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mercredi 22 juillet 2026

Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)

 

Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


22. De même que Manjugosha et d'autres bodhisattvas

Ont fait des offrandes aux Vainqueurs,

J'adore les Protecteurs :

Les Ainsi-Allés et leurs fils.


23. Par des océans de louanges,

J'exalte ces océans d'excellences ;

Que ces nuages de rythmes harmonieux

S'élèvent jusqu'à eux !


24. Je rends hommage en m'inclinant avec des corps

Aussi nombreux que les atomes de l'univers

À tous les Bouddhas des trois temps,

Au Dharma et à la Sangha des Êtres Nobles.


25. Je me prosterne devant les reliquaires,

Les bases de l'esprit d’Éveil,

Les abbés, les maîtres,

Et devant les sublimes pratiquants.


26. Je prends refuge dans les Bouddhas

Jusqu'à l'essence de l’Éveil,

Je prends refuge dans le Dharma

Et l'assemblée des Bodhisattvas.




Dans les textes du bouddhisme du Grand Véhicule, on voit les bodhisattvas accomplir une multitude d'offrandes réelles ou visualisées aux Bouddhas. Dans le commentaire des strophes 10 à 21, j'avais expliqué notamment le fait qu'un des dix vœux du bodhisattva Samantabhadra était justement de faire des offrandes à tous les Bouddhas. On voit pareillement dans les textes Manjushri (aussi appelé Manjugosha) faire de pareilles offrandes en quantité astronomique. Shāntideva marche simplement dans les pas de ses modèles en pratiquant l'offrande en esprit et en paroles aux bouddhas parfaitement accomplis.


Toutes ces offrandes servent à glorifier les bouddhas dans son esprit, mais aussi dans l'esprit de ceux qui liront son texte philosophique. Certains diront que cette vénération est très religieuse. Et de fait, elle l'est. Il est évident que, dans le texte « Chemin et la Conduite des Bodhisattvas » (Bodhisattvacaryāvatāra) de Shāntideva, il y a une dimension très religieuse qui est exacerbée par les thèses même du Grand Véhicule, à savoir le fait d'éluder le Bouddha historique et son enseignement (considéré comme un « petit véhicule »), et le fait de réintroduire en grande pompe toute une métaphysique que le Bouddha avait congédiée comme un « désert d'opinions, fourré d'opinions, bagarre d'opinions... ». On se souvient de la jolie formule de Guy Bugault du « refus métaphysique de la métaphysique » chez le Bouddha.


En fait, pour le Bouddha, les opinions métaphysiques avaient le principal défaut d'attiser des conflits sur des choses inaccessibles à nos sens et notre entendement. Et en plus, de nous détourner du souci fondamental de remédier à la problématique brûlante de la souffrance pour des questions vaines et abstraites.


Dans le Grand Véhicule, on voit le retour en force d'une métaphysique qui s'incarne dans les Bouddhas cosmiques (Amitabha, Vairocana, Amogasiddhi, Akshobya et Ratnasambhava) « existant » (si on peut employer ce mot) dans la dimension de la réalité absolue, ainsi que la doctrine des trois corps d'un Bouddha. Tout cela conduit à une vénération religieuse dont Shāntideva fait clairement l'apologie dans ces strophes.


Ainsi, quand il dit : « Je rends hommage en m'inclinant avec des corps /Aussi nombreux que les atomes de l'univers /À tous les Bouddhas des trois temps/ Au Dharma et à la Sangha des Êtres Nobles », il est évident que Shāntideva fait référence au pouvoir supposé des bodhisattvas entrés dans les dix terres (du cheminement des grands bodhisattvas) de démultiplier leurs corps suivant une courbe exponentielle : un bodhisattva peut se démultiplier en dix, un bodhisattva peut se démultiplier en cent, un bodhisattva de la troisième terre en mille, et ainsi de suite...


