Commentaire
de l'IA sur le Bodhisattvacaryāvatāra de
Shāntideva
Les
bienfaits de l'Esprit d'Éveil (IA, I, 1 à 4)
Introduction
et réflexion sur la production de l'IA
(NB :
S'il vous plaît, pour comprendre ma démarche, lisez le « préambule
à l'utilisation de l'IA »)
On a
ici un commentaire très « propre » de l’œuvre de
Shāntideva : les informations sont factuellement correctes,
bien exprimées et surtout très synthétiques. Ce dernier point est
le plus impressionnant, et c'est un peu déprimant : à quoi bon
faire des efforts de son côté pour produire des commentaires que
personne ne lira puisqu'il suffira à quelqu'un qui cherche des
informations sur Shāntideva (ou n'importe quel autre penseur dans
l'Histoire de la pensée) pour avoir une synthèse bien faite et
précise ?...
Évidemment,
le résultat est assez froid, on ne sent aucune implication, ni aucun
enthousiasme de l'auteur. Et cela correspond tout à fait à l'image
que je me faisais du travail de l'intelligence artificielle
générative. J'imagine pourtant qu'il y a moyen de maquiller cela en
demandant à l'IA d'inventer des anecdotes fabriquées de toute pièce
pour donner l'impression d'une chaleur humaine et d'une subjectivité
au lecteur qui lira ces lignes.
Ce
qui m'a le plus frappé, c'est quand je demande à ChatGPT
d'expliquer plus en détail les huit libertés et les dix richesses
(c'est-à-dire les facteurs nécessaires pour que l'enseignement du
Dharma puisse se propager), c'est l'explication de la huitième
liberté : « Ne
pas être privé des facultés nécessaires pour recevoir et
comprendre l’enseignement ».
ChatGPT ajoute : « Les
textes traditionnels évoquent des handicaps graves qui, dans leur
contexte historique, empêchaient cet accès (au Dharma). Cette
formulation ancienne ne doit pas être comprise comme un jugement sur
la dignité ou la valeur des personnes handicapées ».
Cela
m'a frappé parce que dans les années '90, quand j'ai lu pour la
première fois la description de ces huit libertés et ces dix
richesses dans un livre du lama tibétain Kalou Rimpotché, j'avais
été choqué par le mépris exprimé envers les personnes
handicapées qui tranchait avec la considération dans lesquelles on
tient ces personnes dans la culture occidentale moderne (au moins
dans le discours, on s'entend). J'imagine que d'autres personnes ont
du être choquées dans les centres tibétains présents en Occident
et que les lamas tibétains ont du souvent répondre à des critiques
acerbes par rapport à ce mépris des personnes handicapées. Je suis
donc frappé par le fait que ChatGPT anticipe ces critiques et y
réponde sans qu'on lui ai rien demandé.
Dans
mon propre commentaire
de la strophe 4, je ne mentionnais pas cette problématique qui
m'avait pourtant énervée 25 ans plus tôt ! Comme ce
commentaire a été écrit en 2022, je ne me rappelle plus si j'ai
oublié d'en parler ou j'avais la flemme de parler de ce mépris des
personnes handicapées quand j'ai rédigé le texte. Notez bien que
je trouve ChatGPT très diplomate sur ce coup, peut-être plus que ne
sont les Tibétains en réalité ! J'ai l'impression que la
façon de parler des personnes handicapées par les lamas tibétains
de l'époque témoignait d'un réel mépris des personnes inaptes à
la survie dans l'environnement extrêmement dur qu'est le Tibet, un
pays dont la plus grande partie se trouve au-dessus de l'altitude du
Mont Blanc en Europe ! Ce passage de ChatGPT témoigne donc soit
de son sens de la diplomatie qui anticipe les critiques et les
désamorce avant qu'elles n'éclatent, soit des réponses
embarrassées des lamas tibétains aux critiques énervées des
Occidentaux qui ne comprennent pourquoi ils sont si méprisants
envers les handicapés et dont ChatGPT rendrait compte dans le texte
que je lui ai demandé.
