Pages

jeudi 29 octobre 2026

La patience (VI, 56 à 61)

 

La patience (VI, 56 à 61)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva


56. Mieux vaut la mort aujourd'hui même

Qu'une longue vie par des moyens d'existence erronés,

Car même si les gens comme moi vivent longtemps,

Ils n'évitent pas les souffrances du trépas.


57. Quelqu'un éprouve en rêve un siècle de bonheur ;

Où est ce bonheur au réveil ?

Un autre éprouve en rêve un instant de bonheur ;

Où est ce bonheur au réveil ?


58. Quand toutes deux s'éveillent,

Leur joie ne réapparaît pas.

Ainsi d'une longue vie ou d'une courte vie :

Toutes deux ont leur fin à l'heure de la mort.


59. Après avoir longuement savouré le bien-être,

Après avoir gagné beaucoup,

Je m'en irai les mains vide,

Comme dépouillé par des voleurs.


60. « Mais, grâce à mes profits, je vivrai,

J'épuiserai mes fautes et augmenterai mes mérites ».

En s'irritant pour des gains,

Les bienfaits ne s'épuisent-ils pas ? Les fautes n'augmentent-elles pas ?


61. À quoi bon vivre

Pour celui qui ne commet que des méfaits,

Et si, pour des gains,

Les mérites même nécessaires à la vie se détériorent ?







Ravi Zupa




Un argument souvent invoqué pour justifier la colère et la violence est le risque que l'agresseur fait peser sur nos vies. Shāntideva estime que cet argument n'a pas suffisamment de poids pour nous détourner de l'exercice de la patience. Si mon agresseur me tue, il raccourcit ma vie, et c'est embêtant ! Si c'est moi qui le tue, c'est encore plus embêtant, car, du coup, c'est moi qui me mets à mener une vie faite de violence et d'agressivité, une vie mauvaise qui me vaudra énormément de conséquences négatives sous forme d'un karma très lourd.


Je ne devrais pas considérer qu'il faut absolument avoir une longue vie à tout prix. La vie, quelle que soit sa longueur dans le temps, passe très vite comme un rêve s'effiloche dans les limbes de l'oubli.


« Quelqu'un éprouve en rêve un siècle de bonheur ;

Où est ce bonheur au réveil ?

Un autre éprouve en rêve un instant de bonheur ;

Où est ce bonheur au réveil ? »


Tôt ou tard, j'arriverai au terme de ma vie, et toujours plus vite que ce que je ne crois. L'important, c'est la qualité de ma vie en tant que celle-ci est remplie d'actions bénéfiques, de paroles bénéfiques et de pensées bienveillantes et justes. La qualité de ma vie ne tient pas dans le nombre d'années qui la compose, mais dans les mérites et la sagesse dont je peux témoigner au jour le jour.


Bien sûr, personne n'a envie de mourir avant l'heure. Mais tout le monde devrait se poser la question de comment améliorer la qualité de sa vie et celle des autres. Et la qualité de cette vie ne se compte pas judicieusement en possessions, en richesses, en confort ou en satisfactions égoïstes. Tout cela devra être abandonné au moment de la mort, comme si des brigands de grand chemin nous avaient dépouillés de toutes nos richesses et nos possessions sur le sentier de la mort.


Et si on justifie cela en disant : « Oui, mais en vivant plus longtemps, je pourrai créer du mérite, faire des dons à la Sangha, étudier le Dharma, purifier mes fautes », il faudra dire que c'est bien mal parti puisque notre supplément de vie aura été causé par un supplément de fautes morales, et même la pire des fautes morales selon le bouddhisme. Rappelons-nous la strophe 2 de ce même chapitre sur la patience du Bodhisattvacaryāvatāra où Shāntideva dit :


« Il n'y a pas de faute comparable à la colère

Et pas d'ascèse comparable à la patience ».



Qui peut vraiment affirmer qu'il sera irréprochable dans le reste de sa vie juste après avoir cédé à la colère et à la violence ? Surtout que la violence a tendance à répondre à la violence dans un cycle infernal et qu'une fois embarqué sur le navire de la brutalité, on n'en sort que rarement sans subir représailles et vengeances de la part des alliés de notre agresseur ! Les promesses de vie vertueuse et de rédemption après un épisode de violence ne sont-elles pas comme les promesses de l'alcoolique qui jure qu'il ne retouchera jamais à une goutte d'alcool et qui retombe dans son vice à la moindre occasion ? N'est-il pas dès lors plus judicieux et prudent d'être irréprochable tout de suite en faisant preuve de patience et en acceptant pleinement le destin funeste que cet exercice de la patience pourrait provoquer, à savoir une mort prématurée ? Une mort prématurée certes, mais la mort d'un juste parmi les justes.









Catrin Weltz-Stein






Le reste du commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva: 


Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil


Chapitre IV : L'attention


Chapitre V: La garde de la vigilance


Chapitre VI : La patience

- La patience (VI, 1 & 2 )

- La patience (VI, 3 à 5)

- La patience (VI, 6 à 9)

- La patience (VI, 10)

- La patience (VI, 11 & 12)

- La patience (VI, 13)

- La patience (VI, 14 à 16)

- La patience (VI, 17 à 20)

- La patience (VI, 21)

- La patience (VI, 22 à 26) + 2ème partie

- La patience (VI, 27 à 31)

- La patience (VI, 32 à 38)




Chapitre VI : La patience








NB : Cet article comme tous les autres précédemment sont écrits sans l'aide de l'intelligence artificielle générative. Je suis le seul auteur de ce commentaire.




Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.










N'hésitez pas à apporter vos avis et vos commentaires ainsi qu'à partager cet article. Ils sont les bienvenus !

Vous pouvez suivre le Reflet de la Lune sur Facebook, Tumblr, X (ex-Twitter) ou BlueSky. 







Paul Delvaux, Les grands squelettes





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire