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samedi 25 avril 2020

La sincérité




La sincérité est une ouverture de cœur. On la trouve en fort peu de gens ; et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres.


François de la Rochefoucauld, maxime 61 des « Réflexions ou Sentences et maximes morales de monsieur de la Rochefoucauld » (1678).










"Cyrano de Bergerac" d'Edmond Rostand, réalisé par Jean-Paul Rappeneau (1990)
avec Gérard Depardieu (Cyrano) et Vincent Pérez (Christian)











Peut-on être entièrement authentique ? Dire tout ce que l'on pense ? Être intégralement sincère ? C'est un vieux débat de la morale. Et au temps de la Rochefoucauld, ce débat avait été aussi mis en scène de manière savoureuse par Molière dans le Misanthrope (1666), acte 1, scène 1 : la pièce s'ouvre sur Alceste et Philinthe qui se disputent, ou plutôt Alceste qui reproche amèrement à Philinthe d'avoir sympathisé avec quelqu'un qu'il connaît à peine et qu'il n'apprécie pas plus que cela. C'est insupportable aux oreilles d'Alceste. On ne peut pas appeler quelqu'un « mon ami » si on n'est véritablement ami avec cette personne de longue date :

mercredi 21 août 2019

Avec ou sans les formes





Je viens de lire un article sur le site bouddhiste américain Lion's roar intitulé : « Why forms are fundamental for buddhist practice ? » (Pourquoi les formes sont fondamentales pour la pratique bouddhiste?). L'auteur, Koun Franz, un maître zen américain y affirme le caractère essentiel des formes et des rituels dans la pratique de la Voie. Il explique que les moines bouddhistes ne se posent plus la question du pourquoi les formes et des rituels, mais ont signé pour une vie dans lesquels ils vont accomplir ces formes et ces rituels sans se poser de question. Après un certain temps, ces moines ne se posent même plus la question du comment accomplir ces formes et ces rituels tellement cela leur devient naturel.


Les laïcs selon Koun Franz sont beaucoup plus sceptiques quant à l'observance de ces règles issues d'une autre culture et d'un autre temps. J'avoue faire partie de ces sceptiques pour qui les formes et les rituels sont secondaires, juste une partie du decorum. Je comprends qu'une communauté aient besoin de certaines formes particulières pour se reconnaître en tant que communauté. Donc je ne suis pas choqué par les formes que peuvent prendre le bouddhisme zen ou le bouddhisme tibétain. Par contre, je constate que ces formes diffèrent sensiblement d'un pays à l'autre, d'une branche à l'autre du bouddhisme. Je pense en conséquence qu'il ne faut pas trop s'y attacher à ces formes, d'autant plus que nous ne sommes ni Japonais, ni Tibétains. Il y a quelque chose d'artificiel à copier des formes culturelles qui ne sont pas les nôtres : je me souviens d'un centre tibétain où toutes les femmes (belges) étaient habillées à la mode tibétaine pour le nouvel an tibétain. Pour moi, c'était carnaval. En quoi le fait de s'habiller à la mode tibétaine allait nous rapprocher du Dharma ?


Koun Franz, si je comprends bien sa pensée, pense qu'on ne peut pas rencontrer le bouddhisme sans faire face en même temps à sa forme traditionnelle. Et si on refuse ces formes, on entre alors en relation avec une absence de forme et nous pratiquons alors une forme de Dharma que nos maîtres ne pourraient pas reconnaître, encore moins les maîtres de nos maîtres. Cette absence de forme est elle-même une forme. Si nous choisissons de méditer sans autel, sans decorum d'aucune sorte, ce vide de forme est une forme. Si nous méditons au centre de la pièce ou face à un mur, ce choix est déjà le choix d'une forme.


