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vendredi 18 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 85 à 87)

 

La garde de la vigilance (V, 85 à 87)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


85. Je partagerai (ma nourriture) entre ceux tombés (dans les existences douloureuses)

Ceux privés de protection et les pratiquants ;

Je mangerai avec modération

Et donnerai tout, hormis les trois robes de moine.


86. Je ne détériorerai pas pour des vétilles

Le corps utilisé pour le saint Dharma ;

En agissant ainsi,

Les souhaits des êtres seront rapidement exaucés.


87. Tant que l'esprit de compassion est impur,

Je m'abstiendrai de faire don de mon corps ;

Par contre, dans cette vie et les suivantes,

Je l'offrirai en tant que cause pour l'accomplissement du grand dessein.





Julee Resuggan






Shāntideva revient ici à notre relation au corps. On devrait d'abord partager notre nourriture 1°) à ceux qui sont tombés, 2°) à ceux qui sont dans la détresse, 3°) aux pratiquants du Dharma. Ceux qui sont tombés peut vouloir dire les créatures infernales. Je pense que cela peut vouloir dire aussi les personnes qui sont tombés dans un mauvais style de vie, les toxicomanes par exemple. Il faut les aider quand bien même ils ne méritent pas nécessairement l'aide ou la nourriture qu'ils reçoivent. Ceux qui sont dans la détresse et ont besoin de notre protection, cela se comprend plus facilement dans une éthique du partage et de la solidarité. Aider les pauvres et les personnes fragiles ou sans défense, cela coule de source comme principe moral. Néanmoins, il est important de se rappeler que le sens de l'humanité nous oblige à fournir de la nourriture et des objets de première nécessité à ceux qui mènent une mauvaise vie et qui sont dans le besoin du fait même de cette mauvaise vie.


Aider et partager avec les autres pratiquants du Dharma est absolument essentiel. Nous devons nous entraider. Aider matériellement quelqu'un qui fait une retraite spirituelle ou qui consacre sa vie à la méditation est une excellente chose dont les mérites sont immenses. Cela aide à la propagation du Dharma dans le monde et soulage lemonde de sa souffrance.



NB : Le comité Padmakara traduit différemment les deux premiers vers de cette strophe 85 :

« Partagez avec les animaux, les sans-protecteurs

Et ceux qui se livre à une ascèse ».


Shāntideva demande également de manger avec modération. Il ne soucie pas vraiment de votre ligne ; mais dans un contexte où la nourriture est rare et où beaucoup de gens meurent de fin comme c'était le cas dans l'Inde du VIIIème siècle, manger beaucoup privent d'autres personnes de nourriture. Par ailleurs, il recommande aussi de ne posséder que les trois robes qui servent de vêtement aux moines bouddhistes. Tout le reste est superflu, et il faut cultiver le détachement par rapport à nos possessions.


Il ne faut pas non plus abîmer le corps pour des choses qui ne seraient pas essentielles, comme faire des choses dangereuses pour s'amuser comme les gens qui sautent d'une falaise pour les sensations extrêmes que cela procure. Nous avons un corps, et maintenir ce corps en état de marche pour faire des choses utiles au bien-être des autres et à l'enseignement du Dharma.


Enfin, Shāntideva pense qu'il ne faut pas sacrifier son corps tant que nous n'avons pas développé une compassion parfaite, sans trace d'ego, sans misérabilisme et sans attachement. Dans les histoires des vies antérieures du Bouddha, les Jātakas, mais aussi dans les hagiographie de grands maîtres bouddhistes comme Nāgārjuna, des sages offrent leur corps comme une nourriture pour des léopards ou d'autres animaux ; parfois, ils donnent leur tête parce que quelqu'un leur a demandé ou ils donnent leur bras pour prouver le sérieux de leur engagement spirituel. En substance, ce que dit Shāntideva, c'est qu'il ne faut pas faire cela tant qu'on n'est pas prêt à ce sacrifice extrême. Mais quand on atteint un niveau suffisant de compassion allié au détachement et à la conscience de la vacuité d'existence propre des phénomènes, alors là, il ne faut pas hésiter à sacrifier notre corps. Ce don du corps devient selon Shāntideva : « une cause pour l'accomplissement du grand dessein ».


J'en doute fortement personnellement. D'abord, ces histoires de sacrifier son corps, y compris pour des animaux, sont surtout des histoires, des contes racontés pour notre édification, mais jamais un élément d'une biographie un peu sérieuse ! Les vies antérieures du Bouddha que l'on est obligé de croire sur parole sans vérification possible, mais pas la vie du Bouddha elle-même. Pareillement, dans le cas de Nāgārjuna et d'autres mahāsiddhas, on a des histoires légendaires sans réelle consistance biographique. Des fables, somme toute.


Je pense qu'il est moralement louable de sacrifier sa vie dans certaines conditions extrêmes comme sauver des enfants dans un incendie. Il est aussi moralement louable de donner son sang à la Croix-Rouge, voire même de donner un rein pour qu'une autre personne puisse vivre. Mais je ne pense pas qu'il faille donner son corps tout entier ou des membres de son corps pour que des lions survivent dans la savane ou pour une raison plus absurde encore.








Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)




Chapitre V: La garde de la vigilance





Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.



Pour des traductions des Jātakas, voir notamment :
Kshemendra, "La liane magique", éditions Pamakara, Saint-Léon-sur-Vézère, France, 2001 




Pour des récits hagiographiques de la vie des Mahasiddhas: 
Abhayadatta, "Mahasiddhas, vies de 84 sages de l'Inde", éditions Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère, France, 2003.




 



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jeudi 17 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

 

La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


81. Sans cesse animé d'une haute aspiration

Et grâce aux antidotes, en œuvrant

Pour les champs de qualités, de bienfaits et de la misère,

De grandes vertus s'ensuivront.


82. Muni de sagesse et de foi,

J'agirai toujours moi-même ;

Je ne dépendrai de personne

Dans toutes les actions entreprises.


83. Les perfections telles que la générosité

Croissent en excellence comme l'on passe de l'une à l'autre ;

Mais je ne sacrifierai pas un grand don pour un aspect mineur de la moralité,

En considérant en priorité ce qui est le plus bénéfique pour les autres.


84. Cela étant bien compris,

Je m'appliquerai constamment au bien d'autrui.

Ceux dont la grande compassion porte loin

Ont permis (aux bodhisattvas) ce qui est interdit (à d'autres).














La grande aspiration qui devrait nous animer et dont parle Shantideva est tout simplement l'esprit d’Éveil. Je renvoie aux commentaires des chapitres 1, 2, 3 et 4 pour plus de précision ! Les antidotes sont les correctifs que l'on met en place pour affaiblir et faire disparaître nos tendances négatives : la bienveillance pour enrayer la malveillance, la patience pour venir à bout de la colère et de l'irritation, la générosité pour déraciner l'égoïsme et l'avarice, etc... Les 3 champs pour lequel il faut œuvrer muni de l'esprit d’Éveil et des antidotes sont :


  • 1°) le champ de qualités : les Trois Refuges, c'est-à-dire le Bouddha, le Dharma et la Sangha qui sont le but à atteindre pour un bouddhiste, la Voie qui mène à l'état de Bouddha et la communauté de ceux qui ont appris et pratiqué ce Dharma et ont atteint un grand degré de maîtrise spirituelle.

  • 2°) le champ de bienfaits : ce sont nos parents, nos enfants, notre famille, nos amis, la communauté autour de nous, tous ceux à qui on peut apporter une aide concrète,

  • 3°) le champ de misère : c'est l'ensemble des êtres qui errent dans le samsara et sont marqués par la souffrance sous toutes ses formes dans l'existence.


Par ailleurs, on ne doit pas toujours attendre que les autres nous demandent d'agir envers ces trois champs. On doit prendre l'initiative soi-même et ne pas constamment dépendre des autres. Si les gens autour de nous ne semblent pas vouloir œuvrer pour le bien, on doit sortir du conformisme ambiant et faire ce que la raison et la sagesse nous commande de faire.