Pour Shāntideva, c'est une réalité concrète. Pour moi (et beaucoup de mes contemporains) qui suis imbibé de culture scientifique et rationaliste, cela semble beaucoup plus difficile à croire... Surtout que les bodhisattvas et les bouddhas cosmiques ne sont pas des personnages historiques : ils vivent dans une autre réalité que l'esprit critique aura tendance à considérer comme strictement imaginaire... Je sais que beaucoup de bouddhistes d'aujourd'hui stigmatiseront mon manque de « foi », mon refus de croire à ce qui m'apparaît comme des « légendes ». Effectivement, je n'ai pas la foi du charbonnier, mais par contre j'ai confiance (shraddha en sanskrit) dans l'Enseignement et la Voie du Bouddha. Confiance précisément parce que je peux tester cette doctrine et éprouver ce cheminement spirituel, là où en face des « miracles » des bodhisattvas raconté dans les soûtras du Grand Véhicule, je suis obligé de croire à des choses merveilleuses, mais que personne n'a vu et constaté en réalité.


Je pense qu'il est important de faire ce genre de distinction et prendre un peu de recul critique par rapport au texte de Shāntideva. Deux objectifs à cela : 1°) Il est important de se remettre dans le contexte mental et culturel de l'auteur. Peu importe ce que nous croyons ou pas, pour comprendre une œuvre, il faut pouvoir se mettre dans la tête de l'auteur et comprendre sa représentation du monde. 2°) Plus on est précis sur les intentions de l'auteur, plus on peut retirer du profit philosophique dans notre lecture à partir de notre propre point de vue et représentation du monde.


Je dois ici faire un aveu : ce deuxième chapitre est celui que j'ai le moins étudié. J'ai lu et récité des centaines de fois les autres chapitres, mais je passais sur ce deuxième chapitre du « Dévoilement des fautes », précisément parce qu'il me semblait trop religieux, avec cette foi du charbonnier qui semble si problématique pour voir le monde tel qu'il est. Si vous êtes persuadé que votre guru est un grand bodhisattva et qu'il peut se démultiplier en mille ou en dix mille clones de lui-même pour aller sauver des êtres, vous n'allez plus vraiment chercher à trouver des médicaments ou à fonder une meilleure organisation sociale pour aider les personnes malades ou dans la pauvreté. Vous allez seulement donner votre confiance à votre guru bodhisattva sauveur du monde avec sa magie. Et vous allez vous réfugier dans la prière et la vénération, ce qui ne changera rien au monde qui n'est pas un conte de fées... Ou peut-être même que cela vous rendra de plus en plus aveugle à la réalité de la souffrance des autres autour de vous.


Mais en faisant cette distinction, je pense que je peux retirer ce qui est intéressant pour moi, à savoir un pratiquant bouddhiste pour qui la dimension philosophique prévaut sur la croyance religieuse. Et justement : si je ne suis pas convaincu qu'on puisse se démultiplier en une multitude de clones bodhisattviques, je vois l'intérêt de se visualiser « avec des corps aussi nombreux que les atomes de l'univers » pour rendre hommage aux bouddhas, mais aussi méditer, lire les soûtras, etc... Cela nous permet psychologiquement de travailler sur la notion d'unité et de diversité, d'individualité et de multiplicité. Je ne dis pas qu'il faut en permanence se voir comme une armée de « moi ». Ce serait éprouvant pour notre équilibre psychique certainement, mais s'imaginer ponctuellement comme une multitude animée par la bodhicitta, l'esprit d’Éveil, me semble être un très intéressant exercice spirituel pour inviter le petit ego à cesser de se considérer unique, important, absolument central.


