La prise de l'esprit d’Éveil
Chapitre III du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
La prise de l'esprit d’Éveil
Chapitre III du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
La prise de l'esprit d’Éveil (III, 5 à 7)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
5. Les mains jointes, je supplie
Les Bouddhas de toutes les régions :
Qu'ils allument le flambeau du Dharma
Pour les êtres enténébrés par la souffrance.
6. Les mains jointes, je supplie
Les Vainqueurs désireux de passer dans le Nirvana :
Qu'ils demeurent pour des âges sans nombre
Et ne laissent pas ce monde aveugle.
7. Grâce aux vertus ainsi réunies
Par ce que j'ai accompli,
Puissent les souffrances de tous les êtres
Se dissiper entièrement !
Shāntideva concentre ses prières sur le fait que les Bouddhas de tout temps et tout lieu contribuent à répandre les Lumières de l’Éveil dans le monde. Je en reviens pas sur le caractère religieux de cette prière tout à fait typique du bouddhisme du Grand Véhicule : j'avais abordé cette question dans mon commentaire des strophes 22 à 26 du deuxième chapitre : « Le dévoilement des fautes ». De toute façon, cette prière va dans le sens de l'esprit d’Éveil en tant que souhait ardent que les êtres puissent s'éveiller et dissiper les ténèbres de l'ignorance. Que le Dharma soit comme un flambeau qui dissipe la nuit noire de l'ignorance et des passions destructrices qui s'est abattu sur le monde.
La requête aux bouddhas de ne pas quitter ce monde est aussi typique du Grand Véhicule et s'accorde avec l'idéal des bodhisattvas de revenir encore et encore dans ce monde du samsāra. Personnellement, je trouve cette requête un peu paradoxale : un Bouddha est appelé à l'extinction finale, le Parinirvāna. Ce n'est pas une question d'être désireux ou de ne pas être désireux de quitter le samsāra : toutes les attaches envers ce monde ont été tranchées et l'extinction finale aura lieu nécessairement comme une pomme mûre qui tombe au sol. Ce qui ne disparaît pas pourtant, c'est l'influence de ce Bouddha comme celle du Bouddha de notre monde, le Bouddha Shakyamuni, le Sage des Shakyas. Plus de deux mille cinq cent ans après sa mort, on peut toujours lire son enseignement, voir des statues à son effigie et entendre parler de son histoire et de sa spiritualité. Ce qui ne disparaît pas également, c'est la marque qu'un bouddha a laissé en ce monde, le rayonnement de sa bienveillance et de sa compassion ainsi que l'écho de sa sagesse. Cette prière de ne pas quitter le monde est en fait plus rationnellement le souhait que ne disparaisse pas trop vite l'influence des bouddhas et les marques qu'ils ont laissé de leur vivant comme l'éclat de lumière que laisse une supernova avant que l'étoile ne disparaisse complètement et s'éteigne.
![]() |
| Nébuleuse de la Lyre photographiée par le satellite Hubble en 2013. Elle résulte de l'explosion d'une étoile dans le bras de la constellation d'Orion. |
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III:
- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 1 à 4)
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil
La prise de l'esprit d’Éveil (III, 1 à 4)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
1. Je prends plaisir et je me réjouis
Des vertus qui soulagent les êtres
Du tourment dans les mauvaises destinées
Et placent ceux qui souffrent dans le bonheur.
2. Je me réjouis dans l'accumulation de bienfaits
Qui est la cause de l’Éveil.
Je me réjouis de la libération définitive pour les êtres
Des maux du samsāra.
3. Je me réjouis de l’Éveil des Protecteurs
Et des terres des fils des Vainqueurs.
4. Je prends plaisir et me réjouis
De l'océan de vertus de l'esprit d’Éveil,
Qui aspire au bonheur de tous les êtres
Et de l'activité dispensatrice de bienfaits.
Après avoir, dans le deuxième chapitre du Bodhisattvacaryāvatāra (« Le chemin et la conduite des bodhisattvas), longuement pris conscience, reconnu et confessé ses fautes morales et avoir pris l'engagement de ne pas retomber dans ces fautes morales, Shāntideva évoque la joie qui est une dimension importante de l’Éveil. Cette joie, c'est la joie qui se manifeste devant l'accomplissement des qualités morales et l'accomplissement du bien.
Toutes les joies ne se valent pas. On peut être très joyeux parce que son équipe nationale a remporté la coupe du monde de football, on peut être joyeux parce qu'on a reçu une augmentation au boulot ou parce qu'il fait enfin beau après quelques jours de pluie. C'est une joie pour soi-même ou pour son clan. On peut être aussi joyeux pour de très mauvaises raisons : ainsi la joie sadique de voir les autres vaincus, humiliés ou blessés, comme ces soldats qui célèbrent un massacre et rient de voir la détresse des vaincus. C'est ce qu'on appelle en allemand la schadenfreude. Cette joie malveillante est évidemment à bannir quand on réfléchit dans le cadre moral du Bouddha.
Bien meilleure qu'une joie égoïste ou une joie malveillante, il y a cette joie sacrée qui exulte devant le bonheur des autres et devant les vertus qui accomplissent le bien des autres. C'est la joie que met en valeur ici Shāntideva. On se réjouit du bien, on se réjouit de l’Éveil, on se réjouit des qualités qui permettent de propager l’Éveil autour de soi. On se réjouit de la manifestation des Bouddhas en ce monde ainsi que des « terres » que franchissent les bodhisattvas.
Dans le bouddhisme du Grand Véhicule, on appelle « terre » (ou bhūmi en sanskrit) les étapes de progression du voyage spirituel du bodhisattva vers le plein Éveil parfait et incomparable d'un Bouddha. On trouve dans les Soûtras du Grand Véhicule des descriptions de ces dix terres, notamment dans le Soûtra des dix terres (Daśabhūmika Sūtra), un des chapitres du Soûtra de l’ornementation fleurie (Avatamsaka Sūtra). Ces dix terres sont dans l'ordre :
La joie parfaite, skt. Pramuditā-bhūmi
Ce qui devient manifeste, skt. Abhimukhī-bhūmi
On peut ainsi constater que la première des dix terres est précisément appelée « joie parfaite ». Joie parfaite devant le bonheur et les qualités des autres, joie parfaite sans trace de jalousie et d'envie, joie parfaite qui est un moteur essentiel pour l’Éveil, joie parfaite qu'il ne faut jamais hésiter à manifester dans notre cœur !
![]() |
| Je Shen (Chine, née en 1973) |
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III:
- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 5 à 7)
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil
Le dévoilement des fautes (II, 58 à 65)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
58. Il est déraisonnable de me réjouir :
« Je ne mourrai pas aujourd'hui ! »
Car l'heure où je ne serai plus
Sonnera inexorablement.
59. Qui m'accordera l'absence de peur ?
Comment me libérerai-je définitivement de cela ?
Si, inévitablement, je cesserai d'être,
Comment mon esprit demeure-t-il joyeux ?
60. Que reste-t-il pour moi
Des expériences détruites du passé ?
Mais en m'y attachant
J'ai agi à l'encontre de la parole des maîtres.
61. Si, abandonnant cette vie,
Mes parents et amis,
Je dois partir seul quelque part,
Que m'importe amis et ennemis ?
62. « Comment me délivrerai-je définitivement
De la non-vertu, source de souffrance ? »
Nuit et jour, sans arrêt
Je ne devrais songer qu'à cela.
63. Les fautes que j'ai accomplies
Par ignorance et confusion,
Qu'elles soient mauvaises par nature
Ou aillent à l'encontre des règles,
64. L'esprit apeuré par la souffrance,
Les mains jointes et me prosternant encore et encore,
Je les déclare toutes
En présence des Protecteurs.
65. Ô Protecteurs, je vous en supplie :
Acceptez mes méfaits et mes erreurs !
Puisqu'ils ne sont pas salutaires,
À l'avenir, je ne les commettrai plus.
Shāntideva reprend ici en conclusion les thèmes qu'il a développés dans ce deuxième chapitre : le temps nous est compté avant la mort. On ne peut pas prédire précisément quand elle surviendra. Peut-être qu'on mourra aujourd'hui, peut-être demain, peut-être un autre jour. Mais ce qui est certain, c'est qu'on mourra tôt ou tard et que l'on sera confronté à la conséquence de nos actes. Il faut prendre cela compte et ne pas se distraire avec des activités divertissantes que l'on fait pour occuper notre esprit et cacher à soi-même notre inquiétude fondamentale.
Il ne faut pas s'attacher aux expériences plaisantes du passé, parce qu'elles ne sont plus. Et il ne faut pas s'attacher aux amis et aux ennemis, car c'est en raison de cet attachement que je développe des émotions perturbatrices et conflictuelles, et que je fais des choses que je finis par regretter. Il ne faut d'autant plus ne pas s'attacher aux amis et aux ennemis, que la mort me poussera inéluctablement à partir seul, rompant brutalement les liens tant avec les amis qu'avec les ennemis.
La question que je devrais donc me poser de manière obsessionnelle est : « Comment puis-je me libérer des émotions perturbatrices et des fautes morales qui m'entraîne vers des vies misérables ? Comment est-ce que je peux m'améliorer ? » Je dois confesser ces fautes, ces erreurs, ces manquements aux Bouddhas pleinement éveillés, modèle de perfection morale, et je dois fournir un effort constant pour transformer mes actions dans le sens du bien et de l'aide à autrui.
![]() |
| La mort du Bouddha ou Extinction Finale (Parinirvâna) Art du Gandhara sous l'empire Kushan (IIe siècle de notre ère) |
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Lire les autres commentaires du chapitre II :
- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)
- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)
- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)
- Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)
- Le dévoilement des fautes (II, 27 à 29)
- Le dévoilement des fautes (II, 30 à 40)
- Le dévoilement des fautes (II, 41 à 53)
- Le dévoilement des fautes (II, 54 à 57)
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil
Le dévoilement des fautes (II, 54 à 57)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
54. Si, frappé par une maladie courante,
Il faut agir selon les prescriptions du médecins,
Que dire alors de cette nécessité quand, sans cesse, nous frappent
Des centaines de maux tels que l'attachement ?
55. Or, une seule de ces maladies
Suffit pour détruire tous les habitants de cette terre
Et si, en aucun lieu,
Un remède n'est obtenu pour les guérir,
56. L'intention de ne pas agir
Selon la parole des médecins omniscients
Qui extirpent toute misère
Est d'un égaré digne de blâme.
57. Si je dois être attentif
Prêt d'une petite ravine,
À plus forte raison pour un gouffre qui s'étend
Sur des milliers de lieues et une longue durée.
Ici, Shāntideva emploie une analogie classique dans le bouddhisme entre les passions de l'âme et les maladies qui frappent le corps. Dans le bouddhisme tibétain, vous avez d'ailleurs le Bouddha de Médecine (Sangyé Menla) qui exploite cette analogie du Bouddha comme étant le Grand Médecin venu guérir les infections de la conscience comme l'attachement, la malveillance, l'ignorance et toutes les autres émotions perturbatrices qu'il serait trop long d'énumérer ici puisque les textes classiques les dénombrent à 80 000.
Toujours est-il que Shāntideva nous exhorte à ne pas minimiser les dangers de ces passions destructrices : l'avidité, la haine, la folie des grandeurs pourraient mettre un terme à l'humanité. Il est d'ailleurs éloquent de voir que Shāntideva a vécu au VIIIème siècle de notre ère, bien avant que l'humanité n'ait les moyens technologiques de s'auto-détruire comme avec l'armement atomique, la pollution à vaste échelle, le réchauffement climatique et les guerres mondiales.
Il y a urgence, nous dit Shāntideva : il faut appliquer le plus tôt possible les remèdes aux passions destructions, remède que le Bouddha a enseigné et qui sont notamment le détachement, l'attention, la patience, l'endurance, la bienveillance, etc... Ne pas mettre en application ces remèdes en connaissant la gravité de la situation et le peu de temps qu'il nous reste nous mettrait au niveau d'un « égaré digne de blâme ».
![]() |
| Bouddha de médecine - Sangyé Menla (Bhaishajia Guru) |
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Lire les autres commentaires du chapitre II :
- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)
- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)
- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)
- Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)
- Le dévoilement des fautes (II, 27 à 29)
- Le dévoilement des fautes (II, 30 à 40)
- Le dévoilement des fautes (II, 41 à 53)
- Le dévoilement des fautes (II, 58 à 65)
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil
Le dévoilement des fautes (II, 41 à 53)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
41. Quand je serai saisi par les messagers de Yama,
De quel profit me seront parents et amis ?
Le mérite seul me protégerait,
Mais je ne l'ai pas développé.
42. Ô Protecteurs, inattentif,
Ignorant, semblable peur,
Pour le bien de cette vie éphémère,
J'ai accompli de nombreuses fautes.
43. Terrorisé, la bouche sèche et la vue affaiblie,
Si l'entière apparence de la personne
Que l'on emmène aujourd'hui
Pour lui couper un membre est transformée.
44. Que sera alors
Quand, frappé par la maladie de terreur,
Les formes affreuses des messagers de Yama
Prendront possession de moi ?
45. « Qui me protégera
Contre cette immense peur ? »
Les yeux exorbités,
Dans les quatre directions, je chercherai un refuge.
46. Mais, n'y voyant pas d'abri,
Replongé dans un brouillard,
Que ferai-je
Si je ne trouve là aucun secours ?
47. Dès maintenant, je prendrai refuge
Dans les Vainqueurs, protecteurs du monde,
Qui s'évertuent à secourir les migrants
Et dont la grande force dissipe toute crainte.
48. Je prends refuge avec pureté
Dans le Dharma par eux réalisés
Qui écarte les peurs du samsāra
Et, de même, dans l'assemblée des bodhisattvas.
49. Éperdu de crainte,
Je me donne à Samantabhadra,
Et à Manjushri également,
J'offre mon corps.
50. J'adresse un cri de détresse sincère
Au protecteur Avalokiteshvara
Dont l'activité compatissante est infaillible :
« Protégez-moi, qui ai mal agi ! ».
51. En quête d'un refuge,
Avec mon coeur, j'en appelle
Au noble Akashagarbha, à Kshitigarbha
Et à tous les Protecteurs, grands compatissants ;
52. Je prends refuge en Vajrapani
Dont la vue terrifie
Et met en fuite dans les quatre directions
Les messagers de Yama.
53. J'ai transgressé votre parole ;
À présent que je prends refuge en vous
À la vue de cette grande peur.
Écartez-la sans délai !
![]() |
| Vasily Vereshchagin Lama bouddhiste en grande tenue pour un rituel de danse au monastère de Pemionchi (Pemayangtsé) au Sikkim, Inde, 1875. |
Shāntideva exprime ici avec éloquence la terreur qui s'empare de nous devant l'imminence de la mort, quand nous devons quitter seul ce monde vers l'inconnu. Cette grande peur est donc à la fois la crainte de perdre cette vie, mais aussi la panique devant cet inconnu qui vient, et qui peut s'avérer terrible pour nous si la conséquence de nos actes néfastes nous entraînent dans des vies pleines de souffrance. Pour s'épargner cette grande peur, il aurait fallu de son vivant plus agir dans le sens du bien et de l'aide à autrui. Mais nous n'avons pas toujours été exemplaire, voire nous nous sommes souvent détournés de l'accomplissement du bien pour parler pudiquement. « Le mérite seul me protégerait / Mais je ne l'ai pas développé. » Ce qui est fait est fait, et il est trop tard pour faire marche arrière. Nous sommes comme l'étudiant qui a préféré faire la fête au lieu d'étudier, et qui s'apprête à devoir passer son examen oral devant son professeur sans rien connaître de la matière qu'il aurait dû étudier. Cela en dix mille fois fois pire évidemment.
Face à la peur, il est naturel de rechercher un refuge, et heureusement des refuges il y en a 3 : le Bouddha, le Dharma et la Sangha. Je pense qu'il est bénéfique à tout moment de sa vie d'orienter sa pensée vers les Trois Joyaux pour se sentir protégé des peurs de l'existence. C'est particulièrement vrai au moment de mourir : prendre refuge dans le Bouddha, le Dharma, la Sangha, développer l'esprit d’Éveil, faire rayonner l'amour illimité, la compassion illimitée, la joie illimitée et l'équanimité illimité, développer les quatre établissements de l'attention et méditer sur les trois portes de la sagesse que sont la vacuité, l'absence de caractéristique et l'absence de souhait. Voilà ce que vous pouvez faire de mieux au moment de mourir (pour peu que vous ayez pratiqué cela de manière répétée de votre vivant, sinon l'émotion rendra difficile toute concentration et tout rappel).
Shāntideva évoque ensuite la prière aux grands bodhisattvas, si important dans le bouddhisme du Grand Véhicule : Samantabhadra, Manjushri, Avalokiteshvara, Akashagarbha, Kshitigarbha, Vajarapani, Sarvanivarana-Vishkambhin et Maitreya. Comme je l'avais expliqué dans mon commentaire des strophes 10 à 21, on a là une approche très religieuse des choses. Comme j'ai une approche plus philosophique du bouddhisme, je ne suis pas certain que Samantabhadra ou Manjushri puissent intervenir directement pour vous sauver à l'appel de vos prières. Néanmoins, si vous avez la foi, je ne vous en voudrai pas de prier les grands bodhisattvas ou les bouddhas cosmiques comme Amithaba. Je comprendrai cela parfaitement.
Mais personnellement, je ne peux pas apporter la consolation ou le réconfort de la religion sur ce point précis : le fait que les bouddhas et les bodhisattvas puissent répondre à vos prières et intercéder en votre faveur au moment de la mort si vous n'avez pas pratiqué la conduite éthique, la méditation et la sagesse de votre vivant me semble pour le moins compliqué. J'ai bien peur qu'on ne puisse pas faire l'économie de cette terreur face à la mort, surtout si notre vie était plutôt du côté de l'intérêt égoïste, de la confusion et de l'agressivité.
Ce qui me semble vrai néanmoins, c'est que le rayonnement de bienveillance et de compassion des bouddhas est là et qu'il nous traverse à tout instant quand bien même le Bouddha historique et les autres bouddhas ont vécu il y a longtemps et très loin d'ici. C'est un peu comme le rayonnement diffus cosmologique qui est, pour les physiciens, la trace des premiers 300 000 ans de l'univers à une époque où l'univers était beaucoup plus petit et beaucoup plus chaud. Les bouddhas ont développé une intense bienveillance, une intense compassion, une intense joie et une intense équanimité alliées à une pénétrante compréhension des choses. Je pense que, même si on n'est pas capable de voir ou de sentir cette bienveillance et cette compassion, cette bienveillance est là, cette compassion est là et qu'elle nous touche tous, quelque soient nos fautes, quelque soient nos errements, et qu'on peut ouvrir notre cœur à cette réalité. Peut-être que la prière est justement un moyen d'ouvrir notre cœur et de bénéficier du soutien de cette compassion infinie.
![]() |
| Benjamim Chee |
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Lire les autres commentaires du chapitre II :
- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)
- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)
- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)
- Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)
- Le dévoilement des fautes (II, 27 à 29)
- Le dévoilement des fautes (II, 30 à 40)
- Le dévoilement des fautes (II, 54 à 57)
- Le dévoilement des fautes (II, 58 à 65)
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil