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mercredi 15 juillet 2026

Le dévoilement des fautes

 Le dévoilement des fautes 


Chapitre II du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva




- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)

- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)







Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil 




Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)

 

Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


8. Aux Vainqueurs et à leurs fils,

À jamais, j'offre tous mes corps.

Ô suprême héros, acceptez-moi !

Avec respect, je me fais votre serviteur.


9. Parfaitement secouru par vous,

Sans crainte dans le samsāra, j'aiderai les êtres ;

Je transcenderai mes fautes anciennes

Et n'en commettrai pas de nouvelles.







Hyun Jeung (Corée, née en 1968)






Shāntideva revendique sa confiance envers les bouddhas et les bodhisattvas en offrant « tous ses corps », c'est-à-dire tous les corps qu'il a eu, a et aura dans toutes ses existences successives. Que ces corps soient au service de l’Éveil et au bien des êtres, et non pas animés par les passions destructrices et l'ignorance. Shāntideva réitère alors le vœu du bodhisattva d'aider tous les êtres au fil des existences, sans chercher à fuir ce samsāra. Cette confiance dans ce vœu de bodhisattva permet de transcender la peur et la crainte grâce à la joie et la persévérance.


Ce vœu d'aider tous les êtres implique aussi de transcender ses fautes anciennes, car celles-ci ont toujours des conséquences dans le présent et le futur. Il faut d'abord les reconnaître, en être conscient, essayer de les réparer et les contrecarrer. Si vous avez volé, il faut par exemple veiller à se montrer généreux. Et il faut évidemment abandonner ces fautes morales, ne pas se complaire dedans, développer la ferme résolution de ne plus commettre les fautes et pratiquer le bien.




Voir les commentaires sur le premier chapitre:

Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (liens vers les autres commentaires)


Lire les autres commentaires sur le deuxième chapitre : 

- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.



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mardi 14 juillet 2026

Critiquer le guru




Hier, j'ai lu un très intéressant article sur le culte du guru (lama) dans le bouddhisme tibétain : « Du guru au guru yoga » sur le blog « Dans le sillage d'Advayavajra » (hridayartha.blogspot.com, 4 juillet 2026). L'article revient sur la notion de « guru » dans l'Inde ancienne tant dans l'hindouisme que dans le bouddhisme, puis montre l'évolution de ce concept dans le bouddhisme tantrique d'abord indien, puis tibétain. Il explique aussi toute l'importance que la pratique du guru-yoga a prise dans le bouddhisme tibétain au point de devenir un outil de soumission et d'endoctrinement qui permet de faire taire toute contestation et tout esprit critique au sein de la Sangha.


Juste une remarque préliminaire, j'emploie le mot « guru » dans son acception de la langue sanskrite en le différenciant bien du mot qu'il est devenu dans la langue française : « gourou » qui a une connotation très péjorative de quelqu'un qui embobine, manipule et profite de disciples fort crédules. En sanskrit et dans les autres langues indiennes, « guru » a un sens très positif, même si on le verra la dérive spirituelle à l’œuvre dans l'évolution du concept de « guru » n'est pas sans relation avec le concept de « gourou » propre à la langue française. Notons aussi que « guru » se traduit simplement par « lama » dans la langue tibétaine.


Pour résumer rapidement l'article (mais je vous invite à aller le lire évidemment), dans la pensée indienne, le guru a toujours été plus qu'un simple enseignant : « En analysant ses racines étymologiques, son histoire et son développement à travers les traditions spirituelles indiennes et tibétaines, on constate que sa singularité repose sur le fait que le guru n'est pas un simple transmetteur de savoir, mais l'incarnation vivante de la vérité ultime et l'agent direct de la transformation spirituelle de son disciple » (op. cit.)


Au départ, à l'époque de la rédaction des Védas du brahmanisme ancien, le guru était un prêtre-enseignant chargé de faire apprendre par cœur les Védas et les rites religieux. Dès le départ, l'élève quittait sa famille pour vivre au contact de son guru et évoluer en bénéficiant de son influence et de son expérience spirituelle.


Ensuite, à l'époque plus tardive des Upanishads, la relation avec le guru devient le moyen privilégié pour accéder à la Réalité Ultime, inaccessible aux yeux du profane. « Les textes déclarent explicitement que l'étude personnelle et solitaire des écritures est futile. Seul un maître ayant la connaissance expérimentale de la vérité peut montrer la voie. Le mot Upanishad lui-même signifie littéralement "s'asseoir près de", soulignant cette indispensable proximité physique et spirituelle avec le maître » (op. cit.) On progresse spirituellement au côté d'un maître qui est lui-même réalisé la Réalité Ultime du fait qu'il a y a été introduit par un autre maître.

Il me semble qu'il y a déjà là un problème considérable : que se passe-t-il si le guru chargé de nous ouvrir à la conscience de la Réalité Absolue n'a en fait pas réalisé cette Réalité Absolue ? Que fait-on s'il a seulement entrevu cette Réalité Ultime, mais est retombé dans son ignorance, s'est fourvoyé dans l’orgueil d'être un maître et abuse de son pouvoir ? Rien que là, on a un problème que les textes spirituels n'ont pas trop cherché à questionner, alors qu'il est pourtant essentiel. Les textes se contentant d'évoquer la situation idéale d'un guru idéal transmettant de manière idéale son Satcitananda (Être-Conscience-Félicité) à un disciple idéal qui ira jusqu'au bout du parcours.


Au fil des siècles, le rôle du guru va évolué grandement, notamment du fait des mouvements centré sur la Bhakti, la dévotion, l'amour de Dieu, mais aussi du Tantra que l'on retrouve tant dans l'hindouisme que dans le bouddhisme. « Le guru cesse d'être un représentant ou un intermédiaire pour devenir la divinité elle-même incarnée » (op. cit.)


Dans le cas du bouddhisme tantrique, cela signifie qu'il faut voir le guru, le lama, non pas comme quelqu'un qui enseigne le message du Bouddha, mais comme le Bouddha lui-même, voire plus important que le Bouddha parce que le Bouddha est lointain tant dans l'espace que le temps : il a vécu il y a longtemps, loin d'ici ; alors que le guru est en chair et en os devant vous. « Le guru n'est plus seulement un enseignant, il devient le hiérophante exclusif des tantras bouddhiques, appelé ācārya ou vajrācārya (maître adamantin). Cette transmission initiatique s'inspire du sacre des souverains indiens et instaure un lien indestructible (s.  samaya) qui confirme la supériorité du guru sur le disciple et l'inscrit dans un système de dévotion de nature féodale » (op. cit.).


Dans les textes tantriques indiens du XIème – XIIème siècles, on observe un glissement très net : « Auparavant, les pratiques préliminaires tantriques étaient principalement orientées vers la vénération des déités ou des bouddhas cosmiques. Des maîtres indiens commencent alors à placer le guru au centre du culte » (op. cit.) On place le guru au centre des mandalas visualisés, et tout cela prépare la pratique du guruyoga qui va devenir très en vogue au Tibet. « Le développement du Guruyoga au Tibet a répondu au besoin d'asseoir l'autorité des fondateurs des nouvelles écoles tibétaines (les lignées Kagyu, Sakya et Kadam). Ces fondateurs étaient souvent des lamas laïcs (tels que Marpa, Dromtönpa ou Sachen) qui incarnaient les nouvelles lignées venues d'Inde. Le Guruyoga a permis de consolider le statut de ces lamas locaux en les élevant au rang de bouddhas vivants, justifiant ainsi leur place au sommet de la hiérarchie institutionnelle » (op. cit.).


