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vendredi 9 octobre 2026

Réflexion sur le bienfaiteur spirituel



Dans la strophe 103, chapitre V du Bodhisattvacaryāvatāra, Shāntideva recommande de lire les enseignements de Shrisambhava et de Shrimati sur la relation que devrait avoir le disciple au maître spirituel. Cet enseignement de Shrisambhava et Shrimati est un extrait du « Gandavyūha sūtra », lui-même un des chapitres du Soûtra de l'Ornementation Fleurie (Avamtasaka sūtra ), un des soûtras les plus importants du bouddhisme du Grand Véhicule.


Mais alors quel enseignement tiré de ce passage du Soûtra de l'Ornementation Fleurie ? En quoi peut-il inspirer des hommes et des femmes du XXIème siècle pour comprendre et suivre un maître spirituel ? C'est la question à laquelle je voudrais répondre présentement.


Tout d'abord, une petite réflexion sur les termes. Personnellement, dans l'enseignement du Dharma, je serais tenté d'opposé deux figures conceptuelles : l'ami spirituel (sanskrit : kalyanāmitra, pâli : kalyanamitta) et le maître spirituel (sanskrit : guru). L'ami spirituel enseigne le Dharma, conseille les autres membres de la Sangha ainsi que les autres personnes, il aide comme il peut les pratiquants bouddhistes en leur permettant de faire des retraites, en nourrissant des moines ou en fournissant les soûtras du Bouddha. Mais il ne prétend pas être une personne parfaite ou un pratiquant très accompli.


Le maître spirituel, lui, est dans un rapport beaucoup plus hiérarchique avec le disciple. Il connaît des enseignements que ne connaît pas le disciple, il vit des expériences que ne vit pas le disciple, il a atteint des accomplissements auxquels le disciple ne peut prétendre. Donc, le maître ou guru est un modèle pour le disciple. Là où l'ami spirituel conseille, le maître dirige la vie de son disciple.


Dans le bouddhisme tantrique, cela va même encore plus loin : le maître n'est pas seulement le détenteur d'une expérience spirituelle profonde et d'une sagesse profonde, il est l'incarnation sur Terre du Bouddha lui-même. Il est même plus important que le Bouddha lui-même puisque le Bouddha est éloigné de nous dans le temps et l'espace tandis que nous pouvons côtoyer le guru au jour le jour.


Dans cette opposition, je ne suis pas neutre : on ne s'étonnera pas si je dis que je me sens beaucoup plus proche de l'ami spirituel que du guru. J'aspire à être un ami spirituel, ne serait-ce qu'en écrivant sur ce blog du Reflet de la Lune : j'essaye de donner des bons conseils et de fournir une réflexion intelligente qui pourra apporter du bien et de la sagesse à celui qui la lira. A contrario, je n'aspire pas du tout être un guru, je n'aspire pas à être vénéré, et je me méfie beaucoup des dérives que peut amener le culte déraisonnable d'un autre être humain que l'on appelle « guru » ou « lama ».


Ceci étant dit, il faut bien aborder une question de terminologie cruciale : quel est le terme employé dans cet « Enseignement de Shrisambhava et de Shrimati », Thomas Cleary utilise l'expression de « spiritual benefactor » que j'ai traduit littéralement par « bienfaiteur spirituel ». Il se trouve que je ne possède pas la version sanskrite de ce passage du soûtra, ni la version chinoise ou tibétaine d'ailleurs. Je ne peux donc pas vérifier par moi-même, mais dans sa traduction en français de tout le « Gandavyūha-sūtra » (Soûtra de l’Entrée dans la dimension absolue, d'après la traduction chinoise de Siksananda, aux éditions Padmakara, Plazac, France, 2018. Chapitre 50b, pp. 540-544), Patrick Carré emploie le terme « ami de bien », ami spirituel donc.


On a donc dans cet « Enseignement de Shrisambhava et de Shrimati » une indifférenciation entre les deux figures de l'ami spirituel et du maître spirituel qui va se retrouver ensuite dans le bouddhisme tibétain. L'ami spirituel ne se distingue plus du gourou. Pour moi, c'est extrêmement problématique. Avec l'ami spirituel, on peut conserver son esprit critique et faire la distinction entre les bons conseils que nous donne quelqu'un et les imperfections morales de cette même personne. Avec le guru, c'est une transgression fondamentale si je commence à remettre son alcoolisme ou ses mauvais traitements.


Et malheureusement, cet « Enseignement de Shrisambhava et de Shrimati » a constitué historiquement une forte inspiration pour cette abrogation de l'esprit critique : on nous dit clairement noir sur blanc qu'il ne faut surtout pas remettre en question les faits et les gestes de notre maître spirituel :

« Vous ne devriez jamais remettre en doute les voies d'émancipation montrée par les amis spirituels et les bienfaiteurs,

vous ne devriez jamais calomnier les actes des amis spirituels et des bienfaiteurs, s'adaptant au monde afin d'accomplir leur œuvre,

vous ne devriez jamais cesser de faire croître un foi pure envers les amis spirituels et les bienfaiteurs ».


En fait, quand on lit cet « Enseignement de Shrisambhava et de Shrimati », on se rend bien compte qu'on a là une vision très idéalisée de la relation maître-disciple : ce à quoi font référence les enfants Shrisambhava et Shrimati, c'est la relation à leur maître, Maitreya, l'un des plus importants bodhisattva puisque c'est le prochain Bouddha à venir. Donc, on a là tout un éloge de la relation maître-disciple où on sait que le maître, Maitreya est un être parfait et incomparable. Mais cela change tout avec notre propre expérience concrète de notre monde contemporain où, si on rencontre un guru, ce guru sera loin d'être une perfection morale et spirituelle : il aura peut-être des qualités, mais il sera peut-être alcoolique, colérique ou obsédé sexuel...


Il faudra bien prendre compte ces défauts possibles de notre maître spirituel, voire être tout à fait conscient que ce maître puisse être un parfait charlatan, un escroc notoire ou un sale type déguisé sous les apparats de la profondeur spirituelle... Or cet « Enseignement de Shrisambhava et de Shrimati » empêche toute réflexion critique de ce type.


On a tout d'abord un vif encouragement à chercher les amis spirituels ou bienfaiteurs spirituels, comprenez les gurus, à les fréquenter, à suivre leurs enseignements, à être résolu à les servir et surtout à ne jamais les remettre en question comme dans les phrases que j'ai citées plus haut.


Ensuite, dans le paragraphe suivant, on a une longue explication sur le fait que tous les accomplissements spirituels des bodhisattvas trouve leur source dans les bienfaiteurs spirituels. Dans ce passage, on nie clairement ce que le Bouddha appelle « l'effort juste », l'effort individuel du disciple qui cherche constamment à s'améliorer, à faire apparaître des qualités qui n'étaient pas présentes en lui, à renforcer les qualités déjà présentes, à diminuer la présence des tendances négatives en nous et à les faire disparaître complètement. Si l'on croit cet « Enseignement de Shrisambhava et de Shrimati », notre progrès spirituel serait quelque chose de, somme toute, très passif : tout viendrait de la grande bonté du maître spirituel comme un cadeau qui nous serait offert par un magasin en échange d'une carte de fidélité bien remplie !


Dans le paragraphe suivant, on nous explique que les maîtres spirituels ou bienfaiteurs spirituels sont une aide et un support essentiel pour les bodhisattvas. Là encore, on a une vision très idéalisée de la relation maître-disciple, parce que, dans le monde réel, c'est plutôt les disciples qui aident les gurus en servant de main-d’œuvre gratuite, corvéable à merci et qui les soutiennent en voyant fondre toutes leurs économies !


Entendez-moi bien, je comprends que si le grand bodhisattva Maitreya était à mes côtés dans ma pratique du Dharma, ce serait une aide et un soutien fabuleux pour approfondir ma méditation, pour me renforcer dans ma conduite éthique, pour développer ma sagesse et rapprocher de l’Éveil. Mais c'est là un scénario idéal dans le monde spirituel de l'Ornementation Fleurie qui n'est tout simplement pas notre monde matériel si imparfait. Donc, je n'ai pas de problème à ce qu'on lise cet « Enseignement de Shrisambhava et de Shrimati », mais uniquement si l'on garde bien à l'esprit que toute l'intrigue du Soûtra de l'Ornementation Fleurie se passe dans un monde spirituel idéal et que cet enseignement ne peut pas être appliqué directement : il faut en passer par une bonne dose d'esprit critique et de remise en question, même si cet esprit critique et cette remise en question peut être pénible pour maintenir la discipline de la conduite éthique, la discipline de la méditation ainsi que notre questionnement sur la sagesse.


