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mercredi 29 août 2018

Si tous les enfants de 8 ans - 1ère partie



Si tous les enfants de 8 ans

(1ère partie)



   Si tous les enfants de 8 ans sur la planète Terre apprenait comment méditer, nous éliminerions toute la violence du monde en une seule génération.

Le Dalaï-Lama













      Vous avez peut-être déjà vu sur les réseaux sociaux ce message accolé à une photo d'un enfant assis en posture de méditation : « Si tous les enfants de 8 ans sur la planète Terre apprenait comment méditer, nous éliminerions toute la violence du monde en une seule génération ». En fait, cette affirmation suscite en moi plusieurs interrogations, que je voudrais formuler ici, avant d'essayer d'y répondre.


    • 1°) Est-ce vraiment le Dalaï-Lama qui est l'auteur de cette citation ?
    • 2°) Pourquoi 8 ans, et pas 7 ans ou 9 ans ?
    • 3°) Pourquoi uniquement les enfants ?
    • 4°) Est-ce que la méditation agit de la même manière sur tout le monde ? Est-ce que la méditation agit de la même façon qu'un remède à prendre comme l'aspirine ?
    • 5°) Quel type de méditation enseigner aux enfants ?
    • 6°) Est-ce qu'il est pertinent de penser que cet enseignement de la méditation à toute l'enfance de l'humanité soit un véritable remède à la violence qui se déchaîne dans le monde ?

samedi 25 août 2018

L'idéal du bonheur - 2ème partie




L'idéal du bonheur

2ème partie



Voir la 1ère partie




      On pourrait se demander dès lors ce qu'il faut penser de ces arguments d'Emmanuel Kant du point de vue de l'eudémonisme. Est-ce que le bonheur n'est qu'une création fantaisiste de notre esprit ? Est-ce que la Raison ne peut pas quand même approfondir cette notion du bonheur ? Ce qui me frappe surtout en tant que philosophe bouddhiste, c'est que Kant n'aborde le bonheur qu'en tant que causé par un objet extérieur au sujet conscient : la richesse, la connaissance, la longue vie, la santé. Je ne suis heureux que dans la mesure où je rencontre de suffisamment près ces objets extérieurs ardemment désirés dans ma quête de bonheur. Mon état psychique est toujours lié à ces objets extérieurs : heureux quand je les ai, malheureux quand j'en suis privé. Mais ne faudrait-il pas considéré plutôt le bonheur comme une disposition de l'esprit qui, idéalement, se produirait même en l'absence de ces objets extérieurs ? N'est-il pas souhaitable de trouver un bonheur qui puisse se libérer de l'emprise des conditions extérieures ? Un bonheur qui soit une libération par rapport aux entraves émotionnelles de ce monde ?

L'idéal du bonheur - 1ère partie




L'idéal du bonheur

1ère partie





     Le concept de bonheur est un concept si indéterminé, que, malgré le désir qu’a tout homme d’arriver à être heureux, personne ne peut jamais dire en termes précis et cohérents ce que véritablement il désire et il veut. La raison en est que tous les éléments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c’est-à-dire qu’ils doivent être empruntés à l’expérience, et que cependant pour l’idée du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition future, est nécessaire. Or il est impossible qu’un être fini, si perspicace et en même temps si puissant qu’on le suppose, se fasse un concept déterminé de ce qu’il veut ici véritablement.

jeudi 23 août 2018

La boîte de Pandore




La boîte de Pandore




     Voilà un des mythes les plus célèbres de la mythologie grecque. Tout commence avec Prométhée qui, décidément, agissait un peu trop en faveur des humains aux yeux de Zeus, le roi de l'Olympe. Quand Prométhée et son frère Épiméthée avaient été chargés de créer et d'ordonner le monde des mortels, alors qu'Épiméthée avaient oublié de donner des dons et des qualités aux êtres humains tel qu'il l'avait fait pour le reste des animaux, Prométhée avait rattrapé le coup en allant voler le feu dans la forge d'Héphaïstos, le dieu forgeron, et les savoirs techniques dans la bibliothèque d'Athéna. Pour éviter que l'utilisation du feu et des armes ne se retournent contre les humains, il avait intercédé auprès de Zeus et Hermès pour inscrire dans le cœur des hommes le sens de la justice et le sens de la honte afin que les mauvaises actions ne prolifèrent pas et rendent impossible toute fondation d'une Cité, un État politiquement organisé qui permet aux hommes de dépasser leurs faiblesses individuelles.