Pour
l'illustration, j'ai demandé ce prompt à GPT-Image 2.5 :
« Pour
illustrer la première strophe, j'aimerais que vous fassiez une image
avec l'université de Nalanda en Inde en arrière-fond. Flottant dans
l'air il y a Shāntideva.
Au-dessus de lui, le Bouddha en tant que Sugata entourés des 8
grands bodhisattvas (Avalokiteshvara, Manjushri, Samanthabahdra,
etc...). Une pluie de fleurs descend du Bouddha vers Shāntideva
qui est entouré des soûtras bouddhistes ».
Le résultat est un peu kitsch certes, mais très raccord avec
l'image qu'on se fait de ce genre d'images pieuses.
Je
trouve très intéressant la représentation des bodhisattvas :
Manjushri et Vajapani sont clairement représentés sous leur forme
tantrique tibétaine, qui aussi la plus connue et la plus véhiculée
de ces deux bodhisattvas. Avalokiteshvara en haut à droite est un
mélange entre le Tchenrézi tibétain et la Guanyin chinoise (Kannon
en japonais). Les autres bodhisattvas sont plutôt représentées
dans le style chinois ou japonais.
Je
ne cache pas que ce sont les images qui m'amusent le plus. (Avec un
risque non-négligeable d'addiction à long terme!)
Les
strophes à commenter
1.
Je m'incline avec respect devant Ceux-Allés-en-la-Joie
qui
possèdent le Corps du Dharma,
Devant
leurs fils et devant toutes les personnes dignes de vénération.
Je
vais exposer brièvement, en accord avec les écritures,
L'engagement
dans les vœux des Fils de Ceux-Allés-en-la-Joie.
2.
Il n'y a rien ici qui n'ait été expliqué auparavant,
Et
je ne suis pas habile dans l'art de la rhétorique.
Ce
n'est donc pas avec la pensée du bien d'autrui,
Mais
pour y accoutumer mon esprit que j'ai composé ceci.
3.
Il est possible qu'en raison de cette accoutumance au bien
La
force de ma foi croisse pour un temps grâce à cette composition.
Et
si d'autres dont la fortune égale la mienne
La
voient, elle leur sera peut-être profitable.
4. Les
libertés et les richesses très difficiles à obtenir,
Accomplissent
le propos de la vie humaine.
Si,
les ayant atteints, je n'en tire pas profit maintenant,
Comment
une telle occasion parfaite se présenterait-elle encore ?
Commentaire
explicatif de l'IA — Les
bienfaits de l’Esprit d’Éveil
(I, 1–4)
Ces quatre
premières strophes forment une entrée en matière : Śāntideva
rend hommage, précise pourquoi il écrit, envisage ce que son texte
pourrait apporter, puis rappelle la rareté de l’existence humaine
qui permet de s’engager sur la voie. L’« Esprit d’Éveil » —
bodhicitta
— désigne l’aspiration à atteindre l’éveil afin de pouvoir
œuvrer au bien de tous les êtres.
1.
Hommage et intention du texte
«
Je m’incline avec respect devant Ceux-Allés-en-la-Joie… »
«
Ceux-Allés-en-la-Joie » traduit le titre honorifique sanskrit
Sugata,
qui désigne les bouddhas. L’hommage s’adresse aussi à ceux
qu’on appelle leurs « fils », c’est-à-dire les bodhisattvas :
non pas des descendants au sens ordinaire, mais des êtres qui
suivent la voie de l’éveil et mettent leur pratique au service des
autres. La strophe évoque ainsi la communauté des êtres éveillés
et de ceux qui cheminent vers l’éveil. (bodhicitta.tsadra.org)
Śāntideva
annonce qu’il va exposer « l’engagement dans les vœux » des
bodhisattvas, et promet de le faire brièvement et en accord avec les
écritures. Il présente donc son poème comme une mise en forme et
une transmission d’un enseignement reçu, non comme une doctrine
qu’il prétendrait inventer.
