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jeudi 25 juin 2026

Les bienfaits de l'esprit d'Éveil (I, 27)

 

Les bienfaits de l'esprit d'Éveil (I, 27)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


27. Alors que la simple pensée d'être profitable

L'emporte sur des offrandes aux Bouddhas,

Quel besoin de mentionner les efforts entrepris

Pour le bonheur de tous les êtres sans exception ?


Shāntideva





Dans la hiérarchie des actes, l'intention d'apporter du bien-être aux autres a plus de valeur que l'acte de dévotion qu'est l'offrande. Ce qui est logique quand on se rappelle que tout l'enseignement tourne autour des Quatre Nobles Vérités : 1°) la souffrance, 2°) l'origine de la souffrance, 3°) la cessation de la souffrance, 4°) les moyens de parvenir à la cessation de la souffrance. Vouloir être profitable aux autres est quand même l'intention de base pour parvenir à cette cessation de la souffrance. Mais cette simple envie d'être profitable aux autres est largement surpassée par le souhait d'apporter le profit suprême à tous les êtres sensibles de l'univers ! Et c'est cette intention de libérer définitivement les êtres sensibles de toute souffrance qu'il faut produire encore et encore sans se lasser et sans faiblir durant toute notre existence de pratiquant du Dharma !







Offrandes de fleurs et de feuilles d'or au Bouddha couché
Wat Lokaya Sutharam, Thaïlande






Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.







Liens des commentaires des autres strophes:


- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 1 à 3)

- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)

- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 5)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,6)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,7)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,8)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 9, 10 & 11)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 12)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 13-14)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 15-16)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 17)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 18, 19 & 20)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 21, 22 & 23)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 24, 25 & 26)



Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (liens vers les autres commentaires)














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Coupe du monde et paternité



L'actuelle coupe du monde de football aux États-Unis, au Mexique et au Canada charrie son lot de controverses : les visas qui n'ont été accordés qu'à la dernière minute pour les pays douteux aux yeux de Donald Trump, l'arbitre somalien Omar Artan qui a été recalé à la frontière des États-Unis sans raison valable (on soupçonne des motifs racistes), les prix délirants dans et hors des stades, les compromissions de la FIFA auprès du président américain, etc.... Mais une controverse de ces derniers jours a eu lieu en France et concernant un joueur belge, Jérémy Doku.


La journaliste sportive de l’Équipe, France Pierron, a suscité une vague d'indignations – et c'est peu de le dire puisque que même le New Yort Times en a parlé – en s'en prenant à la décision de l'attaquant Jérémy Doku de quitter momentanément la coupe du monde pour retourner à Londres où sa femme a accouché de leur premier enfant : « Il faut réaliser que c'est vraiment une chance de participer à une Coupe du monde, c'est un bonheur inouï. Il y a des centaines de footballeurs qui tueraient pour être à ta place, ça ne se représentera peut-être plus jamais dans ta vie, c'est vraiment un moment particulier, un rêve de gosse qui tu réalises. Et tu vas quitter tout ça pour aller assister à la naissance de ton enfant, qui est un moment dégueulasse, excusez-moi, où le papa ne sert à rien, il a un rôle de figurant ».


Le boxeur Brahim Asloum a répondu vivement à France Pierron : « Comment ça ? On sert à rien ? Mais bien évidemment ! Qui encourage ?

  • Super ! La sage-femme ne peut pas le faire ?

  • Non, elle ne va pas faire comme, nous, on peut le faire.

  • Alors que, toi, tu vas faire vingt heures de voyage, tu vas te fatiguer, tu vas prendre un shoot émotionnel...

  • Mais c'est de l'émotion pure... Je ne peux te laisser dire ça ! Cela me redonne des forces comme pas possible. Tu rigoles ou quoi ?

  • Il sera toujours là, ton bébé !

  • En imaginant l'arrivée de mon bébé, la joie, la stimulation, l'action sur les hormones, je serai dans l'avion en faisant des pompes !

