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dimanche 1 novembre 2026

La patience (VI, 66 à 69)

 

La patience (VI, 66 à 69)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



66. Puisque les êtres sont également affectés

Par ce qui est conscient et ce qui ne l'est pas,

Pourquoi détester seulement le conscient ?

Que je supporte donc les maux.


67. Certains font le mal par ignorance.

D'autres, par ignorance, cèdent à la colère.

Lesquels sont fautifs ?

Lesquels ne le sont pas ?


68. Pourquoi as-tu accompli jadis les actes

Qui te valent d'être tourmenté par les autres ?

Puisque tous ces maux dépendent des actes,

Pourquoi m'irriter contre mes ennemis ?


69. Ayant compris cela, je m'efforcerai

Par tous les moyens à ce qui est méritoire,

Afin que tous soient animés

D'un esprit bienveillant les uns envers les autres.






Carlos Rojas - Arc-en-ciel sur le lac Ketchikan (Alaska)







Nous ne mettons pas sur le même plan ce qui est conscient et ce qui ne l'est pas. Si nous subissons une maladie par exemple, la plupart des gens n'auront pas de colère vis-à-vis du virus qui les a rendus malades. Ils auront par contre de la colère contre les gens qu'ils accusent de leur avoir transmis ce virus. Ainsi une personne qui aurait eu une relation sexuelle avec vous sans protection et qui ne vous aurait pas prévenu qu'il était atteint d'une maladie sexuellement transmissible comme le SIDA ou la syphilis.


Pendant la pandémie de COVID, je me rappelle d'une famille qui détestait le fils qui était dans ma classe, parce que les membres de la famille accusaient d'avoir rapporté de l'école le coronavirus qui avait tué le père. Et ces membres de la famille accusaient aussi l'école de ne pas avoir fait le nécessaire pour prévenir la transmission du virus. Cela m'apparaissait comme hautement délirant de leur part et franchement malveillant. S'en prendre à un adolescent parce qu'il aurait « rapporté » le COVID-19 au sein du foyer familial sans la moindre preuve d'ailleurs était le fait d'une bêtise incroyable ; et le fait qu'il culpabilisait l'adolescent qui n'était ni coupable, ni responsable dans cette affaire me répugnait moralement : un virus aussi contagieux que le coronavirus se propage et on ne peut pas imputer de faute à qui que ce soit.


Mais nous avons une propension très malheureuse à toujours chercher des coupables ; et ce qui n'est pas conscient ne peut pas être coupable. On cherche alors malencontreusement un être conscient qui servira de coupable idéal et de bouc émissaire à notre ignorance malveillante de toujours vouloir reporter la faute sur « quelqu 'un ». Un virus n'est ni coupable, ni responsable d'une pandémie mondiale. C'est pourquoi la famille a concentré ses reproches contre l'adolescent ; c'est pourquoi certains ont tout de suite accusé les Chinois d'avoir délibérément créé un virus militarisé ; d'autres ont accusé les Français et les Juifs d'avoir ériger le fameux laboratoire de Wuhan d'où serait parti le virus ; d'autres ont accusé ces barbares, mangeurs de chauve-souris, de pangolin ou de civette du tout aussi fameux marché aux animaux de Wuhan ; d'autres ont mis en accusation les lenteurs des gouvernements à fermer les frontières après la déclaration de l'épidémie.


Il nous faut un coupable à nos malheurs, nécessairement. Cela peut être un autre être humain. Parfois, c'est un groupe de personnes qu'une théorie du complot sans trop de fondement vient vilipender et accuser de tous les maux. Parfois on s'en prend à Dieu : et c'est vrai que, si Dieu a créé le monde et est tout-puissant, il peut peut-être l'auteur de tous nos maux ! Encore faut-il qu'il existe bien entendu. Au Moyen-Âge, on pouvait accuser une sorcière d'être responsable d'avoir causé une épidémie de peste ou de choléra. Bouc émissaire très pratique.


