Pages

dimanche 10 mai 2026

Tu sais que tu es un être humain.



Tu sais que tu es un être humain.

Est-ce que tu le sais ou l'ignores ?

Ce sourire, il n'est qu'à toi.

Ce tourment, il n'est qu'à toi.

Ces yeux : personne d'autre ne les a.


Demain, tu seras parti.

Demain, sur cette terre bénie,

D'autres courront et riront.

D'autres ressentiront et aimeront,

Les bons comme les mauvais.


Aujourd'hui, le monde t'appartient :

Forêts et collines, vallées profondes.

Il est si urgent de vivre, dépêche-toi !

Il est si urgent d'aimer, dépêche-toi !


Parce que, sur cette terre, tu es un être humain,

Et que tu le veuilles ou non,

Ce sourire, il n'est qu'à toi.

Ce tourment, il n'est qu'à toi.

Ces yeux : personne d'autre ne les a.


Vassyl Andriiovytch Symonenko







Olivier Blum, La Reid (en Belgique)









J'ai découvert ce poème pas plus tard que hier, et je dois dire qu'il me plaît beaucoup. Je connaissais pas du tout l'auteur : Vassyl Symonenko (1935 - 1963). Wikipedia m'a appris qu'il était Ukrainien, qu'il était un dissident dans l'Union Soviétique, et qu'il est décédé à 28 ans, tabassé à mort par une milice locale parce qu'il déplaisait au régime communiste.


J'aime cette idée de se réapproprier notre subjectivité, notre intimité, la façon dont nous ressentons le monde et la vie, qui n'appartient qu'à nous, dans un monde où on ne cesse d'objectiver les êtres humains, de les réduire cyniquement à des statistiques, des quotas, des estimations.


J'aime aussi le rappel de cette urgence de vivre et d'aimer. La vie est fragile, et le temps est comme une avalanche qui, très bientôt, fera tout disparaître, et qui, dès lors, rend absurde les activités obsédantes fondées sur l'agression, la cupidité et le déni de l'autre.


J'aime aussi l'idée que cette subjectivité nous échappe, qu'elle anime spontanément tous les êtres doués de sensibilité, pas seulement ceux qui sont dignes de conscience et considération, mais les bons comme les mauvais. Chacun habite le monde, chacun ressent la vie, chacun traverse son destin d'une manière ou d'une autre. Chacun a le droit au forêt et aux collines ainsi qu'aux vallées profondes.










Stefan Wasser, Vallée de l'Ourthe et château de Fy dans la brume,
vus de la Roche-aux-Faucons



Lirer aussi : 


- C'est beaucoup, et c'est l'ombre d'un rêve


- Sensation (Arthur Rimbaud)


- Joie 


- Sans savoir pourquoi (Sōseki Natsume)








- La craquelure du pain (Marc Aurèle)







- Forêt, prairie et rivière (Merleau-Ponty)





Vassyl Symonenko (1935 - 1963)






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire