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dimanche 8 juillet 2018

Dégradations de vitrines







     Dernièrement, dans la rubrique des faits divers dans les journaux français ont figuré quelques faits de dégradations à l'encontre de boucherie ou de restaurants cuisinant principalement de la viande. Ces faits de dégradation et de vandalisme ont été commis par des personnes se revendiquant du véganisme et de l'antispécisme et consistent principalement en des tags et des slogans condamnant le spécisme et l'exploitation des animaux, par de la peinture rouge jeté à la façade de ces bâtiments et par des bris de vitrine.



      Les journaux montent en épingle ces faits divers, car ça leur permet de condamner l'ensemble des véganes et des antispécistes, pratiquer l'amalgame et les stigmatiser comme étant des gens violents et radicaux. Les syndicats d'éleveurs et de bouchers ont évidemment saisi la balle au bond pour se victimiser et réclamer à l’État une protection contre ces dangereux énergumènes. Des journalistes et des hommes politiques comme récemment des leaders d'extrême-droite sont montés au créneau pour dénoncer le « terrorisme », le « para-terrorisme » ou « l'éco-terrorisme » de ces défenseurs de la cause animale et proposer des mesures coercitives à leur encontre. C'est évidemment n'importe quoi. Les faits commis sont des actes de dégradation et de vandalisme sont des actes punissables par la loi, mais il ne s'agit en rien de terrorisme.


     Pour ceux qui ne connaîtraient pas le « Reflet de la Lune », je m'appelle Frédéric Leblanc et je suis végane. Je n'approuve pas ces comportements. Dans cet article, je vais m'adresser à ceux et celles qui commettent ces actes de dégradation et de vandalisme en pensant défendre la cause animale. Peut-être certains d'entre eux, au détour d'algorithmes d'internet, liront ces lignes et auront envie de réfléchir aux idées qui y sont contenues.


   Je pourrais commencer mon argumentation en faisant l'apologie de la non-violence. Mais je ne le ferai pas, parce que ceux qui commettent ce genre d'actes ne sont pas sensibles à tout le discours de la non-violence. On trouve d'une part de plus en plus d'argumentaires propagés par l'organisation 269Life et sa porte-parole Tiphaine Lagarde qui défendent l'opinion que « la non-violence sert les intérêts de l’État » (sic) et que « la violence est nécessaire pour changer les choses » (encore sic). Je trouve ce genre d'argumentaire très douteux, mais je n'ai pas le temps de l'examiner ici sérieusement. Il y a d'autre part l'argument qui consiste à dire que la violence vient du camp d'en face : après tout, c'est la toute la filière de la viande qui vit et prospère sur une violence horrible exercée à l'encontre des animaux et sur une exploitation honteuse de ces animaux. Cet argument n'est pas faux : il y a de fait une violence colossale exercée à l'encontre des animaux tant dans l'élevage et les abattoirs. Mais est-ce que cela justifie en retour une violence des activistes de la cause animale ? Je ne le pense par personnellement.


       Mais plutôt que de me baser sur des arguments moraux et sur la question de savoir si la question de l'emploi de la violence est justifié ou non, j'ai plutôt envie de réfléchir sur la question de l'efficacité stratégique de ce genre d'actes de dégradation et de vandalisme. Est-ce que taguer la devanture d'une boucherie des slogans antispécistes sert à faire avancer la cause ? Est-ce que le sort des animaux qui vivent l'enfer dans les élevages et les abattoirs va s'en trouver amélioré ? J'ai l'impression que non. D'abord, qui va être convaincu de devenir végane et d'embrasser la défense des animaux parce qu'il aura vu ce genre de messages peinturlurés sur la façade de la boucherie où il va acheter ses saucissons et son beefsteak ? J'ai l'impression que pas grand-monde en fait. (N'hésitez pas à me communiquer dans les commentaires le témoignage du gars ayant connu une révélation mystique et s'étant converti au véganisme après avoir vu de tels slogans sur la boucherie du coin, je suis quelqu'un de curieux).


        Par ailleurs, ce qui est gênant, c'est que cela permet à des gens qui sont COUPABLES de se faire passer pour des VICTIMES. Nous avons des bouchers, des éleveurs, des patrons d'abattoirs qui sont coupables de maltraiter, coupables de tuer, coupables de violer, coupables de séparer des mères de leurs petits, coupables de faire vivre les animaux dans des conditions infernales et coupables de tirer un profit financier de toute cette détresse animale ; et tous ces gens qui sont coupables se sont aujourd'hui passer pour de pauvres petites victimes de l'acharnement des méchants véganes et antispécistes. Cela leur permet de détourner les regards sur leurs fautes morales et leurs crimes tout en rejetant la culpabilité sur ceux qui défendent la libération animale. Cela permet ensuite aux journalistes et aux politiques d'employer une rhétorique délirante (« terroristes » ou « éco-terroristes ») pour brider les marges d'action de toutes les organisations de libération animale.


       En outre, le fait de s'attaquer à petits indépendants nous rend particulièrement antipathiques. Au moins, quand on s'attaque à une élevage industriel ou un abattoir, on s'attaque à une entreprise, un groupement de personnes. Cela demande plus de courage puisque la riposte risque d'être beaucoup dangereuse. S'attaquer au patron d'un restaurant ou d'une boucherie est par contre beaucoup plus lâche. Entendez-moi bien : en tant que végane, la profession de boucher n'est certainement pas une profession honorable à mes yeux. Mais bon, si les bouchers existent, c'est parce que des gens, l'immense majorité des gens, consomment de la viande. Et les bouchers, même avec un tablier blanc maculé du sang des bêtes, restent un être humain qui mérite un minimum de respect et qui doit pouvoir vivre avec un sentiment de sécurité. C'est un indépendant qui se bat pour survivre dans le système capitaliste. Pareillement, le harcèlement sur internet n'est pas là pour nous rendre particulièrement sympathiques aux yeux du grand public. C'est quelque chose de franchement désagréable (et qui se retourne régulièrement contre les véganes jugés pas suffisamment radicaux).



*****




      Voilà. En conclusion, je dirai donc, amis casseurs, que vous n'êtes pas du tout efficaces, que vous ne faites pas progresser la cause et le bien-être des animaux, que vous n'enrayez en rien l'exploitation à l'encontre des animaux. Par contre, vous permettez de plus en plus de mesures et répression à l'encontre des organisations qui défendent efficacement la cause animale.


     Aujourd'hui, l'enjeu majeur est de convaincre les gens d'adopter une alimentation et une consommation comportant de moins en moins de produits animaux, et si possible, de passer carrément au véganisme. Pour cela, il y a d'abord tous ceux qui contribuent à donner une image positive du véganisme doivent être salués et encouragés : toutes les personnes qui produisent des recettes purement végétales et qui montrent que l'on peut s'alimenter de manière végane tout en restant en bonne santé et surtout en prenant plaisir à ce qu'on va manger. Récemment, un leader d'extrême-droite comparait les véganes à des néo-cathares. Il faut montrer que manger végane n'a rien d'une ascèse et qu'on peut avoir beaucoup de plaisir en mangeant uniquement du végétal. Personnellement, je ne ressens jamais le véganisme comme une privation. (Il est d'ailleurs inquiétant que l'extrême-droite française compare les véganes aux cathares quand on sait le sort qui a été réservé à ces derniers en France au moyen-âge...)


     Ensuite, il y a les sportifs véganes qui montrent et démontrent qu'on peut être végane en n'étant pas seulement pas en bonne santé, mais performant sur le terraind e sport et en compétition. Citons en vrac le strongman Patrick Baboumian, la surfeuse Tia Blanco, le sprinter Carl Lewis, l'athlète de street workout Frank Medrano, les bodybuilders Jon Venus et Nimai Delgado, le champion de triathlon Rich Roll.


    Enfin, tous les penseurs et philosophes qui tendent à réfléchir sur l'implication éthique et morale de l'exploitation animale. N'oublions pas tous les activistes et les militants qui travaillent au quotidien pour rendre cette cause audible auprès du grand public.


       Bien sûr, les casseurs diront que les choses n'évoluent pas suffisamment vite, que les progrès sont lents, et qu'il faut passer à la vitesse supérieure en se radicalisant toujours plus. Mais en faisant cela, la seule conséquence, ce sera de mettre des bâtons dans les roues des personnes et des organisations qui militent réellement pour le véganisme et l'antispécisme.



Frédéric Leblanc
Seraing, le 8 juillet 2018.





















Voir également : 


- Souffrance et exploitation


Vers un monde végane - lentement mais sûrement


Antispécisme et humanisme 


- Pourquoi les véganes sont dans le vrai (1ère partie et 2ème partie)


- Le carnisme intériorisé


La notion de zoocide chez Matthieu Ricard


- La vertu du véganisme

























Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la libération animale ici.

Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour du végétarisme et du véganisme ici

Voir toutes les citations du "Reflet de la Lune" ici.









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