La prise de l'esprit d’Éveil (III, 23 à 27)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
23. De même que les Allés-en-la Joie du passé
Ont engendré l'esprit d’Éveil
Et maintenu progressivement
Les pratiques des bodhisattvas.
24. De même, pour le bien des migrants,
J'engendre l'esprit d’Éveil
Et m'appliquerai à ces pratiques
Selon leur ordre.
25. Afin de favoriser le développement
De l'esprit d’Éveil saisi de la sorte,
Les personnes douées de discernement
Le loueront en ces termes !
26. Aujourd'hui, ma vie a porté son fruit :
Ayant atteint une destinée humaine,
Je suis né dans la famille des Bouddhas,
Je suis maintenant un fils de Bouddhas !
27. Je ne dois pas souiller
Cette noble et pure famille,
Et tout ce que je fais
Doit s'accorder avec elle.
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| Thorge Berger |
Pour Shāntideva, engendrer l'esprit d’Éveil, la bodhicitta, est vraiment l'acte originel du chemin vers la bouddhéité. Il explique que les Allés-en-la-Joie (Sugata en sanskrit), autrement dit les Bouddhas, ont tous engendré l'esprit d’Éveil dans un premier temps et pratiqué le chemin des bodhisattvas pour arriver finalement à la bouddhéité parfaite et incomparable. Logiquement, il vous encourage à faire de même : produisez encore et encore l'esprit d’Éveil pour « naître » dans la famille des Bouddhas. Et en tant que nouveau-né de cette famille des Éveillés, vous avez la charge, la responsabilité de vous comporter en accord avec la morale et la doctrine prônées par les Bouddhas. Vous avez aussi la responsabilité de louer l'esprit d’Éveil autour de vous et encourager d'autres personnes à rentrer dans la famille des Bouddhas.
Il me semble qu'il y a ici en creux une provocation à l'égard du « Petit Véhicule » : en effet, dans le bouddhisme ancien, ce qui fait de vous un bouddhiste, c'est le triple refuge : le refuge dans le Bouddha, le refuge dans le Dharma et le refuge dans la Sangha (la communauté des Êtres Nobles). Mobiliser la seule production de l'esprit Éveil comme « acte de naissance » dans la famille des Bouddhas, c'est, me semble-t-il, un moyen de minimiser le triple refuge.
Or il me semble sincèrement que les deux sont importants. Le triple refuge s'ancre plus dans notre vie concrète. Quand on prend refuge dans le Dharma par exemple, on considère que les actes prônés dans le Dharma (ne pas tuer ou blesser, ne pas voler, ne pas mentir, ne pas calomnier), tout cela nous protège d'une mauvaise vie qui va produire de la souffrance. Quand on engendre l'esprit d’Éveil dans notre conscience, on élargit notre vision, notre perspective. Au-delà de notre simple vie, il y a une multitude d'existences marquées par la souffrance, et je me dois, au moins en pensée, d'envisager des moyens d'apaiser ces souffrances. Prise de refuges et production de l'esprit d’Éveil ont leur légitimité. Je ne peux pas décemment négliger ma propre existence : cela n'aurait pas de sens. Mais je ne peux pas non plus rester obnubilé par ma petite condition existentielle : puissent tous les êtres dans leur multitude s'éveiller et connaître l'apaisement !
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| Tenzing Rigdol |
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
Chapitre III:
- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 1 à 4)
- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 5 à 7)
- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 8 à 10)
- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 11 à 15)
- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 18 à 20)
- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 21 & 22)
Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil
Lire également :
- Quand dire, c'est prendre refuge


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