Tout cela pour expliquer notre propension à ne s'en prendre qu'à ce qui est conscient : une maladie, une inondation, une tempête ne seront pas mises sur le même plan qu'une personne méchante qui nous nuit par ses actes, ses paroles ou ses attitudes, sauf si on accuse une personne consciente d'être à l'origine de ces maux comme le patient zéro ou la sorcière qui jette des sorts. Nous avons une propension fondamentale à justifier la colère à l'encontre de ce qui est conscient et à trouver ridicule le fait d'être en colère contre ce qui ne l'est pas, comme quand nous rions de bon cœur devant le spectacle de la personne qui s'énerve contre une chaise parce que son gros orteil l'a heurté involontairement et que cela lui fait atrocement mal !


Pourtant, Shāntideva nous explique que cette distinction implicite entre ce qui est conscient et ce qui n'est pas conscient n'a pas lieu d'être dès lors qu'on parle de patience face aux maux subis : si on ne supporte les maux que les personnes conscientes nous infligent, on ne devrait pas être patients par rapport aux catastrophes naturelles, on devrait avoir la même colère envers notre agresseur qu'envers la tempête qui a emporté le toit de notre maison. Et si l'on voit les maux occasionnés par ce qui n'est pas conscient comme une fatalité qui ne suppose pas de se mettre en colère, on ne devrait pas non plus se mettre en colère contre un agresseur, un bourreau ou une personne médisante.


Parce que tous ses coups, ces tortures et ces paroles dénigrantes ont pour origine des phénomènes mentaux qui sont eux-même le résultat d'un enchaînement complexe de causes et de conditions tout comme les phénomènes naturels comme les tempêtes ou les maladies. Cet enchaînement complexe de causes et de conditions est extérieur à la personne qui nous frappe, nous insulte ou nous maltraite de toutes les façons possibles. Cette personne qui agit à notre encontre n'est pas la seule maîtresse de cette colère qui l'envahit ; elle est comme le pantin de forces qui la dépassent complètement.


Donc si je réponds par la haine, la colère et la violence à des coups ou des insultes qui me touchent, je deviens aussi coupable et condamnable que mon agresseur. Shāntideva refuse de justifier ma réponse violente à la violence qui m'est faite en se servant de cette réponse de cour de récréation : « Mais c'est l'autre qui a commencé, monsieur ! »


« Certains font le mal par ignorance.

D'autres, par ignorance, cèdent à la colère.

Lesquels sont fautifs ?

Lesquels ne le sont pas ? »


En répondant par la violence à la violence, je tombe aussi bas que mon agresseur, et je rentre dans le cycle karmique de la violence tout comme lui. Quand j'étais adolescent, j'étais tombé sur une citation du Bouddha qui m'avait beaucoup marquée. Je n'étais pas du tout bouddhiste à l'époque, mais je me rappelle bien le contexte dans lequel j'ai lu cette citation, c'est dire à quel point cette citation m'a marquée : un petit livret dans une fête laïque, une sorte de « grande communion » mais pour les athées. Cette citation du Bouddha disait : « Si la haine répond à la haine, quand la haine s'arrêtera-t-elle ? »


Cette citation m'a énormément marquée. Bon, il est vrai que cette citation n'est pas tout à fait correcte. J'ai appris des années plus tard que la véritable citation tirée du Dhammapada dit :

« En vérité,

La haine ne s'apaise jamais par la haine.

La haine s'apaise par l'amour.

Ceci seule st la vérité ».

(Dhammapada, I, 5. NB : le terme « amour » traduit « amogha », littéralement « non-haine »)


Mais je trouve encore aujourd'hui que le fait de poser la question « Si la haine répond à la haine, quand la haine s'arrêtera-t-elle ? » plus puissant et plus interpellant que la véritable citation originelle. En tous cas, cela avait fortement interpellé l'adolescent que j'étais. La question n'impose pas une vérité, mais plus profondément, elle invite à comprendre les conséquences abyssales du fait de répondre à la violence par la violence, et l'impasse totale que celle-ci constitue.





