activité dynamique des neurones, mais le méditant peut voir, lui, l'évolution dynamique de cette création mentale qu'est le « moi ». Tantôt le moi est le corps, tantôt le moi possède le corps et se différencie de lui. Tantôt le moi est la pensée, tantôt il a des idées et des pensées, ou encore est traversé par des pensées et des émotions, et donc se différencie de ces pensées, de ces idées et de ces émotions. Tantôt le moi est euphorique et voit le monde en rose, tantôt il est déprimé et repeint la vie en noir. Tantôt il s'affirme prétentieusement et se gonfle comme une baudruche, tantôt il se dénigre et se dit : « je ne vaux rien ». La méditation ne consiste pas à abolir ce « moi », mais plutôt à prendre conscience de la fiction qu'est ce « moi », à voir finement d'instant en instant comment ce « moi » se fait et se défait au gré des perceptions et des réactions qui se produisent dans le flux de la vie.


















Notes sur les dialogues du cerveau:

1ère partie: Les illusions de la perception






Voir aussi :


- La déconstruction du moi par Nâgasena



- Illusion du sujet connaissant et son commentaire



- Feuille de papier (Thich Nhat Hanh)













Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.


Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.




vendredi 1 avril 2016

Manquer à être



     Sur son blog « Éveil et philosophie », le 25 mars 2016, José Le Roy évoque la figure de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, figure avec il ne peut que prendre ses distances, car pour eux deux, l'homme est marqué son irréductible fracture d'avec le monde. Inacceptable pour un philosophe qui a mis la non-dualité au cœur de son expérience. Selon Sartre, l'homme se caractérise par son manque d'être, son néant qui l'empêche de coïncider avec le monde. Dans la philosophie sartrienne, l'homme est condamné à être arraché au monde, sans réconciliation avec lui. Il y aura toujours la conscience qui tend à être, mais n'est pas, le pour-soi et le monde, cet en-soi qui se contente platement d'être ce qu'il est sans jamais avoir rien demandé. Le monde, la Nature, tout cela n'est poisseuse inertie pour Sartre, rien qui puisse éveiller en l'homme une forêt de correspondances, de contemplatives communications silencieuses.

    José Le Roy évoque un texte de Simone de Beauvoir : « Par son arrachement au monde, l'homme se rend présent au monde et se rend le monde présent. Je voudrais être le paysage que je contemple, je voudrais que ce ciel, cette eau calme se pensent en moi, que ce soit moi qu'ils expriment en chair et en os, et je demeure à distance ; mais aussi est-ce par cette distance que le ciel et l'eau existent en face de moi ; ma contemplation n'est un déchirement que parce qu'elle est aussi une joie. Je ne peux pas m'approprier le champ de neige sur lequel je glisse : il demeure étranger, interdit ; mais je me complais dans cet effort même vers une possession impossible, je l’éprouve comme un triomphe, non comme une défaite. C'est dire que, dans sa vaine tentative pour être Dieu, l'homme se fait exister comme homme, et s'il se satisfait de cette existence, il coïncide exactement avec soi. Il ne lui est pas permis d'exister sans tendre vers cet être qu'il ne sera jamais ; mais il lui est possible de vouloir cette tension même avec l'échec qu'elle comporte. Son être est manque d'être, mais il y a une manière d'être de ce manque qui est précisément l'existence1 ».

samedi 30 mai 2015

Commentaire à l'illusion d'un sujet connaissant

Ce texte est un commentaire d'un extrait du Milinda Panha : L'illusion du sujet connaissant

    « Qui suis-je ? » est une des plus anciennes questions de la philosophie. Nous avons la tendance naturelle à postuler un sujet connaissant, un « je », un « moi », un « ego », peu importe comment on l'appelle, qui serait à la base de toutes nos perceptions du monde environnant et de notre expérience intime de la vie. Le roi Milinda, dans le célèbre ouvrage bouddhiste, « Les questions de Milinda à Nāgasena » (Milinda Panha), défend l'idée d'un sujet connaissant toujours identique qui percevrait le monde tout comme le même homme percevrait le monde à partir des différentes fenêtres d'une même tour. « De même qu’assis ici dans le belvédère, nous pouvons voir par chacune des fenêtres selon notre désir – par celle de l’est, celle de l’ouest, celle du nord, celle du sud -, de même ce principe vital interne peut voir par chacune des portes sensorielles selon son désir ».

   Pour Nāgasena, la conscience se produit toujours en dépendance des organes sensoriels et ne peut pas être distinguée aussi facilement d'eux. Je peux voir le même paysage par différentes fenêtres. Pourquoi alors ne puis-je pas voir par les oreilles, entendre par la langue et penser par le corps ? (Rappelons que l'analyse bouddhique, le mental ou entendement est un organe sensoriel qui perçoit les idées, les pensées, les souvenirs, l'imagination et tous les objets mentaux possibles et imaginables). « Si le principe vital interne voit les formes avec l’œil de la même façon qu’assis ici dans le belvédère, nous pouvons voir les formes par chacune des fenêtres des quatre orients selon notre désir, ce principe vital interne peut-il voir de même les formes avec l’oreille, le nez, la langue, le corps, l’entendement ? Peut-il entendre les sons avec l’œil, le nez, la langue, le corps, l’entendement ?  »

jeudi 28 mai 2015

Illusion du sujet connaissant



Dialogue entre le roi indo-grec Milinda (Ménandre) et le moine bouddhiste Nāgasena.

Voir le commentaire de ce texte ici.




       « - Vénérable, y a-t-il un sujet connaissant ?

       - Ô roi, qu’entends-tu par « sujet connaissant » ?

    - Le principe vital interne qui voit les formes matérielles avec l’œil, entend les sons avec l’oreille, respire les odeurs par le nez, goûte les saveurs sur la langue, touche les objets tangibles avec le corps, connaît les objets mentaux par l’entendement.
De même qu’assis ici dans le belvédère, nous pouvons voir par chacune des fenêtres selon notre désir – par celle de l’est, celle de l’ouest, celle du nord, celle du sud -, de même ce principe vital interne peut voir par chacune des portes sensorielles selon son désir.

Olivia Fraser, Soleil


- Ô roi, je vais te parler des cinq portes sensorielles, répondit le thera1 ; écoute et sois bien attentif.
Si le principe vital interne voit les formes avec l’œil de la même façon qu’assis ici dans le belvédère, nous pouvons voir les formes par chacune des fenêtres des quatre orients selon notre désir, ce principe vital interne peut-il voir de même les formes avec l’oreille, le nez, la langue, le corps, l’entendement ? Peut-il entendre les sons avec l’œil, le nez, la langue, le corps, l’entendement ? Peut-il sentir les odeurs  avec l’œil, l’oreille, la langue, le corps, l’entendement ? Peut-il goûter les saveurs avec l’œil, l’oreille, le nez, le corps, l’entendement ? Peut-il toucher un objet tangible avec l’œil, l’oreille, le nez, la langue, l’entendement ? Peut-il connaître un objet mental avec l’œil, l’oreille, le nez, la langue, le corps ?

vendredi 26 décembre 2014

Feuille de papier

      Si vous êtes poète, vous verrez clairement un nuage flotter dans cette feuille de papier. Sans nuage, il n’y aurait pas de pluie ; sans pluie, les arbres ne pousseraient pas ; et sans arbre, nous ne pourrions pas faire de papier. Le nuage est essentiel pour que le papier soit ici devant nous. Sans le nuage, pas de feuille de papier. Ainsi, il est possible de dire que le nuage et la feuille de papier "inter-sont". Le mot "inter-être" ne figure pas encore dans le dictionnaire, mais en combinant le préfixe "inter" et le verbe "être", nous obtenons un nouveau verbe, inter-être. Sans nuage, nous n’aurions pas de papier ; nous pouvons donc dire que le nuage et la feuille de papier inter-sont.