mercredi 22 août 2018

Discours et pratique





Discours et pratique





      Il y a deux ans, j'avais retrouvé une amie que je n'avais pas vue depuis des années. Entre autres discussions sur nos vies respectives, je lui avais expliqué que je rédigeais un blog : « Le Reflet de la Lune ». Elle s'était donné la peine de lire quelques uns de mes articles sur la méditation et la philosophie bouddhique. Et lors de notre rencontre suivante, elle m'avait demandé si ce que j'écrivais, je le mettais en pratique ou si c'était de la pure théorie. En fait, j'étais assez désarçonné par cette question tant la réponse me paraissait évidente : oui, bien sûr, je mets en pratique tout ce que j'écris. Je n'écris jamais des discours purement théoriques sur la méditation. Je n'ai pas un intérêt purement intellectuel concernant les différents stades et pratiques de la méditation, c'est quelque chose que je pratique tous les jours, que ce soit sur un coussin de méditation, dans les bois, en haut d'une colline, sous un arbre, et même dans de nombreux moments de ma vie quotidienne. Cela me paraissait à moi absolument évident, mais cela m'a fait prendre conscience que cela ne l'était pas nécessairement pour tout le monde, pour les gens qui découvriraient le Reflet de la Lune notamment.

lundi 20 août 2018

Lodjong, l'entraînement de l'esprit





L'entraînement de l'esprit




      Le Lodjong, en français « L'entraînement de l'esprit » est un recueil tibétain de 59 maximes tournant autour de la pratique spirituelle et l'éthique du bouddhisme du Grand Véhicule. Ces maximes sont autant d'encouragements à transformer son esprit dans toutes les circonstances de la vie. On doit ce recueil à Chekawa Yeshe Dorje (1102–1176), un lama de la tradition Kadampa, largement inspiré par l'enseignement du maître Atisha (982-1054) qui était venu enseigné au Tibet le Dharma, et plus particulièrement la pratique de l'esprit d'Eveil (bodhicitta en sanskrit). Les Kadampa était une école bouddhiste largement axée sur l'éthique et la pratique de l'altruisme. Une maxime tout à fait typique de Kadampa était : « La seule vertu des fautes morales, c'est qu'on peut les purifier ». L'entraînement de l'esprit se place tout à fait dans cet héritage et invite à nous transformer soi-même et notre façon d'appréhender la relation aux autres. Je me contenterai ici d'exposer ces 59 maximes sans plus de commentaires, mais je reviendrai plus en détail sur certaines de ces maximes afin d'en donner un éclairage.

vendredi 17 août 2018

Tous les phénomènes sont vides d'un Soi




Tous les phénomènes sont vides d'un Soi




    Réagissant à mon article « Les quatre sceaux du Dharma », un internaute sur Twitter m'a fait remarquer que, si on se reporte au texte en langue pâlie qui parlent de ces sceaux du Dharma (des trois premiers en tous cas, notamment dans les strophes 277, 278 & 279 du Dhammapada), on a :

Sabbē sankhāra aniccā : tous les phénomènes composés sont impermanents,
Sabbē sankhāra dukkhā : tous les phénomènes composés sont souffrance,
Sabbē dhammā anattā : tous les phénomènes sont vides d'un soi / non-soi.

mercredi 15 août 2018

Bonheur et non-être




Bonheur et non-être


     Suite à mon article « Hédonisme et eudémonisme (2ème partie) », l'internaute Degun m'a objecté ceci : « Je me pose une question : la cessation de la souffrance implique-t-elle un état de bonheur comme tu le postules ? Peut-être, d'une certaine manière, mais je ne vois pas vraiment les choses comme ça, je vois plutôt la cessation de la souffrance comme une dissolution du moi et/ou de l'être personnel (je sais pas trop comment appeler ça à vrai dire), après la mort du moins (je ne sais pas si le plein éveil peut se produire durant la vie et j'ai en fait du mal à entrevoir comment un être pleinement éveillé serait vraiment en ce monde, certes il existe des êtres "relativement" éveillés qui vivent en ce monde mais je ne sais pas à quoi ressemble leur "monde intérieur"). En somme, la cessation de la souffrance va de pair dans ma pensée avec un "non-être", bonheur et malheur n'ayant plus de sens dans ce cas, et qui exclut bien entendu de facto toute incarnation. En gros, c'est plutôt la libération totale que le bonheur qui me motive ». Ce présent article est donc une réponse à cette objection.


    Mais avant même de développer, je veux réaffirmer catégoriquement : oui, la cessation de la souffrance implique un état de bonheur. Oui, il ne s'agit pas seulement d'être débarrassé de telle ou telle sensation désagréable, mais résider durablement dans le bonheur. Quand le Bouddha parle de cessation de la souffrance, c'est pour éviter une confusion concernant toutes les représentations possibles concernant le bonheur : une personne considérera que le bonheur, c'est être riche ; pour une autre, le bonheur, c'est connaître la gloire ; certains estimeront que c'est la bonne santé, d'autres encore la famille qui fait le bonheur, et ainsi de suite... Le bonheur dont on parle ici une disposition intérieure qui s'affranchit des événements et des situations et qui nous permet de mieux apprécier l'existence.


     Par rapport à l'argument de Degun : « Je vois plutôt la cessation de la souffrance comme une dissolution du moi et/ou de l'être personnel (...) En somme, la cessation de la souffrance va de pair dans ma pensée avec un "non-être", bonheur et malheur n'ayant plus de sens dans ce cas, et qui exclut bien entendu de facto toute incarnation », il faut bien constater que certains éléments de langage de la philosophie bouddhique peuvent faire penser cette thèse qui veut que le problème de la souffrance se réglerait purement et simplement par le « non-être », le fait de régler le problème en supprimant celui qui éprouve le problème : plus personne pour éprouver le problème, donc plus de problème ! Dans les soûtras anciens, l'accès au Nirvāna par la méditation est appelé « sphère de cessation des sensations et des perceptions ». Cette cessation des sensations et des perceptions laisse envisager la suppression de tout ressenti comme si on devenait une pierre.


       Mais je suis convaincu que cette cessation des sensations et des perceptions n'est pas une coupure du bonheur, mais un bonheur au-delà du bonheur, un bonheur, une béatitude qui n'est pas enchaînée dans la dualité du bonheur et du malheur. Quand on observe la progression de la méditation dans le bouddhisme ancien, on voit que les états de méditation commencent par s'élever vers des états divins de félicité toujours plus élevés. La cosmogonie bouddhique compte trois types de dieux par ordre d'élévation : les dieux du monde du désir, les dieux du monde de la forme et les dieux du monde de la sans-forme.


    Les dieux du monde du désir vivent comme nous des expériences de plaisir, mais c'est un plaisir beaucoup plus intense, beaucoup plus durable, beaucoup plus subtil et raffiné, mais sans la contrepartie des déplaisirs : un vin divin vous envoie dans une griserie envoûtante des jours entiers, sans lendemains vaseux.


     Dans le monde divin de la forme, on se détache de cette obsession pour les objets extérieurs, on s'installe dans son être qu'on raffine jusqu'à obtenir un corps de lumière. C'est à ce niveau que correspondent dans la méditation les 4 jhānas, les absorptions méditatives qui sont un stade important à franchir : dans un premier stade, on continue à éprouver des pensées et des raisonnements, de la joie et du bonheur. Dans le second stade, les pensées et les raisonnements s'évanouissent pour laisser place à une expérience pure. Dans le troisième, la joie s'évanouit, ne reste que le bonheur et l'équanimité. Et dans le quatrième jhāna, le bonheur s'évanouit à son tour, ne laissant qu'une attention et une équanimité parfaite. On voit qu'on a déjà là les prémisses d'une libération du bonheur. On n'est plus assujetti à la recherche du bonheur, mais en soi, ce n'est pas « rien » : cet état d'équanimité et de sérénité est une plus grande béatitude, qu'on en peut pas reporter dans nos termes d'être humain.


      Dans les états du monde divin de la sans-forme, on fait l'expérience de l'infini : espace infini, puis conscience infinie. Puis on s'abolit soi-même dans la sphère du Néant avant de faire l'expérience de l'état paradoxal de la sphère de ni perception, ni non-perception. Quand on a franchi toutes ces expériences de l'infini et qu'on voit la véritable nature des phénomènes, c'est alors qu'on fait l'expérience de la « sphère de cessation des sensations et des perceptions », soit l'entrée dans le Nirvāna.


