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samedi 1 août 2026

Crépol et le racisme anti-blanc

 


Je voudrais réagir à une vidéo où le média d'extrême-gauche Blast donne la parole au sociologue institutionnel Eric Fassin 1 et où il réagit à la décision de la justice d'inculper les prévenus de l'affaire de Crépol de « crimes racistes ». Pour rappel, en 2023 dans le village de Crépol dans la Drôme, le jeune Thomas Perroto (16 ans) avait été poignardé lors d'une rixe où les assaillants auraient tenu des propos racistes : « On est là pour planter des blancs ». Deux autres jeunes hommes ont été grièvement blessés ce soir-là. Eric Fassin conteste cette qualification de racisme et voit là l'influence grandissante de l'extrême-droite.


Eric Fassin explique que la racisme naît en dépendance d'un « contexte » et d'une « Histoire ». Il nous dit (à 3'35) : « Le concept de racisme dans les sciences sociales a un sens. Ce n'est pas simplement un individu face à un autre individu, ou un groupe d'individus face à un autre groupe d'individus. C'est quelque chose qui renvoie à un contexte ou à une Histoire ou aux deux. Et les deux sont souvent mêlés. (Ils donnent des exemples) Ce qui est à peu près évident pour tout le monde, c'est que les images et les mots ne parlent pas tout seul. Ils s'inscrivent dans toute une Histoire. C'est pourquoi nous pouvons facilement reconnaître l'antisémitisme ou le racisme ou l'islamophobie. Cela nous rappelle des choses. Et cela rappelle plus souvent des choses aux personnes dont c'est l'Histoire qu'à d'autres qui ignorant cette Histoire ».


Deux choses à dire :


- 1°) On passe sous silence le racisme comme acte moral ou attitude morale, c'est-à-dire le racisme dans sa dimension première, quand je dévalorise de mon propre chef une personne ou un groupe de personnes du fait de sa race, de son ethnie, de sa nationalité, de sa région, du groupe auquel cette personne appartient. Je dis que c'est la dimension première du racisme parce qu'il repose sur mon sentiment d'identification à un groupe et mon sentiment de rejet par rapport à « eux », ceux qui ne font pas partie de ce groupe. Ce racisme-là est présent en chaque être humain depuis la nuit des temps, depuis que les humains ou avant les hominidés forment des groupes et voient dans les autres groupes une menace directe (ils risquent de nous attaquer) ou une menace pour l'exploitation des ressources (ils vont nous voler notre mammouth).


Bien sûr, le racisme peut être excité par l’État, amplifié et renforcé. Il peut y avoir un discours qui en fait la propagande, qui le justifie avec des arguments qui semblent « rationnels » ou qui le dissémine dans la culture ambiante. Ce qui fait que les individus se sentiront d'autant plus légitimes à soutenir ce discours raciste, à avoir des attitudes racistes, à prononcer des paroles racistes ou à perpétrer des actes racistes.


Ainsi du XVIème siècle au XIXème siècle, tout le discours sur les bons et les mauvais sauvages, les essais soi-disant scientifiques de classification des races et de hiérarchisation des races dans la foulée de l'expansion coloniale et de l'esclavagisme des sociétés occidentales de cette période. Bien sûr que le contexte social et historique est important pour comprendre pourquoi aujourd'hui le racisme est majoritairement considéré moralement comme mauvais alors qu'il aurait semblé parfaitement naturel à un Occidental du XIXème siècle pétris d'idée de supériorité de race.


Mais ce n'est pas pour autant que l'on peut gommer le racisme dans sa dimension morale, d'un individu à l'encontre d'un autre individu ou d'un groupe d'individus à l'encontre d'un autre groupe d'individus. Au commencement et à la fin, il y a toujours des individus qui, dans leur tête, détestent d'autres individus parce qu'ils les assimilent à un autre groupe d'individus, les considèrent comme foncièrement mauvais, inférieur, mal élevé, etc...


On me dira que le concept de racisme vient d'un contexte historique que j'ai rapidement évoqué : la hiérarchisation soi-disant scientifique des races. Ce serait « l'origine » du racisme, et « l'invention » du racisme se serait produite avec les zoos humains au XIXème siècle. On aurait « inventé » le sauvage à cette époque pour faire venir en masse les spectateurs pour ces shows de peuples primitifs. Je pense que cette idée doit vraiment être combattue : non, le racisme existait bien avant la hiérarchisation soi-disant scientifique des races.


Aristote considérait les peuples non-grecs comme des barbares et les Grecs comme un peuple supérieur, libre et naturellement disposé à dominer les autres peuples. Les Chinois voyaient les autres peuples aussi comme des barbares dont il fallait se protéger. D'où l'idée de la Grande Muraille de Chine. Dans le caractère guo 国qui désigne un pays en chinois et qui a donné Zhongguo 中国 , le « Pays du Milieu », c'est-à-dire la Chine, vous avez l'enceinte d'une muraille tout autour du caractère : c'est-à-dire la séparation xénophobe entre « nous » et « eux » encore et toujours.