  • Tu seras explosé de fatigue à cause de l'émotion que cela t'a procuré, et tu ne peux pas rater un événement pareil (la coupe du monde). On parlait des prix des places. Il y a des mecs qui ont peut-être fait un prêt, ils ont sacrifié tout pour venir le match, et toi tu n'y vas pas ! Pour couper un cordon ombilical !

  • Un bébé, c'est toute ta vie !

  • Il sera toujours là !

  • Une coupe du monde, tu peux la gagner, tu peux la louper, mais ton enfant, tu l'as à vie.

  • Il t'en voudras de ne pas avoir coupé le cordon ?

  • La clef, c'est que c'est le moment le plus important de ta femme, si tu aimes ta femme, c'est le moment le plus dur de sa vie, le plus émotif...

  • T'es shooté, arrête ! Tu comprends rien ! 

  • La seule personne qu'elle veut, c'est avoir son homme autour d'elle. Franchement, je comprends : le sport, c'est toute ma vie. Mais juste, ce moment-là, il est unique : si tu le loupes, tu ne peux plus le rattraper. »


Il est, me semble-t-il, difficile de ne pas donner raison à Brahim Asloum. Évidemment, nous sommes en 2026 et il est aujourd'hui difficile de contester à un père l'envie d'assister au tout début de sa paternité. Il est difficile de ne pas trouver les propos de France Pierron choquants et franchement sexistes. À l'heure où les féministes reprochent justement aux pères de ne pas s'investir assez dans le fait d'élever les enfants, de venir en aide aux mères dans les tâches de la vie quotidienne, il semble un peu surréaliste de reprocher à un père l'envie d'assister à la naissance de son enfant.


Néanmoins, je ne peux pas m'empêcher d'être mal à l'aise face aux faits que France Pierron ait subi une vagué de harcèlements suite à ses déclarations polémiques, dont des menaces de viol et des menaces de mort sur ses enfants.


Je suis mal à l'aise face au fait que l’Équipe ait écarté France Pierron pour la coupe du monde. Il se sont justifié, il me semble, un peu piteusement : « Cet épisode doit nous rappeler collectivement une exigence fondamentale : la liberté de ton, le débat et la confrontation des opinions font partie de notre ADN, mais ils ne nous dispensent jamais d’une vigilance éditoriale ».


La liberté d'expression ne peut être bafouée sans cesse parce qu'une réflexion nous a déplu ou au nom d'une « vigilance éditoriale » : on peut être en parfait désaccord avec ce que raconte France Pierron, et ne pas vouloir des représailles à son encontre parce que nous avons été choqués ou parce qu'on a peur des réactions outrées à travers le monde. C'est la base même de la liberté d'expression : France Pierron a certes critiqué un brave gars qui n'avait rien demandé, mais elle n'a insulté personne, n'a menacé personne, n'a nui à personne. Jérémy Doku est même passé pour le mari idéal, le père idéal dans cette histoire. Je comprends que l'équipe de l’Équipe se désolidarise de ses propos et communique sur le fait que ce n'est pas la position générale du journal. Pour autant, je ne comprends pas qu'on la sanctionne pour ses paroles que je n'approuve pas.


Surtout que France Pierron a présenté ses excuses : « J’y exprimais un avis personnel, dans le cadre d’un échange contradictoire. Je comprends qu’ils aient pu choquer, heurter ou blesser certains d’entre vous, et j’en suis désoléeMon intention n’a jamais été de minimiser la place ou le rôle des pères auprès de leur conjointe et de leur enfant ».


Par ailleurs, je suis mal à l'aise face au fait que ce sont essentiellement des hommes qui prennent la parole pour condamner la journaliste, souvent avec des termes orduriers d'une extrême brutalité. Il me semble aussi que, dans la teneur des propos tenus, il y a une confusion récurrente entre naissance et accouchement.