On a donc là un système de guruyoya qui permet de cautionner et renforcer un pouvoir féodal sur une communauté spirituelle avec tout ce que cela peut comporter d'abus de pouvoir et de vexation. L'histoire de la relation « spirituelle » entre Tilopa et Naropa est très emblématique de cette perversion : Tilopa commandait à Naropa de faire des choses ignobles et absurdes comme voler des choses au village. Cela entraînait des conséquences terribles pour Naropa : il se fait tabasser à mort par les villageois. Tilopa faisait régulièrement preuve de maltraitance à son encontre, en le tapant à coup de sandales notamment. La scène est restée célèbre car toute cette « folle sagesse » aurait « éveillé » soudainement Naropa et l'aurait initié au mahāmudrā, le Grand Sceau ou Grand Symbole, méditation suprême dans le bouddhisme tantrique.


Il se trouve toute une lignée d'abrutis, tant Tibétains qu'Occidentaux pour cautionner une telle stupidité. Dans les derniers en date, vous avez le livre « Jeu d'illusions » de Chögyam Trungpa, lui-même gourou maltraitant et délirant, ou encore « La pratique de l'éveil de Tilopa à Trungpa » de Fabrice Midal. Les justifications habituelles de cette maltraitance planifiée et organisée disent qu'il faut « briser l'ego ». S'ils avaient étudié un tant soit peu la doctrine du Bouddha, ils auraient su que le « je », l'égo est une illusion. On ne peut pas détruire une illusion : lancer mille missiles sur un mirage dans le désert ne détruira pas le mirage, puisqu'il n'est qu'un jeu de lumière. Ce qu'il faut faire, c'est observer minutieusement le « je » pour en comprendre le caractère illusoire, cela se fait dans le calme et la sérénité de la méditation. Pas en se faisant tabasser !


Ils invoquent aussi le fait de « briser le cadre conceptuel » : là encore, c'est très problématique. On détruit la pensée même du Bouddha et la distinction entre ce qui est louable, ce qui doit être accompli et ce qui est condamnable, ce qui doit être évité. On pourrait me dire qu'il ne faut pas s'attacher au cadre conceptuel du Dharma, mais cela le Bouddha l'a lui-même expliqué avec sa parabole du radeau qui est utile pour traverser un fleuve, mais qu'on abandonne cette tâche accomplie. L'approche du Bouddha est beaucoup plus douce et pertinente que les crapuleries de Tilopa à l'encontre de Naropa.


Pourtant, cette relation de « maître » à « disciple » est devenu un modèle dans le bouddhisme tibétain. En témoigne ces lignes dans le « Chemin de la Grande Perfection » de Dza Patrül Rimpotché (maître du XIXème siècle) : « De façon analogue, le grand pandit Nāropa supporta d'incommensurables épreuves alors qu’il suivait Tilopa. Comme nous l'avons vu plus haut. Nāropa rencontra Tilopa, lequel avait l’allure d’un mendiant, et lui demanda de l’accepter comme disciple. Tilopa accepta. Il l'emmena partout avec lui, mais de Dharma, il ne parla point.” [...] Les vingt-quatre épreuves du grand pandit Nāropa étaient des moyens d’éliminer ses voiles, car en fait il s'agissait des instructions de son maître. Ces actions, en elles-mêmes, étaient absurdes et n’avaient rien à voir avec le Dharma. Le maître n’avait pas prononcé une seule parole d’enseignement et le disciple n'avait fait aucune pratique, pas même une prosternation. Cependant, dès lors qu’il eut rencontré un maître accompli, au mépris des difficultés il obéit à tous ses ordres. Grâce à cela, il put éliminer ses voiles et en lui la réalisation se fit jour.
Il n’est donc pas de pratique du Dharma qui dépasse l’obéissance à son maître, et ses bienfaits sont à ce point immenses. En revanche, lui désobéir, ne serait-ce que légèrement, c’est commettre une faute extrêmement grave
 »(éd. Padmakara, 1997, p. 204).


À la même époque que Dza Patrül, Jamgon Kongtrül faisait l'apologie d'une adhésion inconditionnelle au guru : « Selon Jamgon Kongtrül, l'attitude fondamentale qu'un disciple doit adopter envers son guru est une dévotion et une révérence absolues, fondées sur une "vision pure" inébranlable. Bien qu'il soit prescrit d'examiner attentivement les qualités d'un maître avant de lui demander des enseignements, une fois la connexion établie par une instruction ou une initiation, le disciple ne doit plus jamais se détourner de lui, le calomnier ou scruter ses défauts, et ce même si le maître enfreint ouvertement les règles morales les plus fondamentales. Face à ce que l'on pourrait percevoir comme des défauts ou des transgressions chez le guru, Kongtrül exige une inversion radicale de perspective. Voir des défauts chez son maître spirituel (ou chez les autres pratiquants) est considéré comme le signe d'une perception impure et la preuve que l'on est sous l'emprise de Māra (le démon de l'illusion). Kongtrül utilise l'analogie du miroir. Voir les autres, notamment son guru, comme mauvais revient simplement à voir le reflet de son propre visage sale, c'est-à-dire l'impureté de son propre karma. Il ajoute qu'en notre époque dégénérée (fin XIXème siècle), même si l'on rencontrait un guru parfait, notre perception souillée nous ferait prendre ses qualités pour des défauts, tout comme Devadatta (le cousin jaloux) ne voyait que des défauts chez le Bouddha » (Dans le sillage d'Advayavajra, 4 juillet 2026, op. cit.)


La perception pure dans le tantrisme est un concept intéressant, mais on le voit ici, qui est très souvent dévoyé. Qu'est-ce que la perception pure ? C'est un changement de perspective sur le réel et les êtres. Tous les êtres sensibles ont la nature de Bouddha, nous disent les textes philosophiques du Grand Véhicule. Tous les êtres ont le potentiel de s'éveiller. En sanskrit, la formulation est ambivalente, on peut traduire aussi : « tous les êtres sensibles SONT la nature de Bouddha ». Le tantrisme nous invite à voir les personnes comme si elles étaient déjà des bouddhas. Tout est dès lors réinterprété à l'aune de cette considération : s'ils vous volent par exemple, c'est pour vous entraîner à cultiver le détachement.


Mais cette perception pure n'est intéressante que si vous ne devenez pas complètement sot et que vous retourniez à votre perception ordinaire pour garder un minimum de bon sens dans l'existence ! Or ce que les lamas tibétains incitent à faire, c'est abdiquer complètement son bon sens et son esprit critique envers un pervers narcissique, ivre de pouvoir qui pense que tous les méfaits, injures, coups et agressions sexuelles qu'il commet sont des actes dignes d'un grand Bouddha inspiré par la « folle sagesse », alors que ce ne sont qu'autant de crimes passibles de longues années de prison !


Sogyal Rimpotché a été un de ces nombreux malfaiteurs qui revendiquaient le titre de maître du Dharma. Il a injurié et harcelé ses disciples, il a commis un grand nombre d'agressions sexuelles et extorqué de l'argent à sa communauté. Il a été protégé pendant des années par les autorités du bouddhisme tibétain, puis est finalement tombé en disgrâce après des décennies de crimes et d’ignominies. Mais pour autant à sa mort, les lamas tibétains ont encouragé les disciples de Sogyal Rimpotché à purifier non pas leurs fautes d'avoir passé sous silence ses méfaits ou de les avoir franchement couverts, mais purifier leur manque de dévotion et leurs doutes envers leur guru. Il faut vénérer Sogyal quand bien même on connaît parfaitement ses méfaits. Ainsi Orgyen Topgyal leur avait écrit : « Ce que je veux dire aux étudiants de Rigpa est ceci : s'il vous plaît, ne brisez pas plus aucun de vos samayas (vœux tantriques). Si un étudiant brise son samaya, c'est très préjudiciable pour la vie du maître. Je vous enjoint donc à pratiquer le Narak Kong Shak et le cœur de Vajrasattva (rituels et mantras de purification) autant que possible. Je me sens très concerné par la vie et le futur de Sogyal Rimpotché » (Page facebook de Sogyal Rimpotché, 28/9/2017 alors que Sogyal était mourant). On constate qu'Orgyen Topgyal ne se préoccupe pas une seconde des victimes de Sogyal Rimpotché. Pas un soupçon de compassion, pas un moment d'empathie.


Que faire alors face à cette idéologie malsaine ? Revenir à la base. Le maître essentiel dans le bouddhisme est le Bouddha. (Je trouve fou de devoir préciser cela!) Les doctrines du Grand Véhicule et le tantrisme sont acceptables, mais elles ne doivent jamais éclipser le message de base du Bouddha Shakyamuni que l'on retrouve dans le canon pâli. Vous avez plus besoin d'un ami spirituel que d'un maître spirituel. Cet ami spirituel est là pour aider, pas pour vous enfoncer ! Il doit vous enseigner le Dharma et idéalement un exemple et un modèle pour tous les pratiquants du Dharma, notamment en faisant preuve de compassion, de douceur et en ne tabassant pas ses disciples ! S'il fait preuve de sévérité, c'est pour appeler à la discipline nécessaire au progrès spirituel, pas pour renforcer son pouvoir personnel.


Aux pratiquants du bouddhisme tibétain, je dis de ne pas mettre une hiérarchie problématique dans les textes sacrés et d'arrêter de mettre notamment des textes tantriques obscurs au-dessus des soûtras du Bouddha. Personnellement, je considère les Dharma comme une cible : le petit cercle du milieu est le « Petit Véhicule ». Si vous n'êtes pas capables de viser suffisamment juste, notamment parce que vous n'êtes pas capables de faire preuve de détachement, vous avez le deuxième cercle avec le Grand Véhicule. Et si vous n'y arrivez encore pas, vous avez le cercle plus grand du tantra qui permet de récupérer les adeptes les plus minables. Ce faisant, vous arrêtez de tomber dans l'orgueil de vous croire supérieur parce que vous avez lu un texte de l'Anuttara Yoga Tantra que vous n'avez en réalité pas vraiment compris !


Aux pratiquants du bouddhisme tibétain, je dis d'arrêter de croire à un Tibet imaginaire, plein de merveilleux, où tout ce que ferait les Tibétains serait de l'ordre du sacré et du spirituel. Le Tibet n'est pas Shangri-la, le Tibet n'est pas Shambhala. Et le bouddhisme au Tibet fait l'objet de luttes de pouvoir féroce, et beaucoup de principes spirituels y sont détournés pour justifier la propagande politique. Je pense notamment au guruyoga qui vient renforcer le pouvoir féodal des lamas.



Frédéric Leblanc, Vaucluse, 15 juilet 2026












Arbre du refuge de la lignée des lamas Karma Kagyu - Sherab Palden Beru,






Lire également :


L'affaire Sogyal (réflexion sur comment les abus de pouvoir peuvent être commis au sein du bouddhisme tibétain)



- Errances dans le bouddhisme tibétain



Une dictature bienveillante (critique du livre du lama Dzongzar Djamyang où celui-ci défend l'obéissance aveugle au lama, même si ce dernier a un comportement critiquable et répugnant)


- Le maître spirituel


- Maître et disciple selon Dza Patrül Rimpotché










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samedi 11 juillet 2026

Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)

 

Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


1. Afin de saisir cette précieuse pensée,

Aux Ainsi-Allés,

Au sublime Dharma, joyau immaculé,

Aux fils des Vainqueurs, océans d'excellence,


2. J'offre toutes les fleurs et les fruits,

Toutes les formes de remèdes,

Tous les gemmes de l'univers

Et les eaux pures et délicieuses,


3. Les montagnes faites de pierres précieuses,

Et de même, les bois, les solitudes plaisantes,

Les arbres célestes aux parures de fleurs

Et les arbres dont les branches ploient sous le poids des fruits ;


4. Les parfums des mondes divins,

Les encens, les arbres à souhaits

Et les arbres de pierreries, les moissons non cultivées

Et tous les autres ornements digne d'être offerts ;


5. Les lacs et les bassins de lotus

Agrémentés du chant des cygnes ;

Toutes les choses qui n'appartiennent à personne

Dans les limites des sphères de l'espace immense ;


6. Les créant toutes en esprit,

Je les offre aux Vainqueurs, ces êtres suprêmes, et à leurs Fils.

Ô Grands Compatissants, sublimes objets d'offrandes,

Pensez à moi avec amour et acceptez-les !


7. Dénués de mérite, je suis très pauvre

Et n'ai rien d'autre à offrir.

Ô Protecteurs qui pensez au bien d'autrui,

Par votre puissance, acceptez ceci pour mon bien !



Shāntideva






Michael Fry






Afin de faire croître et fructifier l'esprit d’Éveil ou bodhicitta, Shāntideva fait des offrandes en pensées aux bouddhas et aux bodhisattvas : il s'agit de visualiser toutes sortes de richesses, de domaines et d'ornements et les offrir à tous les êtres éveillés. Bien sûr, ce n'est pas un don réel, et cela n'a pas d'impact direct sur le monde réel comme quelqu'un qui rêve de ce qu'il fera quand il aura gagné au loto. Mais justement, celui qui jouit dans ses rêves de richesses imaginaires payés avec le pactole imaginaire d'un gain imaginaire au loto cultive une obsession bien réelle cette fois-ci pour son intérêt personnel : « Qu'est-ce que je ferai si j'étais riche ? Comment est-ce que je profiterai de tout cet argent ? » Le rêveur du loto oriente insidieusement sa pensée vers l'égoïsme et la recherche du profit pour soi-même.

Ici, au contraire, les richesses imaginées ne sont pas pour le profit de nous-mêmes, mais pour le profit d'êtres qui ont dépassé l'égoïsme et rayonnent de bienveillance envers tous les êtres sensibles. Les richesses imaginées vont au service de l’Éveil et de sa propagation qui sera favorable au bien des êtres.


Il s'agit d'apporter aux bouddhas des biens qui se distinguent tant par leur beauté que par leur utilité ou la satisfaction comme des fleurs ou des fruits. Shāntideva veut aussi offrir « toutes les formes de remède » : on reconnaît là encore l'extinction de la souffrance comme but essentiel de la doctrine du Bouddha. Offrir « les bois, les solitudes plaisantes », on voit aussi la prédilection et l'intérêt pour les endroits calmes, propices à la méditation.


Offrir aussi les espaces, les lieux, les endroits, les domaines aux bouddhas pour que ceux-ci y puissent faire rayonner leur influence est aussi essentiel. Régulièrement, quand je me promène, j'offre aux bouddhas le paysage en récitant intérieurement la formule : « J'offre ce lieu, ce paysage au Bouddhas. Puisse ce lieu, ce paysage devenir un champ d’Éveil pour le profit de tous les êtres ».













Voir les commentaires sur le premier chapitre:

Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (liens vers les autres commentaires)


Lire les commentaires du deuxième chapitre: 

- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)



Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




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mardi 7 juillet 2026

Les bienfaits de l'esprit d'Éveil (I, 34, 35 & 36)

 

Les bienfaits de l'esprit d'Éveil (I, 34, 35 & 36)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


34. Le Vainqueur a déclaré que quiconque entretient des pensées malveillantes

À l'endroit d'un bienfaiteur tel le Fils des Vainqueurs

Demeurera dans les enfers pour autant d'ères cosmiques

Qu'il a formé de mauvaises pensées.


35. Mais qu'il développe (à son égard) une attitude d'esprit salutaire,

Et les fruits en seront plus grands encore.

Même souffrant atrocement les Fils des Vainqueurs n'engendrent pas de fautes

Et leurs vertus s'accroissent naturellement.


36. Je m'incline devant le corps de celui

En lequel cette précieuse et sublime aspiration est née ;

Je prends refuge en cette source de joie

Qui amène au bonheur ceux-là mêmes qui lui nuisent.


Shāntideva




Avoir des pensées malveillantes à l'égard des bouddhas et des bodhisattvas est certainement une chose excessivement néfaste. Les conséquences karmiques peuvent être désastreuses pour ceux qui se complaisent à répandre la haine envers les personnes éveillées : cela peut nous conduire vers des chemins sombres pleins de terreurs et d'ignorance pendant des temps considérablement longs ; Shāntideva parle de kalpas, le temps que dure un univers, soit des milliards et milliards d'années.


Pour autant, le contraire, entretenir des pensées bienveillantes à l'égard des bouddhas et des bodhisattvas apportent plus de bienfaits que nourrir des pensées malveillantes n'apportent de méfaits. Pourquoi cela ? Simplement parce que les bouddhas et les bodhisattvas, Vainqueurs et fils des Vainqueurs, trouvant leur énergie dans l'esprit d’Éveil – bodhicitta – cultivent la patience et l'amour bienveillant, même quand ils sont directement confrontés à la haine et à la volonté de nuire. Même face à une personne qui cherche à nuire, le bodhisattva souhaite ardemment le bonheur de cette personne malveillante, et il souhaite sa libération de tous les affects négatifs comme de l'ignorance. N'engendrant pas de fautes morales comme une volonté de vengeance ou de représailles, leurs vertus s'accroissent naturellement, et la force de malveillance est amoindrie par la force de cette patience et cet amour bienveillant.



*****




Voilà pour le premier chapitre du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva sur les bienfaits de l'esprit d’Éveil. L'intérêt de cet esprit d’Éveil, c'est justement d'inviter le pratiquant bouddhiste à élargir le cercle de sa compassion. Nous avons une certaine tendance à chercher le bonheur ou l'intérêt des gens qui nous sont chers ou qui font partie de notre « camp », que ce camp soit notre famille, notre groupe d'amis, notre pays, notre religion. L'esprit d’Éveil fait éclater les frontières entre ceux qui bénéficient de notre compassion et ceux qui n'en bénéficient, voire qui attisent notre hostilité. L'esprit d’Éveil suggère que tous les êtres sensibles sont susceptibles de bénéficier de cette bienveillance et de cette compassion, et qu'on peut souhaiter la libération pour chacun d'entre eux, qu'ils soient proches ou lointains, voire très très lointains, comme des êtres évoluant quelque part loin dans d'autres galaxies.


À la suite de Shāntideva, je ne peux que vous souhaiter de développer cet esprit d’Éveil, cette bodhicitta encore et encore, le plus souvent possible et dans toutes les occasions : en méditation bien entendu, quand vous prenez refuge, quand vous récitez les soûtras du Bouddha, quand vous entonnez une prière de souhait ; quand vous étudiez le Dharma, mais aussi quand vous marchez dans la rue, quand vous êtes dans le bus, quand vous faites du sport ou quand vous êtes au travail. Il n'est pas besoin d'être très démonstratif : une simple pensée pour revenir à l'esprit d’Éveil suffit, un simple moment de bénédiction dans notre for intérieur. Cela peut être une pensée abstraite comme le souhait que tous les êtres de l'univers soient libérés, mais cela peut être aussi plus concret comme quand on croise un inconnu dans la rue et qu'on lui souhaite de bénéficier de toutes les qualités de l’Éveil, et que cet Éveil se manifeste comme un feu d'artifice de lumières qui viendraient toucher les êtres dans les toutes les directions, eux-mêmes produisant ce feu d'artifice de lumières spirituelles propageant l’Éveil dans toutes les directions.


Puissiez-vous ne jamais être séparé de cet esprit d’Éveil et faire en sorte de toujours fortifier l'esprit d’Éveil déjà présent dans votre conscience pour le bien de tous les êtres dans l'univers !









