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jeudi 30 mai 2019

Entre philosophie et religion






Hier après-midi, j'ai été frappé par un tweet d'une jeune femme francophone d'origine thaïlandaise qui affirme assez agressivement le caractère religieux du bouddhisme. 














Deux choses me dérangent dans ce tweet, sur lesquels je voudrais m'étendre :

  • 1°) Oui, il y a bien débat sur la question de savoir si le bouddhisme est d'abord une philosophie ou une religion.

  • 2°)Il y a des relents racistes dans ce tweet, tant dans l'idée que la compréhension du bouddhisme serait réservée aux Asiatiques que dans celle que la philosophie serait une discipline purement occidentale.

mardi 28 mai 2019

Une lueur, un souffle, une ombre




Qu'est-ce que la vie ?
C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit.
C'est le souffle d'un bison en hiver.
C'est la petite ombre qui court dans l'herbe
et se perd au couchant.

Crowfoot (1821-1890)



dimanche 26 mai 2019

Diversité





La théologie est une science, mais en même temps, combien est-ce de sciences ? Un homme est un suppôt, mais si l'on l'anatomise, sera-ce la tête, le cœur, l'estomac, les veines, le sang, chaque humeur du sang ?


Une ville, une campagne, de loin, c'est une ville et une campagne, mais à mesure qu'on s'approche, ce sont des maisons, des arbres, des tuiles, des feuilles, des herbes, des fourmis, des pattes de fourmis, des jambes de fourmis à l'infini. Tout cela s'enveloppe sous le nom de campagne.


Blaise Pascal, Pensées,
fragment 99 de l'édition Sellier (fr. 115 de l'éd. Brunschvicg, fr. 65 de l'éd. Lafuma)



vendredi 24 mai 2019

L'homme n'est ni ange, ni bête





L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête.


Il est dangereux de trop faire voir à l’homme combien il est égal aux bêtes, sans lui montrer sa grandeur. Il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l’un et l’autre. Mais il est très avantageux de lui représenter l’un et l’autre.


Il ne faut pas que l’homme croie qu’il est égal aux bêtes, ni aux anges, ni qu’il ignore l’un et l’autre, mais qu’il se sache l’un et l’autre.


S’il se vante, je l’abaisse ;
s’il s’abaisse, je le vante ;
et le contredis toujours,
jusqu’à ce qu’il comprenne
qu’il est un monstre incompréhensible.


Bassesse de l'homme jusqu'à se soumettre aux bêtes, jusqu'à les adorer.


Après avoir montré la grandeur et la bassesse de l'homme. Que l’homme maintenant s’estime à son prix. Qu’il s’aime, car il y a en lui une nature capable du bien ; mais qu’il n’aime pas pour cela les bassesses qui y sont. »


Blaise Pascal, Pensées,
fragments 557, 153, 154, 163, 86 & 151 de l'édition Sellier
(dans l'éd. Brunschvicg : 358, 418, 418, 420, 429 & 423 ;
dans l'éd. Lafuma : 678, 121, 121, 130, 53 & 119).


samedi 18 mai 2019

De temps en temps, les nuages





De temps en temps, les nuages
Nous reposent
De tant regarder la lune.

Matsuo Bashō (1644 – 1694), 
Bashō Kushū, 472 ; Miyamori, 77.






Kawase Hasui, Lune brumeuse, 1924.





Traditionnellement, la lune est un symbole de la conscience qui dissipe les ténèbres de l'ignorance par sa clarté. La méditation consiste à répandre cette clarté de la conscience et de l'attention dans chaque aspect de notre vie. Éclairer encore et encore le corps et l'esprit et rester vigilant, voilà comment on pourrait résumer brièvement la méditation. Mais cet acte d'attention ne peut-il pas à la longue être source de tension comme quelqu'un qui s'efforcerait de regarder des heures durant la face de la lune à la longue vue ? C'est que suggère délicatement ce haïku de Bashō.


On a ce terme de « Pleine Conscience » qui en vient à remplacer le terme de « méditation » comme s'il fallait imposer directement une transparence totale à soi-même, écarter agressivement toute trace de distraction en nous. Mais cela est impossible : l'attention ne se développe que très lentement, lentement, lentement en nous. Et cette attention même soutenue peut être recouverte très vite de pensées, de souvenirs, d'émotions, de rêveries. On a cette expression assez catastrophique pour décrire la méditation : « faire le vide en soi », comme s'il fallait balayer tout ça. Mais parfois, rien ne sert de se battre : les pensées nous traversent comme les nuages recouvrent momentanément la lune, laissons ces pensées nous traverser. À la longue, on en vient à cultiver une forme d'attention dans l'inattention. La distraction nous envahit, mais une petite partie de l'esprit reste vigilante, observant le processus même de la distraction.









Hasui Kawase, Pleine lune à Magomé, 1930.