Les Occidentaux n'ont pas inventé le racisme, ils ont peut-être créé le mot, mais pas la chose. La hiérarchisation pseudo-scientifique des races n'est pas une origine, mais un redoutable outil de propagande pour répandre et imposer le racisme, et surtout pour justifier l'injustifiable : l'exploitation coloniale, l'esclavagisme ainsi que la ségrégation. Les zoos humains ont été une aberration honteuse et, encore une fois, un outil de propagande pour justifier le bien-fondé idéologique de la « mission civilisatrice et évangélisatrice » des colons d'Occident.


2°) Eric Fassin nous dit qu'il faut regarder le contexte et l'Histoire pour savoir si on est face à du racisme. Mais qui va dire ce contexte ? Qui va dire l'Histoire ? Parce que si le contexte nous est expliqué par Eric Fassin lui-même, on n'est pas prêt de voir du racisme anti-blanc. Un tabassage d'un Blanc en règle ? Des pauvres personnes « racisées » qui se révoltent contre l'oppression systémique du patriarcat blanc cis-genre. Des insultes comme « Sales blancs » ou « sales gwers » ? La libre expression du franc-parler des banlieues contre la domination linguistique fascistes de la bourgeoisie culturelle blanche.


Et pareillement pour l'Histoire. Si on fait appel à un camarade de lutte d'Eric Fassin, l'historien Patrick Boucheron, on aura une Histoire où les Blancs n'ont fait que des horreurs : Auschwitz, Dachau, le génocide des Indiens d'Amérique, l'esclavage, le commerce triangulaire et la traite trans-atlantique, etc... Tandis que les autres peuples « racisés » eux étaient très pacifiques, toujours positifs. Oublié l'esclavage arabo-islamique des peuples d'Afrique, oubliées les invasions mongoles de Gengis Khan et de ses descendants, oubliés les barbaresques qui faisaient des esclaves blancs pour les sultans ottomans sur les cotes de Provence, oubliée la guerre civile des Taipings qui a fait plusieurs dizaines millions de morts dans la Chine du XIXème siècle, etc, etc....



On aura compris que le contexte et l'Histoire servent aux propagandistes de l'idéologie woke se revendiquant des sciences sociales à étouffer toute velléité de dénoncer un racisme anti-blanc alors même que c'est une évidence que de nombreux personnes issus de l'immigration extra-européenne voue une haine profonde aux Européens de souche, une haine complètement raciste. Mais les voyous des banlieues peuvent compter sur la collaboration fidèle des universitaires des sciences humaines pour faire régner un climat de terreur intellectuelle et morale sur cette question. Le dogme doit être maintenu en l'état : seuls les Blancs sont racistes, seuls eux sont homophobes, transphobes et sexistes. (Ce qui en soi est une thèse violemment raciste).


Eric Fassin, dans la vidéo (5' 06''), s'en prend au fait que certains ont dénoncé en 2005 des « ratonnades anti-blancs » : il rappelle à juste titre que le mot « ratonnade » est né dans le contexte de la guerre d'Algérie et qu'il désigne le fait (honteux) que des Algériens étaient parfois passés à tabac dans la France métropolitaine parce qu'Algérien. Si on parle de « ratonnades anti-blancs », c'est précisément par analogie avec le contexte historique : des Blancs sont passés à tabac par des Arabes parce que Blancs ou « gwers » et qu'il y a lieu de s'en inquiéter. Mais avec la grille de lecture d'Eric Fassin, on n'est pas prêt de voir le réel parce qu'il contrevient avec le dogme que le seul racisme est celui des Blancs.


D'où les accusations lancinantes d'extrême-droite dès lors qu'on parle de cette problématique et qu'Eric Fassin ne manque pas de faire tout au long de la vidéo. Le problème est, me semble-t-il : faut-il combattre l'extrême-droite en niant la réalité des choses et racontant des fables ? Le racisme anti-blanc existe. Pourquoi le nier ? C'est comme si je veux combattre le danger que représentent Donald Trump et Benjamin Netanyahu et que j'en venais à la conclusion aberrante que le point commun entre ces deux hommes détestables, c'est qu'ils croient à une Terre ronde et que je me mettais à défendre l'idée absurde de la Terre plate. C'est exactement ce qu'on fait actuellement !


Eric Fassin explique que cela fait longtemps que Jean-Marie Le Pen dénonçait le racisme anti-français. Mais cela n'a rien d'étonnant : quelqu'un de raciste comme lui percevait mieux le racisme des populations immigrées puisqu'il baignait lui-même dans le racisme et cherchait à discréditer le plus possible ces populations. Je précise aussi que la dénonciation du racisme anti-blanc n'est en aucune façon une caution pour le racisme que les Français de souche ou Européens de souche pourraient alimenter à l'encontre des populations immigrées. Le racisme est moralement inacceptable. Point à la ligne.


Eric Fassin explique (à 20') que le racisme anti-blanc est un moyen pour l'extrême-droite de se réapproprier un discours victimaire. Mais la solution, c'est de critiquer ce discours victimaire, pas de nier la réalité de départ !