On peut ainsi nous aider à se décentrer et à laisser de la place aux autres. Dilgo Khyentsé Rimpotché disait notamment à ce sujet : « Tous les êtres sont identiques dans leur désir d’être heureux et de ne pas souffrir. Ils ne diffèrent de moi que par leur nombre : je suis un, alors qu’eux sont innombrables. Mes joies et mes peines sont donc insignifiantes face aux bonheurs et aux malheurs des autres. Cette pensée est la base de l’esprit d’Éveil. Nous devrions souhaiter le bonheur d’autrui plus que le nôtre, en songeant particulièrement à nos ennemis et à ceux qui nous maltraitent. Sinon, à quoi servirait la compassion ? 1 »


Cela peut nous aider aussi à comprendre ou à avoir l'intuition de la société en tant que masse d'individus. Comme le dit le poète américain Walt Whitman dans « Feuilles d'herbes » :

« Suis-je en contradiction avec moi-même ?

Alors c’est parfait, je me contredis,

(Je suis vaste, je contiens des multitudes) ».


Quant à la prise de refuge très classique envers le Bouddha, le Dharma et la Sangha que l'on retrouve dans les strophes présentes de Shāntideva, à laquelle s'ajoute la prosternation devant « les reliquaires, les bases de l'esprit d’Éveil, les abbés, les maîtres, et devant les sublimes pratiquants », on peut y voir bien sûr une adhésion purement religieuse. Mais pour moi, la prise de refuge est d'abord un geste philosophique avant d'être une forme d'adoration religieuse, pour peu que vous ne considériez pas le Bouddha, le Dharma et la Sangha comme extérieur à vous-mêmes.


Je m'explique. Vous pourriez considérer le Bouddha comme une entité extérieure à vous-mêmes, une entité sacrée, dotée de pouvoirs spirituels pouvant avoir une incidence positive dans votre vie. Dans ce cas, il est logique de prier le Bouddha pour qu'Il vous accorde sa bénédiction d'une manière ou d'une autre. C'est là la logique religieuse.


Mais vous pourriez considérer le Bouddha ici comme la part éveillée de vous-mêmes, et prendre refuge serait la déclaration performative que vous allez utiliser cet part éveillée de vous-mêmes comme un abri par rapport aux parts confuses, égoïstes ou malveillantes de vous-mêmes. Dans cette logique, le Bouddha est ici une entité intérieure à vous-mêmes.


Pareillement, le Dharma n'est pas une entité extérieure à vous-mêmes mais le chemin intérieur, le Noble Octuple Sentier, que vous parcourez pour atteindre le plein Éveil. Le Dharma est en vous et il vous protège des errements dus aux attitudes et aux pratiques incorrectes. La Sangha des Êtres Nobles est la communauté des grands disciples du Bouddha, qui ont écouté son enseignement et l'ont mis en pratique pour atteindre l’Éveil à leur tour. Intérieurement, vous pouvez les considérer comme un modèle à suivre : vous écoutez les enseignements du Bouddha à votre tour et vous les mettez en pratique afin de vous accomplir spirituellement.








1https://www.matthieuricard.org/enseignements-de-dilgo-khyentse-rinpotche-1910-1991-sur-la-compassion/












Hasui Kawase (1883-1957) - Kamakura - Le Grand Bouddha








Lire les commentaires des strophes précédentes :

Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil 


Chapitre II :

- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)

- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9) 

- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)

Chapitre II: Le dévoilement des fautes




Lire également : 

- Quand dire, c'est prendre refuge


- Laisser tomber les divinités bouddhiques? 


- Entre philosophie et religion





















Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





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dimanche 19 juillet 2026

Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)

 

Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


10. Dans les salles de bain parfumées,

Avec leur sol de pur et brillant cristal,

Leurs colonnes resplendissantes de joyaux

Et leur éblouissantes courtines brodées de perles.


11. Je prie les Ainsi-Allés et leurs fils

D'approcher et de baigner leur corps

Avec de nombreux vases précieux remplis d'eaux odorantes délicieuses,

Au son des chants et de la musiques.


12. J'essuie leur corps avec des étoffes incomparables,

Sans tache, imprégnées de parfum,

Et j'offre à ces êtres sublimes

D'excellents vêtements embaumés.


