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jeudi 27 août 2026

La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

 

La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



9. Si la perfection de générosité consistait à soulager

Le monde de la pauvreté,

Puisque l'on trouve encore des miséreux,

De quelle manière les Protecteurs passés l'auraient-ils parachevée ?


10. La perfection de générosité est expliquée

Comme la pensée de donner à l'ensemble des êtres

Toutes les possessions et les fruits du don.

Elle n'est donc qu'esprit.


11. Nulle part le meurtre des poissons

Et autres êtres n'a disparu.

La perfection d'éthique est définie

Comme l'obtention de l'esprit d'abandon du mal.


12. On ne saurait dominer l'ensemble

Des êtres insoumis infinis comme l'espace.

Toutefois, la seule destruction des pensées de colère

S'apparente à celle de tous les ennemis.


13. Où trouverait-on assez de cuir

Pour recouvrir la surface de la terre ?

Mais le cuir d'une simple semelle

Équivaut à en couvrir la terre entière.


14. De même, je ne peux renverser

Le cours des choses ;

Néanmoins, si je me détourne de l'esprit (d'aversion)

Quel besoin aurai-je de m'opposer à d'autres (objets de colère) ?








Van Gogh, Les souliers, 1886








Selon Shāntideva, tout se ramène à l'esprit. C'est l'esprit qui crée le monde, c'est l'esprit qui crée les bonheurs de la vie. C'est l'esprit qui crée donc les tourments qui viennent nous frapper. Tenir son esprit avec la vigilance et l'attention est donc le maître-mot pour définir ce que doit être la pratique et la discipline d'un bodhisattva ou aspirant-bodhisattva.


Dans cet ordre d'idées, la perfection de générosité n'est pas définie par le fait de donner aux gens qui sont dans le besoin. Si c'était le cas, les bouddhas et les bodhisattvas n'auraient pas accompli une « perfection » de générosité puisqu'il y a encore de la pauvreté et de la misère dans le monde. La perfection de générosité d'un bodhisattva doit d'abord être conçue comme la pensée sincère de donner à tous les êtres, la volonté profonde de soulager toute la pauvreté et toute la misère du monde dans son entier.


Pareillement, la perfection de discipline ne peut se définir comme le seul respect des règles éthiques et des codes de discipline monastique, car, partout dans le monde, on voit des gens enfreindre les principes éthiques. Shāntideva prend l'exemple du meurtre des poissons : aucun pays bouddhiste n'a aboli la pêche ou la chasse, alors même qu'il est clair quand on connaît la doctrine bouddhique que ce sont des morts violentes qu'on inflige aux animaux. Même le dalaï-lama ne peut se passer de manger de la viande. Pour répondre à cette carence évidente, Shāntideva définit la perfection d'éthique comme l'aspiration dans l'esprit d'abandonner définitivement le mal. Ce seul souhait souhait suffit, lui semble-t-il pour accomplir la perfection d'éthique.


Pareillement, concernant la perfection de sagesse, un bodhisattva n'a pas à avoir établi la paix dans le monde entier, il doit seulement avoir déraciné la colère dans son cœur. Shāntideva emploie alors une image qui est restée célèbre dans le bouddhisme tibétain : pour me protéger des épines et des cailloux tranchants sur les chemins, je pourrai recouvrir la terre entière d'une couche de cuir moelleuse qui me permettra d'avancer pieds nus en toute sécurité partout où j'irai. Mais recouvrir la terre entière de cette couche protectrice est un ouvrage d'une ampleur démesurée ! Il est en fait plus simple de protéger la plante de pieds en chaussant une paire de chaussures qui me protégeront efficacement de tout ce qui pourrait entailler mes petits pieds. L'image est claire : plutôt que de changer le monde, changeons notre esprit sur lequel nous avons prise !


Je ne cache pas être un peu circonspect devant une telle conception des choses : l'insistance portée à l'esprit éblouit un peu trop les adeptes du Grand Véhicule. Il ne faut pas oublier la générosité réelle, l'éthique réelle et la patience réelle qui s'incarnent dans des actes concrets. Bien sûr, il faut travailler sur notre aspiration au bien : vouloir donner aux êtres sensibles, vouloir abandonner les tendances au mal, vouloir déraciner la colère. Ce sont des aspirations très salutaires ! Mais cela reste un rêve si cela ne devient pas à un acte concret à un moment donné.