Directement après (20' 30''), Eric Fassin : « Quand on veut nous empêcher de parler de racisme systémique en disant : "Oh là là, c'est pas comme cela marche parce que c'est pas tout le monde, et c'est pas si grave, etc", c'est-à-dire qu'on ne veut pas comprendre la logique structurelle qui est à l’œuvre, qui va au-delà des insultes, qui va au-delà des agressions individuelles, quand on ne veut pas entendre la notion de racisme systémique. Qu'est-ce qu'on fait ? On est train de dire : "je ne veux pas que vous me parliez de la société". »


C'est un point important et un nœud du problème qu'il faut bien expliquer pour bien montrer toute l'absurdité de la position du sociologue. Comme je l'ai dit plus haut, il y a un racisme au sens moral qui est le fait d'un ou plusieurs individus qui ont des pensées, des paroles, des attitudes et des actes que l'on peut juger « raciste » si ceux-ci discriminent certains groupes et les dévalorisent du seul fait de cette appartenance à un groupe. Ce racisme peut faire l'objet d'une condamnation pour autant que votre système de valeurs morales considèrent qu'il est mal d'adopter des positions racistes. Si vous êtes membre du Ku Klux Klan, vous ne serez peut-être pas très sensible au racisme que subissent les Afro-Américains. Par contre, vous dénoncerez le racisme anti-blanc. Si, par contre, vous êtes un minimum universaliste, toute forme de racisme est condamnable. Et c'est évidemment la position morale que je défends (n'en déplaise à Eric Fassin qui n'aime pas l'universalisme en bon post-moderne woke qu'il est).


Ça, c'est la première forme de racisme : un racisme du fait des individus que la morale peut réprouver. Et puis il y a le racisme systémique qui n'est pas le fait d'individus, mais d'un système comme son nom l'indique. Je vais prendre un exemple pour expliquer ce racisme systémique. Imaginons Karim et Aurélien, deux garçons charmants, bien sous tout rapport, pas racistes pour un sou, qui sont dans la même classe et qui font des études pour devenir banquier. Ils ont tous les deux obtenu exactement le même résultat aux examens et ont tous les deux le même diplôme. Tous les deux recherchent de l'emploi et font exactement le même nombre de démarches pour avoir un job. Seulement, Aurélien vient d'une bonne famille intégrée dans la société tandis que les parents de Karim sont arrivés il y a dix ans en France et n'ont aucune relation. Du fait du capital social de la famille Aurélien, celui-ci est avantagé. D'autant plus qu'il bénéficie d'une meilleure image auprès des recruteurs du fait d'être un Français de souche. Il trouve plus vite un boulot et est mieux payé que Karim.


Aurélien n'est pas du tout raciste du point de vue moral, et il n'a pas mis de bâton dans les roues de Karim. Pour autant, il est favorisé, et Karim subit ici le racisme systémique. Alors pourquoi certaines personnes rejettent-elles la notion de racisme systémique comme s'en plaint Eric Fassin ? Eh bien précisément parce que le racisme systémique est l'arme cachée pour la négation du racisme anti-blanc. Quand les sociologues, les anthropologues, les philosophes ou d'autres tenants des sciences humaines vous racontent qu'il n'existe pas de racisme anti-blanc, il faut comprendre : il n'y a pas de racisme systémique anti-blanc.


Et la question qui vient tout de suite : mais pourquoi, bon dieu de bon sang, n'est-il possible de dire cette phrase précise : il n'y a pas de racisme systémique anti-blanc ? Pourquoi faut-il que les sociologues et les autres ânonnent : il n'y a pas de racisme anti-blanc ? Ce qui est une idiotie totale, il suffit d'assister une fois à un Arabe ou un Black qui vous traite de « sale blanc » pour savoir que le racisme anti-blanc existe parce qu'il existe des gens qui ont des paroles racistes, des attitudes racistes, des actes racistes à l'encontre d'individus blancs.

Les universitaires se targuent d'être précis dans leur formulation conceptuelle. Apparemment non ! La discussion serait beaucoup plus sereine avec la formulation : le racisme systémique anti-blanc n'existe pas (même si je ne suis pas entièrement convaincu par cette formule non plus. J'y reviendrai dans un autre article). Alors pourquoi ce manque de précision ?


Pour une raison très simple : le racisme systémique n'étant pas le fait d'individus, vous ne pouvez pas vous en servir pour condamner des individus avec. Dans l'exemple que j'ai donné, Aurélien n'est pas fautif, même s'il bénéficie du système, et pas Karim. Vous ne pouvez qu'énoncer le problème systémique dans l'espoir que des politiques publiques impersonnelles tentent de résoudre le problème et réduire les « privilèges ». Or, les militants gauchistes veulent pourvoir condamner moralement tous les gens qui n'adhèrent pas à leur déconstruction malsaine et leur wokisme stupide. Ils ont donc cette nécessité de maintenir cette ambiguïté entre racisme individuel et racisme systémique, parce que la racisme individuel est le seul que l'on peut condamner moralement. Pour pouvoir continuer à entretenir la polémique et traiter les gens de « sales racistes », de « sales fachos », « pourritures d'extrême-droite » et de « cancel » les uns et les autres, l'ambiguïté entre les deux formes de racisme doit être entretenue encore et encore.


Ce n'est donc pas du tout que les gens ne veulent pas entendre parler de la société comme le dit Eric Fassin. Pas du tout !!! Ce que les gens sont excédés par un concept qui est dévoyé et rendu flou et incompréhensible par le militantisme malsain qui règne au sein des universités.