    Au fond, ce que dit ce parcours dans les états de concentrations méditatives, ce qu'on va toujours vers un bonheur plus profond, plus rayonnant, des états de béatitudes toujours plus élevés. Par ailleurs, la « cessation des sensations et des perceptions » n'est pas seulement une disparition totale du sujet conscient ; c'est une immersion dans l'interdépendance de tous les phénomènes. Il en résulte que le bonheur n'est pas un bonheur strictement individuel, qu'on garde égoïstement pour soi-même, mais un bonheur partagé.


     C'est pourquoi la compassion et le vœu altruiste d'aider tous les êtres est si important dans la philosophie bouddhique. Cette compassion infinie s'accompagne des 3 autres des quatre qualités incommensurables : l'amour bienveillant, l'équanimité, mais ici surtout, de la joie qui consiste à s'émerveiller encore et encore de la possibilité de ce que les êtres ont en eux-mêmes la capacité de résoudre tous ces problèmes, toutes ces souffrances.


     Bien sûr, le tableau de ce monde peut sembler sombre, empli de cruauté et de misères incessantes. Mais nous avons la possibilité de trouver des solutions diverses et variées et d'apporter du réconfort au monde. C'est pourquoi la joie est ici une énergie fondamentale à mettre en œuvre dans la pratique du Dharma. Non pas une joie naïve qui évoluerait la fleur au chapeau dans un monde d'illusions et d'arc-en-ciel, mais la joie qui se sait dans les ténèbres et donne la force d'en sortir. C'est pourquoi le Bouddha insiste souvent sur la notion de pratiquer le Dharma comme si nos cheveux avaient pris feu. Le monde entier est dans le feu de la douleur ; et c'est ici et maintenant qu'il faut aider soi-même et les autres pour sortir de cette douleur.



*****




        Donc, même si nous n'avons pas atteint le stade ultime de la « sphère de cessation des sensations et des perceptions », le fait de pratiquer le Dharma - d'adopter une conduite éthique bienveillante envers autrui et soi-même, de pratiquer régulièrement la méditation et de développer la sagesse – contribue à nous rendre plus heureux. Attention ! Je ne veux pas faire de fausse promesse : je ne dis pas que notre conception particulière du bonheur sera satisfaite. Si, par exemple, vous voulez réussir à tout prix dans votre carrière, je ne dis pas que la pratique du Dharma soit une garantie de cette réussite. On entend trop souvent des « coachs en pleine conscience » qui vante l'augmentation des performances au boulot grâce à la méditation. Je n'ai personnellement aucune certitude à vous vendre sur le sujet. Peut-être que votre carrière sera un brillant succès, peut-être que ce sera un plantage intégral, peut-être plus probablement que ce sera un résultat grisâtre entre ces deux extrêmes. 


       Mais quel que soit l'état de votre carrière, la pratique du Dharma transformera votre disposition d'esprit, votre manière d'appréhender les phénomènes, et cela améliora votre existence, d'une manière parfois inattendue. Je ne peux pas non plus vous garantir que la pratique du Dharma vous conférera une humeur toujours rayonnante : la pratique du Dharma n'immunise pas contre les coup de blues, les moments de dépression et de désespoir, mais elle donne la capacité de traverser ces états négatifs et retrouver une joie profonde de vivre.













Masao Yamamoto







Voir également : 


- Hédonisme et eudémonisme : 1ère partie - 2ème partie


Joie (Qu'est-ce que la joie spirituelle prônée par le Bouddha ?)


La douleur d'un arahant (Nāgasena) et son commentaire



Esprit d’Éveil

     Comment produire l'esprit d’Éveil ou bodhicittaL'esprit d’Éveil est le souhait que tous les êtres soient libérés de la souffrance et deviennent des êtres pleinement éveillés. Les enseignements du lama tibétain Dza Patrül Rimpotché (XIXème siècle). 








Un bien véritable (Spinoza)




Si c'est le bonheur que tu cherches (Chengawa Lodrö Gyaltsen)


Sans savoir pourquoi (Sōseki Natsume)




En repos dans une chambre (Blaise Pascal)


Une fête en larmes (Jean d'Ormesson)














"Emma at Red Canyon"
(près de Las Végas, USA)
Photographie de Tamara Lichtenstein













Voir tous les articles et les essais du "Reflet de la lune" autour de la philosophie bouddhique ici.


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