Bien sûr, mes actes de générosité, ma discipline et ma pratique de la patience ne vont pas changer le monde entier. Quand je donne, seules quelques personnes au maximum bénéficient de ce don. Quand je m'abstiens de manger du poisson ou de la viande, c'est seulement un cochon ou une truite qui sont épargnés au moment même où des milliards d'animaux sont massacrés au nom de la cruauté des hommes. Quand je retiens ma colère et que je m'en délivre, cela n'empêche pas la guerre de faire rage en Ukraine ou en Palestine. Mais ce n'est pas une raison pour dévaloriser mes actes aussi petits soient-ils.


Admettons pour un instant la thèse idéaliste de l'Esprit Seulement (Cittamātra) pour qui le monde entier est une création de l'esprit. Ce qui est très important à comprendre, c'est que, dans cette logique, le monde entier n'est pas ma seule création, mais la création de l'infinité d'êtres doués de conscience qui peuplent l'univers. C'est pour cela d'ailleurs qu'il est difficile de percer l'illusion de ce monde contrairement à un rêve dont il faut quelques minutes pour que l'on se rende compte qu'on est dans un rêve et que ce rêve s'évanouisse comme de la fumée dans les airs.


Cela explique pourquoi la misère ne disparaît pas, même quand un Bouddha apparaît dans le monde. Tout simplement parce que le Bouddha est un seul esprit, une seule conscience au milieu de milliards et de milliards de consciences égarées dans les ténèbres de l'ignorance. Oui, la lumière d'un Bouddha peut nous toucher et nous encourager à nous éveiller à notre tour. Mais cette lumière des Bouddhas et des Bodhisattvas rayonnent dans un forêt d'ombres et de faux semblants qui en atténuent la portée.


C'est pourquoi la perfection de générosité ne soulage pas toute la misère du monde, pourquoi la perfection de discipline ne tranche pas toutes les racines du mal en ce monde et pourquoi la perfection de patience n'amène pas le règne de la paix perpétuelle. Nous qui sommes un seul être doué de conscience face à l'infinité des êtres doués de conscience, nous pouvons changer petitement le monde. Cela semblera presque rien à l'échelle du monde, mais il faut se rappeler que nos gestes vertueux se mesurent à l'échelle des individus qui reçoivent nos bienfaits. Et c'est à ce niveau-là, certes modeste, qu'il faut consacrer nos efforts. Mais du point de vue de ces quelques individus, cet agir « petitement » sera d'une grande importance, d'une grande ampleur, d'un grand secours. Il ne faut jamais l'oublier.


















Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)


Chapitre V: La garde de la vigilance







Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




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La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

 

La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



6. Celui-qui-parle-vrai a enseigné

Que toutes les frayeurs

Et les souffrances sans limites

Procèdent de l'esprit.


7. Qui a créé intentionnellement

Les armes pour les êtres des enfers ?

Qui a créé le sol de métal brûlant ?

D'où surgissent les femmes des enfers ?


8. Le Puissant a déclaré que toutes ces choses

Sont issues de l'esprit mauvais ;

Donc, dans les trois mondes,

Rien d'autre n'est à craindre que l'esprit.





Rouleau des Enfers, Jigoku-Zoshi, Japon, XIIème siècle





On retrouve ici une théorie très proche de l'école idéaliste de l'Esprit Seulement (Cittamātra) : le monde entier est une création de l'esprit. Je précise que Shāntideva était un tenant de l'école du Milieu (Madhyamaka) : pour l'école du Milieu, l'esprit n'a aucune existence ultime, rien n'a d'existence ultime. Je reviendrai plus en détail sur cette opposition fondamentale entre Cittamātra et Madhyamaka dans mon commentaire du chapitre 9. Mais toujours est-il que Shāntideva reprend à son compte ici la théorie de l'Esprit Seulement : les six mondes, dieux, dieux jaloux, humains, animaux, monde des esprits avides et enfers, sont une création pleine et entière de l'esprit.


Dans le commentaire des strophes 1 à 5 de ce cinquième chapitre, j'avais cité les deux premières strophes du Dhammapada :


« « Tous les phénomènes expérimentés sont précédés par l'esprit,

Gouvernés par l'esprit, créés par l'esprit.

Si quelqu'un parle ou agit sur la base d'un esprit impur,

La souffrance le suit comme la roue de la charrue la patte du bœuf.


Tous les phénomènes expérimentés sont précédés par l'esprit,

Gouvernés par l'esprit, créés par l'esprit.