Voilà. Eric Fassin dit beaucoup d'autres sottises dans cette même vidéo. Mais il serait vraiment trop long tout débunker. J'en resterai donc ici pour cette fois. À 31' 30, Fassin conclut : « Tout n'est pas pareil. Vous ne pouvez pas traiter de la même manière l'insulte "Sale blanc" et l'insulte qui serait suivie d'un autre mot que blanc ». Considérer les choses ainsi, est-ce que ce n'est pas la définition même du racisme ?




Frédéric Leblanc, Liège, 1er août 2026






1 Race blanche et nation française : Ce que révèle la décision de Crépol (Blast, 1er août 2026)

https://www.youtube.com/watch?v=07tDidfMq7o

(Je précise que j'ai tout regardé et que c'était une purge)








Thomas Perroto (2006 - 2023)












vendredi 31 juillet 2026

La prise de l'esprit d’Éveil (III, 8 à 10)

 

La prise de l'esprit d’Éveil (III, 8 à 10)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



8. Puissé-je être

Pour les malades

Le remède, le médecin et l'infirmier

Jusqu'à la disparition des maladies.


9. Puissé-je calmer par des pluies de nourriture et de breuvages

Les douleurs de la faim et de la soif,

Et, pendant l'âge des famines,

Puissé-je devenir moi-même nourriture et breuvage !


10. Puissé-je être un inépuisable trésor

Pour le pauvre et le démuni ;

Puissé-je devenir tout ce dont ils ont besoin,

Et puissent ces choses se trouver à leur disposition !



On arrive ici aux passages les plus connus et les plus cités du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva où celui-ci présente l'esprit d’Éveil comme le souhait d'un don total de soi-même pour apaiser les tourments de tous les êtres dans l'univers. J'aspire à être à la fois un remède, un médecin et l'équipe d'infirmiers et d'infirmières qui viennent en aide aux malades et aux souffrants. J'aspire à être un hôpital à moi tout seul ! Je pense qu'il faut bien se rappeler que ces souhaits sont des rêves, des idéaux, des fantasmes mêmes, et pas la réalité concrète. Dans les faits, je ne suis ni un remède, ni un médecin, ni un infirmier. Je n'apaise la douleur physique de personne. Tout au plus, j'aide une vieille dame à traverser le passage pour piéton de temps en temps.


Attention ! Il faut bien comprendre que je ne suis pas en train de dénigrer ici Shāntideva : la rêverie qu'il propose et où je me fantasme en tant que sauveur des malades est en soi quelque chose de très positif, je développe un imaginaire tourné vers le bien d'autrui. C'est nettement mieux que tous ces films hollywoodiens où l'imaginaire est tourné vers le fait que le héros dégomme au flingue tous ses adversaires. Ce que je dis, c'est qu'il faut faire la part du rêve et la part de la réalité. On peut développer la « rêverie » de la bodhicitta, de l'esprit d’Éveil tout en s'interrogeant comment avoir le meilleur comportement dans des situations concrètes de la vie.


Je dis cela parce que je lis souvent ces strophes du Bodhisattvacaryāvatāra citées dans des enseignements de lamas tibétains. Le but est certainement de faire de nous des personnes plus altruistes. Et c'est très bien ! Ce n'est pas moi qui vais dire le contraire ! Mais je lis rarement à quel ces souhaits sont un fantasme, une rêverie, un idéal qui n'aura pas lieu concrètement. Et il faut réfléchir aussi comment je peux plus être tourné vers autrui dans le monde réel qui a certaines exigences : si je ne me nourris pas, je ne peux pas continuer à vivre et aider autrui. Il faut donc que, dans la vie réelle, je pense aussi à mon propre intérêt. Je ne peux pas continuellement être dans un imaginaire débridé d'altruisme total. Il faut qu'il y ait un juste milieu entre moi et les autres.


Quand je parle de rêverie ou de fantasme, je ne le fais pas pour critiquer de manière sous-jacente les aspirations de Shāntideva. Dans le bouddhisme du Grand Véhicule, le thème de la conscience est une question importante. Et la conscience est quelque chose de beaucoup vaste que la conscience habituelle, la conscience de la vie de tous les jours. Ce que j'appelle « rêverie » ou « fantasme » est en fait un moyen habile d'étendre ma conscience mentale dans une amplitude beaucoup plus vaste. C'est m'habituer à accéder pleinement à la conscience base-de-tout (ou conscience-entrepôt, ālayavijñāna en sanskrit, ou kunshi namshé en tibétain), une conscience non-duelle, infinie, illimitée et lumineuse. Et cela est très précieux pour autant que l'on sache où est le rêverie et le réel qui résiste souvent de manière agaçante à cette rêverie.


Les deux autres strophes impliquent en plus de l'idée de don total de soi-même, l'idée de sacrifice. Dans la strophe 9, Shāntideva espère pouvoir fournir à foison de la nourriture et de quoi se désaltérer. Et si aucune nourriture ne peut être apportée quand la famine frappe avec toute sa cruauté, Shāntideva aspire devenir cette nourriture, que son corps soit mangé. Cela fait écho à des jatakas, des récits des vies antérieures du Bouddha où celui-ci s'était sacrifié pour qu'une famille de léopards puissent vivre. Le jataka raconte que les léopards sont devenus durant la vie de Siddhartha Gautama les cinq premiers disciples du Bouddha.


