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mercredi 19 août 2026

L'attention (IV, 30 à 35)

 

L'attention (IV, 30 à 35)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



30. Même si les dieux et les dieux jaloux

Se dressaient tous contre moi en ennemis,

Ils ne pourraient me conduire, ni me faire entrer

Dans le feu intolérable de l'enfer.


31. Mais les passions, ce puissant adversaire

Au contact duquel les cendres même

Du mont Mérou disparaîtraient,

En un instant, me jetteront dans ce brasier.


32. Aucun autre adversaire n'est capable

D'une vie aussi longue

Que mes ennemis, les passions,

Dont l'extrême longévité est sans commencement, ni fin.


33. Tous ceux que j'honore et sers

M'apportent bonheur et profit ;

Mais à qui les sert

Les passions ne réservent dans le futur que maux et peines.


34. Si, assurément, je laisse une place dans mon cœur

À cet ennemi incessant et de longue durée,

L'unique cause de l'augmentation des maux,

Comment, dans le samsāra, pourrais-je vivre heureux et sans crainte ?


35. Alors que dans le filet de l'attachement en mon esprit

Se tiennent les gardiens de la prison du samsāra,

Bourreaux des enfers et autres tourmenteurs,

Comment goûterais-je le bonheur ?







Manjushri, bodhisattva de la Sagesse,
avec les Soûtras de la Perfection de Sagesse
et l'épée, tranchant le voile des illusions et le voile des passions.








On est ici dans la suite du questionnement des strophes 26 à 29 : comment les émotions perturbatrices, les passions qui n'ont ni bras, ni jambes et qui ne font preuve d'aucune intelligence, d'aucune ruse peuvent-elles avoir une telle emprise sur la personne ? Rappelons si c'est nécessaire que le terme « passion » n'a ici absolument pas la signification moderne de ce que l'on adore faire, de ce qui nous fait vibrer. « Passion » vient du latin « passio » : souffrance. Quand on parle de « passion du Christ », on parle de la souffrance extrême infligée lors de sa crucifixion. Le mot « passio » signifie également le fait de subir quelque chose (ce qui a donné en français « passif », « passivité »). Dans le vocabulaire de la philosophie morale du XVIIème siècle, « passion » signifie tous ces mouvements de l'esprit qui viennent troubler notre raison et détournent notre volonté, nous rendant par là même passif, captif de ces émotions. Et ces passions nous conduisent généralement à un destin malheureux et à de la souffrance. D'où le terme « passion » qui n'a aucune connotation positive, contrairement à aujourd'hui.


Probablement que le terme a bénéficié d'un changement de sens quand on a commencé à parler de « passions amoureuses ». Au départ, il s'agissait vraisemblablement de nous alerter sur les dangers et les malheurs d'un amour immodéré. Mais au gré de l'influence du romantisme, il est probable que l'expression « passion amoureuse » a cessé d'être condamné pour devenir une chose enviable quand bien même elle colportait toujours son lot de tragédies et de déchirures comme dans « Carmen » ou la passion de « Roméo & Juliette ». Puis le terme s'est complètement édulcoré pour désigner notre passion pour les échecs ou notre passion pour le tango. Toujours est-il le mot « passion » doit dans ce texte-ci se comprendre dans le sens que la philosophie morale lui a attribué : émotion destructrice qui prend le contrôle de notre personne.


Shāntideva s'interrogeait, dubitatif, sur la puissance des passions dans les strophes 26 à 29, mais ici il dégage deux principes explicatifs : leur durée depuis des temps immémoriaux et la puissance du karma. En effet, les passions sont un ennemi mortel pour notre bonheur depuis la nuit des temps. Ils sont inscrits en nous comme réaction habituelle aux difficultés que pose notre existence dans le monde. Pris individuellement, une par une dans l'instant présent, les passions semblent ne pas avoir de puissance autre que fantomatique : elles n'ont ni bras, ni jambe, aucune ruse, aucune intelligence. Mais comme elles se manifestent depuis extrêmement longtemps, elles ont acquis une force extraordinaire sur les personnes.