D'autres haïkus de Bashō : 













Voir également : 























Takahashi Shotei Maison de thé au clair de lune   -    vers 1930









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mercredi 15 mai 2019

Les grandes notions de la métaphysique




Les grandes notions de la métaphysique





La métaphysique est le questionnement philosophique autour de tout ce qui est au-delà du monde naturel et sensible ("meta" en grec signifiant : "au-delà" et physique dérivant de "physis" la nature). Ce texte a pour but d'esquisser à grands traits quelques problématiques de la métaphysique sans rentrer dans les détails et restant très concis.


mercredi 10 avril 2019

Développement personnel et philosophie eudémoniste



Développement personnel et philosophie eudémoniste




Il y a une dizaine de jours, j'ai regardé une vidéo du youtubeur d'extrême-gauche Usul intitulée « Développements personnels : pensez positif » où il critique vertement la culture individualiste du développement personnel. Je n'aurai pas grand-chose à ajouter à cette vidéo si la personne qui figure sur la vignette de la vidéo n'était autre que le moine bouddhiste français, Matthieu Ricard. Usul le place comme l'un des exemples de l'idéologie du développement personnel. Cela m'a mis fort mal à l'aise : il y a beaucoup de choses à dire sur Matthieu Ricard, mais certainement pas qu'il faille le ranger dans la catégorie des coachs en développement personnel. Les livres de Matthieu Ricard exposent la doctrine bouddhique qui, certes, parlent de transformation de soi-même afin de mieux vivre, mais pas dans l'optique du développement personnel, me semble-t-il. C'est pourquoi il m'apparaît utile de faire ici une distinction entre le développement personnel et l'eudémonisme, « eudémonisme » désignant toute philosophie dont le but central est d'atteindre le bonheur.

dimanche 10 février 2019

Soûtra des Résultats





Soûtra des Résultats


Ānisamsa Sutta (Anguttara Nikāya, V, 1-2)




Ainsi ai-je entendu.

Le Bienheureux séjournait alors dans le monastère fondé par Anāthapindika, dans le parc Jeta, près de la ville de Savatthi. En ce temps-là, un jour, le Vénérable Ānanda s'approcha du Bienheureux. S'étant approché, il lui rendit hommage, puis s'assit à l'écart sur un côté. S'étant assis à l'écart sur un côté, il lui demanda :


« - Quel est, ô Bienheureux, le but et l'avantage des actions efficaces et des préceptes ? »


Le Bienheureux répondit :

« - Ô Ānanda, le but et l'avantage des actions efficaces et des préceptes est l'absence de regrets.

- Quel est alors, ô Bienheureux, le but et l'avantage de l'absence de regrets ?

- Ô Ānanda, le but et l'avantage de l'absence de regrets est la joie.

- Quel est alors, ô Bienheureux, le but et l'avantage de la joie ?

- Ô Ānanda, le but et l'avantage de la joie est la jubilation.

- Quel est alors, ô Bienheureux, le but et l'avantage de la jubilation ?

- Ô Ānanda, le but et l'avantage de la jubilation est la tranquillité.

- Quel est alors, ô Bienheureux, le but et l'avantage de la tranquillité ?

- Ô Ānanda, le but et l'avantage de la tranquillité est la félicité.

- Quel est alors, ô Bienheureux, le but et l'avantage de la félicité ?

- Ô Ānanda, le but et l'avantage de la félicité est la concentration de l'esprit ?

- Quel est alors, ô Bienheureux, le but et l'avantage de la concentration de l'esprit ?

- Ô Ānanda, le but et l'avantage de la concentration de l'esprit est la capacité de savoir et voir les choses telles qu'elle sont.

- Quel est alors, ô Bienheureux, le but et l'avantage de la capacité à savoir et voir les choses telles qu'elles sont ?

- Ô Ānanda, le but et l'avantage de la capacité de savoir et voir les choses telles qu'elles sont est le dégoût et le détachement.

- Quel est alors, ô Bienheureux, le but et l'avantage du dégoût et du détachement ?

- Ô Ānanda, le but et l'avantage du dégoût et du détachement est la vision réaliste concernant la libération.


De cette manière, Ô Ānanda, les actions efficaces et les préceptes ont but l'absence de regrets. L'absence de regret a pour but la joie. La joie a pour but la jubilation. La jubilation a pour but la tranquillité. La tranquillité a pour but la félicité. La félicité a pour but la concentration de l'esprit. La concentration de l'esprit a pour but la capacité de savoir et voir les choses telles qu'elles sont. La capacité de savoir et voir les choses telles qu'elles sont a pour but le dégoût et le détachement. Le dégoût et le détachement a pour but la vision réaliste concernant la libération.


Ainsi, vous voyez, Ô Ānanda, les actions efficaces et les préceptes dirigent graduellement le disciple vers les plus hauts sommets.