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dimanche 7 février 2016

Dieu qui fait les oiseaux ne fait pas le gibier.

À un homme partant pour la chasse
Victor Hugo


Oui, l’homme est responsable et rendra compte un jour.
Sur cette terre où l’ombre et l’aurore ont leur tour,
Sois l’intendant de Dieu, mais l’intendant honnête.
Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête.
Te figures-tu donc être un tel but final
Que tu puisses sans peur devenir infernal,
Vorace, sensuel, voluptueux, féroce,
Échiner le baudet, exténuer la rosse,
En lui crevant les yeux engraisser l’ortolan,
Et massacrer les bois trois ou quatre fois l’an ?
Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège,
Confine à l’assassin et touche au sacrilège.
Penser, voilà ton but ; vivre, voilà ton droit.
Tuer pour jouir, non. Crois-tu donc que ce soit
Pour donner meilleur goût à la caille rôtie
Que le soleil ajoute une aigrette à l’ortie,
Peint la mûre, ou rougit la graine du sorbier ?

Dieu qui fait les oiseaux ne fait pas le gibier.


Victor Hugo, Dernière Gerbe (Œuvre posthume).



Scène de Dead man, de Jim Jarmusch, 1995.




    Voilà un très beau poème contre la chasse de Victor Hugo. L'homme a peut-être un raison d'être dans la Création du fait de son intelligence, de son esprit, de sa civilisation, mais cela ne lui donne pas tous les droits sur la Création. En fait, beaucoup plus que de droits, l'homme reçoit une responsabilité envers les créatures qui peuplent la Nature : « Sois l’intendant de Dieu, mais l’intendant honnête. Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête ». Nos capacités et notre ingéniosité à dominer la Nature et les animaux qui y vivent ne nous donne pas un pouvoir absolu sur eux, ni la liberté de les exploiter sans scrupule. L'homme a une destinée tellement plus haute que celle de se vautrer dans le meurtre et la destruction : « Penser, voilà ton but ; vivre, voilà ton droit. Tuer pour jouir, non ». J'aime ce poème de Victor Hugo, car il nous invite à repenser la tyrannie infernale que les hommes ont fait peser sur les animaux depuis des siècles, mais dont l'ampleur s'est considérablement accrue depuis le XXème siècle et l'industrialisation de l'élevage et de la pêche. Il redonne à l'homme un rôle d'intendant honnête dont la gloire est de développer sa pensée, un intendant honnête qui respecte et aime le jardin qu'est ce monde. Or l'exploitation féroce des animaux telle qu'elle existe encore malheureusement aujourd'hui n'est évidemment pas bonne pour les animaux, êtres doués de sensibilité, mais pas bonnes non plus pour les écosystèmes, et donc pas bonne pour l'Homme en dernier ressort. Une invitation encore à repenser notre rapport aux animaux. 






Kobi Refaeli




Autre poème de Victor Hugo : 




Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la libération animale ici.

    Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour du végétarisme et du véganisme 
ici.



Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.




mardi 17 novembre 2015

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent
Victor Hugo, Les Châtiments.

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C'est le prophète saint prosterné devant l'arche,
C'est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le cœur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre,
Car le plus lourd fardeau, c'est d'exister sans vivre.
Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
Le sombre accablement d'être en ne pensant pas.
Ils s'appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
N'a jamais de figure et n'a jamais de nom ;
Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
Ils sont les passants froids sans but, sans nœud, sans âge ;
Le bas du genre humain qui s'écroule en nuage ;
Ceux qu'on ne connaît pas, ceux qu'on ne compte pas,
Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
L'ombre obscure autour d'eux se prolonge et recule ;
Ils n'ont du plein midi qu'un lointain crépuscule,
Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
Ils errent près du bord sinistre de la nuit.