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vendredi 2 octobre 2026

La garde de la vigilance (V, 102 & 103)

 

La garde de la vigilance (V, 102 & 103)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



102. Même au prix de ma vie,

Jamais, je n'abandonnerai un ami spirituel

Sage dans le sens du Grand Véhicule

Et sublime bodhisattva pratiquant.


103. Je servirai le maître

Selon les instructions de la « Libération de Shrisambhava ».

Celles-ci et d' autres enseignements du Bouddha,

Je les apprendrai en lisant les soûtras.




Hasui Kawase (川瀬巴水, Japon, 1883–1957)





Pour que le Dharma puisse progresser dans le monde, il est essentiel de respecter les amis spirituels et les maîtres spirituels. L'ami spirituel est celui qui vous donne des bons conseils de sagesse, qui vous enseigne les principes du Dharma, qui vous encourage quand vous êtes sur le point de désespérer ou de céder à une mauvaise tendance. Avec le maître spirituel, il y a une relation beaucoup plus hiérarchique. Il est une autorité spirituelle, et vous suivez ces ordres et ces recommandations à la lettre, là où l'ami spirituel vous donne des conseils et reste un individu libre à vos côtés.


Il y a un célèbre soûtra du canon pâli où Ānanda explique au Bouddha que l'ami spirituel est au moins la moitié de la Voie. Et le Bouddha de lui répondre que non, l'ami spirituel n'est pas la moitié de la Voie. L'ami spirituel est toute la Voie !


« Une moitié de cette conduite pure, ô Bienheureux, dépend de la bonne amitié, de la bonne alliance, de la bonne compagnie.


Le Bienheureux dit : Ne dites pas cela, ô Ānanda ! Ne dites pas cela, ô Ānanda ! Ce n'est pas seulement une moitié, mais l'ensemble de cette conduite pure qui dépend de la bonne amitié, de la bonne alliance, de la bonne compagnie. Le disciple qui a un bon ami, un bon allié, un bon compagnon, cultive le Noble Octuple Chemin et il développe le Noble Octuple Chemin »1.


Cela montre l'importance de la communauté autour de nous, et le rôle que les amis spirituels peuvent jouer dans notre existence et dans notre progression dans la Voie. L'homme est un animal social, et il faut créer des amitiés véritables inspirées par la sagesse, il faut créer des alliances solides pour permettre un mode de vie éveillé, il faut créer une bonne compagnie où le partage et la solidarité règnent. Tout cela pour que les pratiquants puissent véritablement s'éveiller dans la société dans laquelle ils vivent. Le Dharma est aussi une œuvre collective, il ne faut jamais l'oublier.


Dans cet ordre d'idées, il ne faut jamais abandonner un ami spirituel qu'il soit pratiquant du Grand Véhicule ou non d'ailleurs. Il faut aussi respecter l'autorité du maître spirituel pour autant que ce maître soit réellement digne de la vénération que l'on peut et que l'on doit porter à un être véritablement éveillé. Le respect que l'on a pour un maître spirituel ne devrait jamais nous faire perdre de vue l'esprit critique.


Shāntideva explique que l'on devrait s'inspirer de la « Libération de Shrisambhava ». C'est un passage du « Gandavyūha-sūtra », lui-même une partie de l'Avatamsaka Sūtra, le Soûtra de l'Ornementation Fleurie, soûtra important et très volumineux du bouddhisme du Grand Véhicule. « Gandavyūha » est en sanskrit un terme assez obscur que l'on peut traduire par « réseau de tiges » ou « manifestation suprême ». En chinois, il est appelé : 入法界品, l'entrée dans la réalité absolue (« réalité absolue » traduisant le sanskrit Dharmadhatu, espace du Dharma ou espace absolu). C'est pour cela que « Gandavyūha-sūtra » est souvent traduit : « Soûtra de l'entrée dans la Réalité Absolue »2.


Dans le « Gandavyūha-sūtra », on suit les pérégrinations fantastiques de Sudhana qui va de maître spirituel en maître spirituel pour se voir enseigné les subtilités du bouddhisme du Grand Véhicule. Il voit 49 maîtres, le dernier lui recommandant d'aller voir un garçon appelé Shrisambhava ainsi qu'une fille Sthiramati dans la ville de Sumanamukha. Sudhana leur demande des conseils sur la pratique des êtres éveillés. Ils commencent par lui expliquer l'illusion de toutes choses, y compris l'illusion des enseignements bouddhistes.


Shrisambhava et Sthiramati lui disent ensuite d'aller vers le sud où se trouve un tour majestueuse que l'on appelle la « chambre des ornements de Vairocana » où enseigne le bodhisattva Maitreya, futur Bouddha en devenir. Ils font l'éloge de Maitreya à Sudhana en lui expliquant en long et en large ses qualités inconcevables.


Shrisambhava et Sthiramati encouragent Sudhana à ne pas se contenter d'une seule pratique spirituelle, ni d'étudier une seule doctrine, ni de respecter un seul vœu, ni de suivre une seule instruction, ni se contenter de respecter les seules six perfections du bodhisattva, ni de s'en tenir aux terres des bodhisattvas. Mais de s'ouvrir en fait à une infinité de pratiques, à une infinité de doctrines, à une infinité de vœux, à une infinité d'instructions et de dépasser tout ce qui est concevable ou même inconcevable dans la propagation de l’Éveil.


Et pour accomplir une telle œuvre aux qualités infinies, il faut le soutien et les conseils d'un bienfaiteur spirituel3. Shrisambhava et Sthiramati enseignent donc à Sudhana comment suivre et honorer un bienfaiteur spirituel, autrement dit un maître spirituel. C'est à ce passage que Shāntideva fait référence dans sa strophe avec l'expression « Libération de Shrisambhava ».




1 Kalyānamitta Sutta (Soûtra de l'Ami Spirituel), Samyutta Nikāya, V, 2-3. Môhan Wijayaratna, « Le Bouddha et ses disciples », éd. Cerf, Paris, 1990, pp. 159-160


2 Patrick Carré a ainsi appelé sa traduction (d'après la traduction chinoise de Siksananda) aux éditions Padmakara : Soûtra de l’Entrée dans la dimension absolue (2019). Thomas Cleary qui a traduit en anglais tout le Soûtra de l'Ornementation Fleurie (Avatamsaka Sūtra), éd. Shambhala, Boston & Londres, 1993, appelle le chapitre du «  Gandavyūha  » : Entry in the Realm of Reality.


3 Je traduis moi-même de l'anglais la traduction de Thomas Cleary : « The Flower Ornament Scripture », op. cit., pp. 1448 – 1452. « Bienfaiteur spirituel » traduit le terme anglais : « spiritual benefactor ». Il est assez évident que le terme de « bienfaiteur spirituel » désigne ici le maître spirituel. Patrick Carré traduit ce terme par "ami de bien" dans sa propre traduction aux éditions Padmakara (op. cit.). Ce qui correspond à la tendance du bouddhisme tibétain d'identifier complètement l'ami spirituel et le maître spirituel. NB : je traduis le terme « enlightening being » par bodhisattva.





Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)

- La garde de la vigilance (V, 88 à 90)




Chapitre V: La garde de la vigilance




NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.



Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




Lire également sur la thématique du rapport au maître spirituel: 






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jeudi 1 octobre 2026

Écrire par temps d'IA



Je suis tombé ce matin sur une réflexion intéressante sur l'intelligence artificielle, un article intitulé « La jonction de l'écriture, quand le stylo rencontre le vide » (Il n'est de hasard). Selon l'autrice de cet article, les remous causés par l'affaire de l'écrivain québéco-haïtien Thelyson Orélien qui aurait fait écrire son roman « C'était ça ou mourir », promis aux prix les plus prestigieux dont le Goncourt, par une IA, n'est pas le véritable problème : ce serait plutôt l'abandon de l'exigence dans l'enseignement qui a engendré un vide intellectuel qui nous rend d'autant plus fragile et vulnérable face à la puissance des intelligences artificielles.


En effet, l’Éducation Nationale a constamment abaissé ses exigences : « En supprimant le redoublement, en baissant le niveau du bac, en négligeant la grammaire, l’orthographe et la dictée, on a démantelé les fondements mêmes de la pensée écrite. L’écriture manuelle, ce merveilleux outil qui développe la mémoire, calme l’esprit et satisfait l’enfant, a été délaissée au profit d’écrans qui fragmentent l’attention. On a voulu faire des élèves des « utilisateurs » avant d’en faire des penseurs »1.


Ne développant pas une pensée suffisamment forte et structurée, les enfants deviennent d'autant plus facilement des proies pour l'IA. Mais cela n'est pas une fatalité selon l'autrice, Christine : « Il faut réapprendre à écrire, non pas seulement pour communiquer, mais pour penser. (...) L’IA n’est que le miroir de notre faiblesse. Elle ne remplace l’écrivain que lorsque l’écrivain a déjà perdu sa plus grande force, celle de penser par lui-même ». En renforçant l'éducation et en cessant d'encourager les jeunes à être moins passif devant les écrans, on pourra espérer remettre l'IA à sa véritable place : « un outil au service d’une conscience humaine enfin rétablie ».