Bien sûr, la naissance d'un enfant est un événement incroyable, magnifique, un événement heureux, joyeux, un événement qui relève aussi du sacré, surtout dans notre culture chrétienne qui encense la Nativité : la naissance de Jésus comme élément fondateur de notre civilisation et de notre calendrier. Il me semble que les gens s'emportent, précisément parce qu'on qualifie de « dégueulasse » quelque chose de merveilleux. On touche au sacré ! Oui mais sauf que ce n'est pas la naissance de l'enfant de Jérémy Doku que France Pierron qualifie de « dégueulasse », mais bien l'accouchement en lui-même. L'accouchement avec ses douleurs, ses contractions, son stress, avec le sang et le placenta qui accompagnent la sortie du corps de la mère. Tout cela n'est effectivement pas très ragoûtant, ni très glamour.


Or pour les hommes, il est très facile d'oublier cette réalité très charnelle de l'accouchement pour ne garder en tête que la magie de la naissance du petit être tout fragile. C'est peut-être en cela que les propos de France Pierron sont paradoxalement féministes en nous détournant des icônes rayonnantes de la Nativité et en nous remettant (de façon certes brutale) dans la réalité crue d'un accouchement qui n'est pas un moment très sexy, il faut bien le dire, et qui peut être aussi mal vécu par une femme alors que tout le monde la pousse à célébrer ce moment comme « magnifique », laissant démunie dans une forme de solitude et dans un sentiment d'abandon pouvant déclencher un « baby blues ». Je pense qu'il faut pouvoir entendre cela dans les propos de France Pierron et ne pas crier avec les loups.



(Et aussi une bonne et longue vie au gamin de Jérémy Doku!)







Pour l'extrait incriminé, voir notamment :

https://rmcsport.bfmtv.com/football/coupe-du-monde/mon-intention-n-a-jamais-ete-de-minimiser-la-place-des-peres-france-pierron-prend-la-parole-apres-sa-sortie-polemique-sur-doku_AV-202606200361.html













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Nativité sculptée sur un chapiteau (Saint-Trophime d'Arles, France)
Seconde moitié du XIIe siècle.




Lauren Chenault



mercredi 24 juin 2026

Parler d'amour



Est-ce que parler philosophiquement de l'amour en essayant de comprendre ce phénomène rationnellement et en le soumettant à une analyse pointilleuse tuerait l'amour en lui ôtant sa saveur, son mystère, son importance dans nos vies ? Telle est la question que se pose Ruwen Ogien dans son essai « Philosopher ou faire l'amour » : « Le philosophe, avec ses concepts abstraits et ses schémas de pensée généraux, peut-elle saisir ce qu'il y a de charnel, de sensuel, d'émotionnel, de particulier dans chaque histoire d'amour ?1 »


Certains philosophes estiment que non : la philosophie n'a finalement pas grand chose de pertinent à dire sur l'amour. La poésie, les romans, les films, la chanson sont des moyens beaucoup plus riches de parler d'amour, car justement dans ceux-ci, on ne cherche pas à décortiquer analytiquement l'amour, mais simplement à en rendre compte et à évoquer ce que l'amour suscite dans le sujet aimant.


Ruwen Ogien, lui, ne partage pas du tout ce point de vue. L'amour n'est pas une sorte d'exception irréductible par rapport à toutes les autres questions existentielles. « Personne ne semble penser que la nostalgie, la finitude ou l'ennui conduira nécessairement à appauvrir ces sentiments, à les remplacer par des généralités intellectuelles. Personne ne semble croire que réfléchir rationnellement sur la souffrance ou la solitude aboutira à les faire disparaître de nos vies (...). Pourquoi n'en va-t-il de même avec l'amour ? Pourquoi cette exception ? À mon avis, elle a pour origine le fait que, selon certains philosophes, la connaissance de l'amour doit être aussi intuitive, spontanée, émotionnelle que l'amour lui-même2 ».


Il me semble pour ma part que la réticence à voir analyser l'amour au même titre qu'une autre question existentielle comme la mort ou la solitude vient de la fragilité de l'amour, surtout quand celui-ci rentre en contradiction avec la raison, les bonnes mœurs, la réputation et ce qui semble logique de faire pour un honnête homme. Que faire quand notre cœur nous dit une chose et la raison une autre. On connaît la célèbre diaphore de Blaise Pascal dans les Pensées : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » (Lafuma 423, Sellier 680).


