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jeudi 16 avril 2020

S'établir dans le monde




Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce que l'on peut pour y paraître établi.

François de la Rochefoucauld, maxime 56 des « Réflexions ou Sentences et maximes morales de monsieur de la Rochefoucauld » (1678).








Ferdinand d’Autriche (1609-1641)
 Le tableau est attribué à Pierre-Paul Rubens, mais certains l'attribuent à Diego Vélasquez.





Avant Balzac, la Rochefoucauld avait vu que la société n'est qu'une vaste comédie humaine. On cherche par tous les moyens à y « trouver sa place » et, pour trouver cette place, il faut donner toutes les apparences d'avoir trouvé cette place. C'est comme si un comédien devait endosser le déguisement d'Arlequin pour être engagé dans la troupe de théâtre qui va produire un spectacle avec Arlequin. Cela n'a pas beaucoup de sens : en réalité, votre place est d'être là où êtes, ici et maintenant. Et votre place dans la société n'est qu'une fonction qui vous occupe, mais qui n'est fondamentalement pas vous.


Cela me fait penser au film « American Beauty » de Sam Mendès (1999). Il y a cet agent immobiler prétentieux et ambitieux qui se fait appeler le « roi de l'immobilier ». Plus rien n'allait plus dans son couple, mais il ne voulait rien en montrer. Il dit alors à Caroline Burnham (la femme de Lester) : « Pour réussir, il faut donner l'image de la réussite ». Tout cela me paraît très vite, comme le gars qui fait tourner très vite une torche enflammée en rond la nuit pour faire croire qu'il y a là un cercle. L'accoutrement, les postures et le langage font de vous quelqu'un qui réussit. L'apparence crée la réalité. Ou pas. Combien de gens ne s'acharnent pas à donner tous les signes de la réussite et s'enfoncent dans l'échec ? Et tout le discours de la société sera de dire que c'est votre faute, que vous n'avez pas fourni assez d'effort, pas assez travaillé ou que vous n'avez pas suivi le bon coach, la bonne formation. Tristesse et solitude d'une société fondée sur les apparences et l'égoïsme...



mercredi 15 avril 2020

Les maux présents





La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir. Mais les maux présents triomphent d'elle.

François de la Rochefoucauld, maxime 22 des « Réflexions ou Sentences et maximes morales de monsieur de la Rochefoucauld » (1678).


lundi 13 avril 2020

Altruisme intéressé et altruisme désintéressé - 2ème partie




Altruisme intéressé et altruisme désintéressé


2ème partie





Je pense donc qu'il faut encourager les gens de bien à développer le plus possible l'altruisme, mais aussi à prendre conscience du pouvoir de notre ego et à se libérer le plus possible de celui-ci, ce qui revient à dire : à se transformer soi-même encore et encore, tout au long de sa vie pour tendre vers l'altruisme désintéressé. Néanmoins, je pense qu'il faut garder aussi conscience qu'on vit en société. L'altruisme désintéressé est une très belle chose, mais il ne faut pas oublier dans un excès d'idéalisme qu'il y a des gens égoïstes qui sont prêt à manipuler les personnes serviables pour les mettre à leur service.


Si je veux être très schématique, dans la société, il y a globalement trois types de personnes : des gens qui prennent, des gens qui donnent et enfin la catégorie intermédiaire des gens qui donnent et qui prennent avec un sens pointilleux de légalité et de la justice : « Je veux bien te donner pour autant que tu me rendes une quantité équivalente de services et de biens ». Je n'ai pas fait d'études sociologiques ou anthropologiques pour étayer mes dires, mais il me semble bien que cette catégorie intermédiaire des gens qui donnent et prennent est la plus représentée dans la société, et de loin. Les gens qui prennent tout sans rien donner en retour est vue avec méfiance par cette catégorie intermédiaire et à juste titre : des gens qui sont toujours à demander des choses « pour dépanner » et à toujours à réclamer notre aide, mais qui sont aux abonnés absents dès que nous sommes dans le besoin, ce ne sont pas là des amis très fiables.

Altruisme intéressé et altruisme désintéressé - 1ère partie




Altruisme intéressé et altruisme désintéressé

1ère partie



Aujourd'hui, j'ai relu le « Plaidoyer pour l'Altruisme » de Matthieu Ricard, et plus particulièrement les chapitres sur l'altruisme intéressé et l'altruisme désintéressé1. Je voudrais ici me pencher sur ces deux chapitres, car ceux-ci soulèvent de très anciennes questions de la philosophie : fait-on le bien avec une motivation pure, désintéressée ? Ou a-t-on toujours une idée derrière la tête quand on accomplit ce bien, une idée d'intérêt et d'égoïsme caché ? Un acte altruiste intéressé est-il réellement de l'altruisme ? Voire relève-t-il de la simple morale ? Ces questions ont hanté la philosophie occidentale, et plus particulièrement la figure d'Emmanuel Kant. Mais on les retrouve également dans la philosophie bouddhique : dans les grandes lignes, l'Arahant dans la Voie des Anciens réalise la libération pour lui-même tandis que le bodhisattva du Grand Véhicule cherche l’Éveil avant tout pour le bien des autres et œuvre à ce que tous les êtres sensibles soient libérés.

mardi 7 avril 2020

Médecins qui crient au loup




Médecins qui crient au loup




Le mercredi premier avril sur les ondes d'Europe 1 1, la médecin et présentatrice d'émissions sur la santé, Marina Carrère d'Encausse a admis que le discours sur l'inutilité des masques dans le contexte de la pandémie de coronavirus était purement et simplement un mensonge. Mais attention pas n'importe quel type de mensonge, un mensonge « pour la bonne cause » (sic!). Pour Marina Carrère d'Encausse, cette fake news a été dit « sciemment, mais parce qu'il n'y avait pas tellement d'autres solutions. Et c'était pour une bonne cause puisque c'était pour le personnel soignant, pour protéger la population et le personnel soignant. À l'époque, on a priorisé. Comme effectivement on avait pas assez de masques, là-dessus on ne peut pas dire le contraire, on a tout fait pour les réserver à ceux qui en avaient le plus besoin, c'est-à-dire le personnel soignant. On a dit cela pour que la population ne se rue pas dans les pharmacies pour acheter des masques. Est-ce que là il aurait fallu dire exactement la vérité ? Dans ce cas-là, le personnel soignant aurait eu encore moins de masques. Donc moi je trouve que ce genre de mensonge peut tout à fait être compris et s'excuser ».


Nous avons plusieurs problèmes avec ce genre d'affirmation.


1°) Les gens sont considérés dans leur globalité comme des abrutis. Nous sommes tous trop cons pour comprendre le discours simple de la vérité qui aurait consisté à dire : « Oui, mesdames, messieurs, les masques sont utiles ; mais nous sommes actuellement en pénurie de masque, et il nous faut donc rationner les masques pour les donner en priorité aux malades et au personnel soignant qui en a le plus besoin puisqu'ils sont en première ligne dans cette guerre contre le coronavirus ». On était trop bête pour comprendre cela tout comme nous étions trop bête pour comprendre comment mettre correctement un masque. Espérons que nous aurons très bientôt un sursaut d'intelligence, nous les simples d'esprit, nous les gens qui ne sont rien.


2°) Les gens sont considérés dans leur globalité comme intrinsèquement mauvais. Si on connaissait la vérité, on se serait rué en masse sur les pharmacies pour les piller et les vandaliser. Bien sûr, il y a des inciviques qui ne respectent rien. Bien sûr, il y a des inconscients qui continuent à faire la fête et qui ne tiennent pas compte du confinement. Bien sûr, il y a des crapules qui volent des masques et des médicaments. Bien sûr, il y a des lâches qui refusent de vivre en cohabitation avec des infirmiers et des infirmières de peur d'être contaminés. Les médias nous rappellent tous les jours que ces gens existent. Seulement, ce sont là le fait d'une minorité. L'immense majorité des gens respectent le confinement. Si vous ne me croyez pas, prenez votre voiture et faites le tour de la ville. Vous verrez des rues désertes, des artères, normalement embouteillées, où il n'y a quasiment pas de circulation. Pourquoi cela ? Parce que l'immense majorité de la population respecte et comprend les règles instaurées pour enrayer la progression de la pandémie !

dimanche 5 avril 2020

L'utilité des masques





Je viens de regarder l'émission spéciale conjointe d'Envoyé Spécial et de Complément d'Enquête : « Coronavirus : état d'urgence » (2 avril 2020). Il y a beaucoup de choses qui m'ont choqué dedans : la pénurie de masque depuis plusieurs années et les travailleurs qui travaillent sans masque et sans protection, la lenteur dans la réaction à la crise, l'absence programmée de tests alors que des laboratoires vétérinaires habitués aux tests de masse avaient proposé de les accomplir et qui ont refusé par l'administration pour des questions purement administratives, le maintien des élections municipales, etc... Mais je voudrais réagir à un point en particulier, c'est l'interview du médecin Rémi Salomon, haut responsable des hôpitaux de Paris, après une heure d'émission. Celui-ci dans la droite ligne des autorités sanitaires et politiques européennes et américaines continue à minimiser l'importance des masques.


Rémi Salomon affirme : « Quand vous marchez dans la rue et que vous respectez la distance, vous ne courez pas de risque. Le risque de contamination se fait par les gouttelettes. C'est quand vous parlez, un mètre ou deux mètres de distance. Sinon il n'y a pas de risques. Et ce qu'on n'a pas dit assez, c'est l'autre danger quand vous sortez de chez vous, ce n'est pas tant de croiser quelqu'un qui est risqué, parce qu'en général comme je viens de le dire, on prend ses distances, mais c'est plutôt tout ce que l'on touche. Le virus est très résistant dans le milieu extérieur ».


Le journaliste lui demande alors : « Un grand nombre de personnes travaillent sans porter de masque. Est-ce que là il ne faut pas recommander de porter des masques ? Cela paraît évident ». Ce à quoi le médecin répond : « Alors, aux endroits où les gens sont proches par nécessité, là il faut effectivement avoir un masque, la caissière au supermarché exposée toute la journée à des personnes qui sont proches d'elles doit porter, mais le tout un chacun qui sort dans la rue n'a pas besoin de porter de masque s'il tient ses distances, y compris quand il fait ses courses. Et je permets d'insister sur les gestes barrières qui n'ont pas été suffisamment expliqués (sic!).


« Ce qui est dangereux quand vous sortez de chez vous : c'est le bouton d'ascenseur, la poignée de la porte. Au supermarché, c'est l'écran de la caisse que vous touchez ou le code numérique que vous devez taper pour la carte de crédit, car tout objet qui est touché par quelqu'un d'autre est susceptible de porter du virus. Et ensuite, vous mettez sans y penser la main au visage, et vous vous contaminez. Dès que vous rentre vous, il faut laver les mains et laver au détergent les surfaces qui ont pu être touchées. Ces mesures sont plus essentielles que le masque ».


Plusieurs remarques pour répondre à ces propos :


1°) La distance de sécurité d'1,5 m est aujourd'hui remise en cause. Rappelons pour faire simple que le virus n'a pas de petites pattes, ni de petites ailes pour se déplacer d'un point a à un point b. Il dépend de « véhicules » pour franchir cette distance. En l'occurrence, les gouttelettes sont pour lui comme un « avion » qui peut le conduire d'une personne à une autre par voie aérienne. Quand on expire, on n'envoie pas ces gouttelettes au-delà de 1,5 m. D'où la fameuse distance de sécurité que la police voudrait que vous respectiez dans la rue. Mais si vous toussez, cette distance est de 2 mètres. Si vous éternuez, cette distance peut aller jusqu'à 6 mètres. Donc, à moins de se promener sur les Champs Élysées, croiser quelqu'un sur le trottoir n'est pas totalement sans risque puisque si cette personne éternue quand vous passez à son niveau, il risque de vous envoyer ses postillons. Ce qui veut dire que, même en rue, les masques ne sont pas superflus !








Cough = toux, sneeze = éternuer, droplet = gouttelette.
Source : Sui Huang, "Why we should all wear masks - there is a new scientific rationale", Medium, 27 mars 2020.









2°) Rémi Salomon reconnaît quand même que le risque existe pour les personnes qui travaillent dans des lieux clos comme les caissières de supermarché et qu'il serait justifié qu'elles portent un masque. Merci pour elles, monsieur le docteur ! Mais ce qui serait encore mieux pour les caissières, c'est que les clients portent eux aussi un masque pour garder pour eux leurs postillons et leurs gouttelettes de salive qui ne retomberont sur ces employées des grande surfaces ! Cela protégerait nettement mieux ces caissières. C'est une simple mesure, et je suis étonné que ce grand esprit des hôpitaux de Paris n'y ait pas pensé !



Ajoutons que, dans les endroits clos, la ventilation en circuit fermé est un gros problème, car cela favorise dangereusement les risques de contagion. Je reprends ici in extenso les explications d'un collectif de médecins et scientifiques belges 1 qui me semblent éclairantes : « "Les espaces confinés favorisent la transmission par aérosol et peuvent être le lieu d’épisodes de super-contagion, comme ce fut le cas dans des rassemblements évangéliques en France (Mulhouse) et en Corée du Sud (Daegu). En effet, le phénomène peut être exacerbé par un système de chauffage aérotherme ou de la climatisation, où l’air est remis en circulation à l’intérieur des locaux par souci d’économie de chauffage (ou de froid). Il est donc recommandé d’arrêter tout dispositif de ce type, qui contribue à faire circuler l’air ambiant. Par contre, l’aération massive et fréquente par l’air extérieur dans les locaux encore fréquentés par le public, les pharmacies, la poste, les petits magasins d’alimentation et les supermarchés, contribue par dilution à une réduction du nombre de particules infectieuses auxquelles le public est exposé.


Les systèmes de chauffage aérotherme de nombreux bâtiments comprennent bien évidemment une admission d’air frais pour maintenir la qualité de l’air intérieur, mais ils n’ont été prévus que pour des polluants ordinaires et maintenir un taux d’humidité acceptable. Encore beaucoup plus grave, des systèmes aérothermes autonomes, essentiellement constitués d'un simple échangeur de chaleur muni d'un ventilateur, sont largement utilisés pour le chauffage d’ateliers, garages, magasins alimentaires, etc. Leurs utilisateurs (artisans, petits industriels, commerçants etc.) doivent prendre conscience du danger qu’ils présentent et de la nécessité d’une mise à l’arrêt immédiate
 ».





3°) Rémi Salomon explique aussi le danger de toucher des surfaces qui aurait été contaminées par les mains d'un malade comme une poignée de porte, les touches du clavier pour le corde de votre carte de banque, et ainsi de suite... C'est effectivement un danger, et il convient d'y prendre garde. Il a raison de recommander de se laver les mains souvent. Mais bon sang de bon dieu, pourquoi alors ne pas conseiller le port de gants ? C'est le meilleur moyen que vos doigts ne soient pas en contact direct avec la surface contaminée. Cela ne résout pas le problème du fait de toucher votre visage, même si avec des gants en caoutchouc, vous aurez moins envie de toucher votre visage pour vous gratter. Mais rien ne vous empêche de vous laver les mains AVEC vos gants. C'est ce que je fais quand je me rends quelque part. A la moindre occasion, je vais me laver les mains avec mes gants. Et quand je rentre chez moi, je commence par me laver les mains et les poignets avec mes gants. Une fois les gants bien nettoyés, j'enlève les gants. Puis je me lave les mains nues. Il me semble que c'est le degré de vigilance qu'il faut avoir.


En conclusion, portons des masques ! Portons des gants ! Si vous n'avez pas de masques chirurgicaux, portez un masque en tissu ! Si vous n'avez pas de masque en tissu, portez un foulard ou une écharpe ! Que les citoyens se mobilisent pour fabriquer des masques en tissu ! Que l’État se réveille et lance la fabrication de masques à vaste échelle. Si la fabrication de masques chirurgicaux n'est pas possible dans l'immédiat, mobilisez l'industrie textile pour qu'elle fabrique des masques en tissus à grande échelle. Vite ! Il y a urgence. Il y a des morts tous les jours ! Ce n'est plus le temps d'attendre.






Frédéric Leblanc, 
le 5 avril 2020.




1 « L’OMS continue dans sa recommandation absurde de dire que les masques ne sont pas nécessaires pour le grand public », tribune d'un collectif belge de scientifiques et médecins, dont Marc Wathelet, virologiste, spécialiste des coronavirus dans la Libre Belgique, 3 avril 2020.









samedi 4 avril 2020

Masques : les conséquences d'une fake news




Masques : les conséquences d'une fake news




Il s'avère de plus en plus clair que si les autorités sanitaires et politiques des pays occidentaux ont raconté pendant trois mois cette fake news selon laquelle les masques sont inutiles, voire contre-productifs pour se protéger du coronavirus, c'était en réalité pour cacher la pénurie abyssale de masques. Cette fake news n'implique pas seulement des gouvernements acculés par leur impréparation et leur incompétence. Elles impliquent surtout des médecins qui travaillent pour les différents ministères de la santé en Europe et aux États-Unis. Citons notamment le médecin Jérôme Salomon, le numéro 2 du ministère de la santé en France qui, le 17 mars 2020, affirmait encore : « Ne portez pas des masques. Les masques sont uniquement pour les malades, pour les transports sanitaires, pour les secours aux personnes et pour les soignants ». Les responsables de l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé, ont édicté des directives qui allait dans le même sens. Ils ont largement répandu l'idée méprisante et condescendante que les gens ne seraient pas capables de mettre correctement le masque ou que ce masque créerait un faux sentiment de sécurité au point d'oublier les autres gestes barrières comme se laver les mains ou préserver une distance de sécurité de 1,5 m entre les personnes.


