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samedi 25 juillet 2026

Le dévoilement des fautes (II, 41 à 53)

 

Le dévoilement des fautes (II, 41 à 53)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



41. Quand je serai saisi par les messagers de Yama,

De quel profit me seront parents et amis ?

Le mérite seul me protégerait,

Mais je ne l'ai pas développé.


42. Ô Protecteurs, inattentif,

Ignorant, semblable peur,

Pour le bien de cette vie éphémère,

J'ai accompli de nombreuses fautes.


43. Terrorisé, la bouche sèche et la vue affaiblie,

Si l'entière apparence de la personne

Que l'on emmène aujourd'hui

Pour lui couper un membre est transformée.


44. Que sera alors

Quand, frappé par la maladie de terreur,

Les formes affreuses des messagers de Yama

Prendront possession de moi ?


45. « Qui me protégera

Contre cette immense peur ? »

Les yeux exorbités,

Dans les quatre directions, je chercherai un refuge.


46. Mais, n'y voyant pas d'abri,

Replongé dans un brouillard,

Que ferai-je

Si je ne trouve là aucun secours ?


47. Dès maintenant, je prendrai refuge

Dans les Vainqueurs, protecteurs du monde,

Qui s'évertuent à secourir les migrants

Et dont la grande force dissipe toute crainte.


48. Je prends refuge avec pureté

Dans le Dharma par eux réalisés

Qui écarte les peurs du samsāra

Et, de même, dans l'assemblée des bodhisattvas.


49. Éperdu de crainte,

Je me donne à Samantabhadra,

Et à Manjushri également,

J'offre mon corps.


50. J'adresse un cri de détresse sincère

Au protecteur Avalokiteshvara

Dont l'activité compatissante est infaillible :

« Protégez-moi, qui ai mal agi ! ».


51. En quête d'un refuge,

Avec mon coeur, j'en appelle

Au noble Akashagarbha, à Kshitigarbha

Et à tous les Protecteurs, grands compatissants ;


52. Je prends refuge en Vajrapani

Dont la vue terrifie

Et met en fuite dans les quatre directions

Les messagers de Yama.


53. J'ai transgressé votre parole ;

À présent que je prends refuge en vous

À la vue de cette grande peur.

Écartez-la sans délai !








Vasily Vereshchagin
Lama bouddhiste en grande tenue pour un rituel de danse
au monastère de Pemionchi (Pemayangtsé) au Sikkim, Inde, 1875. 








Shāntideva exprime ici avec éloquence la terreur qui s'empare de nous devant l'imminence de la mort, quand nous devons quitter seul ce monde vers l'inconnu. Cette grande peur est donc à la fois la crainte de perdre cette vie, mais aussi la panique devant cet inconnu qui vient, et qui peut s'avérer terrible pour nous si la conséquence de nos actes néfastes nous entraînent dans des vies pleines de souffrance. Pour s'épargner cette grande peur, il aurait fallu de son vivant plus agir dans le sens du bien et de l'aide à autrui. Mais nous n'avons pas toujours été exemplaire, voire nous nous sommes souvent détournés de l'accomplissement du bien pour parler pudiquement. « Le mérite seul me protégerait / Mais je ne l'ai pas développé. » Ce qui est fait est fait, et il est trop tard pour faire marche arrière. Nous sommes comme l'étudiant qui a préféré faire la fête au lieu d'étudier, et qui s'apprête à devoir passer son examen oral devant son professeur sans rien connaître de la matière qu'il aurait dû étudier. Cela en dix mille fois fois pire évidemment.


Face à la peur, il est naturel de rechercher un refuge, et heureusement des refuges il y en a 3 : le Bouddha, le Dharma et la Sangha. Je pense qu'il est bénéfique à tout moment de sa vie d'orienter sa pensée vers les Trois Joyaux pour se sentir protégé des peurs de l'existence. C'est particulièrement vrai au moment de mourir : prendre refuge dans le Bouddha, le Dharma, la Sangha, développer l'esprit d’Éveil, faire rayonner l'amour illimité, la compassion illimitée, la joie illimitée et l'équanimité illimité, développer les quatre établissements de l'attention et méditer sur les trois portes de la sagesse que sont la vacuité, l'absence de caractéristique et l'absence de souhait. Voilà ce que vous pouvez faire de mieux au moment de mourir (pour peu que vous ayez pratiqué cela de manière répétée de votre vivant, sinon l'émotion rendra difficile toute concentration et tout rappel).


Shāntideva évoque ensuite la prière aux grands bodhisattvas, si important dans le bouddhisme du Grand Véhicule : Samantabhadra, Manjushri, Avalokiteshvara, Akashagarbha, Kshitigarbha, Vajarapani, Sarvanivarana-Vishkambhin et Maitreya. Comme je l'avais expliqué dans mon commentaire des strophes 10 à 21, on a là une approche très religieuse des choses. Comme j'ai une approche plus philosophique du bouddhisme, je ne suis pas certain que Samantabhadra ou Manjushri puissent intervenir directement pour vous sauver à l'appel de vos prières. Néanmoins, si vous avez la foi, je ne vous en voudrai pas de prier les grands bodhisattvas ou les bouddhas cosmiques comme Amithaba. Je comprendrai cela parfaitement.


Mais personnellement, je ne peux pas apporter la consolation ou le réconfort de la religion sur ce point précis : le fait que les bouddhas et les bodhisattvas puissent répondre à vos prières et intercéder en votre faveur au moment de la mort si vous n'avez pas pratiqué la conduite éthique, la méditation et la sagesse de votre vivant me semble pour le moins compliqué. J'ai bien peur qu'on ne puisse pas faire l'économie de cette terreur face à la mort, surtout si notre vie était plutôt du côté de l'intérêt égoïste, de la confusion et de l'agressivité.


Ce qui me semble vrai néanmoins, c'est que le rayonnement de bienveillance et de compassion des bouddhas est là et qu'il nous traverse à tout instant quand bien même le Bouddha historique et les autres bouddhas ont vécu il y a longtemps et très loin d'ici. C'est un peu comme le rayonnement diffus cosmologique qui est, pour les physiciens, la trace des premiers 300 000 ans de l'univers à une époque où l'univers était beaucoup plus petit et beaucoup plus chaud. Les bouddhas ont développé une intense bienveillance, une intense compassion, une intense joie et une intense équanimité alliées à une pénétrante compréhension des choses. Je pense que, même si on n'est pas capable de voir ou de sentir cette bienveillance et cette compassion, cette bienveillance est là, cette compassion est là et qu'elle nous touche tous, quelque soient nos fautes, quelque soient nos errements, et qu'on peut ouvrir notre cœur à cette réalité. Peut-être que la prière est justement un moyen d'ouvrir notre cœur et de bénéficier du soutien de cette compassion infinie.






Benjamim Chee




Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Lire les autres commentaires du chapitre II : 

- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)

- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)

- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)

- Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)

- Le dévoilement des fautes (II, 27 à 29)


Chapitre II: Le dévoilement des fautes

- Le dévoilement des fautes (II, 30 à 40)




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.




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