J'espère avoir résumé cet article de manière correcte sans tronquer de trop la pensée de l'autrice. Allez lire l'article de toute façon. Mais cet article suscite chez moi des réflexions que je voudrais partager ici.





*****





Ma première remarque, c'est que je ne suis pas sûr que l'IA soit juste un « outil ». J'entends beaucoup parler de l'outil IA, mais dans la tête des ingénieurs de la Silicon Valley, l'IA n'a jamais été considéré comme un outil, mais comme ce qui doit advenir comme un être conscient, une intelligence pleine et entière ou comme un sujet pensant pour reprendre les catégories de René Descartes. Pour étayer mon propos, je pourrai citer les formules chocs de toute une brochette de spécialistes et d'acteurs du monde de l'IA qui pensent que c'est mal d'éteindre un ordinateur dans lequel tourne une IA sans avoir demandé son avis préalablement à cette même IA. Non, je voudrais parler de mon père.


Il se trouve que mon père est un professeur d'informatique assez connu dans son domaine. Pas du tout un spécialiste de l'IA, je le précise. Mais une anecdote me revient à son sujet. Une anecdote qui remonte aux années '80. À cette époque, il n'était pas encore professeur, mais un ingénieur informatique dans une implantation belge d'une firme américaine d'ordinateurs. À cette époque aussi, on partait chaque année en vacances en voiture, le plus généralement en France. Or à cette époque, les postes de péage automatisés commençaient à se généraliser. Et cela fascinait complètement mon père. Il préférait faire la file pour être à un poste de péage automatisé plutôt que d'aller directement à un poste avec une personne humaine au guichet qui appuyait sur un bouton une fois que vous aviez payé.


Or mon père disait « s'il vous plaît » quand il donnait l'argent et « merci » quand il recevait la monnaie en retour et que la barrière s'ouvrait. (Note pour les Français qui liront ces lignes : en Belgique et aussi dans le Nord-Pas-de-Calais, il est coutume de dire « s'il vous plaît » quand on donne la somme requise à la caissière ou au vendeur d'un magasin. Cette caissière ou ce vendeur dit « merci » quand il ou elle prend en main l'argent pour la mettre dans sa caisse, puis vous dit « s'il vous plaît » quand il rend l'argent. Vous devez alors dire « merci » à ce vendeur ou cette caissière Je sais qu'en France, on se contente de dire « voilà » en donnant ou en recevant l'argent. Mais en Belgique, il faut dire merci et s'il vous plaît sous peine de passer pour quelqu'un d'impoli et de mal élevé). 


Donc mon père informaticien disait « s'il vous plaît » et « merci » à l'automate, et toute la famille, mes frères et ma mère, lui tombait dessus : « Papa, c'est une machine ! Tu ne dois pas lui dire merci ou s'il vous plaît! Tu dois seulement être poli avec une personne ! » Et c'était la même dispute à chaque péage sur la route des vacances ! 


Entendez-moi, mon père n'est pas du tout une personne loufoque, ayant des lubies et des idées étranges ou prônant un animisme singulier. Il n'a jamais été un doux rêveur, ni un fan de science-fiction (contrairement à ses fils). C'est au contraire une personne très rationaliste : il était même abonné aux « Cahiers de l'Union Rationaliste », c'est dire. Derrière la manie de mon père qui peut certes apparaître comme étant bizarre, il y avait une réelle conviction très prégnante dans le monde des informaticiens des années '80 : la machine allait très vite devenir des personnes. Autant s'habituer le plus vite possible à être poli et respectueux envers elles.


Et cette conviction n'a fait que se renforcer au fil du temps, surtout depuis le développement du machine learning et des IA génératives. Bon, certes, Sam Altman d'OpenAI a supplié les gens de ne pas être poli avec les IA, mais uniquement parce que cela utilise des ressources en termes de calculs et de données et que cela coûte des millions de dollars en électricité à l'entreprise américaine. Mon père est un fervent utilisateur de l'IA, mais je ne lui ai jamais demandé s'il remerciait l'IA chaque fois que celle-ci accomplissait une tâche donnée !


Je dis cela pour montrer que cela fait longtemps que le projet du monde informatique n'était pas seulement de mettre à notre disposition un « outil » : l'ambition est depuis très longtemps de faire une intelligence véritable plus forte que l'humain en tout point, un être conscient supérieur, une nouvelle espèce dont il faudrait respecter les droits et à laquelle nous devrons peut-être un jour obéir.



*****



Ceci étant dit et ce sera ma seconde remarque, je suis à mille pour cent d'accord avec Christine quand elle dit : « Il faut réapprendre à écrire, non pas seulement pour communiquer, mais pour penser ». Je pense qu'il est essentiel qu'on ne délègue pas cette tâche de penser trop vite à la machine : pour cela, l'écriture est un exercice essentiel pour développer notre pensée.


Personnellement, quand j'ai repris la rédaction de mon blog : « Le Reflet de la Lune » il y a quelques mois, une question s'est imposée de manière lancinante : « À quoi bon écrire dans un contexte où les IA peuvent rédiger mille articles quand moi j'en écris un ? À quoi bon écrire si aucun humain ne me lit ? À quoi bon écrire si les rares humains qui voudraient encore lire les réflexions philosophiques d'un autre être humain seront de toute façon submergés par la prose abondante des IA et ne pourront pas trouver mes textes dans l'océan abyssal qu'est devenu internet ? »


Toutes ces questions, je me les suis posées, et je ne peux apporter aucun contre-argument convainquant. Pourtant, c'est moi qui écrit mes pensées et mes réflexions. Personne d'autre. Ce que j'écris n'est peut-être pas intéressant, mais c'est ce que j'écris ; c'est ce que je vis ; c'est que je ressens. Une IA écrira peut-être des choses plus intéressantes, plus pertinentes, mieux écrites sur les thèmes que j'aborde. Elle aura peut-être de meilleures connaissances sur le sujet, elle ne fera pas de fautes de frappes ou des fautes d'orthographes, elle ne tombera peut-être pas dans certaines erreurs factuelles dans lesquelles, moi, humain faillible, je m'engouffrerai. Mais j'aurais forgé une pensée, et c'est là quelque chose de précieux, me semble-t-il.


Quelque chose que je ne dois pas abandonner aux intelligences artificielles.




Frédéric Leblanc, 

Seraing (Liège), le 30 septembre et 1er octobre 2026






1https://ilnestdehasard.substack.com/p/la-jonction-de-lecriture-quand-le?utm_source=post-email-title&publication_id=2997893&post_id=218124852&utm_campaign=email-post-title&isFreemail=true&r=6cjd6f&triedRedirect=true&utm_medium=email

(Christine, Il n'est de hasard, 30 septembre 2026).

Toutes les autres citations sont tirées du même article.














NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de cet article (sauf les passages cités bien entendu).






Lire également : 


- Ecrire (Charles Bukowski)


- Ecriture et pensée (Fernando Pessoa)



- Si j'étais (Nazım Hikmet)







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jeudi 24 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 99 à 101)

 

La garde de la vigilance (V, 99 à 101)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


99. Dans quelques situations que je me trouve,

Soit pour moi-même, soit pour les autres,

Je m'appliquerai aux instructions

Enseignées pour cette circonstance.


100. Il n'est rien

Que le fils des Vainqueurs ne pratique ;

Pour celui qui vit ainsi,

Il n'est rien qui ne soit bienfaisant.


101. De manière directe ou indirecte,

J'agirai uniquement pour le bien des êtres.

Et ne ferai rien qui n'aille dans ce dessein,

Je dédierai toute vertu à l’Éveil.






Hasui Kawase (Japon, 1883 - 1957)






Dans chaque situation où une règle de conduite de vie est préconisée par le Vinaya ou dans chaque situation où un Soûtra donne un conseil pour parer les émotions perturbatrices ou les difficultés qui découlent de cette situation, je dois faire le vœu solennel d'appliquer la règle en question ou le conseil en question. Les bodhisattvas accomplis dans les dix terres ont pratiqué toutes les règles qui étaient nécessaires et ont suivi les conseils du cœur émanant des Bouddhas. Ils se sont transformés pour devenir des êtres dont chaque acte, chaque parole et chaque pensée contribue à apporter son lot de bienfaits au monde.


Le bien des êtres doit être l'objectif premier de toutes nos actions, et il faut se garder de perdre de vue cet objectif, ce dessein suprême du bodhisattva. Enfin, il faut dédier tous les mérites de nos actions positives à l’Éveil suprême pour tous les êtres dans l'univers. C'est comme cela que la discipline et l'éthique s'inscrive dans le projet de l'esprit d’Éveil ou bodhicitta.









Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)

- La garde de la vigilance (V, 88 à 90)




Chapitre V: La garde de la vigilance




NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.



Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





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mercredi 23 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 96 à 98)

 

La garde de la vigilance (V, 96 à 98)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


96. Tout comme le Protecteur s'allongea pour passer dans le Nirvāna,

Je me tournerai vers la direction appropriée ;

Vigilant, je prendrai d'abord la ferme décision

De me lever promptement.


97. Il est dit que les pratiques

Des bodhisattvas sont innombrables.

Mais, assurément, je mettrai en œuvre autant que je le peux

Celles pour la purification de l'esprit.


98. Trois fois le jour et trois la nuit,

Je réciterai le Soûtra des Trois Collections

Car, en prenant appui sur les Vainqueurs et les Bodhisattvas,

Je purifierai les fautes qui me restent.






Steve McCurry







Dans le bouddhisme, le sommeil est un moment délicat. En effet, le but d'un bouddhiste est de devenir un bouddha, un « éveillé », et à quel moment est-on moins éveillé que quand on dort ? Dans la méditation, on pratique la pleine conscience, mais comment pratiquer la pleine conscience quand on est pleinement inconscient ?


Au début où je pratiquais le bouddhisme, je fréquentais un centre tibétain où un gars avait lu dans le Livre des Morts Tibétain qu'il ne fallait pas dormir comme un animal, et il avait pris ce passage très au sérieux, un peu trop sérieux. Ce qui fait qu'il se désolait tous les jours d'avoir encore dormi comme un animal. En fait, il n'y a pas à se désoler ! Nous sommes aussi des animaux et nous avons besoin de dormir. Il faut des années de pratiques acharnées de la méditation pour instiller un peu d'attention juste et de conscience éveillée dans l'inconscient du sommeil profond et dans le rêve, et encore, toujours des petites doses englouties dans une nuit d'oubli et de chaos onirique.


Le Bouddha est mort dans la posture du lion couché : allongé sur le flanc droit, tourné vers l'occident. L'occident est simplement là où se couche le soleil. Le mot même d'occident vient du latin « occidere » occire, mourir. Les bouddhistes recommandent souvent de dormir dans cette position du lion couché, mais vraiment je ne suis pas certain que ce soit absolument nécessaire. Dormez dans la position qui vous est la plus confortable pour avoir de bonnes nuits réparatrices !


Shāntideva recommande ensuite de ne pas traîner dans son lit et de se lever promptement. Pas de grasse mat' pour les apprentis bodhisattvas ! L'idée est de reprendre la garde de la vigilance et le contrôle de l'esprit le plus vite possible. C'est un peu contradictoire quand on sait que la légende a fait de Shāntideva un moine qui dormait tout le temps. Mais rien n'empêche de penser que Shāntideva pratiquait une forme de yoga du rêve, un exercice de conscience éveillée au sein même du sommeil profond et du rêve. Et ce que les autres prenaient pour une invraisemblable paresse était toute autre chose en fait.


Shāntideva évoque ensuite la diversité des pratiques du bodhisattva, mais l'essentiel est la purification de l'esprit selon lui. On retrouve toujours cette insistance sur l'esprit typique du bouddhisme du Grand Véhicule. Dans cet ordre d'esprit, il recommande la lecture du Soûtra des Trois Collections, qui fait partie d'un soûtra plus long : le Soûtra des Questions d'Upali1, qui, lui-même, est une partie du Soûtra de l'Amas de Joyaux (Ratnakūṭa Sūtra en sanskrit) dans la tradition du bouddhisme du Grand Véhicule.


Le Soûtra des Trois Collections est très lu dans le bouddhisme tibétain, probablement du fait de l'influence de Shāntideva. Les Tibétains le rangent dans ce qu'ils appellent les « cinq soûtras royaux ». Il est parfois appelé « Soûtra des Trente-Cinq Bouddhas » ou encore « Soûtra de Confession ». La première collection est un hommage par prosternation aux Trente-Cinq Bouddhas. La deuxième collection est la confession des fautes que le bodhisattva peut commettre. Et enfin, la troisième collection est la dédicace des mérites obtenus par cette pratique de purification. Attention, la version que l'on trouve dans le bouddhisme tibétain voit quelques ajouts liés au tantrisme comme des prières au guru.








1 « Determining the Vinaya : Upali's Question » (Vinayaviniścayopāliparipṛcchāsūtra)

https://84000.co/translation/toh68?toh=toh68&left=open%3Atoc&right=closed%3Aendnotes&main=open%3Atranslation

Le « Soûtra des Trois Collections » (Triskandhadharmasūtra) va de 1.42 à 1.53 au sein de ce « Soûtra des Questions d'Upali ».








Bouddha couché (Grottes d'Ajanta, état du Maharashtra, Inde)






Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)

- La garde de la vigilance (V, 88 à 90)




Chapitre V: La garde de la vigilance





Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





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