La prise de l'esprit d’Éveil (III, 1 à 4)
Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva
1. Je prends plaisir et je me réjouis
Des vertus qui soulagent les êtres
Du tourment dans les mauvaises destinées
Et placent ceux qui souffrent dans le bonheur.
2. Je me réjouis dans l'accumulation de bienfaits
Qui est la cause de l’Éveil.
Je me réjouis de la libération définitive pour les êtres
Des maux du samsāra.
3. Je me réjouis de l’Éveil des Protecteurs
Et des terres des fils des Vainqueurs.
4. Je prends plaisir et me réjouis
De l'océan de vertus de l'esprit d’Éveil,
Qui aspire au bonheur de tous les êtres
Et de l'activité dispensatrice de bienfaits.
Après avoir, dans le deuxième chapitre du Bodhisattvacaryāvatāra (« Le chemin et la conduite des bodhisattvas), longuement pris conscience, reconnu et confessé ses fautes morales et avoir pris l'engagement de ne pas retomber dans ces fautes morales, Shāntideva évoque la joie qui est une dimension importante de l’Éveil. Cette joie, c'est la joie qui se manifeste devant l'accomplissement des qualités morales et l'accomplissement du bien.
Toutes les joies ne se valent pas. On peut être très joyeux parce que son équipe nationale a remporté la coupe du monde de football, on peut être joyeux parce qu'on a reçu une augmentation au boulot ou parce qu'il fait enfin beau après quelques jours de pluie. C'est une joie pour soi-même ou pour son clan. On peut être aussi joyeux pour de très mauvaises raisons : ainsi la joie sadique de voir les autres vaincus, humiliés ou blessés, comme ces soldats qui célèbrent un massacre et rient de voir la détresse des vaincus. C'est ce qu'on appelle en allemand la schadenfreude. Cette joie malveillante est évidemment à bannir quand on réfléchit dans le cadre moral du Bouddha.
Bien meilleure qu'une joie égoïste ou une joie malveillante, il y a cette joie sacrée qui exulte devant le bonheur des autres et devant les vertus qui accomplissent le bien des autres. C'est la joie que met en valeur ici Shāntideva. On se réjouit du bien, on se réjouit de l’Éveil, on se réjouit des qualités qui permettent de propager l’Éveil autour de soi. On se réjouit de la manifestation des Bouddhas en ce monde ainsi que des « terres » que franchissent les bodhisattvas.
Dans le bouddhisme du Grand Véhicule, on appelle « terre » (ou bhūmi en sanskrit) les étapes de progression du voyage spirituel du bodhisattva vers le plein Éveil parfait et incomparable d'un Bouddha. On trouve dans les Soûtras du Grand Véhicule des descriptions de ces dix terres, notamment dans le Soûtra des dix terres (Daśabhūmika Sūtra), un des chapitres du Soûtra de l’ornementation fleurie (Avatamsaka Sūtra). Ces dix terres sont dans l'ordre :
La joie parfaite, skt. Pramuditā-bhūmi
Ce qui devient manifeste, skt. Abhimukhī-bhūmi
On peut ainsi constater que la première des dix terres est précisément appelée « joie parfaite ». Joie parfaite devant le bonheur et les qualités des autres, joie parfaite sans trace de jalousie et d'envie, joie parfaite qui est un moteur essentiel pour l’Éveil, joie parfaite qu'il ne faut jamais hésiter à manifester dans notre cœur !
Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil
Chapitre II: Le dévoilement des fautes
- Méditation des Quatre Incommensurables
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