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vendredi 11 août 2017

Une fête en larmes



L'essentiel est d'accepter que le monde soit cette fête en larmes.

Jean d'Ormesson







Guinguette dans la banlieue parisienne, le 14 juillet 1945
Robert Doisneau







     Jolie sens de la formule chez un auteur que j'avoue n'avoir jamais lu, peut-être à tort. Il m'a toujours semblé un peu trop convenable comme auteur. C'est certainement un préjugé pour cet écrivain très médiatique dans la vie littéraire française. Mais c'est surtout ici cette petite sentence qui m'intéresse, plus que son auteur. En une petite phrase ramassée, elle me parle de trois thèmes importants : l'acceptation, la joie et l'insondable tristesse de ce monde. Sarva dukkham : « Tout est souffrance », nous a dit le Bouddha. Au XIXème siècle, les érudits occidentaux voyaient dans le bouddhisme une forme de pessimisme radical. Une mélancolie qui ne trouverait son remède que dans l'anéantissement total. Ils n'avaient pas eu l'occasion de beaucoup parler à des maîtres bouddhistes... S'ils l'avaient fait, ils seraient rendu compte de la joie et du sourire que ceux-ci manifestent régulièrement dans la vie quotidienne. La joie dans la philosophie du Bouddha est une des quatre qualités incommensurables avec l'amour bienveillant, la compassion et l'équanimité. Cette joie célèbre ce qu'il y a de bon et de lumineux dans l'existence. Pourtant, elle n'est pas de la frivolité, un oubli, un divertissement ; cette joie reste très lucide face à la douleur qui envahit le monde. Une fête en larmes.



     Voilà ce qu'il nous faut accepter. Ce mélange indissoluble de joies et de peines, de rencontres et de pertes, de vies et de morts, d'enthousiasmes et d'ennuis, d'espoirs et de craintes. En même temps, cette acceptation donne une direction. Il s'agit aussi de célébrer la convivialité, le partage, la camaraderie, l'amitié, tout un art de vivre pour rendre notre présence en ce monde agréable et plaisante aux autres. Que ce passage sur Terre soit une fête, cela aussi, il faut y travailler. Ce sera une fête en larmes, mais au moins ce sera une fête. La convivialité, la chaleur humaine et la joie rendront nos instants plus beaux. 













 Bal du 14 juillet à Paris, 1934.
 Brassaï






Voir aussi : 


Joie 

   Qu'est-ce que la joie spirituelle prônée par le Bouddha ?



Le bonheur et les autres

    Le bonheur est-il en nous ? Ou se trouve dans notre relation avec les autres ?












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