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dimanche 16 août 2026

L'attention (IV, 21 à 25)

 

L'attention (IV, 21 à 25)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



21. Si, pour une faute d'un instant,

On demeure durant un âge cosmique dans le lieu d'indicibles souffrances,

Comment parler de situations plaisantes

Pour les erreurs accumulées dans le samsāra depuis des temps sans commencement ?


22. Mais cette seule expérience (de la souffrance)

Ne me donnera pas la libération,

Car, tandis que je l'éprouve,

Je produis d'autres méfaits.


23. Il n'y a pure duperie,

Il n'y a pire folie

Que de ne pas cultiver le bien

Après avoir acquis une telle liberté.


24. Et quand, ayant compris cela,

Aveugle, je continue de céder à la paresse,

Lorsque surviendra l'heure de la mort

Une immense tristesse s'emparera de moi.


25. Lorsque, pour longtemps, mon corps sera brûlé

Dans les feux de l'enfer, difficiles à endurer,

Sans aucun doute, mon esprit sera tourmenté

Par les flammes d'un regret intolérable.








L’enfer - dans "Les Très Riches Heures du duc de Berry" 
Paul, Jean et Herman de Limbourg,
XVe siècle (Chantilly, Musée Condé)











Je ne vais pas revenir sur la forte propension de Shāntideva à agiter l'épouvantail des enfers devant ses disciples. J'en ai parlé dans mon commentaire des strophes 5 à 11 de ce même quatrième chapitre. Pour ma part, je ne suis pas certain que la faute d'un instant conduise nécessairement à des âges cosmiques de souffrances monstrueuses ! Les expressions « âge cosmique » ou « période cosmique » traduisent le mot sanskrit « kalpa ». Le kalpa est la durée de vie d'un univers. Et dans la cosmologie bouddhiste, c'est un temps extrêmement long. Dans les soûtras, une image est donnée afin de se faire une idée de cette prodigieuse durée. Imaginez une grande montagne de la chaîne de l'Himalaya. Tous les cent ans, un homme vient effleurer la roche de cette montagne avec un tissu fabriqué avec la plus fine soie de Bénarès ? Et bien, un kalpa, c'est le temps qu'il faudra pour éroder complètement la montagne, juste grâce à l'action du frottement de notre morceau de tissu sur la montagne. Donc, c'est long, très long pour la « faute d'un instant ». Surtout qu'on ne nous spécifie pas la nature de cette faute d'un instant.


Néanmoins, ce qu'il ne faut pas négliger, c'est qu'une faute, même bénigne, peut déclencher toute une chaîne de causes et de conséquences qui peut être très longue, comme ces milliers de dominos qu'on dispose les uns à la suite des autres ; et en faisant tomber le premier, tous les autres finissent par tomber les uns à la suite des autres. Il faut être vigilant à cela et se rappeler constamment tout l'intérêt d'être attentionné dans nos actions, même les plus banales. Tenter constamment de s'améliorer et se détacher des tendances mauvaises qui peuvent surgir en nous comme la colère, l'irritation, l'égoïsme, le désintérêt, la jalousie, etc...


Ce qu'il faut retenir de ce qui dit Shāntideva, même si on ne partage pas toutes ses visions infernales, c'est que la seule expérience de la souffrance n'est pas vraiment un moyen de purger ses fautes. En fait, quand on est dans ce genre de situations difficiles, on a tendance à réagir avec toutes sortes d'émotions perturbatrices en commettant toutes sortes de fautes morales qui vont relancer le karma négatif. Par exemple, vous vous faites agresser dans la rue, vous allez très probablement réagir par la haine et la colère, et vous allez avoir une furieuse envie de vous venger. Et si l'occasion d'une vengeance se présente, vous allez saisir cette occasion de faire le mal en retour. Et la colère vous trouvera toutes sortes de justifications morales complètement bancales, mais qui pourront convaincre très efficacement votre mental dans le moment donné. Justifications que vous regretterez amèrement par la suite quand vous aurez finalement compris toute l'erreur insensée de votre acte de vengeance.


Il est très difficile de rester insensible aux sirènes qui viennent vous hanter avec cet appel lancinant à se venger de ceux qui nous font du mal ou à réagir par l'orgueil à celui qui nous méprise. C'est le pouvoir des émotions perturbatrices de se renforcer colossalement quand nous sommes dans la détresse, la peur ou le chagrin.


C'est donc quand nous sommes dans une situation acceptable qu'il y a urgence à pratiquer le bien. Quand nous bénéficions de la précieuse existence humaine (dont je parle dans le commentaire des strophes 12 à 20), nous sommes dans la situation où ma liberté d'agir est maximale par rapport à toutes autres situations. C'est là où il faut se décider d'agir dans le sens du bien et ne pas prendre la chose à la légère ! Ce serait, comme le dit Shāntideva, une immense duperie et même une forme de folie.









Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


- L'attention (IV, 1 à 4)

- L'attention (IV, 5 à 11)

- L'attention (IV, 12 à 20)


Chapitre IV : L'attention







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