Ensuite, on a droit à toute une série de comparaison : le bienfaiteur spirituel ou guru est comme notre père ou notre mère, le guru est comme un médecin, comme un guide de montagne, comme un guerrier héroïque qui nous protège, comme un marin qui nous emmène sur l'île au trésor ou un passeur qui nous fait passer sur l'autre rive. Autrement dit, le guru est un être absolument indispensable dans toutes les phases de notre vie.


Après cela viennent des recommandations afin de savoir quelle disposition d'esprit adopter pour mieux nous comporter envers le bienfaiteur spirituel ou guru :

« Donc, en pensant de cette manière, vous devriez continuer à fréquenter les bienfaiteurs spirituels,

avec un esprit comme la terre portant tous les fardeaux imperturbablement, (...)

avec un esprit comme un serviteur qui fait tout ce qui est ordonné,

avec un esprit comme un étudiant sérieux, suivant toutes les instructions,

avec un esprit comme un serviteur zélé qui s'adonne prestement à sa tâche, (...)

avec un esprit comme un valet, prenant chaque tâche avec obéissance,

avec un esprit comme un balayeur de rue, dénué de tout orgueil et de tout dédain, (...)

avec un esprit comme un éléphant, bien dressé et docile, (...)

avec un esprit comme un chien fidèle, jamais mécontent,

avec un esprit comme un jeune des basses castes, libre de l'arrogance et du narcissisme,

avec un esprit comme un taureau écorné, dépouillé de sa superbe,

avec un esprit comme un apprenti motivé, libre de toute pensée infatuée sur sa propre valeur (...) ».


On voit clairement qu'on prône là une soumission totale au guru, ici appelé « bienfaiteur spirituel » ou « ami de bien ». Il me semble que l'on peut s'inquiéter légitimement sur l'utilisation que l'on peut faire de cet extrait de soûtra dans un système religieux qui va demander une soumission totale à ses disciples. Cela peut devenir clairement un entraînement de l'esprit à la docilité extrême et à l'obéissance aveugle. Je ne pense que ce soit là l’Éveil !


Ensuite, cet « Enseignement de Shrisambhava et de Shrimati » explique tous les avantages qu'il y a de suivre docilement les bienfaiteurs spirituels ou gurus : croissance de la bonté dans le disciple, propagation du Dharma, purification de nos motivations, accumulations des vertus et des mérites, amélioration des qualités, etc... Encore fois, cela est vrai si et seulement si les bienfaiteurs spirituels sont parfaitement irréprochables. Dans notre monde matériel si troublé, rares sont les gurus à être totalement irréprochables...


Dans ce monde matériel si troublé, on ne pourra pas avancer sans une bonne dose d'esprit critique, que ce soit envers l'idéologie ambiante, les gens qui se prétendent parfait ou même envers soi-même. Dans ce monde matériel si troublé, on ne pourra jamais complètement s'en remettre à un ami spirituel, à un bienfaiteur spirituel ou à un guru. Il faudra être capable de s'interroger sur soi-même, sur nos faiblesses, sur nos défauts et tentant de les améliorer sans attendre qu'un maître spirituel les pointe du doigt. Il nous faudra avancer seul, faisant preuve d'une grande persévérance et d'une grande détermination encore et encore... Voilà notre destin dans ce monde matériel si troublé !

















Lire : 


- enseignements de Shrisambhava et de Shrimati


- La garde de la vigilance (V, 102 & 103)



Sur la relation maître-disciple : 





Gourou et bourbon




- L'affaire Sogyal


- Maître et disciple selon Dza Patrül Rimpotché


- Le maître spirituel - 1ère partie



NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




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mercredi 7 octobre 2026

Enseignement de Shrisambhava et Shrimati

 

Enseignement de Shrisambhava et Shrimati

sur la façon de suivre un maître spirituel

(Extrait du « Gandavyūha-sūtra »)




« Donc, vous ne devriez jamais vous lasser de chercher des amis spirituels et des bienfaiteurs,

vous ne devriez jamais perdre votre envie de rencontrer des amis spirituels et des bienfaiteurs,

vous ne devriez jamais être réticent à questionner des amis spirituels et des bienfaiteurs,

vous ne devriez jamais abandonner votre détermination à contacter des amis spirituels et des bienfaiteurs,

vous ne devriez jamais cesser de vous efforcer d'assister les amis spirituels et les bienfaiteurs,

vous ne devriez jamais mal interpréter les conseils ou les instructions des amis spirituels et des bienfaiteurs ou éprouver des réticences à leur égard,

vous ne devriez jamais manquer de résolution pour acquérir les qualités des amis spirituels et des bienfaiteurs,

vous ne devriez jamais remettre en doute les voies d'émancipation montrée par les amis spirituels et les bienfaiteurs,

vous ne devriez jamais calomnier les actes des amis spirituels et des bienfaiteurs, s'adaptant au monde afin d'accomplir leur œuvre,

vous ne devriez jamais cesser de faire croître un foi pure envers les amis spirituels et les bienfaiteurs.




Quelle est la raison pour cela ? C'est grâce aux bienfaiteurs spirituels que les bodhisattvas ont appris la pratique pour devenir un bodhisattva :

c'est grâce aux bienfaiteurs spirituels que les vertus des bodhisattvas arrivent à la perfection ;

les bienfaiteurs spirituels sont la source du courant des vœux de bodhisattva ;

les racines de bonté des bodhisattvas sont produites par les bienfaiteurs spirituels ;

les ressources pour l’Éveil sont produites par les bienfaiteurs spirituels ;

toutes les perceptions de la vérité par les bodhisattvas provient des bienfaiteurs spirituels ;

la purification de toutes les voies vers l’Éveil proviennent des bienfaiteurs spirituels,

l'accomplissement de toutes les études menées par les bodhisattvas dépend des bienfaiteurs spirituels ;

toutes les qualités vertueuses des bodhisattvas sont basés sur les bienfaiteurs spirituels ;

la purification de aspirations de tous les bodhisattvas s'ancre dans les bienfaiteurs spirituels ;

la fermeté de la détermination de tous les bodhisattvas s'établit grâce aux bienfaiteurs spirituels ;

la lumière de l'intelligence et l'ampleur océanique de la conscience chez les bodhisattvas provient de la guidance des bienfaiteurs spirituels ;

les trésors des voies de purification des bodhisattvas sont alimentés par les bienfaiteurs spirituels ;

les lumières du savoir des bodhisattvas est générée par les bienfaiteurs spirituels ;

l'excellence des vœux des bodhisattvas réside entre les mains des bienfaiteurs spirituels ;

la détermination est due aux bienfaiteurs spirituels ;

la foi, caractéristique de la réalisation des bodhisattvas, trouve sa source dans les bienfaiteurs spirituels ;

les secrets des bodhisattvas résident dans le trésor des bienfaiteurs spirituels ;

les bienfaiteurs spirituels sont des mines de principes pour les bodhisattvas ;

les germes de puissance des facultés de tous les bodhisattvas sont favorisées par les bienfaiteurs spirituels ;

l'océan de connaissance de tous les bodhisattvas est enseigné par les bienfaiteurs spirituels ;

les trésors de tous les bodhisattvas sont gardés par les bienfaiteurs spirituels ;

les accumulations de vertu de tous les bodhisattvas est protégée par les bienfaiteurs spirituels ;

la pureté des vies de tous les bodhisattvas est générée par les bienfaiteurs spirituels ;

la multitude des enseignements pour tous les bodhisattvas vient des bienfaiteurs spirituels ;

l'entrée dans la voie de l'émancipation de tous les bodhisattvas est garantie par les bienfaiteurs spirituels ;

l’Éveil de tous les Bouddhas est atteint par l'association à des bienfaiteurs spirituels ;

la pratique de tous les bodhisattvas est dirigée par les bienfaiteurs spirituels ;

les développements de toutes les vertus de tous les bodhisattvas sont illuminées par les bienfaiteurs spirituels ;

les directions suivies par tous les bodhisattvas sont montrées par les bienfaiteurs spirituels ;

la grandeur de la volonté de tous les bodhisattvas est permise par les bienfaiteurs spirituels ;

le pouvoir de l'amour universel des bodhisattvas provient des bienfaiteurs spirituels ;

le pouvoir de la compassion universelle des bodhisattvas est générée par les bienfaiteurs spirituels ;

les maîtrises de tous les bodhisattvas découle des bienfaiteurs spirituels ;

tous les éléments qui font un bodhisattva sont produits par les bienfaiteurs spirituels ;

tous les œuvres bienfaisantes de tous les bodhisattvas trouvent leur origine chez les bienfaiteurs spirituels.



Soutenu par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas ne tombent pas dans les voies mauvaises ;

supportés par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas ne s'éloignent pas du Grand Véhicule ;

prévenus par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas ne s'écartent pas des préceptes des bodhisattvas ;

gardés par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas ne tombent pas sous la coupe de mauvaises influences ;

protégés par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas ne dévient pas des principes des bodhisattvas ;

aidés par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas vont au-delà de la condition d'êtres sensibles ;

enseignés par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas ne tombent pas dans le piège de ceux qui recherchent la libération individuelle ;

conduits par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas s'élèvent au-dessus du monde ;

développés par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas ne sont pas entachés par les préoccupations mondaines ;

assistés par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas deviennent vigilants et alertes dans toutes leurs pratiques ;

stimulés par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas ne cessent pas leurs entreprises ;

assistés par les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas deviennent invulnérables aux afflictions;

basés sur la puissance des bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas ne peuvent être écrasés par les démons ;

en association avec les bienfaiteurs spirituels, les bodhisattvas développent tous les éléments de l’Éveil.


Quelle est la raison pour cela ? Les bienfaiteurs spirituels sont ceux qui écartent tous les obstacles,

qui nous gardent du mal,

qui nous apprennent ce qui ne doit pas être fait,

qui nous dégagent de la folie,

qui dissipent l'ignorance,

qui brisent les liens des vues,

qui nous émancipent du tourbillon mondain,

qui coupent l'attachement au monde,

qui nous libèrent des filets des démons,

qui extraient les échardes de la souffrance,

qui nous libèrent du fourré de l'inconscience,

qui nous guident hors du désert des vues,

qui nous aident à traverser les torrents de l'existence,

qui nous extirpent de la boue du désir,

qui nous gardent des mauvais chemins,

qui nous montrent le chemin des bodhisattvas,

qui nous enjoignent à l'entreprise des bodhisattvas,

qui nous établissent dans les pratiques spirituelles,

qui nous guident sur le voie de l'omniscience,

qui clarifient l’œil de la sagesse,

qui renforcent la détermination pour l’Éveil,

qui favorisent la compassion universelle,

qui disent ce qu'est la pratique spirituelle,

qui donnent des instructions dans les voies transcendantes,

qui nous conduisent vers l'état d’Éveil,

qui transmettent la tolérance,

qui engendrent toutes les racines de bonté,

qui produisent toutes les préparations pour l’Éveil,

qui accordent toutes les vertus des bodhisattvas,

qui nous amènent en présence de tous les bouddhas,

qui montrent toutes les qualités vertueuses,

qui nous inspirent dans nos buts,

qui illuminent la voie pour qu'on perçoive la vérité,

qui nous inondent d'une multitude d'enseignements,

qui éteignent toutes les afflictions,

qui arrêtent la formation des vues

et qui nous introduisent à tous les aspects de l’Éveil.


En outre, les bienfaiteurs spirituels sont nos mères, donnant naissance à la famille des bouddhas,

ils sont nos pères, produisant de grands bénéfices,

ils sont nos nourrices, nous protégeant de toute une série de maux,

ils sont nos mentors, élucidant tous les enseignements des bodhisattvas,

ils sont nos guides, nous menant sur le chemin de la transcendance,

ils sont nos médecins, nous guérissant des maladies des afflictions morales,

ils sont comme les montagnes de l'Himalaya où poussent les herbes de la connaissance,

ils sont des guerriers héroïques, nous protégeant de tous les périls,

ils sont des passeurs qui nous transportent au travers des torrents de l'agitation mondaine,

ils sont des marins qui nous emmènent sur l'île au trésor de l'omniscience.



Donc, en pensant de cette manière, vous devriez continuer à fréquenter les bienfaiteurs spirituels,

avec un esprit comme la terre portant tous les fardeaux imperturbablement,

avec un esprit comme le diamant, avec une volonté indestructible,

avec un esprit comme une rangée de montagnes, inaccessibles à toutes les misères du monde,

avec un esprit comme un serviteur qui fait tout ce qui est ordonné,

avec un esprit comme un étudiant sérieux, suivant toutes les instructions,

avec un esprit comme un serviteur zélé qui s'adonne prestement à sa tâche,

avec un esprit comme une infirmière, jamais dépassée par les afflictions,

avec un esprit comme un valet, prenant chaque tâche avec obéissance,

avec un esprit comme un balayeur de rue, dénué de tout orgueil et de tout dédain,

avec un esprit comme la pleine lune apparaissant au bon moment,

avec un esprit comme un bon cheval évitant toute incartade,

avec un esprit comme un véhicule transportant toutes la précieuse marchandise,

avec un esprit comme un éléphant, bien dressé et docile,

avec un esprit comme une montagne, immuable et ferme,

avec un esprit comme un chien fidèle, jamais mécontent,

avec un esprit comme un jeune des basses castes, libre de l'arrogance et du narcissisme,

avec un esprit comme un taureau écorné, dépouillé de sa superbe,

avec un esprit comme un apprenti motivé, libre de toute pensée infatuée sur sa propre valeur,

avec un esprit comme un bateau, allant et venant infatigablement,

avec un esprit comme un pont, enjambant le fleuve pour conduire aux bienfaiteurs spirituels,

avec un esprit comme un bon fils se tournant toujours vers les bienfaiteurs spirituels,

avec un esprit comme un prince faisant appliquer les directives du roi spirituel.




Considérez-vous comme un malade et considérez le bienfaiteur spirituel comme un médecin, considérez ses instructions comme des remèdes et considérez la pratique comme le fait de guérir.

Considérez-vous comme un voyageur et considérez le bienfaiteur spirituel comme un guide, considérez ses instructions comme la route et considérez la pratique comme le pays de destination.

Considérez-vous comme voulant traverser l'autre rive et considérez le bienfaiteur spirituel comme un passeur, considérez ses instructions comme un gué et considérez la pratique comme la barque.

Considérez-vous comme un fermier et considérez le bienfaiteur spirituel comme l'esprit de la pluie, considérez ses instructions comme la pluie et considérez la pratique comme la maturation des cultures.

Considérez-vous comme un pauvre et considérez le bienfaiteur spirituel comme un généreux donateur, considérez ses instructions comme la richesse et considérez la pratique comme se soustraire à la pauvreté.

Considérez-vous comme un apprenti et considérez le bienfaiteur spirituel comme un mentor, considérez ses instructions comme la maîtrise de son art et considérez la pratique comme l'accomplissement de son grand œuvre.

Considérez-vous comme un soldat et considérez le bienfaiteur spirituel comme un général héroïque, considérez ses instructions comme une attaque et considérez la pratique comme la victoire sur l'ennemi.

Considérez-vous comme un marchand et considérez le bienfaiteur spirituel comme un capitaine de navire, considérez ses instructions comme un trésor et considérez la pratique comme trouver ce trésor.

Considérez-vous comme un bon fils et considérez le bienfaiteur spirituel comme des parents soucieux, considérez leurs instructions comme les affaires de famille et considérez la pratique comme la perpétuation de la famille.

Considérez-vous comme un prince et considérez le bienfaiteur spirituel comme le ministre en chef d'un roi spirituel, considérez ses instructions comme les préceptes de la royauté et considérez la pratique comme mettre le turban de la vérité, orné de la plume de la connaissance et superviser la capitale de ce souverain spirituel.