Tout cela n'était qu'un travestissement de la réalité. On le sait aujourd'hui. Les masques certes ne sont pas une protection absolue contre le covid-19, mais néanmoins ils offrent une protection relative, non-négligeable qui aurait été essentiel pour faire diminuer le R(0) de la maladie (sa capacité à se propager parmi la population). Maintenant qu'il est établi que ce discours sur l'inutilité des masques est une fake news, il faut se demander quelle seront les conséquences de ce discours mensonger.


Premièrement, on dit qu'admettre la pénurie aurait suscite l'angoisse et la panique au sein de la population. C'est au contraire le mensonge répété et l'opprobre lancé sur ceux qui portaient un masque qui a créé et renforcé l'angoisse. Admettre la pénurie aurait coupé aux rumeurs qui ont amplifié l'angoisse des gens. Cela a donné aussi beaucoup d'idées fausses. Sur les réseaux sociaux, une connaissance expliquait à tout le monde que les gens qui portent des masques dans la rue sont « soit des malades, soit des cons » (sic). Ce mensonge crée de l'angoisse inutile, de la division et du mépris au sein de la population et ralentira la volonté de porter ce masque. Pourquoi un masque qu'on a passé des mois à dire inutile.


Deuxièmement, cette propagande fallacieuse a retardé l'achat et la fabrication des masques dans un contexte où chaque jour, chaque heure même, compte. Du mois de janvier au mois de mars, le fait de se procurer des masques n'a pas été une priorité de la France, de la Belgique et des autres gouvernements européens, alors même que les stocks étaient totalement insuffisants du fait d'un manque criminel de prévoyance. Chaque jour, il y a des morts, et la pandémie se répand dans la population de manière exponentielle. Le confinement total est efficace pour freiner la courbe de progression du virus, mais on ne peut la maintenir indéfiniment, sauf à vouloir sacrifier l'économie réelle.



Admettre la pénurie aurait aussi et surtout permis d'envisager des solutions au problème, tant de la part de l'administration que de la population. Du point de vue des autorités publiques, on aurait pu envisager des moyens extraordinaires pour produire ces masques de manière industrielle plutôt que de systématiquement dépendre des l'approvisionnement venant des Chinois au plus offrant. Du point de la population, on aurait développé et encouragé beaucoup plus vite et beaucoup plus intensément la production de masques en tissu, la production de masques ou de visières à partir d'imprimantes 3D.


Troisièmement , cette fake news officielle ne peut qu'à terme renforcer les fake news en général et le complotisme. Macron qui prétendait combattre les fake news et faire des lois contre elles est devenu une figure usant de la fake news au même titre qu'un Donald Trump ou un Bolsonaro. Si les autorités sont prêtes à mentir allégrement pour cacher une pénurie de masques, quels sont leurs autres mensonges ? Que cachent-ils encore aux populations ? Sur les réseaux sociaux, sur chaque vidéo de YouTube, on est bombardé de messages qui nous invitent à consulter les informations officielles sur le covid-19 de peur que nous n'allions voir du côté des théories conspirationnistes et portions notre crédit à des informations fausses. Sauf que les théories officielles sont elles aussi mensongères. Qui croire dès lors ? Les scientifiques qui sont liés aux multinationales ? Les hommes politiques payés par les grandes banques d'affaire ? Les intellectuels vendus aux lobbys ? Ce mensonge sur les masques va donner du grain à moudre aux conspirationnistes et aux manipulateurs pour longtemps. Et on ne doit pas s'en réjouir...