2. Une modestie qui
devient pratique
«
Il n’y a rien ici qui n’ait été expliqué auparavant… »
Śāntideva
affirme que son texte n’apportera peut-être aucune idée nouvelle
et qu’il ne possède pas un talent particulier pour la rhétorique.
Mais il donne aussitôt une raison personnelle à son écriture :
s’exercer lui-même à penser et à vivre le bien.
Cette
réserve n’annule pas la valeur de l’ouvrage. Elle déplace
l’accent : le poème n’est pas seulement destiné à transmettre
un savoir, mais aussi à former l’esprit de celui qui le compose.
La répétition, la réflexion et l’écriture deviennent
elles-mêmes des exercices spirituels.
3.
De l’entraînement personnel à l’utilité pour autrui
«
Il est possible qu’en raison de cette accoutumance au bien / La
force de ma foi croisse… »
Le mot
important est ici l’« accoutumance » : l’esprit se transforme
en revenant régulièrement aux pensées et aux intentions
bénéfiques. Śāntideva espère que cette composition renforcera sa
confiance dans le bien, même si ce progrès n’est que temporaire.
Il
envisage ensuite que son texte puisse être utile à d’autres
personnes « dont la fortune égale la [sienne] ». L’expression
suggère une proximité de condition : d’autres pourraient, comme
lui, avoir besoin de s’encourager en réfléchissant à la voie. Le
bénéfice pour autrui demeure formulé avec prudence — «
peut-être » — mais il naît de la même pratique qui aide d’abord
l’auteur à transformer son propre esprit.
4. La rareté d’une
existence propice à la pratique
«
Les libertés et les richesses très difficiles à obtenir… »
La «
liberté » ne signifie pas ici l’indépendance au sens politique
ou moderne. Elle renvoie à l’absence de conditions qui
empêcheraient d’entendre et de pratiquer l’enseignement. Les «
richesses » désignent des qualités favorables à la pratique —
par exemple des facultés suffisantes, la possibilité de rencontrer
le Dharma et une certaine confiance dans son enseignement. Dans les
commentaires bouddhiques, on détaille souvent ces conditions à
travers les huit libertés et les dix facteurs favorables.
(bodhicitta.tsadra.org)
Śāntideva
ne recommande donc pas de tenir toute vie humaine pour
automatiquement privilégiée : il invite à reconnaître qu’une
occasion réunissant des conditions favorables est rare. La question
« Comment une telle occasion parfaite se présenterait-elle encore ?
» donne à la strophe son urgence. Puisqu’une telle possibilité
peut être difficile à retrouver, il faut en faire usage maintenant,
au lieu de laisser passer le temps sans développer l’esprit
d’éveil.
Sens
d’ensemble
Le
mouvement des quatre strophes va de l’hommage à l’engagement
personnel, puis de l’effort personnel à son possible effet sur
autrui. La quatrième strophe apporte la motivation pratique :
l’occasion de progresser est précieuse et ne doit pas être
gaspillée. L’humilité de Śāntideva ne conduit donc pas à se
dévaloriser, mais à commencer là où l’on est, avec les
conditions dont on dispose.
Les
huit libertés et dix facteurs favorables
Dans la
tradition bouddhique tibétaine, les « huit libertés et dix
facteurs favorables » décrivent les conditions d’une
précieuse existence humaine : une vie où l’on
est suffisamment libre d’obstacles et suffisamment bien situé pour
pouvoir entendre, comprendre et pratiquer le Dharma. La liste sert à
méditer sur la rareté et la valeur d’une telle occasion — non à
établir un classement de la valeur des personnes. Les listes et
leurs formulations varient légèrement selon les traditions et les
commentaires. (hhsakyatrizin.net)
Les
huit libertés
Le terme « liberté »
signifie ici être libre de situations qui rendent la pratique
particulièrement difficile ou impossible. La liste classique
comprend quatre états non humains et quatre conditions humaines
défavorables :
Ne
pas renaître dans un enfer
— état associé à une souffrance intense qui laisse peu de
possibilité de se consacrer à la pratique.