Statue du Bouddha à Prasat Nakhon Luang, Ayutt, Thaïlande.








Liens des autres commentaires :


- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 1 à 3)

- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 4)

- Les bienfaits de l'Esprit d'Eveil (I, 5)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,6)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,7)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I,8)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 9, 10 & 11)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 12)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 13-14)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 15-16)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 17)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 18, 19 & 20)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 21, 22 & 23)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 24, 25 & 26)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 27)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 28, 28 & 30)

- Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (I, 31, 32 & 33)



Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil (liens vers les autres commentaires)





Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




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vendredi 3 juillet 2026

Analyse du je et des phénomènes

 



Le Traité du Milieu

Nāgārjuna





Chapitre XVIII : Analyse du je et des phénomènes



1. Si le je était les agrégats,

Il serait sujet à la production et à la destruction.

S'il était autre que les agrégats,

Il n'aurait pas le caractère des agrégats.



2. Si un « je » n'existe pas,

Comment un mien existerait-il ?

Puisque je et mien sont apaisés,

Les conceptions de « je » et de « mien » sont anéanties.



3. Celui qui est sans appréhension d'un « je » et d'un « mien »

N'est pas non plus existant.

Celui qui voit l'absence d'appréhension d'un « je » et d'un « mien »

Ne voit pas.



4. Lorsque est détruite l'idée du je et du mien

Relativement à l'interne et à l'externe,

L'appropriation prend fin,

Et, avec sa destruction, la naissance est détruite.



5. La libération a lieu par l'élimination des actes et des passions ;

Les actes et les passions proviennent des imaginations,

Les imaginations proviennent de la pensée discursive.

La pensée discursive est arrêtée par la vacuité.



6. Les Bouddhas ont mentionné : « Le je existe »,

Ils ont aussi enseigné : « Le je n'existe pas » ;

Mais ils ont encore proclamé

Que n'existe ni je, ni non-je.



7. L'objet d'expression disparaît

En se détournant du domaine de la pensée.

Non-produite, non-détruite,

La nature des choses est comme le Nirvāna.



8. Tout est vrai, non-vrai,

Vrai et non-vrai,

Ni vrai, ni non-vrai ;

Tel est l'enseignement des Bouddhas.



9. Non-connue par l'intermédiaire d'autrui, apaisée,

Non-élaborée par la pensée discursive,

Non-conceptuelle, sans diversité,

Tels sont les caractères de l'ainsité.



10. Ce qui apparaît en dépendance d'une chose,

Cela n'est pas cette chose

Et n'est pas non plus différent d'elle.

Par suite, il n'y a ni annihilation, ni permanence.



11. Ni identité, ni diversité,

Ni anéantissement, ni permanence,

Tel est le nectar de l'enseignement

Des Bouddhas, protecteurs du monde.



12. Que les Bouddhas n'apparaissent pas

Et que les Auditeurs aient disparu,

La sagesse fondamentale des Bouddhas-par-eux-mêmes

Se produit en l'absence de soutien.













Gonkar Gyatso - Buddha in Our Times










Liens vers les différents chapitres du "Traité du Milieu



- Chapitre XII : Analyse de la souffrance

- Chapitre XIII : Analyse des formations

- Chapitre XIV : Analyse du contact

- Chapitre XV: L'analyse de la nature propre

- Chapitre XVI : L'analyse de l'asservissement et de la libération

- Chapitre XVII : L'analyse de l'acte













Nāgārjuna, Mūlamadhyamakakārikā, (Stances-racines de l'Ecole du Milieu), plus simplement appelé Madhyamaka shastra, le Traité du Milieu, chapitre 1. Nāgārjuna, Traité du Milieu (avec un commentaire d'après Tsongkhapa Losang Drakpa et Choné Drakpa Chédrub), traduit par Georges Driessens, éd. du Seuil, Paris, 1995.