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mardi 3 novembre 2026

La patience (VI, 70 à 75)

 

La patience (VI, 70 à 75)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



70. Par exemple, quand le feu a pris dans une maison

En atteint une autre,

Il est avisé de retirer la paille et autres matières

Qui pourraient causer sa propagation.


71. De même, quand le feu de l'aversion se propage

Vers ce par quoi mon esprit est attaché,

De peur que mes mérites ne soient consumés,

Je dois, à l'instant, abandonner cet attachement.


72. Si un condamné à mort est relâché

Avec la main coupée, n'est-ce pas heureux ?

Si, au prix des souffrances humaines,

J'échappe aux enfers, n'est-ce pas heureux ?


73. Si je suis incapable d'endurer

Même les menues souffrances actuelles,

Alors pourquoi ne pas me détourner de la colère,

La cause des supplices infernaux.


74. Pour la satisfaction de mes désirs,

J'ai enduré mille fois les feux de l'enfer,

Mais n'ai accompli ni mon propre bien,

Ni celui d'autrui.


75. Or, comme pour des maux infiniment moindres,

De vastes desseins sont parachevés,

Je dois seulement me réjouir

De ces souffrances qui dissipent le malheur du monde.






Hubert Robert (1733 - 1808) - Le Grand Incendie de Rome, 18 juillet 64 sous Néron (1785)








Dans les strophes 7 et 8 de ce même chapitre sur la patience, Shāntideva expliquait que la colère et l'aversion naissent et s'amplifient de la frustration de ce que désire ardemment et au contact de ce que je déteste ou que je ne veux que cela se produise. En d'autres, la colère et l'aversion naissent quand mon attachement est contrarié et quand je suis frontalement confronté à ma répulsion. La colère est comme un grand feu ; et malheureusement, ce grand feu se propage à la maison du « moi ». Quand l'incendie menace votre maison, il est avisé de retirer toute matière qui pourrait facilement s'enflammer et faciliter le feu. Pareillement, il est avisé d'abandonner nos attachements quand ceux-ci pourraient être la source du grand feu infernal de la colère.


Encore une fois, c'est plus facile à dire qu'à faire. Car le nombre de choses ou de phénomènes auxquels on peut s'attacher est tout simplement ahurissant : l'argent, notre maison, notre corps, notre beauté, notre bijoux, nos produits de luxe, notre voiture, notre style de vie, notre identité, notre réputation, notre bonne conscience, notre orgueil et même nos accomplissement spirituels.... Et ça sans compter nos attachements à des personnes ou des groupes de personnes, notre famille, nos amis, les personnes aimées, notre communauté, notre sangha, notre club de football favori, notre parti politique, notre religion, notre pays... Il serait trop long d'énumérer toute la liste de nos attachements. Et ce que nous dit Shāntideva (de manière vertigineuse, me semble-t-il), c'est d'être prêt à renoncer à tout cela chaque fois quelqu'un ou un groupe de personnes viennent remettre ces attachements en question.


L'enjeu pour Shāntideva est, comme dans les strophes 66 à 69, d'éviter une renaissance dans les enfers. Et si on met dans la balance les souffrances d'un renoncement à nos causes de bonheur dans cette vie terrestre et les souffrances indicibles, les tortures monstrueuses que les êtres expérimentent dans les enfers, le calcul est vite fait : mieux vaut subir les tourments et les injustices que nous infligent nos agresseurs dans cette vie terrestre. On s'en tire à meilleur compte quelle que soit la cruauté de nos bourreaux ! Cela n'a rien de comparable à l'horrible succession des tourments qui caractérisent l'enfer !


Shāntideva compare notre condition humaine sous le joug de l'injustice au condamné à mort qui échapperait à l'exécution finale, mais au prix d'une main coupée. C'est indéniablement mieux même si personne n'a envie de subit ce sort pour être tout à fait franc ! Shāntideva fait aussi remarquer que nous ne supportons que très difficilement des souffrances très vives comme aller chez le dentiste par exemple ou cogner son doigt de pied contre un pied de la table en chêne. Qu'est-ce que ça sera si on devait aller dans les enfers où on sera flagellé, découpé, ébouillanté, frappé et écartelé ? Mieux vaut éviter cela à tout prix en cultivant dès aujourd'hui la patience et le renoncement ! Shāntideva encourage même à se réjouir de ces souffrances vécues dans cette vie terrestre avec la patience et la bienveillance, car cette patience et cette bienveillance dissipent la misère du monde. Et ce combat est le plus noble de tous.




William Turner (1785 - 1881) - Incendie de Constantinople (vers 1834)
(Palais des Beaux-Arts de Lille).







Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)

- La patience (VI, 17 à 20)

- La patience (VI, 21)

- La patience (VI, 22 à 26) + 2ème partie

- La patience (VI, 27 à 31)

- La patience (VI, 32 à 38)

- La patience (VI, 39 à 41)

- La patience (VI, 42 à 51)

- La patience (VI, 52 à 55)

- La patience (VI, 56 à 61)

- La patience (VI, 56 à 61) + 2ème partie


Chapitre VI : La patience






NB : Cet article est écrit sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur (humain) de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.






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