Pour ma part, je trouve que ce genre de sacrifice quand même très exagéré ! Je trouve qu'il est noble de se sacrifier pour sauver d'autres êtres humains, mais pour des animaux ! Des êtres qui n'ont pas accès à la précieuse existence humaine (selon la conception même du bouddhisme) et qui ne pourront pas devenir des êtres éveillés dans leur vie animale ? Cet idéal du sacrifice m'apparaît être un encouragement à oblitérer complètement son intérêt personnel. Spirituellement et politiquement parlant, je ne suis pas convaincu que ce soit une bonne idée.


Je comprends bien que cet idéal du sacrifice est à rattacher avec l'idéal du bodhisattva qui va jusqu'à sacrifier son entrée dans le Nirvāna pour venir en aide à tous les êtres sensibles qui, souvent, ne méritent même pas cette aide. Mais je pense qu'il faut questionner cet idéal du sacrifice et ne pas l'accepter trop rapidement, car c'est un levier de manipulation morale qui peut s'avérer très dangereux et très nocif entre les mains d'individus pervers et manipulateurs.


« Puissé-je être un inépuisable trésor / Pour le pauvre et le démuni ». Encore une fois : cela est très beau. Être complètement dévoué aux autres, comment ne pas voir que c'est là un idéal moral très élevé. Mais là où le réel se rappelle à nous, c'est qu'il faut faire attention à ce que le « pauvre » et le « démuni » ne nous utilisent pas dès lors comme un moyen facile de bénéficier sans aucun effort de toutes sortes d'aides exagérées et indues. Aider les gens, c'est très louable. Mais il faut veiller à ce que les autres ne profitent exagérément de notre bonté. Et cela, le réel nous l'apprend. Les pauvres, les paumés peuvent être particulièrement retors pour profiter à outrance d'une personne trop bonne, trop altruiste. Sans le moindre scrupule, ils servent de la bonne personne en se dédouanant avec des formules dégueulasses du style : « Trop bon, trop con » ; et malheureusement, il n'y a qu'un pas entre l'aide désintéressée apportée à autrui et le parasitage décomplexé que certains se permettent !


Il faut donc comprendre qu'il y a cette tension entre le développement d'un imaginaire d'aide à autrui et d'altruisme, et la réalité sociale de gens, parfois décevante et trompeuse. Il ne faut pas être dupe des images angéliques des petits pauvres plein d'innocence ! La motivation des uns et des autres peut être très tortueuse ! Et il faut en tenir compte quand on essaye d'être une personne généreuse et serviable.








Infirmière durant la première guerre mondiale







Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III: 

- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 1 à 4)

- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 5 à 7)









Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil



Chapitre IV : L'attention







Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





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jeudi 30 juillet 2026

La stratégie de l'acceptation

 


Je voudrais réagir ici dans cet article de Kevin Finel sur YouTube intitulée : « Ce qu'on a fait à la méditation pose un vrai problème » (17 juillet 2026) 1. La vidéo parle des « effets indésirables » de la méditation (crise d'angoisse, hallucinations, épisodes de dépression, etc...). Je reviendrai très prochainement sur cette thématique, parce que c'est une question qui me semble très important. Mais ici, je voulais revenir sur deux idées fausses que le youtubeur, spécialiste en hypnose, propage sur la méditation.


La première idée fausse qui plane dans toute la vidéo, c'est une opposition trop tranchée entre Orient et Occident. On a d'un côté l'Orient spirituel où l'on pratique la méditation avec une justesse profonde et l'Occident matérialiste qui dénature complètement la méditation. Cela fait penser à la formule de Rudyard Kipling : « L'Orient est l'Orient, l'Occident est l'Occident, et jamais ces deux ne se rencontreront ».


Entendons-nous bien : Kevin Finel dénonce des choses qui sont vraies, comme la soumission de la méditation à des impératifs de développement personnel et de culture d'entreprise. Il cite ainsi le livre de Ronal Purser au titre évocateur : « McMindfulness » pour qui la méditation est devenu un produit marketing aux mains des capitalistes. Il dénonce le fait que la méditation de pleine conscience du style MBSR est coupée de son contexte philosophique, notamment le fait que, dans le Dharma bouddhiste, la méditation n'est jamais enseignée seule : la méditation est enseignée en même temps que al conduite éthique et l'étude de la sagesse.


Tout cela est vrai, certes. Mais l'Orient bouddhiste est-il pour autant le détenteur d'un Dharma absolument pur et authentique face au dévoiement de l'Occident ? Je trouve que c'est une vision très idéalisée de l'Asie bouddhiste. Regardons simplement comment les samouraïs ont détourné les idées du Zen pour alimenter leur idéologie guerrière et violente. N'est-ce pas là aussi un dévoiement manifeste ? Regardons comment certains moines du Sri Lanka et de Birmanie forment des milices nationalistes violentes. N'est-ce pas là aussi un dévoiement manifeste ? Regardons ces moines thaïlandais qui prétendent être des Arahants, des Éveillés et que l'on retrouve dans des bordels à consommer de la drogue. N'est-ce pas là aussi un dévoiement manifeste ?