Personnellement, je n'y vois pas un problème. Le Dharma est avant tout un ensemble d'idées et de concepts pour nous diriger nos vies d'une certaine manière pour faire plus de bien et moins de mal. La pratique de la méditation vise à transformer notre esprit, et cette transformation de l'esprit peut s'opérer au centre de la pièce, en-dessous d'un arbre ou face à un mur, avec ou sans coussin sous vos fesses à votre meilleure convenance. Que le Dharma prenne une forme qui soit méconnaissable aux maîtres de nos maîtres, que ce Dharma ne soit pas conforme à ce que veut la tradition « millénaire » de tel ou tel pays, je n'y vois pas de problème tant que le Dharma y est authentique dans ses idées et son esprit. Si les maîtres de nos maîtres voient un Dharma d'apparence très différent à celui qu'ils ont pratiqué dans leur monastère, mais qui est réellement motivé par l'esprit d’Éveil, alors ils reconnaîtront ce Dharma en tant que Dharma, et ne serons pas prisonniers de ces formes culturelles. Le monde moderne change à grande vitesse. Il est possible que les formes du bouddhisme changent elles aussi pour répondre à de nouveaux questionnements et de nouveaux défis.


Enfin Koun Franz argumente sur le fait que nous ne savons pas exactement ce qui est le meilleur pour nous sur le long terme et ce qui marchera le mieux dans cent ans. La question sous-jacente est alors : pourquoi ne pas faire confiance à la proposition d'une tradition plutôt que de tout réinventer au petit bonheur la chance ? Koun Franz affirme que la tension que nous éprouvons à propos de la forme va conditionner le bouddhisme pour des générations.


Pour ma part, je comprends parfaitement que telle ou telle communauté bouddhique s'attache à une esthétique qui lui donne un ordre reconnaissable du monde profane. Par exemple, l'esthétique épurée des monastères zen ne traduit pas seulement une volonté d'adopter un style japonais particulier, mais traduit aussi un art de vivre qui a son intérêt. Cela ne me pose pas de problème sauf si précisément on s'attache de trop à ces formes et que le Dharma ne peut pas se passer sans ces formes.


Ce qui est intéressant dans l'esthétique, c'est l'incarnation physique des principes du Dharma. A contrario, un bouddhisme qui ne reposeraient que sur des idées comme les Quatre Nobles Vérités, les quatre établissements de l'attention, les quatre sceaux du Dharma, les dix préceptes, les quatre demeures de Brahmā, etc., serait tellement désincarné qu'il ne serait accessible qu'à des intellectuels et des personnes férues d'abstraction. C'est peut-être la crainte de Koun Franz. En tant que phénomène social, le bouddhisme a peut-être besoin de la médiation des formes pour être compréhensible et intelligible pour le plus grand nombre.


Néanmoins, il me semble personnellement que des idées comme les quatre établissements de l'attention ou les quatre demeures de Brahmā sont plus importantes à la pratique de la méditation que le fait de revêtir l'habit noir des moines zen, que le fait de rentrer de telle ou telle manière dans le dojo ou de pratiquer face au mur ou face au centre de la pièce. Le Bouddha nous a donné des idées pour adopter une meilleure conduite éthique, pour pratiquer la méditation et développer sa sagesse. À nous de mettre en pratique ces idées pour qu'elles améliorent notre vie. À nous de donner à ces idées une forme particulière.




Frédéric Leblanc,
le 21 août 2019.





dimanche 21 septembre 2014

Commentaires sur Alceste

Récemment, j'ai posté l'acte I, scène I du Misanthrope de Molière. En mettant en lien ce texte sur Facebook, j'ai eu le dialogue qui suit. La question est de savoir si le débat entre Alceste et Philinte est uniquement une question de franchise et d'authenticité, ou si Alceste y associe une dimension morale d'intégrité et d'honnêteté à la franchise que nous nous devons d'avoir avec nos contemporains. Evidemment, cela heurte nos propres conceptions d'intégrité, d'engagement et de militantisme.  


Alceste
Je veux que l'on soit homme, et qu'en toute rencontre
le fond de notre cœur dans nos discours se montre,
que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
ne se masquent jamais sous de vains compliments.