On m'objectera que, quand ce vieux janséniste de Pascal parlait de « cœur », il faut entendre « amour de Dieu, amour de la religion ». Certes. C'est absolument évident, quand on cite le passage en entier, et pas seulement le célèbre aphorisme avec une photo de coucher de soleil sur une plage paradisiaque sur une page Instagram pour midinette romantique : « C'est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce qu'est la foi. Dieu sensible au cœur, non à la raison. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point : on le sait en mille choses. Je dis que le cœur aime l'être universel naturellement et soi-même naturellement selon qu'il s'y adonne, et il se durcit contre l'un ou l'autre à son choix. Vous avez rejeté l'un et conservé l'autre. Est-ce par raison que vous vous aimez ? »


Pour autant, ce contresens sur la citation de Blaise Pascal est tout sauf un hasard, tellement il parle bien de nos amours impliquant des personnes charnelles et bien terrestres. Du fait que nos sentiments amoureux nous éloignent de ce qui semble raisonnable, sérieux, confortable, de ce qui semble être dans notre intérêt. Utiliser la raison pour réfléchir à l'amour, c'est justement prendre parti dans nos conflits intérieurs justement contre l'amour. Sans même parler de ce que la société nous dit, ce que notre entourage, notre famille, notre milieu social attend de nous qui ne va pas toujours dans le sens de nos élans amoureux. Il me semble que Ruwen Ogien ne voit pas cet aspect des choses, précisément parce que c'est un partisan zélé de la liberté de l'individu dans ses choix de vie dans son éthique qu'il appelle lui-même « minimale ». Pour Ruwen Ogien, utiliser la raison revient à défendre la liberté contre le carcan que peut s'avérer l'amour romantiquement. Implicitement, il range la raison dans le camp du progressisme et ne peut pas voir tout ce que l'appel à la raison et surtout au « raisonnable » peut avoir de conservateur, voire de franchement réactionnaire en matière d'amour.


Je précise que je ne doute pas un instant de l'honnêteté de Ruwen Ogien. Il défend un point de vue libertaire dans toute son œuvre, je doute seulement du fait que Ruwen Ogien ait touché sa cible avec son petit livre en refusant de célébrer l'amour. Je ne suis pas convaincu que les partisans de l'amour, si naïfs et aveuglés soient-ils, soient tous des promoteurs d'une idéologie réactionnaire.


Ruwen Ogien explique : « Si ce livre peut prétendre à une certaine originalité, c'est précisément parce qu'il essaie de montrer que l'idéal amoureux romantique est défectueux, non parce qu'il est irréalisable dans nos sociétés, mais parce que ses idées de base sont moralistes et conceptuellement infondées. De façon plus générale, c'est une invitation à philosopher sur l'amour sans céder à la tentation de réduire cette réflexion à une cérémonie de célébration3 ». Et de citer la chanson de Brigitte Fontaine, Pipeau :

« L'amour, toujours le vieux discours (...)

L'amour, c'est du pipeau,

c'est bon pour les gogos »


C'est entendu : le discours amoureux n'est rien d'autre que du baratin. Mais cette réduction du discours amoureux au baratin, à la tromperie grotesque, n'est-ce pas là aussi une tendance des discours les plus réactionnaires quand on réduit le sentiment amoureux à sa seule dimension de sexualité, et qu'on réduit dans la foulée cette sexualité à la vulgarité la plus abjecte ? Quand on dit, par exemple, d'une femme amoureuse un peu trop libre qu'elle a « le feu au cul » et qu'on la traite de « salope » dans la foulée.


Je ne tomberai pas pour autant dans le travers inverse qui serait de voir dans le discours qui ressemble à s'y méprendre à une cérémonie de célébration de l'amour un geste nécessairement progressiste. Évidemment que certains discours sur l'amour sont pour le coup très conservateurs dans la vision qu'ils ont des rôles respectifs de l'homme et de la femme. Mais ce que je veux dire, c'est que cette célébration du mystère de l'amour, qu'elle soit fondée ou non, pertinente ou complètement ridicule, lucide ou d'une naïveté affligeante, peut aller dans des sens politiques très différents, que ce soit dans l'idée qu'on se fait de la liberté de l'individu dans la société ou dans le respect ou non de l'ordre social.


L'important quand on réfléchit sur ce genre de choses, c'est d'apporter le plus de sagesse possible au débat. Réfléchir sur l'amour doit apporter le plus de bien possible à celui qui reçoit cette réflexion ainsi qu'à la société dans laquelle circulent ces réflexions. Pour ce faire, on se laissera parfois emporter dans l'enthousiasme de l'amour, et parfois on voudra en dénoncer toute la tromperie, toute la duperie, toute l'arnaque des « Je t'aime ». C'est finalement très humain.






1 Ruwen Ogien, « Philosopher ou faire l'amour », éd. Grasset, Paris, 2014, chap. 1, p.15.

2 Ruwen Ogien, idem, p. 17.

3 Ruwen Ogien, idem, p. 22.







Antonio Canova
Psyché ranimé par le baiser de l'Amour  - entre 1787 et 1793







A propos de Ruwen Ogien: 


- Paradoxes de l'amour impartial


- 17 questions sur l'amour


- Les valeurs de la gauche





Lire également  sur l'amour : 


- Eros, philia et agapé


- Il faut beaucoup aimer les hommes


- Gagner en amour


- Pas de remède à l'amour (selon Henri David Thoreau)



- Détachement et amour (sur maître Eckhart)







Miss Tic







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mardi 23 juin 2026

Les bienfaits de l'esprit d'Éveil (I, 24, 25 & 26)

 

Les bienfaits de l'esprit d'Éveil (I, 24, 25 & 26)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



24. Si, auparavant, chez tous ces êtres,

Une pensée de ce genre n'est pas apparue

Pour eux-mêmes, ne serait-ce qu'en rêve,

Comment la développeraient-ils pour autrui ?


25. Cette intention tournée vers le bien des êtres

Qui ne s'élève pas chez les autres, même pour leur intérêt personnel,

Est un extraordinaire joyau de l'esprit,

Et sa naissance, une merveille sans précédent.


26. Comment mesurer les bienfaits

De cette gemme spirituelle,

Source du bonheur des migrants,

Panacée aux douleurs du monde ?


Shāntideva







Comme la strophe 22 l'expliquait, l'esprit d’Éveil (bodhicitta en sanskrit) peut se définir comme « le désir d'apaiser les souffrances infinies de chaque être vivant et de le doter d'infinies qualités ». Effectivement, la plupart des gens n'ont pas même envisagé cela un instant pour eux-mêmes. D'ordinaire, les gens espèrent gagner au loto, séduire de très belles femmes, des actrices célèbres, des mannequins de classe internationales ou des pop-stars... Ils souhaitent devenir des footballeurs célèbres comme Leo Messi ou Kylian Mbappé. Ils comptent bien vivre cent ans, monter dans la hiérarchie de leur boîte, avoir une belle maison, pourquoi pas un manoir ou une villa à Saint-Tropez. D'autres courent après la gloire ou le pouvoir. Certains peut-être se verraient bien en conquérant comme Alexandre le Grand ou Napoléon ; d'autres aspirent à briller au firmament en inventant un vaccin révolutionnaire, en gagnant le prix Nobel de physique ou en recevant le prix Goncourt.


Tous ces rêves, toutes ces aspirations, tous ces souhaits ou ces ambitions semblent gigantesques à la personne qui les nourrit, mais objectivement cela reste très éloigné du désir d'apaiser toutes ces souffrances présentes ou à venir et de se voir doter d'infinies qualités beaucoup plus vastes que tout ce que l'on peut imaginer sur cette petite Terre : quand bien même, vous avez conquis toute la Terre, qu'est-ce que la Terre fasse à l'immensité de l'univers ? Qu'est-ce qu'un moment de gloire dans cette vie face à l'éternité ? Qu'est-ce qu'une demeure agréable et luxueuse face au fait de demeurer dans la béatitude parfaite ?


Ce désir d'éteindre définitivement toute souffrance et insatisfaction et d'acquérir toutes les qualités les plus merveilleuses dépassent très souvent notre imagination. Que dire alors du fait que l'on nourrisse ce désir pas seulement pour soi-même, mais pour l'ensemble de l'humanité sur notre bonne vieille Terre ? Ce serait un extraordinaire acte d'altruisme. Mais ce serait encore plus vertigineux si on englobait tous les animaux sur cette Terre. Et encore bien plus si on englobait dans ce désir l'ensemble des êtres sensibles de l'univers.


C'est à cette immensité que nous invite le Bouddha avec son esprit d’Éveil, cet « extraordinaire joyau de l'esprit ». Et il faut voir là que cela n'a rien d'anodin. La production de l'esprit d’Éveil chez un pratiquant bouddhiste est effectivement « une merveille sans précédent » pour tous les êtres migrant encore et encore entre les naissances et les morts et accablés de tourments et de terreurs, où qu'ils soient dans le cosmos.














- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)

- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 5)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,6)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,7)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,8)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 9, 10 & 11)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 12)

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- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 15-16)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 17)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 18, 19 & 20)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 21, 22 & 23)



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lundi 22 juin 2026

Les bienfaits de l'esprit d'Éveil (I, 21, 22 & 23)

 

Les bienfaits de l'esprit d'Éveil (I, 21, 22 & 23)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



21. Si la pensée de soulager les êtres

D'un simple mal de tête

Est une intention salutaire

Dont les mérites sont immenses.


22. Que dire du désir d'apaiser

Les souffrances infinies

De chaque être vivant

Et de le doter d'infinies qualités?


23. Chez quelle mère, chez quel père

Trouve-t-on une telle intention bénéfique ?

Existe-t-elle chez les dieux,

Les sages ou Brahma ?


Shāntideva





Véronique Dumont - Tout ira bien 








Éprouver de la compassion et de la sollicitude envers quelqu'un, même pour de petites choses comme un mal de tête est déjà un intention très positive en terme de karma. Les petits gestes d'attention et de bienveillance ne doivent pas être négligés : ils ont un impact important dans notre communauté. L'argument de Shāntideva est de montrer l'intérêt de la bodhicitta, l'esprit d’Éveil : d'une part, on en souhaite pas seulement un bien-être localisé et limité comme soulager un mal de tête pour quelques heures, mais on souhaite de voir supprimées toutes les souffrances et insatisfactions et de bénéficier de toutes les qualités les plus extraordinaires. D'autre part, on souhaite cela à tous les êtres sensibles de l'univers. Cela ouvre une perspective beaucoup plus large en terme de mérites, une ouverture vers l'espace. Comme le dit la strophe 19 : « la force de mérite pareille à l'espace s'écoule sans interruption ».


Cet esprit d’Éveil est rare en ce qu'on ne la retrouve pas chez les parents : aussi bienveillants soient-ils, ils ne souhaitent que le bonheur dans cette vie-ci pour leurs enfants. Ce qui est déjà très bien, mais qui passe à côté d'un bonheur beaucoup plus durable, beaucoup plus intense qui est celui d'être libre des conditionnements de l'existence. Même les dieux ne conçoivent pas par eux-mêmes l'esprit d’Éveil : ils ont besoin du discours de sagesse d'un Bouddha parfaitement accompli pour cela. C'est pourquoi il faut voir la chance que nous avons de vivre dans un monde où l'esprit d’Éveil est exposé, enseigné, proclamé. Comprenant que c'est une chance rare, on ne doit pas tarder à développer cet esprit d’Éveil : envisager encore et encore la libération de tous les êtres aussi nombreux soient-ils dans l'univers.









Liens des commentaires :


- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 1 à 3)

- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)

- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 5)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,6)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,7)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,8)

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- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 24, 25 & 26)

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