Par ailleurs, il peut arriver que différents principes moraux s'opposent entre eux, il faut choisir celui qui est le plus bénéfique aux autres pour se sortir de ce dilemme. Par exemple, un moine bouddhiste n'est pas censé toucher une femme, mais si c'est pour sauver une demoiselle de la noyade, passer outre la discipline monastique se justifie totalement ! La rationalité de notre action devrait résider dans la question de ce qui est bénéfique à autrui. Comment mon action sera-t-elle la plus utile aux autres ?


Dans cet ordre d'idées, Shāntideva nous dit qu'on peut comprendre qu'un bodhisattva agisse en-dehors du cadre établi des règles communément admises qu'elles soient morales ou disciplinaires, parce qu'un bodhisattva voit plus l'intérêt du plus grand nombre et voit les moyens parfois contre-intuitifs pour parvenir à cet intérêt du plus grand nombre. C'est pourquoi on pourrait voir un bodhisattva dans une beuverie par exemple s'il estime que sa présence pourra apporter un plus grand bien que s'il restait sobre comme les règles morale du bouddhisme lui impose normalement.


Pour ma part, je précise tout de suite qu'il faut se méfier grandement de ce genre de justifications. Tant d'abus dans le bouddhisme ont été commis au nom de ce relativisme moral qui dit que les bodhisattvas et les maîtres spirituels peuvent s'affranchir des règles communes du fait de leur « esprit d’Éveil développé ». Certains maîtres spirituels sont des ivrognes, d'autres frappent leurs disciples, et tout ça serait justifié par une mystérieuse liberté spirituelle, acquise on ne sait comment. Faites vraiment attention à ce genre de justifications ! Dans des cas rares et marginaux, cela pourrait arriver, effectivement, mais cela doit rester exceptionnel ; et on ne doit pas être dupe du baratin pseudo-spirituel qui tend à justifier des comportements inacceptables de la part de maîtres spirituels prétendument éveillés, mais qui sont en fait en pleine perdition !








Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)



- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)


Chapitre V: La garde de la vigilance





Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.








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mardi 15 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

 

La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



79. Je parlerai avec sincérité et pertinence,

Clairement et de façon agréable,

Sans désir, ni aversion,

Avec douceur et mesure.


80. Rencontrant quelqu'un,

Je le regarderai avec franchise et amour

En pensant : « C'est grâce à lui

Que j'accéderai à la plénitude ».





Catrin Welz-Stein






Sur le chemin spirituel du Dharma, l'honnêteté est une chose très importante. Il s'agit d'être le plus sincère possible et de ne pas parler pour ne rien dire, être pertinent donc dans nos propos. Il faut essayer d'être le plus clair, ne pas céder à la tentation qu'ont certains intellectuels pédants de l'Université à employer un langage volontairement plus compliqué et jargonné qu'il n'est nécessaire. Cela va même jusqu'à employer des termes et des formulations incompréhensibles pour apparaître plus intelligent que l'on est réellement et pour dissimuler le vide abyssal de sa pensée (très souvent). En fait, s'exprimer clairement demande plus de travail, même si cela ne se voit pas au final.


Nous gagnons aussi à nous adresser aux autres de manière agréable, sans chercher à flatter son auditoire, mais sans la morgue de se croire supérieur ou le seul dans la vérité. Faisons en sorte de ne pas trop agressif tant dans nos paroles que dans nos attitudes. Ne cherchons pas constamment à avoir raison à tout prix et à vaincre les autres dans les débats ou les controverses. Manifestons plutôt une forme de douceur qui réconforte et qui apaise. Tenons-nous dans le milieu entre l'envie de plaire à tout prix et l'aversion aux autres. Soyons mesuré dans nos propos, ne cherchons pas constamment l’esbroufe ou la surenchère. Réfléchissons avant de parler et évitons de parler de ce que l'on ne connaît pas.


Enfin et surtout, voyons dans chacun de nos interlocuteurs quelqu'un qui nous fait avancer sur le chemin de l’Éveil. Tantôt, c'est parce que cette personne est un modèle et qu'elle a des paroles de sagesse. Tantôt, c'est parce que ce n'est pas une personne éveillée. Mais c'est justement une occasion de développer un des pratiques du Dharma : avec une personne irritante, on peut développer la patience. Avec une personne dans l'ignorance, on peut avoir une parole juste qui présente la réalité sous son vrai jour : l'impermanence fondamentale des phénomènes, la vacuité d'existence propre des phénomènes, l'insatisfaction fondamentale liée aux phénomènes de ce monde, etc... Avec une personne dans l'excès, on peut prêcher la modération, etc, etc...


C'est vraiment un changement de perspective complet que de voir nos interlocuteurs comme autant de chances pour progresser vers l’Éveil plutôt que de les voir comme autant d'enquiquineurs qui vont venir nous fatiguer et rendre notre journée pénible !









Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)



- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)



Chapitre V: La garde de la vigilance




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.








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lundi 14 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

 

La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


76. Je parlerai discrètement des qualités (d'autrui)

Et répéterai celles que j'ai entendues.

Si mes propres qualités sont énoncées,

Je les reconnaîtrai simplement comme telles.


77. Toutes les entreprises des autres sont la source d'une joie rare ;

Même une grande richesse ne pourrait l'acheter.

Par conséquent, je goûterai le bonheur

D'être heureux des excellentes choses accomplies par autrui.


78. Dans cette vie, je n'y perdrai rien

Et dans les autres, j'y gagnerai un grand bonheur.

Mais la faute de ne pas apprécier les qualités d'autrui engendre

Le mécontentement et de grandes souffrances futures.







Jon Carling






Savoir reconnaître les qualités d'autrui est une chose importante, de même, savoir en parler en société est aussi une chose importante. Cela est motivé par la joie devant les qualités des autres ; et cette joie est un remède puissant à la jalousie qui envie les qualités des autres et qui voit toujours l'herbe plus verte chez le voisin pour s'en chagriner et devenir mesquin. Parler des qualités d'autrui permet d'affaiblir la jalousie en nous. Shāntideva dit qu'il faut parler discrètement simplement parce que parler des qualités de quelqu'un bruyamment pour ce quelqu'un entende et ait une bonne image de nous ne procède pas de la même tendance positive altruiste, mais plutôt d'une stratégie sociale égoïste.


Savoir reconnaître les qualités d'autrui et les communiquer va à l'encontre d'une certaine tendance malveillante à rabaisser les autres constamment et à chercher la paille dans l’œil du voisin, pour reprendre l'image employée par Jésus.


Bien sûr, il faut un minimum d'esprit critique : être fort à la bagarre n'est pas une qualité que l'on doit vanter et encourager. Si un ami s'est battu dans une rixe de rue, on ne va pas lui taper dans le dos : « Tu as une bonne droite, mon gars. Continue comme ça ». Ou à l'alcoolique qui vient de boire vingt bières d'affilée : « Tu as une bonne descente, l'ami ! » Il faut encourager des qualités qui sont véritablement des qualités !


Reconnaître les qualités d'autrui renforce la joie pour soi-même et autrui ; et cela a d'inestimable conséquences positives. La joie, ne l'oublions pas, est, dans la méditation, une des quatre demeures de Brahma ou quatre qualités incommensurables (avec l'amour bienveillant, la compassion et l'équanimité). La développer conduit à un bonheur particulièrement subtil. Mais, même si on ne pratique pas la méditation des quatre demeures de Brahma, la joie de parler en bien des qualités d'autrui impacte positivement notre vie. Au pire, cela ne nous nuira pas, mais tôt ou tard, dans cette vie-ci ou les prochaines, on en goûtera les retombées positives.


À l'inverse, rester muet sur les qualités d'autrui ou pire rabaisser autrui, critiquer les autres sans raison valable, médire, calomnier, véhiculer les rumeurs fausses et malveillantes, tout cela nous rendra de plus en plus aigris, mécontents, jaloux, envieux, mesquins. Et cela contribuera à nous forger une vie misérable et triste.









Jon Carling







Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)


- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)



Chapitre V: La garde de la vigilance




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.








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