13. Je pare d'habits fins et doux

Et d'ornements variés

Samanthabhadra, Manjugosha,

Lokeshvara et les autres êtres nobles ;


14. Avec des parfums exquis dont la fragrance

Se répand dans un milliard de mondes,

J'oins comme on lustre l'or épuré, poli

Le corps des Puissants Seigneurs.


15. À ces Puissants Seigneurs, suprêmes objets d'adoration,

J'offre de superbes guirlandes bien composées,

Et toutes les fleurs odorantes,

Mandara, utpala et lotus.


16. Je leur offre aussi des nuages d'encens

Dont le parfum riche et pénétrant ravit l'esprit,

Des délicatesses célestes

Comprenant des nourritures et des breuvages variés.


17. Je leur offre des flambeaux de pierreries

Reposant sur des lotus d'or,

Et même une jonchée de fleurs éclatantes

Sur le sol aspergé d'eau parfumée.


18. À ceux dont la nature est compassion,

J'offre des palais retentissants d'hymnes mélodieux,

Étincelants de festons de perles,

Parures de l'espace infini.


19. Toujours, je présente aux Puissants Seigneurs

Des parasols de pierreries aux manches d'or,

Droits, aux formes gracieuses,

Dont les bords sont embellis d'ornements exquis.


20. En outre, que d'autres nuages d'offrandes

Résonnantes de musiques et de mélodies enchanteresses

Qui apaisent les souffrances des êtres

Se maintiennent aussi longtemps que nécessaire !


21. Qu'une pluie continuelle

De fleurs et de gemmes

Descende sur les reliquaires, les statues

Et sur tous les joyaux du sublime Dharma !






Piscine de Roubaix




Shāntideva continue son offrande visualisée. Il faut imaginer splendeurs sur splendeurs pour les bouddhas, car rien n'est trop beau pour eux. Je pense qu'il est important de garder à l'esprit que ceci est une offrande visualisée. On imagine le plus beau, le plus merveilleux pour les bouddhas et les bodhisattvas, sans le moindre souci de réalisme. Qu'une imagination baroque nous fasse concevoir les choses les plus incroyables. Cela n'a pas besoin d'être réaliste, parce que si l'on rencontrait véritablement des bouddhas et des bodhisattvas, je suis certain que ceux-ci ne voudraient pas de toutes ces richesses et de tout confort. Dans un monde où les richesses et les ressources sont limitées, je suis certain que les bouddhas et les bodhisattvas ne voudraient qu'on appauvrisse certains pour les honorer eux qui se contentent de peu et se réjouissent dans la pauvreté.


Je mentionne cela parce que toutes sortes de gourous, étant convaincus d'être eux-même des êtres éveillés et sacrés, pensent que rien n'est trop beau pour eux et que leurs adeptes doivent les pourvoir en luxe et richesses incroyables. Je pense notamment à Osho Rajneesh qui s'était vu offrir 93 Rolls-Royces, et encore le pauvre petit espérait en avoir 365 pour les 365 jours de l'année. Cela n'a évidemment aucun sens : un être éveillé ne vit pas nécessairement dans l'ascèse, la pauvreté et la mendicité, mais un être éveillé s'est détaché du désir pour les biens matériel et court après tant de richesses.


Les strophes de Shāntideva ne doivent donc pas être détournées de leur sens initial. Ce sont bien des offrandes que l'on visualise dans notre imagination débridée de toute contingence matérielle : on offre le plus beau, le plus merveilleux quand bien même on sait que les bouddhas et les bodhisattvas n'ont pas besoin de tant de richesses et de splendeurs. Ces offrandes visualisées sont un exercice spirituel qui nous à convaincre notre inconscient que rien n'a plus de valeur que l’Éveil incomparable, rien n'est plus désirable que l'extinction, le Nirvāna.


