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dimanche 18 octobre 2026

La patience (VI, 17 à 20)

 

La patience (VI, 17 à 20)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


17. Certains, à la vue de leur propre sang,

Redoublent de vaillance et d'assurance ;

D'autres, à la vue du sang d'autrui,

Défaillent et s'évanouissent.


18. Cela vient de la fermeté

Ou de la faiblesse de l'esprit.

Donc, je négligerai les maux

Et ne serai pas affecté par la douleur.


19. Même quand le sage souffre,

La lucidité de son esprit n'est pas troublée.

Car pour ceux qui livrent bataille aux passions,

Le combat occasionne de nombreux maux.


20. Ceux qui, dédaignant la souffrance,

Détruisent l'aversion et autres ennemis

Sont d'héroïques vainqueurs.

Le reste n'est que tueurs de cadavre.




Notre capacité à ne pas répondre par la colère et la haine a des coups ou des affronts qui nous sont faits dépendra de la puissance de notre patience et de la fermeté de notre esprit. Cette puissance, comme on l'a vu dans les strophes 14 à 16, s'acquiert progressivement en s'entraînant à supporter des maux mineurs dans un premier temps, puis développant le renoncement et la patience dans de situations de plus en plus terribles.


Shāntideva nous dit que la lucidité d'esprit du sage n'est aucunement troublée par la douleur, l'angoisse ou le désarroi. C'est là la vision idéale d'un sage, imperturbable dans les pires épreuves. On peut se demander dans quelle mesure que ce n'est pas là une vision très idéalisée du sage.


Je me souviens d'avoir lu un texte où Arnaud Desjardins explique qu'un sage à Auschwitz ne serait en rien troublé et que sa liberté d'esprit resterait identique à celle qu'il aurait dans un ashram au milieu de méditants (je cite de mémoire, mais l'idée est là). Cela me paraît très excessif : c'est oublier un peu vite notre nature humaine, nos affects, nos peurs viscérales, notre sensibilité à fleur de peau. Il est facile d'émettre l'idée qu'un sage soit indifférent aux sensations et aux douleurs extrêmes, mais une fois confronté à un tel déchaînement de barbarie et d'inhumanité, qui peut dire comme un sage réagirait vraiment ? Qui pourrait se permettre de donner des leçons de sagesse en de telles circonstances ?


A contrario, le philosophe Robert Misrahi expliquait à propos de la figure du sage chez Spinoza : « Si Spinoza avait été contemporain des exterminations massives, dit fortement Robert Misrahi, il n'y aurait pas eu de spinozisme. Spinoza rescapé d'Auschwitz n'aurait pas pu dire : "Humanas actiones non ridere, non lugere, neque detestari, sed intelligere" (Ne pas rire des actions humaines, ne pas en pleurer, ni les détester, mais les comprendre) »1. C'est excessif aussi, mais dans l'autre sens. Un camp d'extermination et son horreur aurait raison de toute sagesse humaine selon Robert Misrahi : c'est avoir une très faible idée de notre potentiel d’Éveil et de sagesse ainsi que de la résilience chez celui qui a longuement cultivé la bienveillance et la patience.


Sur le moment, confronté à ce déluge de brutalités, de sévices et de coups, je ne sais pas comment un sage peut réagir. Encore moins, comment moi je réagirais. Le sage sera-t-il capable de détachement ? Sera-t-il suffisamment fort pour éprouver de la patience face à tout cet océan de malveillances ? Ou s'effondrera-t-il en larmes ? La colère s'emparera-t-elle de lui ? Je ne sais pas. Je ne peux pas le savoir, et je ne suis pas certain de vouloir le savoir.


Ce que je sais, c'est qu'un sage renaît, un sage renaît toujours. Je ne vous parle pas ici de réincarnation après la mort, mais de renaître dans cette vie-ci. De renaître après un traumatisme, de renaître après un effondrement, de renaître après un ouragan existentiel qui a tout dévasté. Je pense que le sage vit le même désarroi, le même désespoir, les mêmes passions, peut-être même la même fureur que tout le monde. Il n'est pas sage parce qu'il aurait cessé d'être humain, il est sage parce qu'il renaît de ses cendres. Tout le monde peut renaître de ses cendres en fait. Mais le sage le fait beaucoup plus vite, beaucoup plus spontanément et avec une beaucoup plus grande vitalité. Le sage, dans son cheminement spirituel, a vécu tant de vies, tant de morts et tant de renaissances. Là encore, je ne parle pas de réincarnation, mais je parle de comment le sage a vécu cette vie-ci.




 



1 Cité dans : André Comte-Sponville, « Petit traité des grandes vertus », PUF, Paris, 1995, chapitre 9 : la miséricorde.






Phénix - Chroniques de Nuremberg - 1496










Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)



Chapitre VI : La patience






Phénix surplombant la Grand Place de Bruxelles,
symbolisant la renaissance de la ville 
après sa destruction par les armées de Louis XIV en 1695





NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.










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David Basile - Phénix formé par les laves du volcan Etna - Sicile









samedi 17 octobre 2026

La patience (VI, 14 à 16)

 

La patience (VI, 14 à 16)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



14. Il n'est rien qui, par l'accoutumance,

Ne devienne aisé.

Aussi, en vous familiarisant avec de moindres maux,

Apprenez à en supporter de grands.


15. N'a-t-on pas vu cela pour des douleurs inutiles

Comme les piqûres des serpents, de taons,

Les sensations de faim et de soif

Et autres démangeaisons.


16. Je ne serai pas impatient

Avec la chaleur, le froid, la pluie et le vent,

La maladie, l'emprisonnement et les coups,

Sinon le mal augmentera.






 Richard Avedon - Lauren Hutton et son serpent







La patience est une belle chose, la patience est une grande chose. Mais c'est le souvent quelque chose dont il est plus facile de parler que de mettre véritablement en pratique. Sera-t-on vraiment capable d'endurer des coups et des brimades quand ceux-ci s’abattront sur nous ? Pourront-on supporter des insultes et des invectives sans broncher ? Est-ce qu'on restera de marbre quand on sera harcelé et malmené de nombreuses heures, voire des jours et des semaines ? Sera-t-on capable de résister aux pensées haineuses et malveillantes quand on subira l'injustice de plein fouet ?


La patience n'est pas quelque chose qu'on a ou qu'on a pas. C'est quelque chose qui s'acquiert progressivement au fil du temps. Lentement, lentement, lentement, on développe cette patience. Il faut commencer par les petites vexations et les petites frustrations pour faire croîtra sa patience, et puis appliquer cette patience à des choses plus graves et plus difficiles à supporter. Commencez à faire preuve de patience quelques minutes en attendant le bus ou le train, apprenez à vous détacher de l'irritation qui monte quand ce bus ou ce train se fait attendre. C'est là un bon de départ. Apprenez à attendre dans des fils d'attente, dans les salles d'attente chez le médecin, sur les bancs en face des guichets de l'administration, dans tous les endroits où il faut attendre et où il est pénible de rester.



Puis, comme le suggère Shantideva, apprendre à rester patient et impassible face à la démangeaison de la piqûre d'un moustique sans vouloir vous venger en écraser le vilain moustique qui vous nargue en vrombissant autour de vous et sans vous gratter frénétiquement non plus ! Progressivement, vous apprendrez à être plus patient face à des paroles pénibles ou déplacées sans emporter et sans partir au quart de tour à la moindre provocation.


C'est seulement alors qu'on pourra envisager la patience dans un contexte comme la maltraitance, l'emprisonnement, une interrogatoire musclé, un passage à tabac et ce genre d'horreurs. Je me souviens d'un moine tibétain qui avait été détenu dans un laogai chinois, les terribles camp de redressement idéologique de la période maoïste pendant dix-neuf ans où les coups était fréquent, la faim était omniprésente et où le travail était particulièrement harassant. On lui avait demandé : « Vous avez eu peur durant cette détention dans des conditions si horribles ?

- Oui, j'ai eu très peur, répondit le moine. J'ai eu très peur de haïr mes tortionnaires. »







Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)







NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




Lire également : 









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Planche tirée de :
"North American herpetology - Philadelphia, J. Dobson 1842"




La patience (VI, 13)

 

La patience (VI, 13)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



13. Si certains ascètes dévots et les gens de Karnapa

Endurent sans raison la douleur des brûlures et des lacérations,

Pour le bien de la libération,

Pourquoi suis-je sans courage ?




Sâdhu avec une grille pour l'empêcher de s'étendre et se coucher





Le Bouddha a prôné la Voie du Milieu ; et ce Milieu se situe entre l'extrême de la recherche effrénée des plaisirs et l'extrême des mortifications. Encore aujourd'hui, les ascètes et les sâdhus de l'Inde continuent à se mortifier avec des pratiques qui défient parfois l'entendement : avoir son bras maintenu constamment en l'air, suspendre des poids à son sexe, des jeûnes particulièrement longs et extrêmes au point d'être complètement décharné, vivre avec de la cendre répandue sur tout le corps, aller sur un bûcher pour endurer les brûlures, le fait de dormir sur un lit de clous ou un lit de verres, le percement du corps en divers endroits à l'aide de longues aiguilles, etc...


Tout cela ne sert à rien aux yeux du Bouddha et n'apporte aucun mérite, ni aucun bienfait. Pourtant, je devrai prendre ces ascètes pour exemple quand je dois endurer les souffrances que m'infligent mes ennemis, quand ceux-ci m'humilient ou m'insultent. Tout cela est extrêmement pénible bien sûr, mais je devrais me donner du courage pour cultiver ma patience en ces moments difficile : mon ascèse sera de résister à la colère et de m'en détourner complètement. Et c'est cette ascèse-là qui a du sens. Pas les mortifications malsaines que j'ai mentionnées plus haut !






Nathalie Cathala - Festival hindouiste de Thaipoosam Kâvadi sur l'île Maurice 
en l'honneur du dieu Muruga, un des fils de Shiva - 2016





Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)



- La patience (VI, 14 à 16)







NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.











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Sâdhu qui a gardé son bras levé pendant 50 ans






Sâdhu de l'ordre shivaïte Aghori




La patience (VI, 11 & 12)

 

La patience (VI, 11 & 12)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



11. Pour moi-même et mes amis,

Je ne veux ni souffrance, ni humiliations,

Ni paroles blessantes ou déplaisantes,

Mais, pour mes ennemis, c'est tout le contraire !


12. Les causes du bonheur apparaissent parfois ;

Les causes du malheur sont multiples.

En l'absence de souffrance, il n'y a pas de renoncement ;

Sois donc ferme, ô mon esprit !








Henri Cartier-Bresson - Alberto Giacometti sous la pluie, rue d'Alésia - 1961  






Je veux m'épargner toute souffrance et toute douleur, et je veux épargner également cette souffrance et cette douleur à ceux qui me sont chers : ma famille, mes amis, les gens de mon camp, le gens de mon clan ou les gens de ma nation. De même, je veux éviter pour moi-même et mes êtres chers les humiliations, les insultes, les critiques acerbes et toutes les déconvenues qui se présenteraient.


Mais pour ennemis, c'est tout le contraire ! Ma colère me dicte et m'ordonne de leur infliger le plus de souffrances possibles, le plus d'humiliations, le plus d'embarras, le plus de troubles possibles. Et je ricanerai de les voir en si mauvaise posture ! Ce manque d'empathie est vraiment un nœud du problème qui m'amènera en retour toutes sortes de problèmes.


Je ne peux pas espérer être tout le temps dans un bonheur parfait, sans frustration et sans ombre au tableau. Les ennuis arrivent inévitablement, souvent en escadrille d'ailleurs ! Donc quand je subis des torts et des affronts, il conviendrait que je n'en fasse pas toute une montagne. C'est le moment où je dois me ressaisir dans le sens du Dharma et que je me dise que c'est là l'occasion idéale pour pratiquer le renoncement et la patience.







Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)



- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)







NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.











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Henri Cartier-Bresson
Alberto Giacometti, rue d’Alésia, Paris, 1961.