*****




Ensuite, Shāntideva revient sur le fait que la violence subie est une conséquence karmique du fait que nous-mêmes avions été violents à l'encontre des autres dans le passé (que ce soit le passé de cette vie-ci ou le passé d'une vie antérieure). Le fait de comprendre qu'on me frappe aujourd'hui parce que j'ai frappé des malheureux dans le passé devrait me faire comprendre que je ferais mieux de ne pas frapper aujourd'hui celui qui me frappe parce que cela revient à remettre un sou dans la machine infernale du karma.


Une fois qu'on a intimement compris ce mécanisme du karma, on comprend que la patience est le seul moyen de sortir de cette machine cyclique. Cela nous fait aussi comprendre l'urgence d'agir vite dans le sens de ce qui est méritoire. Et Shāntideva conclut en nous disant que tout cette patience accompagnée des actes méritoires se fait dans un but précis :


« Afin que tous soient animés

D'un esprit bienveillant les uns envers les autres ».


Ce que je disais dans la commentaire précédent : « La seule solution à mes yeux est développer avec un sentiment d'urgence les quatre qualités incommensurables : l'amour bienveillant incommensurable, la compassion incommensurable, la joie incommensurable et l'équanimité incommensurable. Et le faire encore et encore, infatigablement afin d'apaiser l'emprise de la haine destructrice en ce monde ».


Idéalement, il faut travailler à ce que ne se créent pas les situations de violence et de haine ; il faut désamorcer ces mécaniques infernales, et la meilleure façon de le faire, c'est de développer encore et encore l'amour bienveillant, la compassion, la joie sacrée et l'équanimité tout autour de soi.


Il ne faudra pas pourtant être naïf : cela ne se fera pas d'un coup de baguette magique. Il ne suffit pas de chanter la paix et l'amour comme les hippies pour qu'un royaume de paix apparaisse devant nos yeux ébahis comme par enchantement. On pourra cultiver l'amour bienveillant et la compassion notre vie durant avec un zèle impressionnant, il arrivera peut-être malheureusement des situations où notre patience sera soumise à rude épreuve. Des situations où nous ferons face à la méchanceté, l'agressivité et toute la noirceur de l'âme humaine. Mais cela ne devra pas nous décourager : travailler à un monde où tous les gens seront bienveillants les uns envers les autres est un long chemin de persévérance.












Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)

- La patience (VI, 17 à 20)

- La patience (VI, 21)

- La patience (VI, 22 à 26) + 2ème partie

- La patience (VI, 27 à 31)

- La patience (VI, 32 à 38)

- La patience (VI, 39 à 41)

- La patience (VI, 42 à 51)

- La patience (VI, 52 à 55)

- La patience (VI, 56 à 61)

- La patience (VI, 56 à 61) + 2ème partie






NB : Cet article est écrit sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur (humain) de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.






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Yves Marichal







samedi 31 octobre 2026

La patience (VI, 62 à 65)

 

La patience (VI, 62 à 65)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



62. « Mais je m'emporterai contre ceux dont les propos déplaisants

Affaiblissent la confiance que les autres me portent. »

Alors pourquoi ne t'irriterais-tu pas

Contre ceux qui parlent mal d'autrui ?


63. Si tu es patient devant ce manque de confiance

Parce qu'il est rapport avec autrui,

Pourquoi ne supporteras-tu les paroles déplaisantes

Puisqu'elles sont liées à l'émergence des perturbations ?


64. S'emporter contre ceux qui outragent

Les statues, les stoupas,

Et le sublime Dharma est inapproprié,

Car les Bouddhas n'en souffrent pas.


65. J'écarterai la colère à l'égard de ceux qui maltraitent

Les maîtres, proches et amis,

En voyant comme ci-dessus,

Que cela provient de conditions.