Vous devriez approcher le bienfaiteur spirituel avec ces pensées à l'esprit. Pourquoi ?

Avec cette attitude purifiée de cette manière envers le bienfaiteur spirituel, pratiquant les instructions des bienfaiteurs spirituels,

les bodhisattvas grandissent en bonté, comme des plantes, des buissons et des arbres grandissent dans les montagnes.

Ils deviennent des vaisseaux pour tous les enseignements du Bouddha comme l'océan est fait d'eau.

Ils deviennent dépositaires de toutes les vertus, comme les mers contiennent des perles.

Ils purifient la détermination pour l’Éveil, comme le feu fond l'or.

Ils s'élèvent au-dessus du monde, comme les hautes falaises surplombant les mers.

Ils ne sont pas entachés par les choses de ce monde, comme la fleur de lotus au-dessus de l'eau boueuse.

Ils rejettent les mauvaises actions, comme les océans rejettent un cadavre sur les rivages.

Ils augmentent leurs qualités comme la lune croît en luminosité dans sa phase ascendante.

Ils grandissent le nombre des vœux de bodhisattva comme des enfants grandissent grâce aux soins prodigués par les parents.




En résumé, les bodhisattvas qui ont mis les instructions des bienfaiteur spirituels en application incarnent les vertus indicibles, purifient leurs résolutions indicibles, développent les facultés d’Éveil indicibles, purifient d'indicibles pouvoirs mystiques, perfectionnent d'indicibles pouvoirs mondains, prennent le dessus sur les démons indicibles, demeurent dans la Voie par d'indicibles manières, remplissent d'indicibles voies de purification, purifient d'indicibles modes de conduite, respectent des vœux indicibles.



En somme, toutes les pratiques des bodhisattvas, toutes les perfections du bodhisattva, toutes les étapes des bodhisattvas, toutes les concentrations des bodhisattvas, toute la connaissance mystique et les pouvoir spirituel des bodhisattvas, toutes les manifestations d'emprise mentale et de pouvoir intellectuel des bodhisattvas, toute la connaissance des dédicaces et la supra-connaissance infinie des bodhisattvas, toutes les accomplissements des vœux de bodhisattvas et tous les perfections de réalisation tous les aspects de la bouddhéité, tout cela dérive des bienfaiteurs spirituels, tout cela prend racine dans les bienfaiteurs spirituels, tout cela est né des bienfaiteurs spirituels, tout cela est favorisé par les bienfaiteurs spirituels, tout cela est basé sur les bienfaiteurs spirituels, tout est causé par les bienfaiteurs spirituels, tout cela est produit par les bienfaiteurs spirituels.



Alors, Sudhana, ayant entendu parler des vertus et des qualités des bienfaiteurs spirituels ainsi que de l'infini de la pratique des bodhisattvas et de la vastitude des enseignements du Bouddha, se réjouit grandement et connut l'élévation dans l'esprit. Il adressa ses respects encore une fois au garçon Shrisambhava et la fille Shrimathi et les quitta.














NB : J'ai traduis ce passage du Gandavyuha moi-même de l'anglais à partir de la traduction de Thomas Cleary : « The Flower Ornament Scripture » (Avatamsaka Sūtra), éd. Shambhala, Boston & Londres, 1993, pp. 1448 – 1452. « Bienfaiteur spirituel » traduit le terme anglais : « spiritual benefactor ». Il est assez évident que le terme de « bienfaiteur spirituel » désigne ici le maître spirituel. Je traduis « enlightening being » par bodhisattva.


On trouvera une traduction en français de tout le « Gandavyūha-sūtra » : Patrick Carré, Soûtra de l’Entrée dans la dimension absolue, (d'après la traduction chinoise de Siksananda) aux éditions Padmakara, Plazac, France, 2018, chapitre 50b, pp. 540-544. Patrick Carré traduit les noms de Shrisambhava et Shrimati, respectivement en « Né-de-la-Gloire » et « Glorieuse ». En outre, Patrick Carré emploie le vocable de « ami de bien » pour « bienfaiteur spirituel ».



Lire le commentaire de cet extrait de soûtra : 




Lire également sur cet extrait de soûtra : 

- La garde de la vigilance (V, 102 & 103)