Cette idéalisation de l'Orient me semble problématique parce qu'elle prive les Occidentaux de tout esprit critique quand ils sont confrontés à un maître bouddhiste oriental déviant. Je pense notamment à l'affaire Sogyal où les adeptes n'ont pas perçu pendant des dizaines d'années que la prétendue « folle sagesse » de Sogyal Rimpotché était une arnaque intégrale. Certes, la méditation a été préparée en Occident à toutes les sauces, dont les moins ragoûtantes : New Age, chamanisme, développement personnel et coaching d'entreprise. Mais l'Orient n'a pas toujours été très net non plus. Sans parler du fait que la méditation est largement abandonnée en Orient : on préfère souvent les cérémonies religieuses, les fleurs, les bougies, les chants à la pratique longue et fastidieuse de la méditation. J'en veux pour preuve un livre : « Le chemin de la Grande Perfection » de Dza Patrül Rimpotché (éd. Padmakara). On a là un somme conséquente sur toutes les pratiques du bouddhisme tibétain préparatoire au Dzogchen, la Grande Perfection. C'est vraiment un livre essentiel. Tout y passe (en accord avec le Dharma) : réflexion sur la mort, sur le karma, pratiques du guru-yoga, rituels de purification de Vajrasattva, production de l'esprit d’Éveil, etc... Une seule chose manque pourtant : la méditation !


*****



Cette idéalisation de l'Orient me semble donc problématique. Mais ce n'est pas ce qui me dérange le plus dans cette vidéo. C'est une invraisemblable sottise (prononcée vers 23' 24'') : « La méditation, dans sa tradition, est un pur outil d'acceptation. On observe ce qui est là sans essayer de le changer. Ce serait même contre-productif de le changer parce que cela viendrait renforcer le problème. C'est la force de la méditation (c'est aussi sa limite selon le point de vue qu'on peut en avoir). En fait, la réponse à tout problème, c'est acceptation » (sic).


Alors non, le bouddhisme ne pense que la réponse à tout problème soit l'acceptation. Pas du tout ! L'acceptation est importante dans la méditation, mais la méditation n'est pas un pur outil d'acceptation. C'est très problématique de concevoir le Dharma de la sorte. Dans le « Soûtra de tous les obstacles » (Sabbāsava Sutta, Majjhima Nikāya 2), le Bouddha déclare : « Il y a, ô moines, les obstacles qui doivent être vaincus par le discernement, il y a les obstacles qui doivent être vaincus par le contrôle, il y a les obstacles qui doivent être vaincus par l'usage juste, il y a les obstacles qui doivent être vaincus par l'endurance, il y a les obstacles qui doivent être vaincus en les évitant, il y a les obstacles qui doivent être vaincus en les écartant, il y a les obstacles qui doivent être vaincus par le développement spirituel ».


Je ne vais pas ici rentrer dans les détails : je reviendrai prochainement sur le « Soûtra de tous les Obstacles » ; mais ce qui est important de retenir ici, c'est que l'acceptation n'est qu'une des multiples stratégies pour atteindre le Nirvāna. Chaque obstacle qui se présente doit être vaincu par une stratégie qui n'est pas un fin en soi : le Bouddha utilisait l'image du radeau qui sert à traverser un fleuve et qui est un outil adéquat pour cette traversée, mais qui, en contrepartie, ne sert à rien une fois que vous avez mis pied à terre. Vous n'allez vous balader en ville ou en montagne avec votre radeau sur la tête parce qu'il vous a bien servi quand vous vouliez traverser le fleuve.


L'acceptation dans cette compréhension des choses est un outil intéressant pour vaincre les obstacles qui doivent être vaincus par l'endurance. Vous ne pouvez pas éviter certaines choses désagréables. Vous allez devoir cultiver l'acceptation des choses et développer l'équanimité, le fait d'être en paix, égal dans toutes les circonstances pour renforcer votre seule volonté ascétique d'endurer les choses. Développer cette équanimité ne se fait pas en un jour : c'est un long processus d'évolution spirituelle. L'équanimité est d'ailleurs l'aboutissement du développement spirituel, dernière des stratégies pour vaincre les obstacles se présentant à nous.


Il faut commencer par répandre dans la méditation des « quatre incommensurables » ou « quatre demeures de Brahma » ce sentiment d'équanimité à travers le monde entier : « Le méditant demeure faisant rayonner la pensée d'équanimité dans une direction de l'espace et de même dans une deuxième, dans une troisième, dans une quatrième, au-dessus, au-dessous, au travers, partout dans sa totalité, en tout lieu de l'univers, il demeure faisant rayonner la pensée d'équanimité, large, profonde, sans limite, sans haine et libérée d'inimitié ».