Ne
pas renaître comme esprit affamé
— état traditionnellement marqué par la faim, la soif et le
manque.
Ne
pas renaître comme animal
— état associé à l’ignorance et à l’impossibilité ou à
la grande difficulté de comprendre les enseignements.
Ne
pas renaître parmi les dieux à très longue vie
— dans certaines présentations, leur absorption dans une
existence céleste ou méditative les empêche de se tourner vers la
voie.
Ne
pas naître dans un lieu ou une communauté où le Dharma est
inaccessible —
certaines listes parlent de « région barbare » ou de lieu
dépourvu d’enseignements.
Ne
pas être dominé par des vues erronées
— par exemple, dans le cadre de cette doctrine, nier entièrement
la causalité morale ou la possibilité d’une voie de libération.
Ne
pas vivre à une époque où aucun bouddha n’est apparu et où les
enseignements ne sont pas disponibles.
Ne pas être
privé des facultés nécessaires pour recevoir et comprendre
l’enseignement — les
textes traditionnels évoquent des handicaps graves qui, dans leur
contexte historique, empêchaient cet accès. Cette formulation
ancienne ne doit pas être comprise comme un jugement sur la dignité
ou la valeur des personnes handicapées. (hhsakyatrizin.net)
Les
dix facteurs favorables
Ils sont généralement
répartis en cinq
conditions personnelles
et cinq conditions liées
à l’environnement.
Les cinq
conditions personnelles
sont :
Être
né humain.
Être
né dans un lieu où l’on peut rencontrer le Dharma — appelé
parfois une terre
centrale.
Avoir
des facultés suffisantes pour entendre, étudier et réfléchir aux
enseignements.
Ne
pas avoir commis certaines actions extrêmement graves, qui
constituent dans la tradition de lourds obstacles spirituels.
Avoir confiance ou
foi dans les enseignements bouddhiques.
Les cinq
conditions extérieures
sont :
Un
bouddha est apparu dans le monde.
Il
a enseigné le Dharma.
Ses
enseignements ont été transmis et subsistent.
Il
existe des personnes qui les mettent en pratique.
Il existe des
conditions de soutien — notamment des maîtres, des communautés
ou des personnes qui rendent la pratique possible.
(hhsakyatrizin.net)
Pourquoi
les contempler ?
L’idée n’est pas
de conclure que chacun possède nécessairement toutes ces conditions
de façon parfaite, ni de se culpabiliser lorsqu’une condition
manque. Il s’agit plutôt d’examiner ce qui rend aujourd’hui
possible une pratique bénéfique : accès à des enseignements,
capacité d’y réfléchir, temps ou soutien disponibles, rencontre
avec des personnes qui pratiquent. Cette réflexion invite à ne pas
tenir ces possibilités pour acquises et à les employer avec
discernement et compassion.
Dans la strophe 4 de
Śāntideva, la formule « libertés et richesses » renvoie à cette
idée générale d’une occasion humaine précieuse. Le détail des
huit libertés et des dix facteurs favorables relève d’une
explication développée dans la tradition, et non d’une
énumération présente dans le vers lui-même
La réflexion a été écrite sans l'aide de l'intelligence artificielle générative par mes soins. Le commentaire, lui, est entièrement le fait de l'IA (ChatGPT), de même que l'illustration (GPT-image 2.5) selon mes prompts.
Mon commentaire des strophes 1 à 4 du chapitre "Les bienfaits de l'esprit d'Eveil"
- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 1 à 3)
- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)
Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra:
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition),
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.
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