La confiance est un élément essentiel qui soude nos sociétés. Par défaut, nous accordons la confiance aux autres membres de la société : quand j'achète du pain au boulanger, je ne me demande pas normalement si ce pain est empoisonné. Je me demande si le pain est bon, s'il est bien cuit, s'il est frais du jour, mais pas s'il est empoisonné. Et il en va de même avec tous les autres corps de métier. Une société ne peut pas survivre sans un minimum de confiance.


Pourtant on sait qu'on ne peut pas faire confiance à tout le monde : on ferme sa maison à double tour quand on part de chez soi ; on se méfie quand on marche dans une ruelle sombre la nuit ; on ne croit pas à tous les boniments que des charlatons prononcent pour nous appâter. Comme l'histoire de l'enfant qui criait au loup, on a tendance à se méfier de ceux qui nous ont préalablement menti ou de ceux qui ont la réputation de mentir ou de ne pas faire le travail qu'on attend d'eux.


Inversement, si quelqu'un nous accuse à tort de mentir, cette calomnie nous est insupportable parce qu'elle mine en profondeur la confiance que les autres nous portent. Emmanuel Kant pensait que le mensonge était la pire des fautes morales parce que le mensonge affaiblit notre confiance envers la vérité, et, par cela-même, le mensonge affaiblit le pacte social entre les membres d'une société. Ce qui prépare la division et la sédition au sein de cette société. Et au terme de ce processus, se profile le spectre de la guerre civile, la guerre de tous contre chacun. Il y a quelques années, j'avais lu une citation qui m'avait marqué : « La guerre civile est à la guerre ce que la guerre est à la paix »1.


Je fais ce détour par Kant pour comprendre pourquoi l'objection du mensonge qui vient briser la confiance que les autres me portent vient chez Shāntideva après les strophes 56 à 61 où il justifie la patience même devant le péril de se faire tuer. Sans comprendre toutes les implications des mensonges et des calomnies sur le tissu social, on ne peut s'étonner que le mensonge et la médisance viennent après la menace directe sur notre vie. Pour la plupart des gens, il est plus facile d'être patient envers un mensonge, même malveillant, qu'envers quelqu'un qui cherche à nous trucider !


La réponse de Shāntideva est de dire que nous manquons de patience envers les gens qui nous accusent à tort, mais nous sommes au contraire très patients envers les calomnies qui frappent d'autres personnes. Pourquoi cette partialité ? Si nous n'aimons pas le mensonge, on devrait s'emporter dès qu'un mensonge est prononcé, peu importe que nous en soyons la cible ou pas ! Or c'est le mensonge qui vient salir notre personne qui nous met en rogne ou qui nous fait sortir de nos gonds.


La solution par rapport à ces agressions verbales est la même que pour les agressions : ces attaques verbales proviennent des émotions perturbatrices qui, elles-mêmes, proviennent d'une enchaînement complexe de causes et de conditions. Nous devons donc nous apaiser quand on nous dit ces paroles déplaisantes, cultiver la patience et lâcher-prise par rapport à ces jacassements.




*****



Néanmoins, il y a un cas où le mensonge et les calomnies peuvent sembler tout à fait inacceptables : quand on touche au sacré, quand on vise le Dharma, l'enseignement du Bouddha, et tous les symboles bouddhistes du sacré, les stoupas, les statues, les temples. La question s'est posée le 11 mars 2001 quand les fanatiques musulmans de l'Afghanistan, les Talibans, ont détruit les deux statues de Bouddha de 53m et 38m de haut dans la vallée de Bâmiyân. Faut-il en vouloir aux Talibans pour ces destructions ? Réponse de Shāntideva : non, les Bouddhas n'en souffrent pas. Ce que les Bouddhas veulent au contraire, c'est qu'on cultive l'amour bienveillant et la patience infinie. La tristesse légitime devant cette manifestation de barbarie ne doit donc pas nous emplir de colère. Et cette tristesse ne doit pas faire oublier que, dans le même temps, les Talibans massacraient par centaine les Hazaras, les habitants de la vallée de Bâmiyân de confession musulmane chiite (les Talibans étant sunnites).




Grands Bouddhas de Bâmiyân par Alexander Burnes en 1832.





*****





Enfin, Shāntideva nous exhorte à développer aussi la patience quand ce sont nos proches, notre famille, nos amis, notre clan, notre pays ou nos maîtres spirituels qui font l'objet de ces calomnies en voyant l'enchaînement complexe de causes et de conditions qui ont amené une telle personne à prononcer des paroles de vipère à l'égard de quelqu'un que nous aimons bien. Le raisonnement est le même que l'on adresse ces calomnies à nous-mêmes ou à un membre de notre communauté. Ne cédons pas à la colère, cherchons à comprendre l'enchaînement causal qui a mené à tenir ses propos blessants et outrageants et cultivons la patience.










1 L'auteur l'avait attribuée à l'historien de l'Antiquité, Hérodote. Apparemment faussement car je n'en ai jamais retrouvé la trace, même si on retrouve la crainte de la guerre civile pour ses effets délétères au sein de la société dans « L'Enquête » d'Hérodote : « En effet, autant la paix l’emporte par ses avantages sur la guerre, autant une guerre civile est plus pernicieuse qu’une guerre étrangère, où toutes les parties de l’État concourent d’un commun accord » (Livre VII, Uranie).







Grand Bouddha de Bâmiyân en 2001







"Petit" Bouddha de Bâmiyân (38m de haut tout de même !)






Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)

- La patience (VI, 17 à 20)

- La patience (VI, 21)

- La patience (VI, 22 à 26) + 2ème partie

- La patience (VI, 27 à 31)

- La patience (VI, 32 à 38)

- La patience (VI, 39 à 41)

- La patience (VI, 42 à 51)

- La patience (VI, 52 à 55)

- La patience (VI, 56 à 61)

- La patience (VI, 56 à 61) + 2ème partie




Chapitre VI : La patience





Sur les statues de Bâmiyân en Afghanistan et leur destruction le 11 mars 2001


Afghanistan : il y a 20 ans, la destruction des Bouddhas de Bamiyan (TV5 Monde, 11 mars 2021)

https://www.youtube.com/watch?v=QzlWRRqet9Y



La destruction des Bouddhas de Bâmiyân le 11 mars 2001 par les fanatiques Taliban

https://www.youtube.com/watch?v=8qXmLagc9KM



Pourquoi les Bouddhas de Bamiyan ont été détruits ? (Nota Bene, 5 avril 2022)

https://www.youtube.com/watch?v=LVoeG6mcdLg




NB : Cet article est écrit sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.






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La niche du grand Bouddha de Bâmiyân en 2005






vendredi 30 octobre 2026

La patience (VI, 56 à 61) – 2ème partie

 

La patience (VI, 56 à 61) – 2ème partie

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



Je voudrais revenir sur le commentaire des strophes 56 à 61 du sixième chapitre sur la patience. Les strophes parlaient du fait que perdre la vie n'est pas une justification suffisante pour perdre patience. Dans la deuxième partie du commentaire des strophes 22 à 26, j'avais parlé du caractère très logique du raisonnement de Shāntideva. Ce caractère logique renforce certes la puissance du texte, mais ne prend pas en compte notre humanité dans ce qu'elle a de plus instinctif et de plus pulsionnel, il me semble.


Je veux bien qu'une vie longue passée à commettre des fautes morales n'a pas plus de valeur qu'une vie pure et vertueuse brutalement écourtée par la violence de notre agresseur. Je veux bien que nous allons tous mourir et que la mort nous rattrapera tous qu'on vive encore un jour ou cent ans supplémentaires. Je veux bien volontiers admettre tout cela, mais en se plaçant sur le seul plan de la logique, on oublie notre être fait de chair et de sang ; on oublie la peur panique qui s'empare de nous quand on menace notre vie ; on oublie notre pulsion de vie qui tend à conserver coûte que coûte et avec toute l'énergie du désespoir ce fragile battement de cœur ; on oublie l'incroyable persévérance du corps à préserver la flamme du souffle vital.


Peut-être qu'un moine bouddhiste, après une longue vie d'ascèse, abandonnera la vie sans la moindre trace de colère devant son bourreau. Mais ce sera le résultat d'un profond entraînement à se transformer soi-même, et pas la conséquence heure du seul raisonnement logique. En outre, ce sera là un entraînement que bien peu, même parmi les moines les plus dévoués, atteindront dans leur plénitude. Notre instinct de survie est solidement ancré en nous, et quand notre vie sera dramatiquement menacée, cet instinct de survie se transformera soudainement selon les circonstances en terreur qui nous fait prendre nos jambes à notre cou, en terreur qui nous fige sur place et nous tétanise ou alors cette instinct de survie se manifestera comme une agressivité pleine de rage désespérée. Et cette terreur et cette rage court-circuiteront tous les raisonnements logiques.


Comprenez-moi : je ne suis pas en train de dire que Shāntideva a tout faux. Non, il a raison sur le plan de la logique, mais le problème est que nous ne sommes pas des êtres purement logiques. Les raisonnements de Shāntideva peuvent nous servir quand on envisage ou qu'on imagine une situation : que ferions-nous si un soldat ennemi voulait nous passer à la baïonnette et que vous avez l'occasion de prendre un sabre et de le trucider ? Et à partir de cette situation imaginaire, on peut commencer à réfléchir à l'intérêt de la non-violence. Mais il faut bien être conscient que la situation imaginaire n'est pas la situation réelle. Je peux m'imaginer pacifique dans la situation imaginaire et à réagir avec toute la fureur d'un guerrier berserker dans les armées vikings ! Désamorcer en la violence demande un long travail spirituel.


Et j'avoue que, même dans des cas imaginaires, il y a des situations où je ne parviens pas à m'imaginer parfaitement pacifique. Si j'ai l'occasion d'arrêter le parcours d'un Waffen SS ou d'un jihadiste, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas. Je ne suis même pas en train de justifier moralement cette violence : toute violence est mauvaise. Mais il me semble qu'il est des cas où on ne peut refuser d'embrasser l'ombre et où ne peut pas refuser notre part de violence. Cela pose d'énormes questions de morale parce qu'une fois qu'on a mis le doigt dans l'engrenage de la violence, celle-ci ne nous lâchera pas si facilement.


Pour éviter cela, la seule solution à mes yeux est développer avec un sentiment d'urgence les quatre qualités incommensurables : l'amour bienveillant incommensurable, la compassion incommensurable, la joie incommensurable et l'équanimité incommensurable. Et le faire encore et encore, infatigablement afin d'apaiser l'emprise de la haine destructrice en ce monde.





 Lily Seika Jones






Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)

- La patience (VI, 17 à 20)

- La patience (VI, 21)

- La patience (VI, 22 à 26) + 2ème partie

- La patience (VI, 27 à 31)

- La patience (VI, 32 à 38)

- La patience (VI, 39 à 41)

- La patience (VI, 42 à 51)

- La patience (VI, 52 à 55)

- La patience (VI, 56 à 61)

- La patience (VI, 56 à 61)




Chapitre VI : La patience








NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





Lire également : 


- Si tous les enfants de huit ans


- Plus de paix dans votre esprit


- Méditation et forces armées






Sur la méditation des quatre qualités incommensurables : 


- Les Quatre Demeures de Brahmā : amour illimité, compassion illimitée, joie illimité et équanimité illimitée


- Méditation des Quatre Incommensurables


- Qu'est-ce que la compassion?

        On pense parfois que la compassion consiste à s'affliger soi-même de la détresse des autres, mais, dans la philosophie du Bouddha, rien de tout cela : la compassion est définie comme le souhait ardent que les autres soient libérés de la souffrance et des causes de la souffrance.


- la compassion selon Shabkar


- Joie 



    L'équanimité et l'impartialité dans la ‪méditation, l'apaisement des remous de la vie. Comment la pratiquer ? Comment la mettre en œuvre dans la vie de tous les jours ?





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