Une fois que vous vous êtes longtemps entraîné à cultiver cette équanimité en la souhaitant pour le monde entier, partout en tout temps, vous pouvez l'appliquer au quotidien en cultivant cette équanimité face aux situations concrètes rencontrées dans la vie. Et là, c'est le « Soûtra du Développement des Facultés Sensorielles » qui explique le mieux les choses (je reviendrai d'ailleurs prochainement plus en détail sur ce soûtra). Vous devez d'abord comprendre l'impermanence subtile des phénomènes : rien ne dure, tout se transforme d'instant en instant. Les sensations ne durent pas plus longtemps qu'un battement de cils ou un claquement de doigt. Elles se voient succéder par d'autres sensations, encore et encore, mais chaque sensation en elle-même disparaît presque aussitôt qu'elle est apparue. Comprenant la fugacité des choses et des sensations, vous développez dans l'instant présent l'équanimité.


En plus de l'équanimité, vous avez aussi l'outil de « l'absence de souhait ». C'est une des trois portes de la sagesse avec la vacuité et l'absence de caractéristique. Les phénomènes sont vides d'une existence propre, ils n'ont pas de réalité intrinsèque. C'est la première porte de la sagesse : la vie est comme un rêve, un mirage, une hallucination... Les caractéristiques que l'on peut mettre sur ces phénomènes ne sont que des étiquettes mentales qui sont utiles sur le plan relatif pour que mon entendement puisse comprendre intellectuellement le monde : « voici un arbre », « voilà un feu », « ceci est bien », « cela est mal ».... Mais ces étiquettes ne sont pas adaptées pour comprendre la vérité absolue. C'est la deuxième porte de la sagesse : l'absence de caractéristique.


Et la troisième porte de la sagesse, c'est justement cesser vouloir de désirer à tout prix ceci ou cela, de s'accaparer telle ou telle chose ou au contraire de vouloir repousser telle ou telle chose. Vous cessez dès lors de vous attacher et vous êtes beaucoup plus facilement dans l'acceptation des choses.


Ceci étant dit, cette acceptation ne veut pas dire : être complètement inactif par rapport aux événements. Si un moine bouddhiste très sage se trouve à méditer dans une forêt qui prend feu, l'acceptation ne signifie pas qu'il va se laisser brûler sans rien faire. L'acceptation signifie qu'il va reconnaître pleinement la situation, idéalement ne pas être affecté par la peur, la panique ou la tristesse de perdre sa chère forêt. Le moine ne voudra pas être ailleurs, mais il réagira à la situation comme bon lui semblera parce que vous réagissez toujours aux situations. Peut-être qu'il prendra ses jambes à son coup, peut-être qu'il essayera d'éteindre des flammèches avec sa robe ou ses sandales, peut-être qu'il va aider les pompiers à s'approvisionner en eau, peut-être qu'il avertira les gens du danger, etc... Peut-être que cela marchera : notre moine pourra s'enfuir ou éteindre une partie du feu. Peut-être que cela ne marchera pas : notre moine pourra être encerclé par le feu ou l'incendie sera trop intense. Mais cela ne sera pas une tragédie pour notre moine : ce sera simplement ce qui est. Une échappée hors des flammes ou la mort horrible dans le feu et la fumée, le moine l'accepte de manière équanime et sereine.


Je précise que parvenir à cet état demande des années et des années de pratique intensive de la patience, de l'ascèse, de l'endurance, de l'équanimité et de l'absence de souhait. Commencez par apprendre à accepter sans broncher que votre bus soit en retard avant de pouvoir imaginer être dans l'acceptation au milieu d'une forêt en feu !


Kevin Finel oppose « acceptation » et « changement » en laissant penser que le bouddhiste vit dans une indifférence totale aux injustices du monde, puisque lui a tout misé sur l'acceptation. Il me semble que c'est vraiment une erreur profonde : l'acceptation n'est pas une résignation. Le fait d'accepter qu'une situation soit là devant vous ne veut pas dire que vous n'allez rien changer à cela. S'il vous plaît, si vous avez la possibilité d'éteindre un feu de forêt, faites-le. Accepter la situation veut dire que vous n'allez pas vous rouler par terre ou que vous allez hurler en criant à l'injustice ou la malchance. Non, cette situation est là devant vous, vous l'acceptez. Maintenant, que faites-vous ?


L'esprit d’Éveil, la bodhicitta, est fondamental dans le bouddhisme : et si on le comprend bien, c'est fondamentalement une volonté de changement. Je vois que les êtres sensibles souffrent terriblement du fait d'être dans l'ignorance de la véritable nature des choses et j'aimerais que cela change, j'aimerais qu'ils s'éveillent, j'aimerais qu'ils parviennent à l'extinction définitive et complète de la souffrance, c'est-à-dire le Nirvāna. Première étape : vous êtes dans l'acceptation du fait que ce monde est en feu : y règnent la guerre, la misère, la maladie, l'injustice et la mort. Seconde étape : vous réagissez à cette situation, vous développez l'esprit d’Éveil, vous voulez changer ce monde, vous voulez éteindre le grand feu de la souffrance dans ce monde. Acceptation et changement.



Frédéric Leblanc, Liège, 30 juillet 2026







1  Ce qu'on a fait à la MÉDITATION pose un vrai problème (Kevin Finel – hypnose – Youtube, 17 juillet 2026)

https://www.youtube.com/watch?v=YcBegRACG9E&t=854s

2 On trouvera une traduction du « Soûtra de tous les Obstacles » (Sabbāsava Sutta, Majjhima Nikāya) dans : « L'enseignement du Bouddha », Walpola Rahula, ed. Le Seuil / Points Sagesse, Paris, 1961, pp. 152-159.