Par ailleurs, les passions nous poussent à commettre toutes sortes d'actes regrettables et aggraver considérablement notre karma. C'est pourquoi Shāntideva explique que les dieux et les dieux jaloux n'ont pas la puissance de nous conduire au porte de l'enfer tandis que le karma a cette force inéluctable.


Pour Shāntideva, il est donc essentiel de comprendre l'ampleur de la tromperie que ce sont les passions : il n'y a rien à attendre de bon à attendre du fait de suivre aveuglément ces passions. Cela ne sera d'autre que des conflits incessants, des misères tragiques, des désillusions amères et l'angoisse tout au long de ce sentier cahoteux. Il est essentiel de comprendre aussi la durée de cette emprise sur nous tout au long de nos vies en nombre incalculable. Et que l'enjeu essentiel de se délivrer durablement de cette emprise pour pouvoir espérer vivre heureux et sans crainte.












Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


- L'attention (IV, 1 à 4)

- L'attention (IV, 5 à 11)

- L'attention (IV, 12 à 20)

- L'attention (IV, 21 à 25)

- L'attention (IV, 26 à 29)


Chapitre IV : L'attention







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lundi 17 août 2026

L'attention (IV, 26 à 29)

 

L'attention (IV, 26 à 29)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



26. J'ai atteint, je ne sais comment,

Cet état bénéfique, très malaisé à obtenir ;

Si, alors que je suis capable de discernement,

Je suis reconduit aux enfers,


27. Alors, c'est comme si j'étais obscurci par un charme,

L'esprit réduit à néant.

Je ne sais même pas ce qui me trouble,

Ce qui se tient en moi.


28. Les ennemis tels que l'aversion et la soif

N'ont ni jambe, ni bras,

Et ne sont ni braves, ni intelligents.

Comment ont-ils pu faire de moi leur esclave ?


29. Tandis qu'ils habitent mon esprit,

À leur guise, ils me frappent.

Sans m'irriter, envers eux je suis patient.

Pourtant, ce ne sont pas des objets de patience, mais de blâme.






Tornade à Wray, est du Colorado, le 7 mai 2016
Tori Shea-Ostberg








On a ici un passage crucial du Bodhisattvacaryāvatāra. D'où vient la puissance des émotions perturbatrices ? D'où vient qu'elles prennent le contrôle d'individus pourtant conscients et éduqués, qui savent que ce qu'ils font est mal ? D'où vient que les émotions perturbatrices sont capables de me pousser dans les actions les plus regrettables, aux conséquences désastreuses ? D'où vient leur magie obscure qui trouble notre jugement ? D'où vient leur influence néfaste ?


Ces ennemis de mon bonheur n'ont ni bras, ni jambes, et donc aucun pouvoir de coercition sur mon corps ou sur les mots que ma bouche prononce. Ces émotions perturbatrices n'ont ni intelligence, ni ruse, ni stratégie bien établie qui pourrait déjouer sérieusement ma volonté et ma raison. Mais pour autant, la colère peut s'emparer de moi, le ressentiment peut me ronger, la peur me submerger, l'envie de boire plus que de raison me travailler comme un appel lancinant. La jalousie peut me rendre invivable, l'orgueil me faire regarder les autres de haut, le désir me rendre fou et obsédé.


Les émotions perturbatrices peuvent me dominer au point de faire un pantin ou esclave servile. Je tolère leur présence en moi ainsi que leur emprise. D'où vient toute cette complaisance ? Toute cette patience étonnante à l'égard d'elles ? Moralement, le bouddhisme demande d'éprouver de la patience envers nos ennemis qui nous font du mal. Mais c'est une patience à l'égard du mauvais comportement de personnes douées de conscience. Cette patience ne s'applique nullement aux émotions perturbatrices que l'on ne devrait pas tolérer en nous.


