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samedi 24 octobre 2026

La patience (VI, 39 à 41)

 

La patience (VI, 39 à 41)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


39. S'il était dans la nature des personnes puériles

De nuire à autrui,

Il serait inopportun de s'irriter à leur endroit

Que contre le feu dont la nature est de brûler.


40. Et si ces fautes étaient accidentelles

Aux êtres dont le caractère est stable,

La colère à leur égard ne serait pas plus logique

Que contre le ciel envahi par la fumée.


41. Alors qu'en vérité, je suis frappé par le bâton,

Je m'irrite contre celui qui le manipule ;

Or, lui-même étant secondaire et mû par l'aversion,

Il serait correct de me fâcher contre elle.






Nicolas Bruno







Quand on est confronté à une personne méchante et malveillante qui cherche à nuire, deux possibilités s'offrent à nous :

  • soit cette personne est foncièrement mauvaise, sa nature est d'être méchante envers nous,

  • soit la nature de cette personne n'est pas d'être une nuisance à notre égard, mais certains facteurs ou motivations temporaires font que cette personne cherche à nous nuire présentement pendant un certain laps de temps.


Dans le premier cas où la nature de la personne la pousse systématiquement à nous nuire en acte, en parole ou par telle ou telle attitude, Shāntideva nous explique qu'il n'est pas rationnel de détester cette personne. Cette personne ne peut pas faire autrement que chercher à nous nuire. Dès qu'on sera en contact avec elle d'une manière ou d'une autre, elle cherchera à nous faire du mal, tout comme un feu vous brûlera chaque fois que vous y plongerez la main ! Nul besoin de s'énerver contre le feu qui brûle, gardez bien votre main en-dehors de son pouvoir de brûler. Pareillement, cultivez la patience envers cette personne foncièrement mauvaise et tenez-vous à l'écart pour qu'elles ne puissent pas vous toucher par ses reproches, ses insultes, ses coups, ses calomnies ou d'autres manières de blesser ou tuer des gens.


Si, par contre, la personne est accidentellement mauvaise, cultivez aussi la patience ! Vous n'en voulez pas au ciel pour les nuages gris et menaçants qui le traversent. Comprenez que les moments de colère et d'irritation de cette personne sont juste des moments pénibles qui vont passer, juste comme les orages et les tempêtes finissent par passer et laisser la place au ciel bleu.


Si un de ces personnes méchantes (intrinsèquement méchantes ou accidentellement méchantes) me frappe, je dois bien voir que c'est le bâton qui me fait mal. Mais je n'en veux pas au bâton, j'en veux à la personne qui manipule ce bâton, car c'est la personne qui est doué d'intentions mauvaises à mon égard, pas le bâton. Le bâton n'est qu'un outil dans ce projet funeste de cette personne qui a décidé de me faire mal en me fichant une grosse raclée. Mais en fait, cette personne avec son corps et son esprit n'est elle-même qu'un outil manipulé par ces intentions mauvaises et ces passions tristes que sont la colère, la fureur, la malveillance et le ressentiment.


Shāntideva nous dit que si nous étions complètement logiques avec nous-mêmes, on devrait en vouloir à ces passions tristes que sont la colère et le ressentiment, car ce sont ces passions tristes qui sont le véritable auteur du crime dans cette bastonnade où je suis la victime ! Il faut être en colère contre la colère, et il faut être patient envers les personnes et les bâtons.













Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)

- La patience (VI, 17 à 20)

- La patience (VI, 21)

- La patience (VI, 22 à 26) + 2ème partie

- La patience (VI, 27 à 31)

- La patience (VI, 32 à 38)




Chapitre VI : La patience








NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.










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Marie-Noëlle Gapin














vendredi 23 octobre 2026

La patience (VI, 32 à 38)

 

La patience (VI, 32 à 38)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



32. « Mais (si tout est irréel comme une apparition), qui s'opposera à quoi ?

Car s'opposer à la colère sera alors illogique. »

Ce n'est pas illogique puisque nous affirmons conventionnellement qu'en dépendance de cette opposition,

La continuité des souffrances est tranchée.


33. Par conséquent, à la vue de l'activité incorrecte

D'un ami ou d'un ennemi,

Il faut se dire : « Cela provient de telles et telles conditions »,

Et demeurer dans la joie.


34. Si les choses s'accomplissaient selon nos désirs,

D'entre tous les êtres,

Personne ne souffrirait,

Puisque aucun ne souhaite la douleur.


35. Par irréflexion, les gens se déchirent

Aux ronces et autres ;

Hantés par la conquête des femmes,

Ils se privent de nourriture et se torturent.


36. Certains se pendant, se précipitent dans un abîme,

Absorbent les aliments empoisonnés, malsains,

Ou se nuisent à eux-mêmes

En adoptant un comportement non méritoire.


37. Quand, sous l'effet des perturbations,

Ils vont jusqu'à supprimer leur propre personne tant aimée,

Comment épargneraient-ils

Le corps des autres ?


38. Même si je ne puis engendrer de compassion

Pour ces personnes qui, à cause de l'émergence des passions,

Cherchent ma perte,

Je dois pour le moins ne pas m'irriter envers elles.







Leonardo Alenza - Satire du suicide romantique - 1839






Dans les strophes 27 à 31, Shāntideva expliquait que la personne n'a pas d'existence indépendante. La personne n'est que le produit d'un enchaînement complexe de causes et de conditions. La personne, dès lors, s'apparente plus à une apparition fantomatique pour laquelle il serait vain d'avoir de la colère ou de l'animosité.


Mais une objection peut découler de cette observation de la psychologie humaine, si la personne est irréelle comme une apparition fantomatique, pourquoi chercher absolument à avoir une comportement vertueux plein de patience, de bienveillance et de non-violence à son égard. Si vous commencez à boxer un hologramme, où y a-t-il un problème ? Si vous bombardez un mirage dans le désert, cela n'affecte personne ! Si vous tranchez au sabre un arc-en-ciel, l'arc-en-ciel ne sera pas affecté. L'hologramme, le mirage et l'arc-en-ciel n'ayant aucune substance et étant irréel, pourquoi s'en faire ? Pourquoi faire des efforts de comportement à leur égard ?


Shāntideva réplique en utilisant implicitement le principe bouddhiste des deux vérités : vérité relative et vérité ultime. Quand on dit : « le soi est une illusion » ou « la personne n'existe qu'en dépendance de causes et de conditions », on se place dans le domaine de la vérité ultime. Comment sont les choses dans leur véritable nature. C'est très vrai, mais le problème, c'est que ce n'est pas là où se situent l'immense majorité des êtres sensibles qui vivent dans l'illusion sans le savoir ! L'immense majorité des êtres sensibles vivent dans le monde des apparences qu'ils ne prennent pas pour des apparences, mais pour des choses bien réelles. C'est cela la vérité relative : notre expérience faite d'une succession incessantes d'apparences de toutes sortes, des formes visibles, des sons, des odeurs, des saveurs, les choses touchées par le corps et les pensées qui peuplent la vie mentale.


La plupart des gens pensent que ce qu'ils vivent est très réel. Leur vérité relative est à leurs yeux toute la vérité. Il faut donc se situer à leur niveau où la colère est une chose très réelle, et les personnes qui manifestent de la colère sont des personnes très réelles, des personnes méchantes et malveillantes qui leur veulent du mal du fait d'une volonté méchante. Faire preuve de patience à leur égard est un moyen de couper court à ce cycle de violence qui est vécu comme très réel et qui provoque une souffrance elle aussi vécue comme terriblement réelle.


C'est pourquoi être patient envers des personnes dont on sait qu'elles n'existent pas de manière ultime a du sens : on coupe la continuité de la souffrance et on donne aux gens une possibilité de se calmer. C'est pourquoi cela a du sens d'être patient et, en même temps, de se dire que le comportement d'une personne problématique découle d'un enchaînement complexe de causes et de conditions.


On voit la vérité ultime des phénomènes et des personnes, mais on accepte de jouer le jeu de la vérité relative : un monde où les gens ressentent de la souffrance et de la colère quand les choses ne s'accomplissent pas selon leurs désirs et quand il sont confrontés à des choses qu'ils rejettent foncièrement.


Shāntideva donne certains exemples de cette emprise des passions sur les êtres qui les conduisent à des actes regrettables et les font souffrir. Ainsi, les personnes animées par la volonté de conquérir les femmes qui vivent les tourments de la jalousie et de l'abandon. Les gens qui sont tellement possédés par leurs pulsions destructrices qu'ils mettent fin à leur jour en se jetant du haut d'une falaise ou se pendent : les passions les ont tellement aveuglés que cela leur a donné l'envie de supprimer la personne qui leur était la plus chère au monde : eux-mêmes.


Pour tous ces gens, les passions sont réelles, mais en outre, ces passions contribuent à rendre le monde extrêmement réel à leurs yeux illusionnés. Réel et tragique. Et si, animés par ces passions destructrices, ils sont prêt à supprimer leur propre vie, pourquoi à plus forte raison ces passions épargneraient le corps des autres ? Pourquoi auraient-ils plus d'égard envers le corps de personnes dont ils ne ressentent pas eux-mêmes l'aspiration au bonheur et l'aversion pour la douleur ? Voilà pourquoi il est pleinement justifié de faire preuve de patience à l'égard des êtres illusionnés sur eux-mêmes par leurs propres passions et leur ignorance fondamentales des choses.