Si quelqu'un parle ou agit sur la base d'un esprit pur,

Le bonheur le suit comme une ombre qui ne le quitte jamais ».  »


Cela se rapproche de cette conception. Néanmoins, dans le Dhammapada, l'esprit, le mental est un créateur et un avant-coureur des événements vécus dans le sens où ce mental crée la situation comme l'artisan façonne sa matière première, le bois, l'argile, la pierre. Ici, c'est l'esprit qui crée le monde même avec sa pierre, sa roche, sa terre, son métal, son feu. Un esprit dominé par la colère et la malveillance va ainsi créer un monde infernal fait de tourments et de tortures horribles selon l'intensité de notre colère.


D'où l'insistance de Shāntideva à nous exhorter à transformer d'urgence et en profondeur notre esprit. Le monde que l'on va connaître sera coloré de nos passions destructions d'aujourd'hui, mais aussi de notre sagesse, de notre amour bienveillant, de notre volonté d'améliorer les choses et de notre lumière intérieure que nous faisons rayonner en ce jour avec persévérance et enthousiasme. Il ne faut pas l'oublier.





Rouleau des Enfers, Jigoku-Zoshi, Japon, XIIème siècle







Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)



- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)


Chapitre V: La garde de la vigilance










Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




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lundi 24 août 2026

Sommaire de "La garde de la vigilance" (Chapitre V) du "Bodhisattvacaryāvatāra" de Shāntideva

 La garde de la vigilance

Chapitre V du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)



Liens vers les autres chapitres

Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil

Chapitre II: Le dévoilement des fautes

Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil

Chapitre IV : L'attention




Shāntideva





La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

 

La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva




1. Ceux qui désirent maintenir les préceptes

Doivent garder très attentivement leur esprit ;

Car il ne pourra pas maintenir les préceptes

Celui qui en garde pas son esprit.


2. Dans ce monde, les éléphants sauvages et rendus fous

Ne causent pas autant de mal

Que n'en cause dans l'enfer intolérable

Cet éléphant : l'esprit débridé.


3. Mais si l'éléphant esprit est solidement lié

Par la corde de l'attention,

Toutes les peurs disparaissent

Et toutes les vertus viennent dans la main.


4. Tigres, lions, éléphants, ours,

Serpents, tous les ennemis,

Les gardiens des mondes infernaux,

Les esprits malins, les cannibales,


5. Tous sont liés

Quand l'esprit est lié,

Tous sont domptés

Quand l'esprit est dompté.







Edward Mikol









Pour Shāntideva et les tenants du bouddhisme du Grand Véhicule, toute la discipline se résume à une chose : tenir l'esprit. Certes, dans les textes anciens, l'esprit a aussi une primauté fondamentale. Le Dhammapada disait déjà dès ses deux premières strophes :

« Tous les phénomènes expérimentés sont précédés par l'esprit,

Gouvernés par l'esprit, créés par l'esprit.

Si quelqu'un parle ou agit sur la base d'un esprit impur,

La souffrance le suit comme la roue de la charrue la patte du bœuf.


Tous les phénomènes expérimentés sont précédés par l'esprit,

Gouvernés par l'esprit, créés par l'esprit.

Si quelqu'un parle ou agit sur la base d'un esprit pur,

Le bonheur le suit comme une ombre qui ne le quitte jamais ».


Néanmoins, le Grand Véhicule se distingue par une insistance très nette sur l'esprit. On reconnaît là l'influence de l'école mahayaniste de l'Esprit Seulement (Cittamatra), quand bien même Shāntideva ne faisait pas partie de cette école. Ce cinquième chapitre compte 109 strophes que l'on étudiera en détail, mais Shāntideva ne parle du corps qu'à partir de la strophe 59, et encore pour prôner le mépris total que l'esprit devrait avoir envers le corps. La discipline que le Bouddha a encouragé dans les textes du bouddhisme ancien (le canon pâli) est beaucoup plus équilibrée : le Bouddha commence par la discipline du corps (ne pas tuer, ne pas voler, ne pas avoir une sexualité destructrice, ne pas avoir une consommation exagérée d'alcool ou de drogue), il se prolonge par la discipline de la parole (ne pas mentir, ne pas calomnier, ne pas avoir un langage grossier et brutal, ne pas bavarder inutilement) et enfin une discipline pour le mental : ne pas éprouver de convoitise, ne pas éprouver de malveillance et ne pas tomber dans les vues fausses.


Alors bien sûr, être vigilant à l'esprit est extrêmement important, mais je ne pense pas qu'on puisse le faire sans une bonne discipline du corps et de la parole ! Il me semble que c'est important de le rappeler avant d'aborder le texte de Shāntideva. Il nous dit que les vertus viennent dans la main quand on lie l'esprit avec la corde de l'attention. Certainement, mais il ne faudrait pas oublier de pratiquer ces vertus en pensant qu'elles viendront spontanément « avec la corde de l'attention ».


L'esprit doit donc certes être surveillé, surtout dans un monde où s'accroît notre emprise sur le monde au travers d'une discipline de l'esprit, la science. L'esprit a un énorme potentiel créateur, mais cela va dans les deux sens : l'esprit peut autant créer du bonheur que du malheur. Shāntideva utilise une métaphore assez saisissante : un éléphant sauvage qui détruit tout sur son passage. L'esprit peut encore être plus destructeur que cela, nous dit-il, en créant un véritable enfer. On a vu cela au XXème siècle où les idéologies ont créé des régimes politiques horribles d'une violence effroyable : l'Allemagne nazie et ses camps d'extermination, les goulags et autres camps de travail dans les régimes communistes de Staline et Mao, les génocides qui se poursuivent au XXIème siècle...


Shāntideva nous encourage à être attentif pour prévenir l'esprit des passions incontrôlées qui pourraient l'agiter. En cela, ce cinquième chapitre du Bodhisattvacaryāvatāra est une continuation et une prolongation du quatrième chapitre dont le thème était de rester attentif à ne perdre l'esprit d’Éveil, de l'engendrer encore et encore dans notre mental et de ne pas être submergé par les passions destructrices.


Enfin, Shāntideva insiste sur l'aspect créateur de l'esprit pour tout ce que l'on va expérimenter dans la vie. Il invoque toute une série de dangers : des animaux sauvages réellement dangereux dans l'Inde du VIIIème siècle : éléphants furieux, tigres, serpents venimeux, ours. Puis des dangers venus du monde des enfers, puis enfin des dangers venus du monde humain : des cannibales, mais on pourrait penser à des brigands, la police d'une dictature, des soldats qui viennent piller et détruire, etc... Tout cela est fondamentalement créé in fine par l'esprit, et tous ces dangers seront neutralisés et maîtrisés si l'esprit est lié par l'attention et la vigilance.


L'esprit prend donc le pas dans la pensée de Shāntideva sur la notion de karma. Rappelons que le mot sanskrit « karma » (kamma en lange pâlie) signifie simple « acte », « action ». Les actes que nous posons dans cette vie-ci auront des conséquences dans le futur, que ce soit dans cette vie-ci ou dans une vie future. Notre situation actuelle est elle-même le résultat d'actions passées dans cette vie-ci ou dans une vie antérieure. Certes, pour qu'il y ait karma, il faut une intention qui préside à l'acte : ce n'est pas la même chose que de chercher à assassiner quelqu'un et de tuer une personne accidentellement, par exemple renverser un piéton qu'on n'avait pas vu et qu'on ne voulait absolument pas tuer. S'il y a une intention, il y a mouvement de l'esprit, et on revient aux deux premières strophes du Dhammapada que j'ai citées plus haut et où le mental, l'esprit précède et conduit à ce que nous expérimentons dans la vie.


On pourrait ajouter les deux strophes suivantes toujours du Dhammapada (II, 21 & 22) :

« La vigilance est la voie menant à l'extinction de la mort.

La négligence est la voie qui mène vers la mort.

Ceux qui sont vigilants ne meurent pas.

Les négligents sont déjà morts.


Comprenant cela clairement,

Le sage, qui est vigilant,

Se réjouit de sa vigilance

Et se plaît dans le domaine des Êtres Nobles. »


Mon but ici n'est pas tellement de critiquer Shāntideva, mais plutôt de rappeler que l'insistance sur l'esprit typique du Grand Véhicule ne doit pas nous faire oublier les actes concrets et la notion philosophique de karma. Il y a une différence essentielle, me semble-t-il, entre le rêve de tuer quelqu'un que l'on déteste (mais ce souhait reste un fantasme dans notre tête) et le fait concret de tuer quelqu'un ! Bien sûr, il faut travailler sur nos aspirations, nos rêves, nos envies, même celles qui restent dans notre tête. C'est tout le principe de l'esprit d’Éveil ou bodhicitta. Mais la réalité matérielle, notre corps, nos actes concrets ne doivent pas être négligés au profit de la seule insistance sur l'esprit.












Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)


- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)


Chapitre V: La garde de la vigilance







David Yarrow








Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




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