La question revient : d'où vient l'empire que les passions destructrices et les émotions perturbatrices ont sur notre personne ? En fait, ici, avant même de chercher à répondre, il est bon de poser encore et encore la question. Quand vous sentez que des émotions perturbatrices animent votre mental comme des vagues qui commencent à soulever la mer, posez-vous la question : d'où vient que les passions ont ce pouvoir sur moi ? D'où vient qu'elles troublent à ce point ma raison et mon jugement ? Observez profondément en vous et laissez la question faire son chemin en vous. Laissez la question affaiblir les prétentions de pouvoir et d'influence de ces émotions perturbatrices. Laissez la question révéler l'absurdité de cette emprise. Et puis enfin laissez la place au silence et à la liberté.










Kawanabe Kyōsai  (1831–1889)







Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


- L'attention (IV, 1 à 4)

- L'attention (IV, 5 à 11)

- L'attention (IV, 12 à 20)

- L'attention (IV, 21 à 25)


- L'attention (IV, 30 à 35)


Chapitre IV : L'attention







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dimanche 16 août 2026

L'attention (IV, 21 à 25)

 

L'attention (IV, 21 à 25)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



21. Si, pour une faute d'un instant,

On demeure durant un âge cosmique dans le lieu d'indicibles souffrances,

Comment parler de situations plaisantes

Pour les erreurs accumulées dans le samsāra depuis des temps sans commencement ?


22. Mais cette seule expérience (de la souffrance)

Ne me donnera pas la libération,

Car, tandis que je l'éprouve,

Je produis d'autres méfaits.


23. Il n'y a pure duperie,

Il n'y a pire folie

Que de ne pas cultiver le bien

Après avoir acquis une telle liberté.


24. Et quand, ayant compris cela,

Aveugle, je continue de céder à la paresse,

Lorsque surviendra l'heure de la mort

Une immense tristesse s'emparera de moi.


25. Lorsque, pour longtemps, mon corps sera brûlé

Dans les feux de l'enfer, difficiles à endurer,

Sans aucun doute, mon esprit sera tourmenté

Par les flammes d'un regret intolérable.








L’enfer - dans "Les Très Riches Heures du duc de Berry" 
Paul, Jean et Herman de Limbourg,
XVe siècle (Chantilly, Musée Condé)











Je ne vais pas revenir sur la forte propension de Shāntideva à agiter l'épouvantail des enfers devant ses disciples. J'en ai parlé dans mon commentaire des strophes 5 à 11 de ce même quatrième chapitre. Pour ma part, je ne suis pas certain que la faute d'un instant conduise nécessairement à des âges cosmiques de souffrances monstrueuses ! Les expressions « âge cosmique » ou « période cosmique » traduisent le mot sanskrit « kalpa ». Le kalpa est la durée de vie d'un univers. Et dans la cosmologie bouddhiste, c'est un temps extrêmement long. Dans les soûtras, une image est donnée afin de se faire une idée de cette prodigieuse durée. Imaginez une grande montagne de la chaîne de l'Himalaya. Tous les cent ans, un homme vient effleurer la roche de cette montagne avec un tissu fabriqué avec la plus fine soie de Bénarès ? Et bien, un kalpa, c'est le temps qu'il faudra pour éroder complètement la montagne, juste grâce à l'action du frottement de notre morceau de tissu sur la montagne. Donc, c'est long, très long pour la « faute d'un instant ». Surtout qu'on ne nous spécifie pas la nature de cette faute d'un instant.


Néanmoins, ce qu'il ne faut pas négliger, c'est qu'une faute, même bénigne, peut déclencher toute une chaîne de causes et de conséquences qui peut être très longue, comme ces milliers de dominos qu'on dispose les uns à la suite des autres ; et en faisant tomber le premier, tous les autres finissent par tomber les uns à la suite des autres. Il faut être vigilant à cela et se rappeler constamment tout l'intérêt d'être attentionné dans nos actions, même les plus banales. Tenter constamment de s'améliorer et se détacher des tendances mauvaises qui peuvent surgir en nous comme la colère, l'irritation, l'égoïsme, le désintérêt, la jalousie, etc...


Ce qu'il faut retenir de ce qui dit Shāntideva, même si on ne partage pas toutes ses visions infernales, c'est que la seule expérience de la souffrance n'est pas vraiment un moyen de purger ses fautes. En fait, quand on est dans ce genre de situations difficiles, on a tendance à réagir avec toutes sortes d'émotions perturbatrices en commettant toutes sortes de fautes morales qui vont relancer le karma négatif. Par exemple, vous vous faites agresser dans la rue, vous allez très probablement réagir par la haine et la colère, et vous allez avoir une furieuse envie de vous venger. Et si l'occasion d'une vengeance se présente, vous allez saisir cette occasion de faire le mal en retour. Et la colère vous trouvera toutes sortes de justifications morales complètement bancales, mais qui pourront convaincre très efficacement votre mental dans le moment donné. Justifications que vous regretterez amèrement par la suite quand vous aurez finalement compris toute l'erreur insensée de votre acte de vengeance.


Il est très difficile de rester insensible aux sirènes qui viennent vous hanter avec cet appel lancinant à se venger de ceux qui nous font du mal ou à réagir par l'orgueil à celui qui nous méprise. C'est le pouvoir des émotions perturbatrices de se renforcer colossalement quand nous sommes dans la détresse, la peur ou le chagrin.


C'est donc quand nous sommes dans une situation acceptable qu'il y a urgence à pratiquer le bien. Quand nous bénéficions de la précieuse existence humaine (dont je parle dans le commentaire des strophes 12 à 20), nous sommes dans la situation où ma liberté d'agir est maximale par rapport à toutes autres situations. C'est là où il faut se décider d'agir dans le sens du bien et ne pas prendre la chose à la légère ! Ce serait, comme le dit Shāntideva, une immense duperie et même une forme de folie.









Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


- L'attention (IV, 1 à 4)

- L'attention (IV, 5 à 11)

- L'attention (IV, 12 à 20)



- L'attention (IV, 26 à 29)

- L'attention (IV, 30 à 35)



Chapitre IV : L'attention







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samedi 15 août 2026

L'attention (IV, 12 à 20)

 

L'attention (IV, 12 à 20)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


12. Donc, comme je l'ai promis,

Je dois agir avec respect ;

Si, de ce jour, je ne fais pas d'efforts,

Je descendrai de plus en plus bas.


13. Quoique d'innombrables bouddhas aient passé

Pour le profit de tous les êtres,

En raison de mes erreurs,

Je ne me suis pas trouvé à portée de leur sollicitude.


14. Si, aujourd'hui encore, je continue d'agir ainsi,

Je connaîtrai maintes fois

Dans les états infortunés

La maladie, la mort, les lacérations et mutilations.


15. Si la venue d'un Ainsi-Allé,

La foi, l'obtention d'un corps humain,

L'aptitude à cultiver le bien

Sont choses rare, quand les obtiendrai-je de nouveau ?


16. Quoique ce jour je sois en bonne santé,

Bien nourri et sans tracas,

La vie est éphémère, trompeuse,

Et le corps tel un objet prêté une fois.


17. Ce n'est pas par une conduite comme la mienne

Qu'on obtient de nouveau un corps humain.

Et si ce corps n'est pas obtenu,

Erreurs et non-vertu prévaudront.


18. Si je ne fais pas le bien

À l'heure où j'en ai l'opportunité,

Que ferai-je,

Hébété par les souffrances des états infortunés ?


19. Qui n'a pas accompli le bien

Et a accumulé les fautes

N'entendra pas même l'expression « destinées heureuses »

Pour des centaines de millions de périodes cosmiques ?


20. C'est pourquoi le Vainqueur a dit

Que la condition humaine s'acquiert aussi difficilement

Qu'une tortue parvient à passer son cou

Dans l'orifice d'un joug ballotté sur le grand océan.

















Ici, Shāntideva reprend la thématique abordée dans les strophes 5 à 11 du chapitre IV, c'est-à-dire la problématique de s'écarter de la promesse de l'esprit d’Éveil que l'on a faite à soi-même, devant la communauté bouddhique ou devant les bouddhas et bodhisattvas. Mais ici, il étend le sujet à toutes les fautes morales qui fait que nous nous perdons sur le chemin spirituel, et il dénonce les risques que l'on encoure avec cette perdition morale.


Tout d'abord, il fait remarquer que des Bouddhas sont apparus en notre monde, et nous avons été aveugles à leur présence en ce monde du fait de nos erreurs passées, de notre ignorance et de notre vision déformée du monde. Peut-être même que nous avons rencontré le Bouddha Shakyamuni dans une vie précédente et que nous l'avons tout simplement ignoré par bêtise, par désintérêt spirituel, par matérialisme ou parce qu'on appartenait à une secte concurrente et qu'on était trop dogmatique pour s'ouvrir au message du Bouddha. Toujours est-il que nous n'avons pas été sauvés par eux ou par l'écoute de leur enseignement, et que nous errons de problèmes en problèmes dans ce monde cruel. La compassion et la bienveillance des Bouddhas est infinie et illimitée, mais notre cœur a été trop fermé à leur influence bénéfique pendant trop longtemps – un nombre incalculable d'existences probablement – pour que cette influence améliore sensiblement notre condition sur Terre.


Par ailleurs, les mauvais comportements ont des conséquences à l'avenir, que ce soit dans cette vie-ci ou dans une vie prochaine : c'est ce qu'on appelle la loi du karma. Les mauvaises comportements qui nuisent aux autres conduisent dans des vies misérables, des existences infortunées. Mais le plus grave est qu'une fois que nous avons perdu ce que les bouddhistes appellent la « précieuse existence humaine », il est extrêmement difficile de la retrouver.


La précieuse existence humaine, c'est d'abord renaître en tant qu'être humain (c'est assez évident), mais aussi être humain dans un monde où un bouddha s'est manifesté, où on a une confiance sereine envers l'enseignement de ce bouddha et où j'ai toutes les capacités mentales pour comprendre et appliquer cet enseignement du bouddha. Et cette précieuse existence humaine est une chose extrêmement rare.


Shāntideva utilise une métaphore classique dans le bouddhisme pour faire comprendre ce point. Imaginez une tortue marine qui aurait une durée de vie tout à fait prodigieuse et qui resterait cent ans dans le fond des océans avant de remonter à la surface au bout de ces cent ans. La chance de renaître en tant qu'humain dans les conditions de la « précieuse existence humaine » est aussi minime que la chance que la tortue passe sa tête à travers le cerceau que vous auriez jeté à la mer quelques temps plus tôt (ou le joug qui sert à attacher les bœufs au chariot). Compte tenu de l'immensité des océans sur Terre, il est très improbable que notre tortue marine émerge à la surface juste à l'endroit où flotte notre cerceau. Et bien, la précieuse existence humaine est à ce niveau de rareté.


Voilà il faut surtout pas gâcher le potentiel de notre courte vie humaine en s'adonnant à des activités insensées ou regrettables. Cette existence humaine est vraiment un moment privilégié pour développer une réflexion morale solide et adopter une vie droite. Ce qui n'est pas le cas dans les existences inférieures comme la vie animale, le monde des esprits affamés ou les enfers. Dans ces existences inférieures, je suis submergé par le chaos ambiant, par la prédation, la peur, la colère, la faim, et je ne suis pas dans l'état de développer cette réflexion morale. Les marges de manœuvre y sont extrêmement restreintes. Chercher le bien devient extrêmement ardu, et notre karma ne s'améliore pas.


C'est pourquoi un des messages le plus importants du bouddhisme : c'est ici et maintenant qu'il faut rechercher le bien quand nous sommes humains et pleinement conscients de nos actes. C'est ici et maintenant qu'il faut étudier les textes de la philosophie bouddhique. C'est ici et maintenant qu'il faut pratiquer la méditation. C'est ici et maintenant qu'il faut développer la sagesse. Il n'y a pas de temps à perdre. La vie humaine est fragile et n'est pas si longue qu'on pourrait le penser. Le temps presse. Commencez ici et maintenant.








Clark Little










Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


- L'attention (IV, 1 à 4)

- L'attention (IV, 5 à 11)

- L'attention (IV, 21 à 25)

- L'attention (IV, 26 à 29)

- L'attention (IV, 30 à 35)



Chapitre IV : L'attention







XAV - Tortue luth - Los Alcázares, Espagne








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