Si ces personnes aveuglées par les passions s'en prennent à moi, bien sûr, il sera très difficile très empli de compassion et de bienveillance à leur égard. Mais, au moins, je dois essayer de ne pas céder à la colère moi-même devant les manifestations sordides de leur malveillance. Je dois être patient envers ces manifestations fantomatiques répondant à un enchaînement complexe de causes et de conditions que sont ces personnes aigries et furieuses.


Du point de vue de la vérité relative, je dois essayer d'être une personne juste face à eux. Du point de vue de la vérité ultime, je dois m'efforcer d'être une apparition fantomatique juste et patiente face à ces apparitions fantomatiques qui m'apparaissent comme malveillante.








Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)

- La patience (VI, 17 à 20)

- La patience (VI, 21)

- La patience (VI, 22 à 26) + 2ème partie

- La patience (VI, 27 à 31)


 

- La patience (VI, 39 à 41)




Chapitre VI : La patience








NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




Lire également  sur le non-soi : 







- Feuille de papier (Thich Nhat Hanh)






- Soûtra de l’Écume (Phena Sutta) et son commentaire.


- Soûtra de Kaccânayagotta (Kaccânayagotta Sutta)


- L'impossible localisation du soi (Matthieu Ricard et Wolf Singer)


- Rosée que ce monde (Kobayashi Issa)


- Émotions (Kalou Rimpotché)







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Seppuku d'un samuraï (hara-kiri)
Planche tirée de la bande dessinée Kogaratsu








La patience (VI, 27 à 31)

 

La patience (VI, 27 à 31)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



27. Ce qui est affirmé sous le nom de « principe »

Et ce qui est imaginé sous celui de « soi »

N'apparaissent pas après avoir pensé :

« Je vais apparaître (afin de nuire) ».


28. Ce qui n'est pas né n'existe pas :

Comment engendrerait-il le désir (de nuire) ?

Se portant continuellement vers son objet,

Le soi ne cesserait jamais de le percevoir.


29. Si le soi est permanent

Tel l'espace, il est d'évidence inactif.

S'il entrait en contact avec une cause étrangère,

Quelle action cette dernière aurait-elle sur l'immuable ?


30. Si, au moment de l'action, il est ce qu'il était auparavant,

Que pourraient lui faire ces actions ?

Et si l'on dit que telle condition agit sur lui

Quelle relation y aura-t-il entre eux ?


31. Ainsi, toutes les choses sont gouvernées par d'autres ;

Pour cette raison, il n'existe pas d'indépendance.

Ayant compris cela, je ne m'irriterai pas

Contre des phénomènes analogues à des apparitions.







Démon, personnage maléfique (détail)
Codex Sloane (herbier médiéval, Lombardie, vers 1440,
British Library, Londres)






Dans les strophes 22 à 26, Shāntideva montrait que les émotions qui se manifestent dans une personne sont dues à un enchaînement complexe de causes et de conditions et que la personne en question n'est pas libre d'éprouver ces émotions, ces affects, cette colère, cette malveillance et cette volonté de nuire. Ici, Shāntideva franchit le seuil suivant qui est de dire que la personne qui éprouve ces émotions elle-même n'existe qu'en vertu d'un enchaînement complexe de causes et de conditions. Ce qui fait que la personne n'a pas d'existence indépendante. La personne ou le « moi », le « soi » de cette personne n'existe pas en tant qu'entité distincte du monde, entité qui existerait par elle-même. On reconnaît bien sûr ici la doctrine bouddhiste du non-soi (anatman en sanskrit, anatta en pâli).

Tout ce qu'on pourrait affirmer avec des mots comme « identité », « principe », « essence » ne sont rien d'autres que des mots et ne pointent pas du tout vers une réalité distincte. Tout ce qu'on peut imaginer comme un « soi », un « je », une « personne », un « ego » ne se produit en aucune façon parce qu'une véritable personne aurait voulu naître au monde et apparaître au monde. Ce sont l'enchaînement complexe des causes et des conditions qui a produit ce phénomène qu'on appelle « moi », et la pensée que je peux avoir de moi-même est elle-même un phénomènes qui apparaît en dépendance d'un enchaînement complexe de causes et de conditions sur lequel je n'ai pas vraiment de prise : j'ai l'impression d'être moi-même avant même que j'ai décidé d'être moi-même et que j'ai décidé qui je veux être.


Si mon idée est qu'un « soi » ou un « moi » existe, je suis devant deux possibilités : soit ce « moi » apparaît à un moment donné dans le monde, soit il est permanent. Et les deux options apportent leur lot de difficultés philosophiques. Si le « moi » apparaît, il doit passer de la non-existence à l'existence. Quand il n'existe pas encore, il ne peut rien désirer, il ne peut pas non plus chercher à nuire à qui que ce soit. Il n'éprouve rien, il ne désire rien. Puis il se met à exister, mais alors le désir ou l'intention qu'il a au moment de son apparition en ce monde devient sa caractéristique profonde : le « soi » veut telle chose ou cherche à nuire à telle personne. Et ce « soi » apparu dans le monde devient très monomaniaque : il poursuit toujours le même but ou déteste toujours la même personne. Ce qui n'est pas très réaliste. Évidemment que les désirs et les envies vont et viennent et ne sont pas intrinsèquement corrélées à un « soi » comme deux plaques de métal soudées entre elles.


L'autre option, c'est que le « soi » est permanent, éternel. Cela a l'avantage que, maintenant, le soi peut avoir toutes sortes d'envies impermanentes, qui apparaissent et disparaissent à un moment donné, dans un contexte précis. Je peux aimer les tableaux de René Magritte un jour et détester Donald Trump dans la foulée ; demain, je kifferai Mozart et je détesterai Emmanuel Macron. Bien, mais cela a un gros désavantage : rien ne peut altérer notre soi permanent, rien ne peut le troubler. Aucun événement, aucune tragédie. Le « soi » permanent reste absolument indifférent à tout ce qui peut arriver à notre corps et à tout ce qui se produit dans le monde. Puisqu'il est immuable et que rien ne va le changer.


Shāntideva compare ce « soi » permanent à l'espace qui est complètement indifférent à ce qui le traverse et aussi complètement inactif, qui n'a aucune envie de changer les choses. Si on pense une relation entre le « soi » permanent et un objet quelconque, notre objet n'aura aucun effet sur le soi immuable, et notre soi immuable ne pourra pas être mu par des pensées sujettes au temps et à l'apparition et la disparition. En fait, les pensées, les désirs, les envies ne sont que des phénomènes impermanents, transitoires avec qui le « soi » immuable ne peut interagir tout comme les objets ou les personnes du monde extérieur.


Ces deux options ayant des implications fort farfelues, il en ressort qu'une personne n'est pas une entité indépendante. La personne est juste un phénomène qui se crée en interdépendance avec les autres phénomènes du monde et qui n'a pas d'existence propre.


La conséquence pratique importante, c'est que la colère n'est pas justifiée face à un personne qui cherche à me nuire. Les strophes 22 à 26 me montraient déjà que les émotions de colère ou de malveillance n'apparaissent pas du fait d'une volonté propre, mais comme une maladie qui apparaît quand le terrain est favorable. Ici, la personne qui cherche à me nuire est également une construction qui se fait et va se défaire, une « apparition » qui n'a pas de substance clairement identifiable ; et je ne devrais pas perdre mon temps à détester cette personne. Ce serait comme un coup d'épée dans l'eau.


Il n'y a pas une personne maléfique face à moi qui aurait pour caractéristique finale et intrinsèque de chercher mon malheur. Il n'y a qu'un enchaînement complexe de causes et de conditions qui ont mené une ou plusieurs personnes, pantins de leurs affects et de leurs émotions, à me faire du mal à un moment donné de mon existence pour une certaine durée de temps déterminée par le karma. Réagir par la colère attisera certainement ma croyance en l'existence propre de cette personne maléfique, mais cette colère ne fera qu'attiser ma souffrance d'être le sujet d'une malveillance et prolongera indéfiniment cette souffrance. Au lieu de cela, je ferai bien mieux de voir la vacuité d'existence propre de cette « personne maléfique ». Je ferai aussi bien mieux de cultiver la patience et l'amour bienveillant envers elle ; et je devrais exacerber ma compréhension du non-soi des phénomènes afin de cesser d'être ensorcelé par la magie illusoire de ces soi-disant « personnes maléfiques » !









Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)

- La patience (VI, 17 à 20)

- La patience (VI, 21)

- La patience (VI, 22 à 26) + 2ème partie


 

- La patience (VI, 32 à 38)

- La patience (VI, 39 à 41)



Chapitre VI : La patience








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Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




Lire également  sur le non-soi : 







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Millepertuis (racine de Saint-Jean ou "fléau du diable")
Elle était censée faire fuire les démons au Moyen-Age.
Codex Sloane, 4016 (vers 1440)