Shāntideva poursuit dans les strophes 10 à 13 la volonté de reconnaître et transcender ses fautes passées présentes dans les strophes 8 & 9. La symbolique du bain indique clairement la volonté de purification : baigner et nettoyer le corps des bouddhas représente le fait de purifier notre perception et nos intentions afin de libérer notre potentiel d’Éveil.


Notez au passage que « Ainsi-Allé » ou « Tathāgata » en sanskrit désigne le Bouddha : celui qui est parti dans ce qui est « ainsi », dans la véritable nature des choses, véritable nature des choses qui n'est pas figée dans une entité éternelle ou permanente, mais qui est continuellement dynamique, d'où l'idée d'aller, de venir, de se mouvoir. Tout est impermanent, tout change, tout coule...


Shāntideva nous encourage donc à imaginer une salle de bain, spacieuse et incroyablement somptueuse. Imaginez le hammam d'un grandiose palais d'Orient où tout est merveilleux, que ce soit le sol de cristal, des colonnes de joyaux, des mosaïques subjuguantes et des rideaux diaphanes de la plus belle soie, une chaleur douce et agréable, un parfum entêtant, des coupes de nacres, un silence souverain ponctué du clapotis des gouttes d'eau, tout ce que votre imagination peut concevoir de plus beau, de plus incroyable, de plus agréable. Prévoyez des serviettes de bain dans un tissu incroyable tant par sa douceur que par ses motifs tissés qui l'ornent. Offrez ensuite les plus beaux, les plus élégants vêtements, symboles de l'apparence en société aux bouddhas et aux bodhisattvas.


Samantabhadra (« Entièrement bon, auspicieux ») est ici un grand bodhisattva que l'on retrouve dans de nombreux textes du Grand Véhicule, notamment dans l'Avatamsaka Sūtra, le Soûtra de l'Ornementation Fleurie. Il est souvent associé à la vérité ultime. Dans le tantrisme et le Dzogchen, il est le Bouddha primordial. Dans l'Avatamsaka Sūtra, il prend dix fermes résolutions typiques des bodhisattvas :


  • Rendre hommage à tous les bouddhas,

  • Adresser des louanges aux bouddhas et aux êtres éveillés,

  • Pratiquer abondamment des offrandes envers ces bouddhas et êtres éveillés,

  • Se repentir de toutes les fautes passées,

  • Se réjouir des mérites d'autrui,

  • Prier (le Bouddha) d'enseigner le Dharma,

  • Prier le Bouddha de rester dans ce monde,

  • Suivre constamment les enseignements du Bouddha,

  • Vivre en bonne harmonie avec toutes les créatures,

  • Étendre universellement le bénéfice des mérites.










Samantabhadra sur le mont Emei dans la province du  Sichuan en Chine







Manjugosha est un autre nom de Manjushri, bodhisattva de la sagesse. On le représente généralement avec l'épée de la perfection de sagesse qui tranche les illusions du samsāra. Lokeshvara ou Avalokiteshvara (Tchenrézi en tibétain) est le bodhisattva de la grande compassion. Ces trois grands bodhisattvas font partie d'un groupe plus large très souvent cités dans le bouddhisme du grand Véhicule qui inclut aussi : Vajrapani, Maitreya, Kshitigarbha, Akashagarbha, Sarvanivarana-vishkambhin.



Très succinctement, Vajrapani (« Porteur de diamant » ou « Porteur d'éclair ») est associé aux moyens habiles et est considéré comme un détenteur des secrets. Akashagarbha (« Matrice de l'espace »), maître de la vacuité incommensurable, est représenté notamment dans le Soûtra de la Grande Assemblée (Mahāsanghāta Sūtra) comme un homme riche qui ouvre sans retenue son trésor aux autres. Maitreya (« Bienveillant ») est le Bouddha à venir : il est déjà là en tant que bodhisattva œuvrant au bien des êtres. Kshitigarba (« Matrice de la terre ») est le bodhisattva qui tente d'apaiser les enfers, de les vider pour que cesse ce gigantesque amas de souffrances. Enfin, Sarvanivarana-vishkambhin est « Celui qui écarte tous les obstacles ».



Ensuite, Shāntideva nous invite à visualiser des offrandes de parfums. La symbolique est celle de « l'odeur de sainteté », le parfum qui émanerait des personnes saintes, fragrance qui se répand dans un « milliard de monde » pour inspirer un nombre incalculable d'être à adopter un meilleur comportement dépourvu d'égoïsme et de malveillance. Shāntideva parle ensuite des fleurs, symbole de pureté et de beauté, et d'encens, symbole du sacré.



Puis, il offre en visualisation de palais immense et somptueux, demeure majestueuse. On retrouvera ce thème très présent dans les mandalas du tantrisme indo-tibétain où le mandala est la représentation d'un palais sublime où règne un Bouddha cosmique.



Enfin, Shāntideva invite à visualiser des offrandes qui viennent apaiser et consoler les êtres en nombre infini. Et que ces offrandes mettent en valeur tout ce qui représente et symbolise le Dharma du Bouddha.



« En outre, que d'autres nuages d'offrandes

Résonnantes de musiques et de mélodies enchanteresses

Qui apaisent les souffrances des êtres

Se maintiennent aussi longtemps que nécessaire !


Qu'une pluie continuelle

De fleurs et de gemmes

Descende sur les reliquaires, les statues

Et sur tous les joyaux du sublime Dharma ! »



Je pense qu'il est très profitable de pratiquer cette offrande visualisée mirifique comme un exercice spirituel pour entraîner notre imagination au merveilleux, mais en gardant une conscience nette que cela est une production de l'esprit, et que dans le monde réel, les bouddhas partagent les biens et les ressources, ne gardant que ce qui est nécessaire, trouvant leur béatitude et leur joie dans ce détachement.








Piscine de Roubaix







Lire les commentaires des strophes précédentes :

Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil 


Chapitre II

- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)

- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9) 

- Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)

Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





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mercredi 15 juillet 2026

Le dévoilement des fautes

 Le dévoilement des fautes 


Chapitre II du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva




- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)

- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)

- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)

- Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)







Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil 




Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)

 

Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


8. Aux Vainqueurs et à leurs fils,

À jamais, j'offre tous mes corps.

Ô suprême héros, acceptez-moi !

Avec respect, je me fais votre serviteur.


9. Parfaitement secouru par vous,

Sans crainte dans le samsāra, j'aiderai les êtres ;

Je transcenderai mes fautes anciennes

Et n'en commettrai pas de nouvelles.







Hyun Jeung (Corée, née en 1968)






Shāntideva revendique sa confiance envers les bouddhas et les bodhisattvas en offrant « tous ses corps », c'est-à-dire tous les corps qu'il a eu, a et aura dans toutes ses existences successives. Que ces corps soient au service de l’Éveil et au bien des êtres, et non pas animés par les passions destructrices et l'ignorance. Shāntideva réitère alors le vœu du bodhisattva d'aider tous les êtres au fil des existences, sans chercher à fuir ce samsāra. Cette confiance dans ce vœu de bodhisattva permet de transcender la peur et la crainte grâce à la joie et la persévérance.


Ce vœu d'aider tous les êtres implique aussi de transcender ses fautes anciennes, car celles-ci ont toujours des conséquences dans le présent et le futur. Il faut d'abord les reconnaître, en être conscient, essayer de les réparer et les contrecarrer. Si vous avez volé, il faut par exemple veiller à se montrer généreux. Et il faut évidemment abandonner ces fautes morales, ne pas se complaire dedans, développer la ferme résolution de ne plus commettre les fautes et pratiquer le bien.




Voir les commentaires sur le premier chapitre:

Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (liens vers les autres commentaires)


Lire les autres commentaires sur le deuxième chapitre : 

- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)


- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)

Chapitre II: Le dévoilement des fautes




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.



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