Le dévoilement des fautes (II, 30 à 40)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
30. Tout le mal que, perturbé,
J'ai accompli par le corps, la parole et la pensée
Contre les Trois Joyaux,
Mes parents, mes maîtres et d'autres,
31. Et toutes les terribles offenses
Que j'ai commises,
Imprégné de multiples imperfections,
Je les déclare devant les Guides.
32. Mais je pourrai mourir
Avant d'avoir purifié mes fautes ;
Protégez-moi de façon
Que j'en sois sûrement et rapidement libéré !
33. Le seigneur de la mort, indigne de confiance,
Ne s'attarde pas à ce qui est fait ou reste à faire,
Car la vie est instable,
Et, malades ou bien portants, il frappe par surprise.
34. Laissant tout, je devrai partir seul,
Mais n'ayant pas compris cela,
J'ai commis maintes erreurs
À cause d'amis et d'ennemis.
35. Mes ennemis ne seront plus,
Mes amis ne seront plus,
Moi-même ne serai plus,
Et pareillement, rien ne sera plus !
36. Telles les expériences du rêve,
Toutes les choses dont je jouis
Seront des objets de la mémoire
Et je ne verrai plus ce qui est passé.
37. Tandis que je suis en vie,
Beaucoup, mais ou ennemis, sont partis,
Mais les terribles fautes qu'à cause d'eux j'ai perpétrées
Demeurent devant moi.
38. Je n'ai pas compris
Que je disparaîtrai soudainement
Et, par ignorance, attachement et aversion,
J'ai commis de multiples offenses.
39. Nuit et jour, sans répit,
Cette vie s'écoule continûment ;
Si rien en la prolonge,
Comment la mort ne frapperait-elle une personne comme moi ?
40. Couché sur mon lit,
Quoique entouré de proches et d'amis,
J'éprouverai seul le sentiment
D'être séparé de la vie.
Ici, Shāntideva aborde un thème classique du bouddhisme : l'imminence de la mort qui vient bouleverser tous nos plans bien établis, tous nos projets de vie et surtout notre insouciance par rapport aux conséquences de nos actes. Il faut reconnaître ses fautes morales le plus vite possible et le plus honnêtement possible parce que la mort peut surgir avant d'avoir purifié celles-ci et donnant ainsi l'occasion à celles-ci de croître et d'arriver à maturation sous forme de mauvais karma : souffrances, misères, malheurs, angoisses et désespoirs.
Remis dans l'ordre, il faut faire trois constats réalistes imprégnés de sagesse :
1°) la vie s'écoule inéluctablement, la mort arrive plutôt qu'on ne le pense. Il faut donc méditer sur l'impermanence et la mort.
2°) les actes ont ou auront des conséquences dans un futur proche ou lointain, voire dans une vie prochaine. Les actes négatifs qui engendrent de la souffrance auront des répercussions défavorables, sous forme de retour de boomerang : souffrances, malheurs, etc...
3°) Il faut se repentir le plus vite possible de ces penchants et actes négatifs, changer sa vie et réparer ses fautes dans l'urgence, car le temps nous est compté et la chaîne des causes et des conséquences est une mécanique infernale pour celui qui a mal agi.
Shāntideva met ensuite en valeur le fait que nos mauvaises actions est souvent le fait de nos mauvaises associations avec des amis qui n'en valait pas la peine et avec qui nous avons créé un sentiment très fort du « eux » et du « nous », ce qui a engendré toutes sortes de relations conflictuelles et créé des ennemis à tout bout de champ. Et contre ces ennemis, nous sommes prêts à commettre des actes terribles aux conséquences catastrophiques comme la guerre, les affrontements, les trahisons, les représailles, etc...
Pourtant, amis, ennemis et moi-même sont aussi régis par la même loi d'impermanence :
« Mes ennemis ne seront plus,
Mes amis ne seront plus,
Moi-même ne serai plus,
Et pareillement, rien ne sera plus ! »
Donc tous les liens d'attachement et de répulsions que je vais créer en société sont voués à l'absurdité puisque je vais perdre tôt ou tard amis et ennemis, tout comme ma personne et mon histoire sera dissoute dans la mort. Pourtant si amis et ennemis finissent toujours par disparaître, il reste la conséquence de mes actes et les fautes que j'ai commises du fait de ces liens d'attachement et de répulsions auront des répercussions négatives pour les renaissances futures.
Dans la mort, je perdrai amis et ennemis, je perdrai mon identité. Restera ce continuum d'existence que j'appelle abusivement « moi ». Et ce continuum d'existence sera plongé dans une solitude existentielle où la peur me tenaillera, car je devrai expérimenter encore et encore la conséquence de mes actes :
« Couché sur mon lit,
Quoique entouré de proches et d'amis,
J'éprouverai seul le sentiment
D'être séparé de la vie. »

Danse de la mort, Allemagne, XVIème siècle
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Lire les autres commentaires du chapitre II :
- Le dévoilement des fautes (II, 1 à 7)
- Le dévoilement des fautes (II, 8 & 9)
- Le dévoilement des fautes (II, 10 à 21)
- Le dévoilement des fautes (II, 22 à 26)
- Le dévoilement des fautes (II, 27 à 29)
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Lire également sur l'impermanence et la mort :
- Bientôt... (Marc-Aurèle)
- Telle la génération des feuilles
- La vie selon François-Xavier Bichat
- N'entre pas docilement dans cette douce nuit (Dylan Thomas)
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