Julee Resuggan









Lire également sur le sujet de l'acceptation et de l'équanimité : 


- Équanimité :  L'équanimité et l'impartialité dans la ‪méditation, l'apaisement des remous de la vie. Comment la pratiquer ? Comment la mettre en œuvre dans la vie de tous les jours ?


- L'équanimité de l'Arahant (Nāgasena) et mon commentaire :  En quoi l'Arahant est encore touché par les sensations physiques, mais n'est pas affectée par elle. En quoi il a cessé d'éprouver des sensations mentales.


- Les Quatre Demeures de Brahmā : amour illimité, compassion illimitée, joie illimité et équanimité illimitée


- Méditation des Quatre Incommensurables











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Une pensée de compassion aussi à tous ceux qui ont dû fuir les incendies de forêt, à ceux qui ont perdu la vie ou leur maison, aux pompiers qui combattent le feu, à tous ceux qui les aident dans ce combat, aux animaux sans refuge aussi, qui voient leur écosystème partir en fumée. Compassion et bienveillance.



mercredi 29 juillet 2026

Sommaire de "La prise de l'esprit d’Éveil" (Chapitre III) du "Bodhisattvacaryāvatāra" de Shāntideva

 

La prise de l'esprit d’Éveil

Chapitre III du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva

















La prise de l'esprit d’Éveil (III, 5 à 7)

 

La prise de l'esprit d’Éveil (III, 5 à 7)

Commentaire du Bodhisattvacaryāvatāra de Shāntideva



5. Les mains jointes, je supplie

Les Bouddhas de toutes les régions :

Qu'ils allument le flambeau du Dharma

Pour les êtres enténébrés par la souffrance.


6. Les mains jointes, je supplie

Les Vainqueurs désireux de passer dans le Nirvana :

Qu'ils demeurent pour des âges sans nombre

Et ne laissent pas ce monde aveugle.


7. Grâce aux vertus ainsi réunies

Par ce que j'ai accompli,

Puissent les souffrances de tous les êtres

Se dissiper entièrement !





Shāntideva concentre ses prières sur le fait que les Bouddhas de tout temps et tout lieu contribuent à répandre les Lumières de l’Éveil dans le monde. Je en reviens pas sur le caractère religieux de cette prière tout à fait typique du bouddhisme du Grand Véhicule : j'avais abordé cette question dans mon commentaire des strophes 22 à 26 du deuxième chapitre : « Le dévoilement des fautes ». De toute façon, cette prière va dans le sens de l'esprit d’Éveil en tant que souhait ardent que les êtres puissent s'éveiller et dissiper les ténèbres de l'ignorance. Que le Dharma soit comme un flambeau qui dissipe la nuit noire de l'ignorance et des passions destructrices qui s'est abattu sur le monde.


La requête aux bouddhas de ne pas quitter ce monde est aussi typique du Grand Véhicule et s'accorde avec l'idéal des bodhisattvas de revenir encore et encore dans ce monde du samsāra. Personnellement, je trouve cette requête un peu paradoxale : un Bouddha est appelé à l'extinction finale, le Parinirvāna. Ce n'est pas une question d'être désireux ou de ne pas être désireux de quitter le samsāra : toutes les attaches envers ce monde ont été tranchées et l'extinction finale aura lieu nécessairement comme une pomme mûre qui tombe au sol. Ce qui ne disparaît pas pourtant, c'est l'influence de ce Bouddha comme celle du Bouddha de notre monde, le Bouddha Shakyamuni, le Sage des Shakyas. Plus de deux mille cinq cent ans après sa mort, on peut toujours lire son enseignement, voir des statues à son effigie et entendre parler de son histoire et de sa spiritualité. Ce qui ne disparaît pas également, c'est la marque qu'un bouddha a laissé en ce monde, le rayonnement de sa bienveillance et de sa compassion ainsi que l'écho de sa sagesse. Cette prière de ne pas quitter le monde est en fait plus rationnellement le souhait que ne disparaisse pas trop vite l'influence des bouddhas et les marques qu'ils ont laissé de leur vivant comme l'éclat de lumière que laisse une supernova avant que l'étoile ne disparaisse complètement et s'éteigne.








Nébuleuse de la Lyre photographiée par le satellite Hubble en 2013.
Elle résulte de l'explosion d'une étoile dans le bras de la constellation d'Orion.




Chapitre I : Les bienfaits de l'esprit d'Eveil


Chapitre II: Le dévoilement des fautes


Chapitre III: 

- La prise de l'esprit d’Éveil (III, 1 à 4)




Chapitre III : La prise de l'esprit d'Eveil



Chapitre IV : L'attention











Deux traductions peuvent être trouvées en langue française du Bodhicaryāvatāra: 
- « La marche vers l'Éveil », Comité Padmakara, Saint-Léon-sur-Vézère (France), 2007 (2e édition), 
- « Vivre en héros pour l'Éveil », Georges Driessens, Seuil/Points Sagesse, Paris, 1993.





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