Quatrièmement, c'est la médecine classique qui joue là sa réputation et sa crédibilité. Je discutais hier au téléphone avec un collègue. Il m'a demandé des nouvelles de mon confinement. Je lui ai notamment expliqué que je mis beaucoup impliqué depuis trois semaines dans la défense du port du masque. Il m'a alors expliqué qu'il n'était pas vraiment d'accord avec le port du masque, car ce port du masque rentre selon lui beaucoup trop dans « une logique allopathique ». Et il m'a fait tout un plaidoyer pour la médecine homéopathique, et il a condamné Big Pharma. Il est évident que tous les adeptes des médecines parallèles vont s'en donner à cœur joie pour avancer leur cause ! J'ai alors objecté à mon collègue : « Mais si tu contractes le coronavirus, tu ne vas quand même recourir à l'homéopathie ?! » Il m'a répondu que si, il emploierait des méthodes homéopathiques même si il n'excluait pas de recourir dans le même temps à l'allopathie. Ce qui m'inquiète, ce sont toutes les personnes qui n'auront pas cette modération d'envisager la médecine classique en même que leur médecine alternative favorite, et qui ne voudront utiliser que des plantes et des prières pour guérir. Je pense qu'il y a là un réel danger sanitaire. Mais que répondre aux tenants des médecines parallèles quand les médecins sont les premiers à décrédibiliser leur discipline par des mensonges aussi grossiers ?





Frédéric Leblanc,
le 4 avril 2020.







vendredi 3 avril 2020

On a encore besoin de dons de sang !





Mardi, j'ai été donné mes plaquettes à la Croix Rouge. Les plaquettes sont cette partie du sang qui sert notamment à la coagulation. Si j'en parle, c'est parce qu'une amie m'a reproché de m'être rendu dans un hôpital pour accomplir ce don alors que nous sommes en pleine période de pandémie de coronavirus. Non seulement, je prends le risque de mourir du covid-19, mais je risque de contaminer d'autres personnes si j'étais contaminé. D'autant plus que les malades du covid-19 ont plus besoin d'air que de sang.


Je lui ai répondu que le coronavirus n'a pas tué les autres virus, il n'a pas éradiqué les cancers, les leucémies, ni les blessures que les gens peuvent se faire. En conséquence, les hôpitaux ont toujours besoin de sang, de plasma et de plaquettes pour tous ces patients qui souffrent d'autres choses que le coronavirus. Par exemple, le don de plaquettes est utile pour les patients transplantés, atteints de cancer ou de maladies du sang comme la leucémie.


Le don de sang est utile pour les personnes accidentées, notamment dans les cas d'accidents de la route, pour les interventions chirurgicales, pour certains accouchements, pour les chimiothérapies, pour les personnes souffrant d'anémies graves, pour les certaines personnes atteintes de maladies génétiques affectant les globules rouges et qui ont besoin de transfusions sanguines tout au long de leur vie comme les drépanocytoses et les thalassémies majeures.


Le don de plasma est lui utile pour les personnes atteintes de déficits immunitaires primaires (présent chez les malades dès leur naissance) qui les rend extrêmement sensibles à toutes les infections (otites, pneumonies et sinusites à répétition, infection du sang et de la peau, lésions organiques graves voire mortelles…) ainsi que pour les personnes atteintes de déficits immunitaires secondaires qui surviennent au cours de la vie du fait d'une maladie, d'une chimiothérapie ou d'une maladie auto-immune. Le plasma sert également à renforcer les facteurs de coagulation, ce qui est utile pour les personne souffrant de troubles de la coagulation (hémophilie…) et l’albumine dans le cas d'hémorragie, des grand-brûlés ou pour les opérations chirurgicales. On voit là que cela fait beaucoup de monde.


Donc si je vais dans un hôpital, il y a certes un risque que je contracte le coronavirus au cours d'une interaction avec une infirmière où la distanciation sociale forcément ne pourra être respectée à la lettre. Et si je contracte le coronavirus, il y a un risque que je meurs. Mais si je ne donne pas mes plaquettes et que tout le monde joue comme moi la prudence du confinement, le risque est encore plus élevé que des personnes meurent dans les hôpitaux faute de sang, de plasma ou de plaquettes. Pour moi, la solidarité est essentielle en ces temps difficiles.


J'ajoute que les infirmières portaient des masques et des gants et que l'accueil était protégé par une vitre en plexiglas. Il y avait une conscience des risques et une volonté de ne pas propager la maladie. Aller donner son sang, son plasma ou ses plaquettes est donc un risque mesuré que je vous encourage à faire si vos conditions de santé le permettent et que vous répondez aux conditions de sûreté pour le don (il faut remplir un questionnaire préalablement au don). Restez donc chez vous, sauf pour aller donner votre sang !




Frédéric Leblanc, 
le 3 avril 2020.