Pages

jeudi 15 octobre 2026

La patience (VI, 6 à 9)

 

La patience (VI, 6 à 9)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



6. La colère, cet ennemi,

Est l'auteur de tous ces maux ;

Mais quiconque avec effort a vaincu la colère

Trouvera le bonheur dans cette vie et les autres.


7. Se nourrissant du mécontentement,

Né de l'accomplissement de ce que je veux pas

Et des obstacles à ce que je veux,

L'aversion s'accroît et me détruit.


8. Donc, je détruirai

L'aliment de cet ennemi,

Car celui-ci n'a d'autre fonction

Que de me nuire.


9. Quoi qu'il m'advienne,

Ma joie ne sera pas troublée ;

Car, même mécontent, je n'accomplirai pas mon désir,

Et mes vertus faibliront.






Kunichika (1835 - 1900)







La colère est notre ennemi qu'il faut combattre, beaucoup plus que les ennemis que notre colère désigne à notre vindicte. La colère est la racine d'une plante toxique et vénéneuse qui produit des raisins particulièrement amers et empoisonnés : énormément de maux, énormément de conflits, énormément de tragédies insupportables. La sagesse est de couper au plus vite cette racine infernale au plus profond de notre conscience (même si, bien sûr, c'est plus vite dit que fait). Celui qui déracine en lui les racines de la colère pourra trouver une vie plus apaisée, plus heureuse, moins tourmentée et moins chaotique.


Le processus qui permet à cette racine de colère de pousser est très simple et se compose de deux choses :

  • 1°) il arrive ce que je ne veux pas qu'il arrive,

  • 2°) il n'arrive pas ce que je veux qu'il arrive.



La frustration et l'aversion alimente alors mon mécontentement et mon mal-être ; et la colère commence à me ronger et à s'emparer de moi. Il faut donc se détacher au plus vite de cette frustration et de cette aversion avant qu'elle n'ait le temps de s'embraser en colère : je dois cultiver la patience face à ce qui m'arrive et que je ne veux pas et la patience face à ce qui ne m'arrive pas, mais que je voudrais ardemment.


La patience est la solution, jamais la colère ! En effet, quand je cultive la patience, j'accumule des mérites (ou je fais des provisions de mérite), j'apaise mon esprit et je conserve ma joie. Quand je suis en colère, je n'ai rien de tout cela : j'accumule une quantité phénoménale de démérite, je plonge mon esprit dans le bouillonnement de colère, je perds toute joie de vivre pour sombrer dans le désespoir et la noirceur d'âme. Et comme si cela ne suffisait pas, ma colère ne change rien à ma frustration et mon aversion : j'ai beau exploser de colère, les choses déplaisantes qui ont suscité mon aversion ne partent pas de mon existence ; et la frustration de ne pas voir les choses plaisantes venir dans mon existence continue puisque ma colère ne fait pas venir non plus les choses plaisantes ! Que du contraire, la colère est plutôt un aimant puissant à problèmes et toute une série de tourments que je n'ai aucune envie de vivre non plus !









Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )




NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.







N'hésitez pas à apporter vos avis et vos commentaires ainsi qu'à partager cet article. Ils sont les bienvenus !

Vous pouvez suivre le Reflet de la Lune sur Facebook, Tumblr, X (ex-Twitter) ou BlueSky. 




mercredi 14 octobre 2026

Sommaire de "La patience" (Chapitre VI) du "Bodhisattvacaryāvatāra" de Shāntideva

  La patience

Chapitre VI du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)




Liens vers les autres chapitres

Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil

Chapitre II: Le dévoilement des fautes

Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil

Chapitre IV : L'attention

Chapitre V: La garde de la vigilance












La patience (VI, 3 à 5)

 

La patience (VI, 3 à 5)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


3. Quand la maladie de colère le saisit,

L'esprit ne connaît pas d'apaisement,

N'accède pas à la joie, ni au bonheur,

Le sommeil le fuit, il reste instable.


4. Un maître plein d'aversion

Court le danger d'être tué

Par ceux-là même dont les biens et l'estime

Dépendent de son aide et de sa protection.


5. À cause d'elle, ses proches et amis se découragent,

Ceux que la générosité a attirés ne le servent pas.

En bref, personne ne vit joyeusement

Dans la colère.







La colère - Charles Le Brun (1619 - 1690)
Musée du Louvres









La colère est un poison violent qui pourrit notre existence entière. Il faut vraiment la voir comme une maladie, un problème plutôt comme une réponse adéquate aux conflits. Et cette maladie de colère, de ressentiment et d'aigreur crée en nous d'énormes tensions ; et cette maladie de colère menace ainsi fondamentalement la paix de notre esprit, mais risque également d'éteindre complètement notre joie de vivre et notre bonheur. Et la colère peut nous priver de nuits de sommeil précieuses quand la litanie lancinante des griefs et des reproches occupe notre mental comme une armée ennemie occupe notre territoire.


La colère rend les relations humaines difficile, pas seulement avec nos ennemis déclarés et attitrés, mais aussi dans le cercle de nos familles, de nos amis et de nos collègues avec qui nous avons pourtant un intérêt évident à collaborer et à s'entraider. La colère a un rôle destructeur en fracturant les groupes sociaux dans lequel nous évoluons et en apportant la dissension et la discorde. Comme le dit Shāntideva: « En bref, personne ne vit joyeusement dans la colère ».


C'est en étant pleinement conscient de ce constat que nous aurons un encouragement fondamental à développer la patience. Il faut de ce fait faire attention à tous ces discours dans la société et dans la culture qui légitiment la colère. Je pense notamment à tous ces films hollywoodiens où les héros réagissent systématiquement par la colère et la violence. Leur agressivité, même quand il n'y a pas de situation de bagarre ou combat, est saluée comme une grande qualité. Dans les dialogues, on les voit provocateurs, querelleurs, impolis, pour ne pas dire ordurier, tout cela pour forger une image de dur à cuire aux héros. Et ce n'est même pas pour dire que les héros peuvent avoir des défauts ou des faiblesses. Non, tout cela est vu comme une qualité et est largement encouragé.


On me répondra, j'imagine, que les films de fiction ne font pas automatiquement de nous des tueurs et des assassins. Et donc qu'il n'y a pas d'incidence de la fiction sur notre réalité psychologique. On peut regarder des centaines de films d'action et de guerre à la gloire de la violence et de la brutalité et jouer des heures et des heures à des jeux vidéo violents sans que l'on se transforme en tueur en gages ou en barbare déchaîné dans les rues de nos villes. Alors bien sûr, l'influence de la culture ne va pas à ce point. Certes, cela n'entame pas notre libre-arbitre jusqu'à cette extrémité. Mais pour autant, est-on vraiment certain que cela n'a aucun effet sur notre psychisme ? Bien sûr, on ne va pas tuer des gens parce qu'on a regardé un film de gangster où le moindre problème se règle par une fusillade ou par qu'on écrase délibérément des petites vieilles sur GTA V ou VI. Mais plus subtilement, est-ce que cela n'augmente pas notre agressivité dans nos interactions sociales ? Est-ce que cela ne nous encourage pas à régler notre problème en piquant une crise de colère là où, avec d'autres influences, on aurait essayé de résoudre le problème par le dialogue ? Il me semble que la question vaut d'être posée.









Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )



NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.







N'hésitez pas à apporter vos avis et vos commentaires ainsi qu'à partager cet article. Ils sont les bienvenus !

Vous pouvez suivre le Reflet de la Lune sur Facebook, Tumblr, X (ex-Twitter) ou BlueSky. 





mardi 13 octobre 2026

La patience (VI, 1 & 2)

 

La patience (VI, 1 & 2)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


1. Un moment de colère détruit

Toutes les activités salutaires,

Telles que la générosité et les offrandes aux Ainsi-Allés,

Accumulées au cours de mille périodes cosmiques.


2. Il n'y a pas de faute comparable à la colère

Et pas d'ascèse comparable à la patience.

Par conséquent, je cultiverai la patience

Avez zèle et de multiples façons.






Ruines du château de Poilvache
qui fut impliqué dans la guerre de la Vache





Ce sont ces deux strophes du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva qui m'ont certainement le plus obsédé depuis trente ans que je lis et relis inlassablement ce livre ! J'aurais presque envie de dire « traumatisé » ! Au début, j'interprétais très littéralement le fait qu'un seul moment de colère puisse détruire tous les mérites accumulés depuis des mille kalpas. Et je trouvais cela terrifiant ! Un abysse de conséquences morales et de désastres pour des temps incommensurablement longs s'ouvrait devant moi si je cédais, ne serait-ce qu'un moment, à une manifestation de colère.


Pour rappel, un kalpa est le temps que dure un univers. Dans les textes bouddhistes, on donne une image pour comprendre cette durée prodigieuse : imaginez un homme qui s'approche d'une gigantesque montagne de l'Himalaya avec un tissu fait de la plus fine soie de Bénarès. Et tous les cent ans, il vient effleurer la montagne avec ce tissu de la plus fine soie de Bénarès. Et bien, le kalpa, c'est le temps qu'il faudra à cette homme pour éroder complètement la montagne colossale grâce à ses délicats effleurements !


Notez bien que « kalpa » peut avoir un autre signification : c'est la durée de vie idéale pour un être humain, soit 120 ans. Si on comprend « kalpa » dans ce sens, Shāntideva nous promet quand même une destruction de nos mérites pour cent vingt milles ans. Cela reste beaucoup, même si c'est très loin des milliards et des milliards d'années de la durée de vie d'un univers !


Je trouvais donc ces premières deux strophes écrasantes et démoralisantes. Avec le temps, je me suis dit qu'il fallait ajouter le verbe « pouvoir » dans cette phrase : « Un moment de colère peut détruire toutes les activités salutaires accumulées depuis très longtemps ». L'enseignement serait qu'il ne faut jamais sous-estimer un accès de colère : il peut engendrer une chaîne infernale d'actions et de réactions, de causes et de conséquences qui vont envenimer une situation et déclencher une guerre au final. Un peu comme une version monstrueuse de l'effet papillon : un battement d'ailes de papillon à New-York qui provoque in fine une tornade à Tokyo.


En Belgique, au Moyen-Âge, il y a eu ce qu'on appelle la « guerre de la vache » entre 1275 et 1280. Un paysan du nom d'Engoran avait volé une vache dans la petite ville de Ciney dans le Condroz. Il avait décidé de la vendre à la foire d'Andenne, une ville qui borde la Meuse et qui a vu naître quelques siècles plus tôt, Charles Martel. Rigaud de Corbion, le propriétaire lésé, reconnu la vache volée qui était en vente à cette foire. Et furieux, Rigaud demanda justice au bailli du Condroz qui était aussi présent à Andenne à ce moment-là. Le bailli du Condroz ne pouvait légalement rien faire car Andenne était en-dehors de sa juridiction ; néanmoins, il tenta un pourparler avec le voleur Engoran et lui dit que s'il ramenait la vache dans le Condroz, on serait quitte et aucune sanction ne serait appliquée à son encontre. Engoran se plia à cette demande et rapporta la vache. Mais dès qu'il mit un pied sur les terres du Condroz, Engoran fut pendu à un arbre sans autre forme de procès.


Cette forfaiture déplut fortement au seigneur de Goesnes d'où venait le voleur trucidé, Engoran. Et il attaqua le seigneur de Halloy qui vivait dans la bonne ville de Ciney. Le Seigneur de Halloy le prit très mal et partit en expédition pour incendier Goesnes et ses environs. Ce qui enclencha une mécanique infernale où tous les seigneurs de Namur et du Luxembourg s'allièrent pour faire le siège de Ciney et brûler tous les défenseurs de la ville dans l'église. Comme la ville de Ciney était inféodée au prince-évêque de Liège, celui-ci rentra dans le conflit, et toute la région s'embrasa durant cinq ans. On estime que la guerre de la vache a fait approximativement 15 000 morts et qu'une soixantaine de villages de la région ont été calcinés par les flammes, tout ça pour une vache volée que le voleur avait accepté de rendre à son propriétaire !


Au départ, la colère, même pas illégitime d'un fermier pour qui une vache est un bien précieux. Et puis une affaire qui s'envenime et qui rentre dans une mécanique infernale d'actions et de réactions.


Cela doit nous faire comprendre la valeur de la patience : abandonner ce cycle d'actions et de réactions, ne pas répondre aux vexations par la colère, ne pas répondre à la haine par la haine, et chercher constamment l'apaisement dans les conflits. Dans le bouddhisme, la colère est la pire des fautes morales du fait de son caractère destructeur et de l'embrasement catastrophique qu'il peut provoquer. A contrario, la patience est donc la plus grande des vertus. Et c'est à cette patience que Shāntideva va nous inviter à développer tout au long de ce chapitre.






Ruines du château de Poilvache (Yvoir, province de Namur, Belgique)







Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience


- La patience (VI, 3 à 5)






NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.



Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.







N'hésitez pas à apporter vos avis et vos commentaires ainsi qu'à partager cet article. Ils sont les bienvenus !

Vous pouvez suivre le Reflet de la Lune sur Facebook, Tumblr, X (ex-Twitter) ou BlueSky. 








Mur d'enceintes en ruines du château de Poilvache, la Meuse en arrière-fond










lundi 12 octobre 2026

La garde de la vigilance (V, 107-109)

 

La garde de la vigilance (V, 107-109)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



107. Je ferai ce qui n'est pas interdit

Et, quand je verrai là une pratique,

Afin de protéger l'esprit des êtres du monde,

Je la mettrai en œuvre avec justesse.


108. La garde de la vigilance

Se définit en bref comme

L'examen répété

De l'état physique et mental.


109. Je mettrai en œuvre tout cela par le corps,

Car qu'achèvera-t-on en se contentant de répéter les paroles ?

Quel bien des malades tireront-ils

De la seule lecture d'un traité médical ?












Il est de temps de conclure ce chapitre sur l'éthique et la discipline. La morale commence toujours par un « non ». Non, tu ne feras pas cela ; non, tu ne devrais pas agir ainsi. Non, ceci est interdit par les mœurs ou les coutumes, cela est interdit par les règles de bienséance ou la tradition, telle autre chose est condamnée par la réflexion éthique ou par les principes moraux. J'ai déjà cité la figure de Socrate qui avait un démon. Chez les Grecs anciens, les démons étaient des esprits, des figures intermédiaires entre les dieux et les hommes. Et le démon de Socrate était un bon démon qui ne lui disait qu'un seul mot : « non ». Non, tu ne feras pas cela ; non, tu ne te comporteras pas de cette manière. Non, tu n'auras pas une telle mauvaise attitude ; non, tu ne diras pas des mots mensongers ou des mots délibérément blessants ; non, tu n'entretiendrai pas un mental malveillant, un esprit cupide ou une pensée confuse. « Je ferai ce qui n'est pas interdit ».


Une fois que l'on est parvenu à se contenir et à ne pas céder aux mauvaises tendances, il faut se poser la question de ce qui est utile et profitable aux autres et à la société. « Quand je verrai là une pratique, afin de protéger l'esprit des êtres du monde, je la mettrai en œuvre avec justesse ». Chaque situation peut être investie avec telle ou telle pratique qui changera selon la nature de la situation : par moment, on pourra être généreux, à d'autres moments, cela sera la patience et le lâcher-prise qui s'imposeront dans la situation présente. Parfois, il faudra faire preuve de modération, d'autres fois, de courage. Ou encore il faudra à certains moments enseigner le Dharma aux gens.


Chez les Grecs anciens, le terme de « sagesse » recouvre en fait trois termes : sophia (σοφία), phronésis (φρόνησις) et sophrosuné (σωφροσύνη) . Sophia est la sagesse contemplative qui réfléchit à la nature des choses et la nature du Bien et qui a une réflexion théorique pour comprendre le monde qui nous entoure ainsi que notre position dans le monde.


Phronésis est une sagesse intellectuelle beaucoup plus pratique qui consiste à savoir prendre les bonnes décisions face à une situation donnée. C'est se demander : que faire au bon moment et au bon endroit ? Comment bien réagir face à l'agencement particulier des faits et des événements, auquel je me retrouve présentement confronté ? Le mot grec « phronésis » se traduit en latin par « prudentia » qui a donné « prudence » en français. Néanmoins, la prudentia a un sens beaucoup plus large que notre prudence de la langue française : prudentia ne se limite à ce caractère timoré de la prudence, même si prudentia / phronésis peut évidemment inclure la prudence dans le répertoire des réactions justes aux différentes situations.


Le dernier type de sagesse est donc sophrosuné (que l'on écrit souvent : sophrosyné, le y grec – upsilon - se prononçant comme le « u » de la langue française). On traduit souvent sophrosuné par « tempérance ». C'est une sagesse en action où l'on maîtrise ses émotions perturbatrices et où l'on reste équilibré et proportionné dans ses réactions.


Avec sophia, on réfléchit avec justesse à des problèmes généraux et abstraits : « Qu'est-ce que le bien ? Qu'est-ce qu'un homme juste ? Faut-il plutôt rechercher le bonheur que la vérité ? » Avec phronésis, on a une sagesse intellectuelle pratique qui a réagit à une situation donnée, à un problème spécifique. Il y a, par exemple, une inondation dans la vallée où j'habite : « Que dois-je faire maintenant ? Dois-je chercher de la nourriture pour les sinistrés ? Ou remettre ma barque en état pour aller sauver des personnes prises au piège de l'eau ? ». Avec sophrosuné, on a une sagesse intuitive pratique qui m'accompagne dans mon action : pour reprendre l'exemple de l'inondation, maîtriser ma peur face à la montée des eaux, ne pas me goinfrer de nourriture si les autres sinistrés ont besoin eux aussi de la nourriture, faire preuve de diligence dans la réparation de ma barque, puis de courage quand je vais chercher des gens.


Mettre en œuvre une pratique donnée dans une situation donnée exigera à la fois la phronésis (prudentia) et la sophrosuné, me poser les bonnes questions pour apporter une réponse adéquate à la situation donnée, qui apportera le plus de bonheur et de bien-être et rester digne et maître de moi-même donné dans l'instant présent où j'apporte cette aide.




*****




Ensuite, Shāntideva revient sur l'idée centrale de sa réflexion sur la discipline : cette discipline consiste d'abord en un maintien de l'attention et de la vigilance. « La garde de la vigilance se définit en bref comme l'examen répété de l'état physique et mental ». Avant de chercher à bien se comporter, il faut être attentif à soi-même, ses attitudes, ses actes, ses paroles et ses pensées. Si on n'en passe pas par l'attention et la vigilance à ce qui se passe réellement dans notre corps et notre esprit, on risque de perdre de vue l'essentiel : beaucoup de gens ne voient pas ou ne veulent pas voir les choses mauvaises qu'ils font ainsi que l'agressivité de leurs paroles ou encore le dédain qu'ils manifestent. Et ils passent leur temps à critiquer les autres sans aucune indulgence, ni volonté de chercher à comprendre l'autre. Comme le dit Jésus : « Ils voient la paille dans l’œil du voisin, mais pas la poutre dans leur propre œil »1.


Par ailleurs, la morale et la discipline doivent s'incarner dans le corps pour qu'elles aient un sens :

« Je mettrai en œuvre tout cela par le corps,

Car qu'achèvera-t-on en se contentant de répéter les paroles ? »


Dans mon commentaire des strophes 1 à 5 du chapitre V, mais aussi dans les commentaires des strophes 6 à 8 et des strophes 9 à 14, j'avais longuement expliqué l'insistance sur l'esprit de Shāntideva, très typique du bouddhisme du Grand Véhicule. Dans cette dernière strophe du chapitre V, on a un contrepoint significatif à cette insistance sur l'esprit : la discipline et la garde de la vigilance doivent s'incarner dans les actions du corps pour garder leur signification et leur raison d'être. Si la discipline et la garde de la vigilance n'infusent pas nos actes, nos gestes, nos attitudes, elles restent au niveau des paroles creuses qui s'envolent à la moindre occasion.


Comme le disait Dalida dans sa célèbre chanson avec Alain Delon :


« Une parole encore

Paroles et paroles et paroles

Écoute-moi
Paroles et paroles et paroles

Je t'en prie

Paroles et paroles et paroles

Je te jure

Paroles et paroles et paroles et paroles et paroles

Et encore des paroles que tu sèmes au vent »





1 Évangile de Marc, 7:3-5 ou évangile de Luc, 6:41-42







Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)

- La garde de la vigilance (V, 88 à 90)

 - La garde de la vigilance (V, 91 à 95)

- La garde de la vigilance (V, 96 à 98) 

- La garde de la vigilance (V, 99 à 101)

- La garde de la vigilance (V, 102 & 103)

- La garde de la vigilance (V, 104 à 106)




Chapitre V: La garde de la vigilance




NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.



Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.







N'hésitez pas à apporter vos avis et vos commentaires ainsi qu'à partager cet article. Ils sont les bienvenus !

Vous pouvez suivre le Reflet de la Lune sur Facebook, Tumblr, X (ex-Twitter) ou BlueSky.