Pages

jeudi 24 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 99 à 101)

 

La garde de la vigilance (V, 99 à 101)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


99. Dans quelques situations que je me trouve,

Soit pour moi-même, soit pour les autres,

Je m'appliquerai aux instructions

Enseignées pour cette circonstance.


100. Il n'est rien

Que le fils des Vainqueurs ne pratique ;

Pour celui qui vit ainsi,

Il n'est rien qui ne soit bienfaisant.


101. De manière directe ou indirecte,

J'agirai uniquement pour le bien des êtres.

Et ne ferai rien qui n'aille dans ce dessein,

Je dédierai toute vertu à l’Éveil.






Hasui Kawase (Japon, 1883 - 1957)






Dans chaque situation où une règle de conduite de vie est préconisée par le Vinaya ou dans chaque situation où un Soûtra donne un conseil pour parer les émotions perturbatrices ou les difficultés qui découlent de cette situation, je dois faire le vœu solennel d'appliquer la règle en question ou le conseil en question. Les bodhisattvas accomplis dans les dix terres ont pratiqué toutes les règles qui étaient nécessaires et ont suivi les conseils du cœur émanant des Bouddhas. Ils se sont transformés pour devenir des êtres dont chaque acte, chaque parole et chaque pensée contribue à apporter son lot de bienfaits au monde.


Le bien des êtres doit être l'objectif premier de toutes nos actions, et il faut se garder de perdre de vue cet objectif, ce dessein suprême du bodhisattva. Enfin, il faut dédier tous les mérites de nos actions positives à l’Éveil suprême pour tous les êtres dans l'univers. C'est comme cela que la discipline et l'éthique s'inscrive dans le projet de l'esprit d’Éveil ou bodhicitta.









Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)

- La garde de la vigilance (V, 88 à 90)

 - La garde de la vigilance (V, 91 à 95)

- La garde de la vigilance (V, 96 à 98) 



- La garde de la vigilance (V, 102 & 103)

- La garde de la vigilance (V, 104 à 106)

- La garde de la vigilance (V, 107 à 109)




Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience





NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.



Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





N'hésitez pas à apporter vos avis et vos commentaires ainsi qu'à partager cet article. Ils sont les bienvenus !

Vous pouvez suivre le Reflet de la Lune sur Facebook, Tumblr, X (ex-Twitter) ou BlueSky. 







mercredi 23 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 96 à 98)

 

La garde de la vigilance (V, 96 à 98)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


96. Tout comme le Protecteur s'allongea pour passer dans le Nirvāna,

Je me tournerai vers la direction appropriée ;

Vigilant, je prendrai d'abord la ferme décision

De me lever promptement.


97. Il est dit que les pratiques

Des bodhisattvas sont innombrables.

Mais, assurément, je mettrai en œuvre autant que je le peux

Celles pour la purification de l'esprit.


98. Trois fois le jour et trois la nuit,

Je réciterai le Soûtra des Trois Collections

Car, en prenant appui sur les Vainqueurs et les Bodhisattvas,

Je purifierai les fautes qui me restent.






Steve McCurry







Dans le bouddhisme, le sommeil est un moment délicat. En effet, le but d'un bouddhiste est de devenir un bouddha, un « éveillé », et à quel moment est-on moins éveillé que quand on dort ? Dans la méditation, on pratique la pleine conscience, mais comment pratiquer la pleine conscience quand on est pleinement inconscient ?


Au début où je pratiquais le bouddhisme, je fréquentais un centre tibétain où un gars avait lu dans le Livre des Morts Tibétain qu'il ne fallait pas dormir comme un animal, et il avait pris ce passage très au sérieux, un peu trop sérieux. Ce qui fait qu'il se désolait tous les jours d'avoir encore dormi comme un animal. En fait, il n'y a pas à se désoler ! Nous sommes aussi des animaux et nous avons besoin de dormir. Il faut des années de pratiques acharnées de la méditation pour instiller un peu d'attention juste et de conscience éveillée dans l'inconscient du sommeil profond et dans le rêve, et encore, toujours des petites doses englouties dans une nuit d'oubli et de chaos onirique.


Le Bouddha est mort dans la posture du lion couché : allongé sur le flanc droit, tourné vers l'occident. L'occident est simplement là où se couche le soleil. Le mot même d'occident vient du latin « occidere » occire, mourir. Les bouddhistes recommandent souvent de dormir dans cette position du lion couché, mais vraiment je ne suis pas certain que ce soit absolument nécessaire. Dormez dans la position qui vous est la plus confortable pour avoir de bonnes nuits réparatrices !


Shāntideva recommande ensuite de ne pas traîner dans son lit et de se lever promptement. Pas de grasse mat' pour les apprentis bodhisattvas ! L'idée est de reprendre la garde de la vigilance et le contrôle de l'esprit le plus vite possible. C'est un peu contradictoire quand on sait que la légende a fait de Shāntideva un moine qui dormait tout le temps. Mais rien n'empêche de penser que Shāntideva pratiquait une forme de yoga du rêve, un exercice de conscience éveillée au sein même du sommeil profond et du rêve. Et ce que les autres prenaient pour une invraisemblable paresse était toute autre chose en fait.


Shāntideva évoque ensuite la diversité des pratiques du bodhisattva, mais l'essentiel est la purification de l'esprit selon lui. On retrouve toujours cette insistance sur l'esprit typique du bouddhisme du Grand Véhicule. Dans cet ordre d'esprit, il recommande la lecture du Soûtra des Trois Collections, qui fait partie d'un soûtra plus long : le Soûtra des Questions d'Upali1, qui, lui-même, est une partie du Soûtra de l'Amas de Joyaux (Ratnakūṭa Sūtra en sanskrit) dans la tradition du bouddhisme du Grand Véhicule.


Le Soûtra des Trois Collections est très lu dans le bouddhisme tibétain, probablement du fait de l'influence de Shāntideva. Les Tibétains le rangent dans ce qu'ils appellent les « cinq soûtras royaux ». Il est parfois appelé « Soûtra des Trente-Cinq Bouddhas » ou encore « Soûtra de Confession ». La première collection est un hommage par prosternation aux Trente-Cinq Bouddhas. La deuxième collection est la confession des fautes que le bodhisattva peut commettre. Et enfin, la troisième collection est la dédicace des mérites obtenus par cette pratique de purification. Attention, la version que l'on trouve dans le bouddhisme tibétain voit quelques ajouts liés au tantrisme comme des prières au guru.








1 « Determining the Vinaya : Upali's Question » (Vinayaviniścayopāliparipṛcchāsūtra)

https://84000.co/translation/toh68?toh=toh68&left=open%3Atoc&right=closed%3Aendnotes&main=open%3Atranslation

Le « Soûtra des Trois Collections » (Triskandhadharmasūtra) va de 1.42 à 1.53 au sein de ce « Soûtra des Questions d'Upali ».








Bouddha couché (Grottes d'Ajanta, état du Maharashtra, Inde)






Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)

- La garde de la vigilance (V, 88 à 90)

 - La garde de la vigilance (V, 91 à 95)




- La garde de la vigilance (V, 99 à 101)

- La garde de la vigilance (V, 102 & 103)

- La garde de la vigilance (V, 104 à 106)

- La garde de la vigilance (V, 107 à 109)




Chapitre V: La garde de la vigilance





Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





N'hésitez pas à apporter vos avis et vos commentaires ainsi qu'à partager cet article. Ils sont les bienvenus !

Vous pouvez suivre le Reflet de la Lune sur Facebook, Tumblr, X (ex-Twitter) ou BlueSky. 






dimanche 20 septembre 2026

La garde de la vigilance (V, 91 à 95)

 

La garde de la vigilance (V, 91 à 95)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



91. Je recouvrirai (de terre)

Le crachat ou le cure-dent que j'ai jeté ;

Il est blâmable d'uriner

Dans l'eau et le sol utilisés (par autrui).


92. Je ne dois pas manger à pleine bouche,

Avec bruit ou en ouvrant largement la bouche,

M'asseoir les jambes pendantes,

Ni me gratter les deux bras en même temps.


93. Je ne dois pas voyager, ni m'asseoir

Ni loger dans la même pièce qu'une femme d'autrui.

En bref, ayant observé et interrogé,

J'éviterai ce qui choque le monde.


94. Je ne ferai pas signe avec le doigt,

Mais, respectueusement et de la main droite,

Les doigts tendus,

J'indiquerai le chemin.


95. Je n'agiterai pas les bras avec excès

Et m'exprimerai avec des gestes discrets :

Un signe ou un claquement de doigt.

Autrement, ma conduite serait déréglée.








Kawase Hasui  - 川瀬巴水, 1883–1957
Temple Honmon à Ikegami sous la neige - 1931






L'éthique bouddhiste demande qu'on respecte les conventions de la société dans laquelle nous vivons et que nous exprimions une certaine noblesse dans notre comportement de la vie de tous les jours. Comme le dit Shāntideva, il faut observer la société dans laquelle on vit et éviter de faire des actions ou avoir des attitudes qui choquent le monde. Cette discrétion dans nos rapports sociaux est une forme de respect et de douceur envers les autres.


Sur ce point, l'éthique bouddhiste est on ne peut plus éloignée de l'éthique prônée par les cyniques de l'Antiquité grecque, à commencer par Diogène le Chien qui vivait dans un tonneau, insultait les gens qui lui déplaisaient et se masturbait en rue. Bien sûr, les conventions sociales ne sont que des conventions, des manières d'être inventées par la culture ambiante ; et les conventions sont parfois, voire même souvent le lieu de l'hypocrisie sociale. Mais le choix du bouddhisme est de ne pas rejeter la société dans son ensemble quand bien même cette société est loin d'être parfaite.


Donc, il faut avoir un minimum de respect pour l'étiquette, ne pas avoir des paroles et des attitudes vulgaires, ne pas heurter délibérément les autres membres de la société et respecter l'hygiène de manière générale. Comme je l'expliquais dans mon commentaire de la strophe 88 à 90, ces règles de vie sont relatifs à une culture et à une époque donnée : certains choses qui choquent l'opinion publique à une époque sont parfaitement acceptées à d'autres, et vice-versa, et pareillement d'un pays à l'autre. Par exemple, quand vous offrez un cadeau au Japon, il faut obligatoirement offrir le cadeau avec ses deux mains, s'incliner devant la personne à qui vous offrez le cadeau, sinon cela apparaîtra comme du mépris aux yeux du Japonais, alors qu'un Occidental ne se formalisera aucunement et tendra son cadeau d'une main et en faisant une petite tape amicale sur le dos de son ami. Comme le disait le philosophe et scientifique, Blaise Pascal : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà »1. Il faut donc observer les us et coutumes du pays dans lequel on vit et s'y adapter : ne mangez ostensiblement à midi en période de ramadan dans un pays musulman, et ne faites pas la bise à tout le monde dans un pays asiatique !


Je me souviens d'une déclaration de Swami Prajñanpad (un maître hindouiste du Vedanta non-dualiste ayant vécu au XXème siècle). Il critiquait le Bouddha parce que, selon lui, le Bouddha aurait importé son étiquette d'aristocrate (Siddhartha faisait partie de la caste des nobles, les kshatriyas) dans la conduite éthique des moines bouddhistes. Personnellement, je ne vois pas où est le problème : certes, il ne faut pas être trop guindé et accorder une importance excessive à l'étiquette et aux bonnes manières, mais je pense aussi qu'il ne faut pas être trop avachi, qu'il faut éviter la vulgarité le plus possible et qu'idéalement, il faut témoigner d'un minimum de noblesse dans son comportement quand bien même on ne serait pas soi-même issu des rangs de l'aristocratie.







1 Blaise Pascal, « Les Pensées », fragment 294 dans l'édition Brunschvicg, 94 dans l'édition Sellier, 60 dans l'édition Lafuma.







Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: 

- La garde de la vigilance (V, introduction)

- La garde de la vigilance (V, 1 à 5)

- La garde de la vigilance (V, 6 à 8)

- La garde de la vigilance (V, 9 à 14)

- La garde de la vigilance (V, 15 à 18)

- La garde de la vigilance (V, 24 à 29)

- La garde de la vigilance (V, 30 à 33)

- La garde de la vigilance (V, 34 à 38)

- La garde de la vigilance (V, 39 à 42)

- La garde de la vigilance (V, 43 & 44)

- La garde de la vigilance (V, 45 à 53)

- La garde de la vigilance (V, 54 à 58)

- La garde de la vigilance (V, 59 & 60)

- La garde de la vigilance (V, 61 à 67)

- La garde de la vigilance (V, 68 à 70)

- La garde de la vigilance (V, 71 à 73)

- La garde de la vigilance (V, 74 et 75)

- La garde de la vigilance (V, 76 à 78)

- La garde de la vigilance (V, 79 & 80)

- La garde de la vigilance (V, 81 à 84)

- La garde de la vigilance (V, 85 à 87)

- La garde de la vigilance (V, 88 à 90)



- La garde de la vigilance (V, 96 à 98) 

- La garde de la vigilance (V, 99 à 101)

- La garde de la vigilance (V, 102 & 103)

- La garde de la vigilance (V, 104 à 106)

- La garde de la vigilance (V, 107 à 109)




Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience





Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





N'hésitez pas à apporter vos avis et vos commentaires ainsi qu'à partager cet article. Ils sont les bienvenus !

Vous pouvez suivre le Reflet de la Lune sur Facebook, Tumblr, X (ex-Twitter) ou BlueSky.